Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vermeer

  • Une éternelle jeunesse

     

    peinture, écriture, vermeer, mauritshuis, jeune fille à la perle

    Johannes Vermeer – Jeune fille à la perle, 1665, Mauritshuis, La Haye

     

     

         Tout en vous souhaitant une excellente année 2019, je tenais à débuter l’année par un sourire. Pas n’importe lequel, celui de cette jeune femme qui ne cesse de nous éblouir depuis si longtemps et dont on ne se lasse pas.

     

         Une lueur d’espoir vient de s’ouvrir pour les amateurs, comme moi, de très belles images d’œuvres d’art. Le célèbre musée du MAURITSHUIS à La Haye nous offre dorénavant le téléchargement libre en Haute Définition des œuvres de sa collection. Je viens d’obtenir La jeune fille à la perle en HD que je m'empresse de montrer ci-dessus. C’est du très haut niveau… Ne vous en privez pas.

         Le Mauritshuis rejoint ainsi les quelques grands musées dans le monde qui permettent déjà le libre téléchargement en HD de leurs images dont les droits d’auteur sont tombés dans le domaine public. La culture est au prix de la qualité des oeuvres que l'on peut voir et, une nouvelle fois, je cite cette superbe phrase de la National Gallery of Art à Washington :

    Le Musée croit que l'accès accru à des images de haute qualité de ses œuvres nourrit la connaissance, l'érudition et l'innovation, des utilisations inspirantes qui transforment continuellement la façon dont nous voyons et comprenons le monde de l'art.

     

     UNE TRÈS MAUVAISE NOTE : Le musée du Louvre est devenu en 2018 le premier musée mondial en nombre de visiteurs (plus de 10 millions). Malgré cela, il est toujours impossible, sans payer, d’obtenir des images en HD de ses œuvres, ainsi que celles des autres musées français. Personnellement, je n'ai pas encore réussi à en obtenir une, même en payant un prix que l'on ne m'a pas donné. Je réessaierai... 

     

     

         À La vue si touchante de cette Jeune fille à la perle, merveilleuse création de Johannes Vermeer, j'ai tenté de relever mon niveau. Pas facile... Durant les fêtes j'ai écrit le poème qu'elle m'a inspiré et que je vous offre ci-dessous :

     

     

    Bouche humide entrouverte, yeux brillants, 

    Regard caressant.

    Deux perles de lumière rose

    Aux commissures des lèvres, se posent.

     

    La jeune femme me fait face, souriante

    Dans l’éclat de sa jeunesse insolente.

    L’aurai-je dérangée ? 

    Mon rythme cardiaque s’est accéléré.

     

    Son regard croise le mien.

    Il irradie, me retient.

    Son souffle est parfumé,

    Va-t-elle me parler ?

     

    Aériennes, fluides, lisses,

    En glacis superposés, les couleurs glissent

    Vers cette fabuleuse lumière

    Qui n’appartient qu’à Vermeer.

     

    Dans cette figure lumineuse aux contours indécis.

    Galbe de la joue, bouche, nez, semblent imprécis.

    Faut-il compléter les parties manquantes 

    Laissées dans cette peinture fascinante ?

     

    Poussière de perles écrasées,

    Peau douce immaculée,

    Etrange turban exotique dont les plis frémissent,

    À qui appartint-il jadis ?

     

    Qui peut être cette femme troublante

    Une fille de Delft, une jeune servante ?

    Beauté irréelle au visage précieux, fragile,

    Sous son oreille, une perle brille.

     

    Par ce portrait hors du temps

    L’artiste nous transporte habilement

    Bien au-delà de l’apparence,

    Au-delà même de notre propre existence.

     

     

     

  • VERMEER AU LOUVRE : Au théâtre

     

    VERMEER Johannes - La Lettre d’amour, 1670, Rijksmuseum, Amsterdam

     

    peinture, vermeer, louvre, hollande

     

         Depuis le 10 mars dernier, je présente chaque semaine une visite virtuelle de l’exposition « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » qui se tient au Louvre. Celle-ci se terminera le 22 mai prochain.

         Six de mes œuvres préférées (sur 12 exposées) du maître de Delft ont été présentées. Je laisse aux futurs visiteurs du musée le plaisir de découvrir par eux-mêmes les 6 dernières, montrant : 3 musiciennes, 2 épistolières et une Allégorie de la foi catholique.

         Pour terminer, je souhaite vous proposer, aujourd’hui, la visite d’une œuvre qui avait été prévue par le Louvre dans l’exposition. Elle figure bien dans le catalogue, mais, malheureusement, est absente : La Lettre d’amour. Pourquoi ? Elle devrait être montrée dans les musées qui prolongeront l’exposition parisienne jusqu’en 2018 : « National Gallery of Ireland », « National Gallery of Washington ».

         Ayant déjà écrit dans le passé un récit sur La Lettre d’amour, ma visite virtuelle, ci-dessous, a utilisé ce récit que j’ai largement remanié.

     

    Lire la suite

  • VERMEER AU LOUVRE : Juger c'est peser

     

    VERMEER Johannes – Femme à la balance, 1664, National Gallery of Art, Washington

     

     

    peinture,  hollande, vermeer, louvre

     

     

        - Attention chef-d’œuvre, dis-je en riant à une jeune femme qui fixe intensément le petit tableau !

         Le nez collé sur la toile, elle se recule un instant, puis me regarde bizarrement, dérangée dans son observation. Je m’installe à côté d’elle et, à mon tour, examine le portrait.

        Je suis devant une de mes toiles préférées de Vermeer : La Femme à la balance qui m’attire irrésistiblement.

     

     

    Lire la suite

  • VERMEER AU LOUVRE : Réflexions scientifiques

     

    VERMEER Johannes

    -  L’astronome, 1668, musée du Louvre, Paris

    - Le Géographe, 1669, Städel Museum, Francfort  

     

     

    peinture, Vermeer, Hollande, Sciences, Louvre,

     

    Suite de la visite...

      

         Les deux tableaux sont accrochés côte à côte : L’Astronome… Le Géographe

         J’ai réussi à me glisser juste à côté de touristes japonais installés, contemplatifs, devant les toiles.

       Quelle chance de pouvoir assister aux retrouvailles des deux frères, le temps de cette exposition au Louvre ! Un moment exceptionnel…

      Fabuleux 17ème siècle hollandais, pensai-je… Nous sommes en pleine révolution scientifique. Vermeer s’intéresse à la connaissance de l’univers à travers la cartographie, la géographie, l’astronomie et l’optique. L’artiste a représenté deux savants plongés dans leurs études : ses seules toiles montrant un homme comme unique personnage. Une signification allégorique ?

                         

    Lire la suite

  • VERMEER AU LOUVRE : Une servante célèbre

     

    VERMEER Johannes – La laitière, 1659, Rijksmuseum, Amsterdam

     

     

    peinture, écriture, vermeer, hollande, louvre, dou, van mieris

     

        Inespéré… J’ai réussi à me glisser au premier rang, coincé entre un homme grisonnant, deux femmes attentives, et un groupe de touristes.

        La servante la plus célèbre au monde est devant moi. La célébrité de cette petite toile n’est pas usurpée : on ne voit qu’elle à la télé, dans les magazines, et même sur les pots de yaourts… Il est rare que la peinture hollandaise présente une servante comme motif unique d’un tableau... Serait-ce la servante de l’artiste qui s’appelait Tanneke ? A quoi pense-t-elle ?

        Je retrouve la robuste femme que j’avais rencontrée au Rijksmuseum il y a quelques années. Elle n’a guère changé, solide, les manches retroussées, la tête inclinée jaugeant le flot de lait s’échappant de la cruche en terre qu’elle tient de ses bras puissants. Une lumière venant de la fenêtre modèle son corps massif devant le mur du fond, nu et endommagé. Un décor rustique : corbeille à pain, cruche, chaufferettes, plinthes en carreaux de Delft. Le carreau cassé à la fenêtre n'a pas été remplacé. Les couleurs affectionnées par le peintre sont présentes : bleu… jaune citron… Complémentaires, ces couleurs accolées l’une contre l’autre, s’interpellent.

     

     

    Lire la suite

  • VERMEER AU LOUVRE : La jeune fille au collier de perles

     

    VERMEER Johannes -  La jeune fille au collier de perles, 1664, Gemäldegalerie, Berlin

     

     

    peinture,vermeer,van mieris,ter borch,hollande,louvr

     

     

         - Non, monsieur, ce n’est pas La jeune fille à la perle de Johannes Vermeer !

         - Pourtant j’ai entendu à la radio qu’elle serait dans l’exposition…

         - Puisque je vous dis que ce n’est pas elle ! Vous confondez, monsieur. Le tableau qui est accroché devant nous se nomme La jeune fille au collier de perles. Cela n’a rien à voir…

         Plantés à mes côtés, un homme moustachu et une dame, affublée d’énormes montures de lunettes en écaille, se disputent sur le titre de la toile. J’interviens. 

         - Madame a raison, monsieur. Malheureusement, la fameuse « Joconde du Nord » ou Jeune fille à la perle est restée chez elle à La Haye. Le Mauritshuis n’a pas voulu se séparer, avec la Vue de Delft, de ses deux chefs-d’œuvre de l’artiste qui font la renommée du musée. Dommage pour l’exposition du Louvre qui aurait atteint des sommets… Mais vous ne perdez pas trop au change, cette toile-ci est superbe.

         Déçu, l’homme me dévisagea, regarda une dernière fois le tableau, puis s’éloigna. La dame le suivit en me souriant. Elle me lança d’un air moqueur : « La jeune fille à la perle ? Il n’a pas dû voir le film… ».

     

    Lire la suite

  • VERMEER AU LOUVRE

         

    Introduction

         

     

         Une exposition exceptionnelle « Vermeer et les maîtres de la peinture de genre » vient d’ouvrir ses portes au musée du Louvre à Paris.

         80 peintures des maitres hollandais de la peinture de genre du 17ème siècle, siècle d’or hollandais qui va voir s’épanouir quelques-uns des peintres les plus importants de l’histoire de la peinture, sont réunies. Pour la première fois à Paris depuis 1966, douze chefs-d’œuvre de Johannes Vermeer, soit le tiers de ses tableaux connus, ont pu être rassemblés dans le musée. Un exploit…

         L’exposition est conçue afin de permettre une confrontation directe entre la peinture de Johannes Vermeer et celle de ses contemporains. A cette époque, la plupart des grands peintres de genre se connaissaient, s’appréciaient, et s’inspiraient les uns des autres : leur rivalité leur permettait de se surpasser pour aboutir à une remarquable richesse dans la qualité.

         Passionné d’art hollandais de cette période, je place Vermeer en premier dans ma hiérarchie personnelle de l’histoire de l’art. J’ai eu la chance, en 1996, d’assister à la spectaculaire exposition, qui se tint à La Haye, dans laquelle 23 œuvres du maître sur 35 connues étaient présentées.

         Je ne pense pas pouvoir, à mon grand regret, pour cause de troubles oculaires, me rendre à l’exposition. Toutefois, je viens de recevoir la lettre mensuelle des "Amis du Louvre", dont je fais partie, m'informant, d'une part de l'affluence record de l'exposition, ce qui ne m'étonne guère : compte tenu de la petite taille des toiles il va être difficile de les voir confortablement, d'autre part que quelques dates spéciales sont dédiées aux adhérents, surtout celles du matin, les moins encombrées. Alors... je vais voir, car Vermeer est unique.   

         Pour en avoir vues la plupart en Hollande ou à Paris, pour certaines plusieurs fois, je connais chacune des peintures de l'artiste exposées au Louvre. J’ai donc l’intention, dans les semaines à venir, de proposer des visites, ou pérégrinations virtuelles, dans l’exposition. Ainsi, je vous montrerai les toiles du « Sphinx de Delft », celles que j'aime, qui sont exposées et les rapprocherai de toiles d’autres artistes hollandais présentes également. Les mêmes thèmes reviennent régulièrement dans la peinture de genre : correspondances amoureuses, la musique, la broderie, la toilette, les métiers...

         Puissent ces visites virtuelles permettre à ceux qui ne pourront voir l’exposition de découvrir la beauté intemporelles des œuvres de Johannes Vermeer « le maître de la lumière ». Peut-être serez-vous incités, malgré le nombre des visiteurs qui vont venir nombreux, à venir les contempler au Louvre…

     

     

         Avant de commencer la semaine prochaine la visite de mes toiles préférées du maître présentes dans l’exposition, je souhaite vous montrer un des plus beaux tableaux de l’artiste, appartenant à la collection de la Reine d’Angleterre, qui sera malheureusement absent : La leçon de musique.

     

     

     

    VERMEER Johannes – La leçon de musique, 1663, Collection Royale, Palais de Buckingham, Londres

     

     

    La signature est dans le miroir

     

     

    peinture, vermeer, louvre, hollande

     

    Lire la suite

  • Une Joconde hollandaise peut en cacher une autre

     

    VERMEER Johannes - La jeune fille au chapeau rouge, 1667, National Gallery of Art, Washington

     

     

         La foule est impressionnante. Difficile d’approcher… Je contemple longuement le petit portrait installé dans une salle de la National Gallery…

         Le moins que l’on puisse dire est que cette « Jeune fille au chapeau rouge », minuscule tableau de Johannes Vermeer (22,8 x 18 cm), ne passe pas inaperçue ! La toile est tout aussi éblouissante que La jeune fille à la perle, la Joconde hollandaise qui m’avait fait l’aumône d’un sourire lors d’une visite au Mauritshuis à La Haye.

     

    peinture, vermeer, national gallery,

    Johannes Vermeer – La jeune fille au chapeau rouge, 1667, National Gallery of Art, Washington

     

         Ma première impression, devant l’aspect du vêtement et l’étonnant chapeau rouge, est qu’il s’agit d’un jeune homme adolescent. Un regard plus inquisiteur ne peut tromper sur le sexe du personnage : un doux visage au regard curieux, des lèvres entrouvertes qui rappellent la bouche humide de La jeune fille à la perle, une boucle sous le lobe de l’oreille dans l’ombre des cheveux qui paraissent frisés.

         Nul doute, il s’agit bien d’une jeune fille, pensai-je ! Le génie du maître de Delft explosait dans cette peinture exceptionnelle de talent et de sensibilité. Je savais que certains historiens d’art, encore de nos jours, contestaient la paternité de l’oeuvre à Vermeer. Ma conviction intime est faite : seul Vermeer avait pu réaliser ce petit bijou.

         La technique est semblable aux tableaux de l'artiste peints à partir du milieu des années peinture, vermeer, national gallery, 1660 : légères touches de peinture transparente très diluée en glacis recouvrant de minces couches de pigments colorés plus opaques. Le résultat est lumineux…

     

     

     

     

     

     

     

     

     

         Je remarque qu’un homme est installé à mes côtés et examine le tableau silencieusement.

         - Dire qu’elle a failli ne pas être attribué à Vermeer, lui dis-je en souriant ! Difficile de ne pas reconnaître la patte de l’artiste… Tout le talent du peintre est condensé dans ce petit portrait.

         L’homme était décomposé.

         - Ce peintre est un diable qui nous enserre dans ses griffes et ne nous lâche plus. Il utilise la technique des futurs « impressionnistes »... la lumière est disséminée sur toute la toile... mais il est meilleur qu’eux…

         Inconsciemment, il saisit mon bras et lance fougueusement :

         - Tout est admirablement peint : ce saisissant contraste de rouge vif et de bleu froid… les reflets subtils renvoyés par l’étrange chapeau à plumes rouge orangé en forme d’aile empourprant de flammèches les joues de la jeune fille… ce blanc éclatant sous le menton… tous ces rehauts clairs, virgules posées sur la robe, le chapeau et la tête de lion tout en bas… Vermeer est un magicien !

         Des gouttes de rosée étaient déposées sur la bouche et la pointe du nez. En m'approchant, je distinguai une minuscule tête d’épingle vert clair éveillant la pupille de l’œil droit. Jugeant sans doute que l’effet n’était peinture, vermeer, national gallery, pas suffisamment fort, en plein milieu de la toile, l’artiste avait brossé vigoureusement en pâte d’un blanc pur le plastron sous le menton de la femme, l’éclairant fortement et animant son visage. Vincent Van Gogh et ses pâtes épaisses écrasées puissamment aurait aimé ce travail, pensai-je…

     

     

     

     

     

         La fascination s’était installée dans le regard de mon voisin. Il va avoir du mal à s’en remettre, pensai-je, heureux pour lui.

         Troublé, je le laissai en pleine méditation et m'éloignai.

     

     

  • Johannes Vermeer : La jeune fille à la perle, 1665, Mauritshuis, La Haye

     

    BONNE ANNÉE - HAPPY NEW YEAR 

      

         Ce tableau est l’un des plus célèbre au monde. A l’aube de cette nouvelle année 2015, j’ai pensé que la vision du regard chaleureux et pur de cette jeune fille vous apporterait un de ces petits moments de bonheur qui donnent un sens à la vie.

    This painting is one of the most famous in the world. At the dawn of this new year 2015, I thought that the vision of pure and warm look of that young girl would bring you one of those small moments of happiness that give meaning to life. (for Facebook readers)

     

    Lire la suite

  • L'OBSESSION VERMEER - 16. Johannes

     

     

    Je souhaite une excellente année 2012 à tous les lecteurs connus et inconnus qui me font le plaisir de visiter ce blog.

     

     

    Suite… et fin…

     

    Samedi 18 mai - 10 heures.

     

          Le soleil éclaire l’angle Est de la Nieuwe Kerk et le profil barbichu de la statue d’Hugo Grotius. Je viens de laisser Flo sur la place du marché de Delft. Je ne m’inquiète pas pour elle, sa matinée sera vite remplie et je la retrouverai toute pimpante à l’heure du déjeuner.

          Que fait Gert notre ami néerlandais en ce moment ? Nous l’avons quitté dans la tristesse ce matin à Amsterdam. Il partait vers Haarlem. Flo, les yeux humides, l’embrassa chaleureusement. Nous avons passé une merveilleuse journée, hier, avec lui. Il est invité à venir nous rendre visite, sans faute, dès son prochain voyage professionnel en France.

          Une sorte de fébrilité sereine m’habite. J’ai confiance…

          J’avais besoin d’être seul pour cet ultime rencontre avec Johannes. Je l’appelle par son prénom car il ne s’agit plus du peintre célèbre universellement apprécié, mais de l’homme qui perturbe mon intimité depuis ma balade un jour frileux de novembre dernier au Louvre.

          Cette fois, on va s’expliquer face à face, sans détours. Depuis notre arrivée sur cette place, je sens sa présence non loin de moi. Je sais de quel côté il faut aller. J’ai décidé de suivre un itinéraire court, celui où il vécut si intensément autrefois.

          Je m’engage dans la ruelle qui mène vers le Voldersgracht et m’arrête entre les deux maisons qui forment un angle de part et d’autre sur la place du marché. Je me trouve à l’emplacement où s’élevait autrefois l’auberge Mechelen. C’était l’un des bâtiments les plus importants de la place à cette époque. Je lève la tête. Sur le côté d’une des maisons, à mi-hauteur, une plaque indique en néerlandais : « Ici s’élevait la maison Mechelen où vécut l’artiste Jan Vermeer ».

     

    peinture,vermeer,delft

    Delft - Photo moderne de la place du marché avec introduction de l’ancienne auberge Mechelen

     

          Immobile devant le fantôme de l’auberge, je me laisse envahir d’images variées accompagnées d’échos sonores d’une ambiance à jamais éteinte : une grande salle enfumée, quelques tables, des bancs. Des personnages bruyants ripaillent et boivent. Certains jouent d’un instrument. Un fêtard allume sa longue pipe en plaisantant avec un marchand éméché accoudé devant une pinte de bière. Dans un coin, une femme conte des histoires entourée de gamins attentifs. Il y a même des artistes ! Un jeune homme assis regarde avec attention une toile que lui présente un homme au large chapeau légèrement plus âgé. Celui-ci ressemble au peintre Carel Fabritius dont j’ai déjà vu un autoportrait ?

          Des résonances joviales de l’auberge m’accompagnent encore en passant le pont qui enjambe le canal Voldersgracht. J’imagine les nombreux peintres qui empruntèrent ce canal pour se rendre à la Guilde de Saint-Luc dont Johannes fut le doyen à 31 ans et 38 ans. Rien que des grands, les tous meilleurs artistes de l’époque si l’on excepte Rembrandt et Hals qui n’habitèrent jamais à Delft : Ter Borch, De Witte, De Hooch, Steen, Fabritius, Houckgeest, Dou. Du beau monde !

          peinture,delft,oude delftJe remonte le canal en sens inverse. Je renifle un discret parfum mixé d’un vague relent d’huile de lin... Les maisons ont carrément les pieds dans l’eau. Je tourne sur la droite dans le canal Hippolytusbuurt et allonge le pas en suivant sa rive gauche, en direction de l’ancienne église.

          Je voulais retrouver l’Oude Kerk une dernière fois. Je viens, en moins d’une heure, sur une distance d’à peine cinq cents mètres à vol d’oiseau, de parcourir les lieux qui jalonnèrent la courte existence de Johannes, de sa naissance à sa tombe située à l’intérieur de cette ancienne église. Debout devant l'édifice, la curieuse petite statue encapuchonnée, fixe toujours obstinément le ciel dans une énième prière…

          L’odeur d’huile de lin se précise… Je laisse l’église derrière moi sans y entrer et redescends la rive droite du canal de l’Oude Delft. J’ai beaucoup apprécié hier, avec Gert, le calme et la beauté tranquille de ses berges ombragées.

          Je marche plus lentement. Johannes connaissait toutes ces maisons anciennes dont plusieurs ont certainement gardé le souvenir de ce curieux personnage qui descendait parfois, lourdement chargé de son chevalet et de ses accessoires de peintre, vers le canal de la Schie pour peindre sa Vue de Delft désormais sans vie.

          Je m’arrête un court instant devant la petite maison à la porte d’entrée bleutée où Pieter de Hooch vécut et peignit ces scènes de vie quotidienne dans des familles bourgeoises, avec des cours intérieures traversées de soleil. De nos jours, ses toiles sont presque autant appréciées que celles de Johannes, pensai-je.

          Je traverse le Boterbrug, le pont le plus long de Delft, pour emprunter la partie gauche du canal. Je continue d’un pas souple amorti par l’herbe de la berge jusqu’à l’avant-dernier enjambement sur l’Oude Delft.

     

          Inutile d’aller plus loin !

     

          Assis dans l’herbe près du bord, j’attends… Un petit bateau empli de touristes glisse vers moi et enfile l’arcade ombrée du pont étroit sur ma gauche. L’eau calme se morcelle en une multitude de vaguelettes irisées qui viennent s’écraser à quelques centimètres de mes pieds. Un étrange silence s’installe. Je suis seul face à l’onde liquide qui retrouve peu à peu ses couleurs qui s’étaient dispersées un court instant.

          J’observe les brillances impressionnistes qui parcourent l’eau du canal. Les arbres printaniers allongent leurs rameaux difformes dans le miroir bleu foncé renvoyé par le ciel. Sur la gauche, près du pont, une toiture orangée, empourprée de soleil, égaye l’ombre glauque des maisons brunes crénelées aux reflets brouillés.

          Une palette naturelle s’étale devant moi. De-ci de-là, des éclats colorés clignotent. Ce sont les mêmes que j’avais observés sur la coque granuleuse du bateau accosté à l’ombre de la porte de Rotterdam dans La vue de Delft ? Le jaune… Le bleu…

     

          Cette quiétude est impressionnante.

          Mon regard fouille le liquide et le pénètre en profondeur. Je cligne des yeux. Dans lepeinture,vermeer,delft scintillement vaporeux, imperceptiblement, des traits se dessinent. Une vague ébauche de visage… L’expression se précise. Je scrute l’eau nerveusement… La dentellière !… Elle a laissé son ouvrage et me regarde. Ses yeux sont striés par le reflet d’une branche d’arbre. Elle a le même regard accueillant qu’à Paris, peu avant Noël, quand elle m’apparut radieuse lorsque j’attendais devant le Musée d’Art Moderne le jour de l’exposition Chagall : elle me tendait une main que je n’osais toucher...

          Le charme est intact. Ses cheveux sont toujours assemblés par un élégant chignon discipliné sur le sommet du crâne. Des touffes bouclées s’échappent de chaque côté du visage. Je vais me laisser séduire une fois de plus lorsque je m’aperçois que la coiffure de la jeune femme est en train de se modifier. Le chignon et les tresses se dénouent. La chevelure s’épaissit et s’allonge librement, sans contrainte, légèrement ondulée.

          peinture,vermeer,delftProgressivement, l’apparence d’un homme remplace le fin minois. Instantanément, je reconnais le jeune homme souriant, un brin moqueur, qui se tenait sur la gauche dans L’entremetteuse, celui qui se réjouissait ouvertement de la scène galante qui se déroulait devant lui : Johannes Vermeer…

          Il me dévisage. Il paraît heureux de me voir. Son regard exprime une grande tendresse. Je perçois en lui la même sensibilité épanouie que La dentellière dont le visage s’est dissout dans le sien. Une grande force se dégage des prunelles pétillantes. Cette force me pénètre. Sa bouche esquisse des paroles que je m’efforce de comprendre. Deux mots ?… : « Je… ». Il insiste : « Je … t’aime. » Je devine plus que je n’entends les paroles. Il répète à nouveau : « Je… t’aime. »

          Les mots raisonnent longuement dans ma tête avant que je ne réalise ce qui m’arrive. Une grande chaleur m’envahit. Je suis réellement troublé. Cet homme vieux de plus de trois siècles m’envoie, en français, des mots d’amour ? Je voudrais lui retourner les mêmes mots, dire quelque chose, mais l’émotion est trop forte.

          Brusquement, son image devient floue. Je n’avais pas entendu le bruissement du bateau qui s’avançait. Sa pointe traversa le masque de Johannes et glissa imperturbablement de toute sa longueur sur son beau visage. Lorsque le bateau disparut, le canal avait retrouvé ses reflets habituels. Johannes n’était plus là. Effacé…

     

          J’étais comme pétrifié sur place. Dans l’apparition fugace qui venait de disparaître, dans ce bref échange, tout ce que je cherchais depuis des mois se précisait. Le message…

          Le soleil de cette fin de matinée m’arrivait pleine face sans me gêner. Les pensées se bousculaient dans ma tête. La signification du message m’apparaissait peu à peu. Je revoyais les visages transfigurés, jeudi, au Mauritshuis, de tous ces gens qui cherchaient une explication. Comme moi, ils avaient été fascinés par cette peinture. Elle les pénétrait.

          J’avais enquêté, cherché très loin dans la vie de l’artiste, ses habitudes, sa façon de peindre. C’était inutile. Sa peinture n’était que l’expression visuelle de ce qu’il était lui-même. Le message de cet homme était un simple message d’amour. L’amour de l’art certainement, mais pas seulement…

                                   

                                       peinture,vermeer                                                               peinture,vermeer

     

          Il suffisait d’ouvrir les yeux ! Je regardais sa peinture sans la voir... Tous les tableaux de Johannes expriment la tendresse : La femme en bleu lisant la lettre de son amant ; La jeune femme à l’aiguière, rêveuse dans un filet de lumière ; et cette jeune femme inquiète de La lettre d’amour s’interrogeant sur le contenu incertain d’un billet ; ou La femme à la balance, recueillie, portant l’enfant espéré. Même La laitière, cette humble servante, est transformée par Johannes, pour un instant, en princesse. Que dire de La jeune fille à la perle au visage si pur. Johannes peignait son propre bonheur... 

             

                        peinture,vermeer,                             peinture,vermeer,                              peinture,vermeer,

        

           Il faisait chaud maintenant. Un avion, très haut dans le ciel, avançait tout droit perpendiculairement au canal. Une longue traînée blanche découpait l’azur en deux parties presque égales. Avais-je rêvé ? Tout s’était déroulé si vite : la dentellière… Johannes…  Je restais là, assis les jambes pendantes le long de la berge, désorienté.

          Plein de choses s’agitaient dans mon corps. Une pensée s’imposait peu à peu dans mon esprit, oppressante… Très loin en moi, à un endroit inconnu dont mon être conscient n’avait plus souvenance, la peinture et l’image de Johannes étaient entrées en résonance avec une émotion, une douleur lointaine qui ne s’exprimait pas… Les mots d’amour qu’il venait de m’envoyer avaient fait mouche en touchant un point sensible, une plaie non refermée. Le secret, ce n’était pas Johannes qui le détenait, mais moi !

          Des souvenirs anciens remontaient… La photo…

          La photo jaunie par le temps… celle que j’avais punaisée au mur à côté de « Jojo » l’ordinateur : mon père, superbe dans son costume de marié, souriait tendrement à la jolie jeune fille avec laquelle il venait de s’unir. Un petit bouquet de violettes à la main, elle le dévisageait amoureusement. Son regard était pur, plein d’espoir dans un avenir radieux…

          Je n’avais pas deux ans quand il partit un jour, sans laisser d’adresse. J’étais rejeté, ignoré… J’avais besoin de sa force, de sa chaleur ! Ma mère avait fait ce qu’elle avait pu. Durant toute ma jeunesse, je l’avais oublié, balayé, rayé de ma vie, comme s’il n’avait jamais existé.

          Bien des années plus tard, j’appris sa mort par hasard. Je partis vers cette région de Bretagne où sa vie s’était arrêtée. Quelle tristesse cette petite croix délavée par les embruns, plantée sur un monticule de sable dans ce cimetière aux odeurs marines ! Mon nom de famille était inscrit en lettres gothiques vertes en travers de la croix. Ce jour-là, je n’avais ressenti aucune émotion… Il ne m’avait rien laissé dans le studio qu’il avait occupé. Pas même une simple lettre indiquant son regret, les raisons de tout ça. J’aurais certainement compris. Sûr que j’aurais pardonné !

          Trop tard, papa ! Quel gâchis !

          Une larme descend lentement le long de ma joue et humecte mon cou… Je n’ai pas souvenance d’avoir pleuré étant jeune ? Un garçon ne pleure pas !

          La traînée blanche dans le ciel avait disparu. La bouche grande ouverte comme une carpe, je respirais par saccade. Une joie diffuse m’envahissait. Le visage du peintre, effacé quelques instants plus tôt dans le canal, m’emplissait.

          Je fouille dans mon sac pour prendre le carnet qui ne me quitte jamais. J’y avais noté la phrase de l’historien d’art français Elie Faure concernant l’homme Vermeer : « Cet homme qui est le plus grand maître de la matière peinte, n’a aucune imagination. Il n’a pas de désirs allant au-delà de ce que sa main peut toucher. Il a accepté la vie totalement. Il la constate. Il n’a rien interposé entre lui et elle, il se borne à lui restituer le maximum d’éclat, d’intensité ». Je rajoutai, en écrasant mon stylo feutre noir sur le papier, le mot « amour » en gros caractères à la suite de la phrase.

     

          Je tente de remuer mes jambes qui commencent à s’ankyloser. Je respire mieux. Ma cage thoracique s’ouvre et aspire l’air goulûment. Je fais quelques bruits de gorge. Le son de ma voix s’est éclairci, libéré.

          Je m’ébroue comme un jeune poulain malhabile. Flo allait bien rire quand j’allais lui raconter cette rencontre amoureuse avec un homme d’un autre temps.

          Mon séjour hollandais est terminé. Une dernière fois, j’examine l’eau chatoyante du canal redevenue sereine.

          Je prends la première rue sur ma gauche en direction de la place du marché. Je me sens léger. Je peux repartir en France dans l’après-midi, sans amertume. Je vais pouvoir refermer définitivement mon carnet d’enquêteur.

          Au loin, j’aperçois Flo m’attendant sous la statue d’Hugo Grotius. Elle m'aperçoit et me sourit.

          Je lui envoie de grands gestes joyeux de la main.

      

                                                                                                       F I N

     

     

     

    1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre   12. Les femmes de Johannes   13. Gert    14. La petite Amsterdam   15. Une plaque gravée   16. Johannes