
Vincent Van Gogh - Sorrow, 1882, The New Art Gallery, Walsall, Angleterre
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Vincent Van Gogh - Sorrow, 1882, The New Art Gallery, Walsall, Angleterre

Quel plaisir de retrouver, après « Lumière », un deuxième roman de Christelle Saïani !
Le style est le même. Seules quelques années de plus l’ont affiné. Je me suis laissé couler dans les mots, cette écriture bien huilée, solidement construite, directe, efficace, des adjectifs qui claquent, des phrases malaxées, triturées, une sensualité débordante.
Pourquoi ai-je pensé à Guy de Maupassant, mon écrivain préféré ? Le même réalisme sobre, détails simples, précis, descriptions pittoresques, intensité narrative. Une vie.

Mon ressenti récent sur le recueil poétique de Marl'Aime publié sur le site de Babelio
« Mon incompréhension du monde actuel s'accroît sans répit ainsi que mes doutes à nous voir parvenir à réprimer les flots de ces penchants criminels, intégristes, vénaux, irrespectueux ou simplement stupides qui le polluent au quotidien. Cependant, je demeure combative car je peux désormais d'un revers de plume expulser ma révolte, faire levier de mes mots afin de libérer la pression sur mon coeur. »
Voilà ce qu'écrit en guise de présentation de son recueil, Marlène Martinvalet dont le nom de plume est Marl'Aime.
J'ai pensé au poète Stéphane Mallarmé en lisant. Comme celle de Mallarmé, la poésie de Marl'Aime est moderne, brillante, technique, intelligente. Elle aime nous faire découvrir des mots rares, pour la rime, le coup de coeur, mais aussi pour leur musicalité, leur esthétique.
Certains poèmes m'ont été énigmatiques, leur langage résistant à la raison de ceux que je lis habituellement. Toutefois, j'ai senti dans ces quatrains et autres sonnets somptueusement écrits, une vibration dans les phrases, un gros travail de recherche dans la syntaxe et les mots qui m'ont laissé admiratif.
J'ai beaucoup aimé en début de recueil un poème consacré à son papa mort jeune alors qu'elle était une petite fille :
« Rien ne sert de maudire à grands flots cette année
Qui me priva si jeune, éclipse instantanée,
Du géniteur soleil par lequel je suis née
Peu me chaut de savoir en fait lequel appât
De mes filets d'amour hier la mort happa
Afin de t'éloigner, tu vis en moi, Papa. »
Les lecteurs vont se faire une idée dans quelques extraits de poèmes du talent si particulier de l'auteure. Elle nous fait partager ses élans d'espoir et de révolte : « le temps que dure ici notre humain ministère /Chacun de nous met mal ou bien sur sa balance /Des droits que lui prescrit son propre baptistère (chapelle) /Mais il en recevra du ciel l'équivalence ! ».
Les maux de ce monde sont son combat : intolérance, violence, bassesse, victimes innocentes, injustice, misère. Sa plume se veut un remède au désespoir qui pourrait l'atteindre :
« Mon dieu je t'en supplie allège ma tristesse,
Devant ces miséreux lentement je me meurs,
Car cette déchéance étouffe mes humeurs,
Donne-moi le pouvoir d'écrire avec justesse ! »
La politique la révolte : « La droite ou la gauche on cesse d'y croire, /Pleine est la coupe à cortex cérébral, /De cette Chienlit d'ordre électoral /A coup de serments d'éden illusoire. »
Comment ne pas adhérer à une pensée exprimée avec cette force poétique ? : « Mais la plus belle chose à laquelle je tiens, /Pouvant réconcilier musulmans et chrétiens, /Jeunes et plus âgés, ou même d'avantage, /La chose qui m'émeut en doux pleurs triomphants, / Sans hésitation, c'est d'en faire partage, /Et de voir se transmettre un savoir aux enfants. »
En humaniste, elle s'interroge sur l'avenir de l'homme :
« Sortirons-nous grandis en combattant nos failles !
Celles qui font le nid où s'éveillent les maux
Lors ma muse surgit pour m'insuffler les mots…
Sortirons-nous grandis en combattant nos failles ? »
À la fin du recueil, j'ai eu une dernière pensée pour Stéphane Mallarmé. Il disait que le poète doit « Tout reprendre à la musique », « Peindre non la chose, mais l'effet qu'elle produit », et « Laisser l'initiative aux mots ». Il avançait qu'il ne fallait pas nécessairement vouloir comprendre la poésie, au sens de son intelligibilité, mais l'éprouver comme une véritable jouissance simplement sensible, musicale et plastique. Une anecdote se rapporte à son ami le peintre Edgar Degas qui se plaignait devant lui de ne pas réussir à écrire des poèmes alors que, disait-il, il avait « beaucoup d'idées ». Mallarmé lui aurait répondu : « Mais mon cher Degas, ce n'est pas avec des idées que l'on fait les poèmes, c'est avec des mots ».
Le style et la recherche poétiques de Marl'Aime m'ont paru proche de ce poète du 19e.
Venu récemment en poésie, je ne peux que me fier à mes sensations. C'est la première fois que je lis une poésie aussi originale, jonglant avec les mots, parfois hermétique, intellectuelle jusqu'au bout des ongles. L'auteure nous livre ses sentiments, les met à nu sans chercher à plaire.
« du sonnet au lai mon coeur est ivre,
Et pour l'art d'un haïku
Leste au Kaizen ma muse se livre,
Il me reste moins de temps à vivre
Que je n'ai vécu.
"Kaizen : processus d'amélioration continue
Merci Marl'Aime

Parme Ceriset n’en finit pas de m’étonner. Son dernier recueil « Boire la lumière à la source » était légèreté, renaissance. Elle jouissait de sa nouvelle vie après avoir connu les affres de cette maladie qui, il y a quelques années, faillit la détruire. Elle semblait heureuse, écrivait des poèmes rafraichissants, son aventure de vie la conduisait au gré de ses envies et plaisirs.

Je lis la quatrième de couverture de ce dernier recueil : elle parle « d’ambiance incandescente ». Je feuillète les premiers poèmes. Les mots qui, dans le précédent recueil, célébraient la vie retrouvée, devenaient, cette fois, durs, agressifs. « La beauté de l’éphémère », « l’éclat limpide des cieux » se transformait en explosion, combat : un « vent glacé qui emporte tout ».

Rembrandt – Bethsabée au bain, 1654, Louvre
« On ne peut voir un Rembrandt sans croire en Dieu », écrit Vincent Van Gogh à son frère Théo.
Historienne de l’art et conférencière des Musées Nationaux, Marie-Laure Ruiz-Maugis est fascinée depuis longtemps par la grande toile « Bethsabée au bain tenant la lettre de David » que l’on découvre au Louvre dans la salle unique destinée aux œuvres de Rembrandt. Après avoir participé en 2005 à un documentaire télévisé sur « Les héroïnes de la Bible dans la peinture », elle a attendu la restauration récente de la toile pour écrire ce petit essai « Rembrandt et Bethsabée », interprétation personnelle sur le tableau de Rembrandt dans l’histoire de l’art :
https://editionsmacenta.fr/


Claude Monet - Femmes au jardin (détail), 1867, Musée d'Orsay, Paris
Vous partez peut-être pour des vacances bien méritées dans les jours ou les semaines qui viennent.
Claude est heureux de vous faire savoir que la récente biographie d’Alain Yvars « Camille muse de CLAUDE MONET – Naissance de l’impressionnisme », publiée chez BOD, est enfin disponible avec retard chez tous les libraires physiques et numériques.
Pour les peintres impressionnistes, le seul maître était la nature. Aurez-vous l'occasion, comme eux, en observant un paysage, de discerner la lumière changeante modifiant les couleurs au fil de la journée, la sensation fugitive et éphémère des choses ?
Excellentes vacances à tous les lecteurs.

Une biographie romancée « Camille muse de CLAUDE MONET - Naissance de l'impressionnisme » illustrée sur papier photo de nombreux tableaux obtenus auprès des grands musées mondiaux vient de rejoindre mes deux précédents recueils de nouvelles « Deux petits tableaux » et « Conter la peinture ».
EXTRAIT DE L’INTRODUCTION DU LIVRE
Elle était si jolie, Camille…
Durant près de quinze années, elle n’a été qu’une silhouette, une passante qui va activer le paysage du couple qu’elle formait avec Claude Monet, le chef de file du groupe des peintres impressionnistes qui avaient, au 19e, la lumière comme unique religion. On retrouve la jeune femme dans de très nombreuses toiles : elle marche, lit, cueille quelques fleurs, sourit à l’homme qu’elle aime, endosse des robes de femmes du monde, parfois des costumes extravagants. Elle est le modèle, la compagne, la mère, la muse…
La multitude de tableaux faits par Claude Monet de sa compagne intrigue. Il la peignait sous tous les angles, à tout moment, la traquant dans ses moments de solitude rêveuse. Cette gracieuse figure, au regard un peu triste, est touchante. Sur les toiles amoureusement peintes par Monet, son apparence, ses sourires, ses poses, figées ou en mouvement, quelques gestes, nous content la femme qu’elle était, plus que de banales correspondances.
Au-delà des documents restants sur elle, le regard pictural de Monet sur sa muse a été le support essentiel de ma réflexion et a donné chair à cette biographie romancée d’un couple indissociable.
Je souhaite vous faire entrer dans l’intimité du couple Camille et Claude Monet. Camille va y trouver sa place, exister, participer à l’ascension de son génial mari. Ils vont vivre ensemble les moments forts, laborieux, miséreux parfois, de l’avènement de l’impressionnisme cette nouvelle vision de l’art qui va révolutionner la peinture académique.
Nombre des toiles de Claude Monet de cette période, celle que je préfère du peintre, dans lesquels sa femme est représentée sont des chefs-d’œuvre. Après sa mort, il ne peindra jamais plus de personnage avec le même intérêt, le même plaisir, le même amour. Plus tard, les personnages insérés dans ses toiles ne sembleront servir que de contrepoint à son travail entièrement tourné vers le paysage. Le sourire de Camille surgira parfois, inattendu, dans une touche de lumière.
(Ces chefs-d’œuvre sont montrés en HD dans mon livre)
HISTOIRE VRAIE DE MA VISITE À VÉTHEUIL
J’ai toujours en tête le jour où je suis allé à Vétheuil, petite commune près de Paris. La tombe de Camille était dans le petit cimetière derrière l'église. Devant moi, l’image de la pierre tombale grisâtre se diluait. L’émotion… Des teintes m’apparaissaient sous la forme d’une jeune femme aux traits fins, silhouette gracieuse flottant dans les hautes herbes d’un champ de Coquelicots, changeant de robes comme de personnages dans Femmes au jardin, assise sur la Plage de Trouville, apparition ascendante dans La Femme à l’ombrelle ou grimaçante habillée en Japonaise.
https://www.bod.fr/librairie/camille-muse-de-claude-monet-alain-yvars-9782322474691
Claude Monet – Femmes au jardin, 1866, musée d’Orsay, Paris

Jean-Honoré Fragonard - Les Débuts du modèle, 1769, musée Jacquemart André, Paris
« Les débuts du modèle ». Qui connait cette œuvre de Jean-Honoré Fragonard qui passe souvent inaperçue, accrochée dans une des petites pièces du charmant musée Jacquemart-André à Paris ?
Lorsque je visite le musée, je m’arrête invariablement devant cette petite toile qui m’amuse et me réjouit. Il se trouve qu’elle figure sur la première page du catalogue de l’exposition Fragonard qui se tint en 2007 dans ce musée : un bel hommage au peintre qui a si brillamment illustré les plaisirs de son siècle : plaisirs galants et coquins dans la pénombre des bois ou parcs, plaisirs champêtres, mais aussi plaisirs littéraires et artistiques.
Tout ce qui fait le génie du peintre est contenu dans ce tableau présentée dans un cadre ovale. La subtilité dans le jeu des regards et des mouvements des personnages ne prête guère à confusion : une mère, ou une maquerelle, vante d’un regard interrogateur les charmes de sa fille, modèle débutante, en dévoilant ses seins à un peintre appuyé nonchalamment contre un meuble face aux deux femmes. La jeune fille fait mine de résister. Une feinte de résignation se lit dans son expression. Cela ne semble pas suffire à l’artiste puisqu’il tente, avec un bâton, de relever le jupon de la belle.
Le baron Portalis, l’un des meilleurs connaisseurs de l’artiste, ne manquait pas de souligner le brio de l’exécution de ce tableau : « Imaginez tout ce que vous pouvez rêver de plus blond, de plus rose, de plus clair ; pétrissez ces tons avec esprit, mais avec l’esprit inimitable du maître, et vous aurez l’impression ressentie. Le pinceau glisse sans appuyer sur les roses éteints du déshabillé d’atelier d’un jeune peintre occupé à soulever, du bout de son appuie-main, les derniers voiles de son modèle ».
À ses débuts, Fragonard peignait les mêmes tableaux académiques d’histoire ou religieux que ses contemporains. En 1767, il a 35 ans, il se détourne du grand genre et décide d’orienter sa peinture vers les scènes de libertinage qui lui assurent le succès à la cour de Louis XV. Avec ses contemporains Boucher et Watteau, il est le plus bel interprète du plaisir de vivre montrant des personnages de la haute société s’adonnant au badinage et scènes galantes. Son maître en libertinage était un écrivain : La Fontaine.
La centaine d’œuvres présentes dans l’exposition met en lumière la diversité dans le travail de ce peintre aux couleurs vives ainsi que la culture de ce temps aux mœurs légères. Le catalogue nous présente de splendides reproductions, en particulier la commande au peintre de la comtesse Du Barry montrant les progrès de l’amour dans le cœur d’une jeune fille : la poursuite, la surprise, la rencontre.
La légèreté de la toile « L’escarpolette » donne un aspect licencieux à l’image d’une jeune fille se balançant sous le regard extasié d’un jeune homme contemplant ses jupons.

Jean-Honoré Fragonard – L’Escarpolette, 1767, The Wallace Collection, Londres
J’ai retrouvé dans ce portraitiste de génie qu’était Fragonard son style d’un grand modernisme qui est sa qualité essentielle : touche nerveuse, brossée énergiquement, d’un jet. Ces portraits me font souvent penser à la virtuosité du hollandais Frans Hals, un siècle plus tôt, dont Van Gogh disait : « Peindre d’un seul coup, autant que possible, en une fois ! Quel plaisir de voir ainsi un Frans Hals ! »

Jean-Honoré Fragonard – Le Philosophe, 1764, Kunsthalle, Hambourg

Philipp Alexius de Laszlo - La comtesse Anna de Noailles, 1913, musée d’Orsay, Paris
Plus petit ? Difficile ! Se glisse dans une poche de jeans ? Sans aucun problème ! S’instruire en se promenant en forêt ? Sans aucun doute ! Découvrir des poétesses françaises oubliées ? Oui, nombreuses, du Moyen âge au 21e siècle dans cette "Petite Anthologie des Poétesses Françaises" !
À travers les siècles, la poésie et l’art ont été constamment réservés aux hommes.
Les poétesses ont été redécouvertes progressivement au 19e siècle. Pourtant elles étaient nombreuses, mais leur talent était peu reconnu, la société n’étant pas disposée à laisser une place à leur sensibilité, leur point de vue sur l’amour, le désir, la vieillesse, la mort, tout simplement la vie.
J’ai aimé ce petit livre qui a permis de sortir de l’oubli plusieurs poétesses de talent. La plupart m’étaient inconnues. J’ai découvert leurs voix et leurs vers. Ce sont le plus souvent des poèmes d’amour. Certaines m’étaient déjà familières : Marceline Desbordes-Valmore, Anne de Noailles. Je vous en donne quelques extraits :
La critique de mon recueil « Deux petits tableaux » par mon amie Maryna m’a
fait particulièrement plaisir, car elle parle des reproductions de tableaux insérées dans mes recueils. La vision de ces reproductions est aussi importante que mes textes afin que le lecteur puisse faire connaissance en mots et en images avec les œuvres des artistes qui ont fait l’histoire de l’art.
J’obtiens ces tableaux en téléchargement libre auprès des grands musées mondiaux, essentiellement les musées américains. Malheureusement, la plupart des musées européens, dont la France, ne permettent toujours pas l’accès de leurs images pour publication sans paiement.

Jen Steen -La mangeuse d'huitres, 1658, Mauritshuis, La Haye
Une jeune femme nous regarde avec coquetterie, tout en préparant une huître. Les huîtres étaient connues pour être aphrodisiaques et cette jeune femme semble offrir davantage qu’un excellent mets.
Cette servante aurait très bien pu être celle dont parle Rimbaud dans « La Maline »
Dans la salle à manger brune, que parfumait
Une odeur de vernis et de fruits, à mon aise
Je ramassais un plat de je ne sais quel met
Belge, et je m’épatais dans mon immense chaise.
En mangeant, j’écoutais l’horloge, – heureux et coi.
La cuisine s’ouvrit avec une bouffée,
– Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coiffée
Et, tout en promenant son petit doigt tremblant
Sur sa joue, un velours de pêche rose et blanc,
En faisant, de sa lèvre enfantine, une moue,
Elle arrangeait les plats, près de moi, pour m’aiser ;
– Puis, comme ça, – bien sûr, pour avoir un baiser, –
Tout bas : « Sens donc, j’ai pris ‘une’ froid sur la joue… »
Arthur Rimbaud, Poésies