Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Mémoires de guinguettes

 

peinture, Marne, guinguettes, musette, Seine, musique

Jules Scalbert – Bords de Marne, 1908

 

 

 

     Pour mon dernier article de l’été, je vous offre un petit rafraichissement sur un air d’accordéon.

 

 

 

Livre Mémoires de Guinguettes – Francis Dauby, Sophie Orivel, Martin Pénet

 

 

« Le musette est l’âme des guinguettes. Il ne faut pas confondre guinguettes et goguettes, sociétés chantantes ouvrières et revendicatrices nées au cours de l’avant-dernier siècle. Ce qui n’empêche pas d’être en goguette dans une guinguette, où l’on servait autrefois le « guinguet » que l’on qualifiait ainsi : vin tellement aigre qu’il fait danser les chèvres ».

 

 

Un art de vivre typiquement français, un air d’accordéon, des lampions la nuit, des rires et des chansons. Tout au long de ce livre on les imagine ces guinguettes : « les guinguettes n’ont pas d’histoires, elles n’ont que des histoires ».

 

Vers la moitié du 19e siècle, progressivement, les guinguettes parisiennes, genre de cabarets dansant, vont s’éloigner de la capitale. Avec les nouvelles facilités de déplacement, les parisiens découvrent de nouveaux loisirs. Sur les bords de Seine, de l’Oise, et de Marne, la baignade, les fêtes nautiques et le canotage vont devenir des éléments indispensables de la sortie du dimanche.

 

peinture, guinguettes, Marne, Seine, musique, canotage,

Antony Morlon – Les canotiers de la Seine, 1865

 

Tout le long de ces cours d’eau, de nombreuses guinguettes vont s’installer. Danse, ripailles et flirts se mélangent dans un rythme de polka très enlevé que de petits orchestres le plus souvent composés d’un piano, de violons et d’instruments à vent (piston ou clarinette), animent.

 

 

peinture,myranda

Miranda, illustrateur ; Yon, graveur – La Grenouillère, 1873, musée Fournaise, Chatou

 

Curieux établissement que les bains froids de la Grenouillère, un café-guinguette flottant installé sur l’île de Croissy, face à Bougival, dans une boucle de la Seine. Le nom de la Grenouillère ne venait pas de ces batraciens qui peuplaient la rivière ou les prés environnant. On appelait « grenouilles » des femmes légères, de petite vertu, libres, s’amourachant rapidement.

 

peinture,guinguettes

Danse : Le chahut dans une guinguette

 

Le dimanche soir on y dînait et dansait le quadrille ou la polka dans un joyeux désordre de groupes de canotiers qui venaient avec leurs compagnes habillées de robes courtes. Des filles au maquillage criard, le plus souvent des demi-mondaines ou des filles du peuple dévergondées, venaient se faire offrir un verre, voire plus… La soirée se terminait par cette nouvelle danse : le chahut. Un peu n’importe quoi : Les danseurs lançaient leurs jambes en avant, effectuaient des pirouettes, se saluaient, en totale liberté. Des femmes passaient, l’œil aguicheur. Un cancan endiablé s’invitait au final et la soirée se terminait autour d’une friture de goujons des bords de Seine arrosée de vin de chablis.

 

Des chansons comme la « Polka des canotières » fleurissent (extrait) :       

 

 Ohé ! Ohé ! Mes belles amoureuses

Surtout prenez garde à vous 

Les rameurs vous font les yeux doux.

Ohé ! Ohé ! Les ondes sont trompeuses 

Et la vertu dans un coup d’vent 

En canot chavire souvent.

 

Les écrivains s’inspirent de ces lieux de plaisir. Emile Zola dans « Au bonheur des dames » nous emmènera passer un dimanche à Joinville. Guy de Maupassant décrira merveilleusement ces guinguettes qu’il fréquentait assidument.

  

LA FEMME DE PAUL – Guy de Maupassant

 

Dans l’établissement flottant, c’était une cohue rieuse et hurlante. Les tables de bois, où les consommations répandues faisaient de minces ruisseaux poisseux, étaient couvertes de verres à moitié vides et entourées de gens à moitié gris. Toute cette foule criait, chantait, braillait. Les hommes, le chapeau en arrière, la face rougie, avec des yeux luisants d’ivrognes, s’agitaient en vociférant par un besoin de tapage naturel aux brutes. Les femmes, cherchant une proie pour le soir, se faisaient payer à boire en attendant ; et, dans l’espace libre entre les tables, dominait le public ordinaire du lieu, un bataillon de canotiers chahuteurs avec leurs compagnes en courte jupe de flanelle.

 

YVETTE – Guy de Maupassant

 

Ils l’aperçurent tout à coup. Un immense bateau, coiffé d’un toit, amarré contre la berge, portait un peuple de femelles et de mâles attablés et buvant ou bien debout, criant, chantant, gueulant, dansant, cabriolant au bruit d’un piano geignard, faux et vibrant comme un chaudron.

De grandes filles en cheveux roux, étalant, par devant et par derrière, la double provocation de leur gorge et de leur croupe, circulaient, l’œil accrochant, la lèvre rouge, aux trois quarts grises, des mots obscènes à la bouche.

D’autres dansaient éperdument en face de gaillards à moitié nus, vêtus d’une culotte de toile et d’un maillot de coton, et coiffés d’une toque de couleur, comme des jockeys.

Et tout cela exhalait une odeur de sueur et de poudre de riz, des émanations de parfumerie et d’aisselles.

 

 

Les peintres fréquentaient aussi beaucoup ces lieux de plaisir qui leur fournissaient de nombreux thèmes de tableaux. En 1880, Auguste Renoir peindra son « Déjeuner des Canotiers », et sa série des « Danses ». En 1869, avec son ami Claude Monet, ils planteront leurs chevalets devant la « Grenouillère » dont j’ai parlé plus haut et feront dans un style différent les premières toiles impressionnistes.

 

peinture,guinguettes,marne,seine,musique,canotage

Auguste Renoir – La Grenouillère, 1869, musée national, Stockholm

 

Avant 1906, il ne faut pas oublier qu’une partie de la population ne pouvait se joindre à la foule en liesse pour profiter de ces amusements : ceux qui travaillaient sept jours sur sept ! Il faut attendre le 13 juillet 1906 pour que soit votée la loi sur le repos hebdomadaire obligatoire le dimanche.

 

QUAND ON S’PROMÈNE AU BORD DE L’EAU (1936)

 

Valse Musette créée par Jean Gabin dans le film de Julien Duvivier « La Belle Équipe ».

Cette chanson, qui symbolise le mieux aujourd’hui l’échappée des guinguettes comme lieu de bonheur au moment de l’avènement du front populaire généralisant les congés payés, a curieusement connu un succès assez tardif.


Refrain

 

Quand on s’promène au bord de l’eau,

Comm’tout est beau…

Quel renouveau…

Paris au loin nous semble une prison,

On a le cœur plein de chansons.

L’odeur des fleurs

Nous met tout à l’envers

Et le bonheur

Nous saoule pour pas cher.

 

 

Les guinguettes perdureront jusque dans les années 1960. Avec le développement des voies de communications autoroutières, une urbanisation dévastatrice, la voiture devenant reine les parisiens s’éloignent des environs de la capitale. Progressivement, les guinguettes disparaissent avant les prémices d’un renouveau possible dont on parle aujourd’hui.

 

Si vous voulez retrouver des souvenirs anciens, revivre un monde de fêtes, d’eau et de musiques, vous entendre conter l’aventure trois fois centenaire des guinguettes, ce livre superbement documenté est fait pour vous.

 

 

     Excellentes vacances à tous.

 

 

Commentaires

  • bel article sur les guinguettes au temps des grenouillères!!!perso, j'aimais aller danser le cha cha cha chez MAX à côté de Gégène dans les années 50, cela changeait des "boums"!!j'habitais Vincennes , donc, à côté de Joinville le Pont pon pon!!! hihi Bonne vacances à toi - Bisous Fan

  • Coquine, Fan ! Tu reviendrais bien en arrière. Je sens que mon article t'as fait plaisir. J'en suis heureux.
    Bel été sous un air de cha cha cha.
    A bientôt.

  • Merci pour ce joli billet plein de souvenirs.
    J'ai beaucoup aimé retrouver certains des tableaux, en découvrir d'autres.
    Comme toujours, tout est intéressant.
    Passe un bel été, Alain. Merci pour tout.

  • Les guinguettes ont disparu, mais le souvenir demeure de cette période insouciante et joyeuse que Renoir a magnifiquement peinte dans ses "Danses". Comment mieux décrire ces lieux de débauche que les livres de Maupassant qui fréquentait assidument la maison Fournaise à Chatou pour le canotage.
    Profite de l'été pour te reposer, tu en as bien besoin.
    A bientôt.

  • Un article passionnant, et bien documentè, des lieux sans doute moins romantiques que le souvenir que les peintres ont bien voulu nous laisser

  • Ce n'était pas très romantique, Emma, mais en plein 19e siècle les gens découvraient, comme les peintres, les joies du plein air, de l'eau, du canotage, puis tous ces plaisirs un peu outranciers le soir dans ces guinguettes. Les mères prévenaient leurs filles d'éviter ces endroits mal fréquentés. Malgré tout l'attirance des jeunes filles pour ces lieux de débauche, un autre monde, l'emportait souvent. Renoir les recherchait comme modèle.
    Belle journée, Emma, et belles vacances.

  • Belle évocation de ces journées au bord de l'eau. Le film de Pialat "Van Gogh" reconstitue cette ambiance avec ses bons et ses mauvais côtés. Merci pour ce bel article.

  • Article très intéressant et bien illustré, Merci pour cette évocation d'une époque révolue, avec ses bons et ses mauvais côtés. Cela me fait penser au film de Pialat "Van Gogh" qui montre parfaitement l'ambiance festive des ces après-midis au bord de l'eau.

  • Le film de Pialat est le meilleur sur Van Gogh. Et Dutronc est étonnant de vérité. Les quelques guinguettes qui restent sur les bords de Marne ou de Seine sont bien tristes maintenant. On peut encore en visiter certaines comme la maison Fournaise à Chatou. Nostalgie...
    Merci de votre passage.
    Cordialement.

Écrire un commentaire

Optionnel