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Parme Ceriset sauvage et ardente

 

Parme Ceriset, éditions du Cygne, poésie

Parme Ceriset n’en finit pas de m’étonner. Son dernier recueil « Boire la lumière à la source » était légèreté, renaissance. Elle jouissait de sa nouvelle vie après avoir connu les affres de cette maladie qui, il y a quelques années, faillit la détruire. Elle semblait heureuse, écrivait des poèmes rafraichissants, son aventure de vie la conduisait au gré de ses envies et plaisirs.

Parme Ceriset, éditions du Cygne, poésie

Je lis la quatrième de couverture de ce dernier recueil : elle parle « d’ambiance incandescente ». Je feuillète les premiers poèmes. Les mots qui, dans le précédent recueil, célébraient la vie retrouvée, devenaient, cette fois, durs, agressifs. « La beauté de l’éphémère », « l’éclat limpide des cieux » se transformait en explosion, combat : un « vent glacé qui emporte tout ».

 

 

La femme se transforme en « Amazone », avançant dans la nuit profonde. Reprenant le poème de Rimbaud, une attaque va la laisser avec « deux trous rouges au côté droit ». Que se passe-t-il ? Pourquoi « La mort gronde ». Son amour est au loin : « Il est parti affronter la Nuit en zone de grand danger ». Elle l’attend, ses yeux fixant le ciel : « Elle hurle à la mort, à la vie, et elle entend dans le lointain l’immémorial chant des louves, et elle devient ce chant… ».  

 

Le recueil s’enfle dans un long cri sensuel et ardent.

L’homme est revenu : « Il approche de ses crocs de louve… Elle effleure sa peau d’homme hâlée d’or et d’épice ». Elle veut assouvir son désir : « Elle l’attire dans la nuit, dans la danse brûlante de leurs corps et le mord, délicieuse pénombre ».

La femme redevient panthère, animal déchainé : « Elle cueille du miel sur sa langue, peint l’amour sur son corps, le rend ivre de gingembre, le fait hurler : encore ! ». Un érotisme latent, une flamme, embrase les mots, les êtres : « Embrasse-moi, dit-elle, jusqu’à épuisement, jusqu’à la déraison »

 

Parme Ceriset, éditions du Cygne, poésieLa sensualité intense de cette poésie m’a fait repenser au magnifique texte érotique que Paul Valéry écrivit en songeant au peintre des danseuses, son ami Edgar Degas. Il est fasciné par une grande Méduse excitante et séductrice : « Jamais danseuse humaine, femme échauffée, ivre de mouvement du poison de ses forces excédées, de la présence ardente de regards chargés de désir, n’exprima l’offrande impérieuse du sexe, l’appel mimique du besoin de prostitution, comme cette grande Méduse, qui, par saccades ondulatoires de son flot de jupes festonnées, qu’elle trousse et retrousse avec une étrange et impudique insistance, se transforme en Éros ; et tout à coup, rejetant tous ses falbalas vibratiles, ses robes de lèvres découpées, se renverse et s’expose, furieusement ouverte. »

 

Le mot liberté revient constamment dans les phrases de l’auteure. Elle s’en abreuve : « Elle est libre aujourd’hui… Nul ne la domptera. Nul ne lui dictera le bien et le mal, nul ne choisira pour elle ce que doit être son idéal. »

 

Dans un de mes recueils de nouvelles « Conter la peinture », j’imaginais un couple d’homme et femme, à l’époque des cavernes, qui découvraient leurs premiers émois artistiques devant le dessin d’un bison et l’empreinte de leurs mains animant la paroi d’une grotte, lui insufflant une présence, une vie nouvelle. Je retrouve la même pensée dans une phrase : « Quelque chose de la Nuit les relie aux premières lueurs de l’Art, aux mains gravées dans la roche comme une marque de leur passage. »

 

La fin du recueil est un vibrant cri d’amour désespéré face à la mort qui s’annonce. La femme sent sa morsure sur sa peau, la guerre les a rattrapés : « Les voilà unis dans la mort, ils sont tombés aux jardins de l’Éden perdu… Assassinés… » Elle n’est pas prête à cette fin brutale : « Elle aurait voulu faire l’amour une dernière fois, le serrer encore dans ses bras… »

 

Parme Ceriset nous a offert un très beau recueil, puissant, fort, brulant, qui va faire date dans sa trajectoire. L’émotion nous pénètre et ne nous quitte pas une fois le livre refermé. C’est un vibrant hommage à l’humanité tout entière : l’homme, la femme, la nature, la vie, l’amour, et le passage du temps.

J’ai noté cette jolie phrase : « Chaque femme qui s’envole nous laisse un peu de lumière »

Parme Ceriset, éditions du Cygne, poésie

« Nous passerons, légers, laisserons dans le vent

l’empreinte de nos vies

et l’écho de nos pas,

le reflet de nos actes et le chant de nos voix

et un peu de nos mots dans le ciel étoilé. »

 

Un grand merci, Parme Ceriset.

(J’espère qu’elle ne m’en voudra pas de lui avoir emprunté des photos)

 

Commentaires

  • Maintenant je le sais pour l'avoir éprouvé
    L'émoi que l'on ressent après un tel hommage !
    L'empire des vers de Parme est accessible au mage
    De grand cœur partageant tout l'or qu'il a trouvé.

    Bonsoir Alain,
    Tes critiques sont vraiment délicieuses, je suis sûre que Parme CERISET sera infiniment émue, comme je l'ai été, de voir son art aussi bellement analysé.
    Bises et Bon week-end

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