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17 mars 2017

VERMEER AU LOUVRE : La Dentellière

 

Johannes Vermeer – La Dentellière, 1670, musée du Louvre, Paris

 

 

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     Je la devine… Elle est là…

 


   Derrière les crânes immobiles, je perçois la présence de la jeune femme que j’avais rencontrée pour la première fois, il y a quelques années, par une sombre journée de novembre dans la salle des peintures hollandaises du Louvre. Un imposant groupe de personnes était pratiquement scotché contre le mur de gauche de la salle, agglutiné devant une toile comme des abeilles devant une ruche. Une jeune femme qui tentait péniblement de lorgner la chose encadrée avait remarqué mon étonnement et m’avait lancé : « A chaque fois que je viens, c’est pareil ! Pas étonnant, c’est La Dentellière de Vermeer ! ». J’avais complètement oublié ce peintre intimiste hollandais tombé longtemps dans l’oubli qui avait été redécouvert au 19e par un français au nom étrange : Thoré-Bürger. Une aura mystérieuse entourait le nom de cet artiste énigmatique : Johannes Vermeer…

     La jeune femme m’avait également appris que sur le mur de droite, dans la même salle, un deuxième tableau du peintre était accroché : L’Astronome. « Les deux seules toiles possédées par la France, avait-elle ajouté ». Devant La Dentellière j’avais ressenti un sentiment indéfinissable… La comparaison entre la toile de Vermeer et celles, toutes proches, de Gerard Ter Borch, Gabriel Metsu, Gerard Dou et Pieter de Hooch, pourtant les meilleurs du genre, que je venais d’admirer précédemment dans les salles hollandaises, m’avait paru sans appel : celles-ci me paraissaient fades, sans éclat. J’étais fasciné, comme groggy. Je m’étais assis face au tableau. La jeune femme qui était encore présente m’avait dit : « C’est un choc ! Cela fait toujours comme ça la première fois ». Avais-je déjà ressenti une telle émotion ? Il ne s’agissait plus de peinture, j’étais devant quelque chose d’autre, d’indéfinissable…

 

     Aujourd’hui la foule est encore plus dense que lors de ma première rencontre avec la toile. Toute possibilité d’approche semblait illusoire lorsque j’eus un coup de chance : Je sentis la main légère d’un jeune garçon posée sur mon bras. Il s’exclama : « Allez-y monsieur, j’ai terminé, je vous la laisse ! ».

     La toile est minuscule, la plus petite de l’exposition : 24,5 x 21 cm. La jolie brodeuse peinture,vermeer,hollande,louvre,peintres hollandaismédite sur son ouvrage. Une harmonie en bleu et jaune… Contrairement à la plupart des toiles de l’artiste, la lumière n’est pas filtrée par une fenêtre à petits carreaux venant de la gauche. Elle tombe de la droite sur le profil de la jeune femme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Une délicate vibration lumineuse irrigue la toile dans ses moindres détails et fait chanter les couleurs. Je cligne légèrement les yeux, comme le ferait un photographe pour vérifier lespeinture,vermeer,hollande,louvre,peintres hollandais contrastes devant le paysage convoité. Il ne s’agit pas d’un clair-obscur à la Rembrandt où les ombres sont réservées à l’arrière-plan ; ici de fines nuances colorées dispersent les sombres et les clairs sur l’ensemble du motif. Des teintes complémentaires judicieusement juxtaposées se répondent entre elles et égayent l’œil : le bleu du coussin contre le jaune du corsage ; des fils rouges s’échappent du sac à couture et se déversent sur le tapis vert de la table. Des gouttelettes de peinture essaiment les fils ainsi que le col du corsage. Les contours du visage et des mains du personnage sont peu marqués : curieuse impression de pas fini, peu courante dans la peinture de cette époque.

 

 

 

    Vermeer a certainement vu la toile à peine plus grande de son confrère Gerard Dou montrant une autre dentellière. Toutefois, il ne s’inspirera pas du visage aguicheur de la jeune femme, ni de cet encadrement théâtral avec un rideau rouge relevé présenté par son collègue.

 

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Gerard Dou – Jeune femme à sa dentelle, 1667, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe

 

     Une atmosphère mystérieuse entoure le tableau… Plus aucun visiteur ne parle autour de moi. Cette peinture est lumineuse, d’une simplicité grandiose, pensai-je. Je flottais dans un monde étrange où je ne voyais que la dentellière et ses doigts si fins.

    Le face-à-face dura un long moment. La femme au doux visage devait percevoir ma présence car il me semblait percevoir un sourire complice sur ses lèvres. Un choc en plein sur une vertèbre lombaire déjà douloureuse me ramena à la réalité. Les grands yeux verts effrontés d’une adolescente étaient plantés dans les miens. Je compris qu’il fallait laisser la place à mon tour, le message de La Dentellière ne m’était pas réservé.

  

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   Des bouffées d’optimisme me submergeaient en quittant la brodeuse. Une sorte de jouissance paisible, un de ces instants de bonheur fugitif que l’on ressent parfois sans trop savoir pourquoi.

 

 

Commentaires

Mais quel beau texte ! Remarquable par ce qu'il nous laisse entrevoir de toi.

Je ne te connais pas, Alain. Je ne sais nullement à quoi physiquement tu ressembles puisque nous ne nous sommes jamais rencontrés, sauf virtuellement sur nos blogs et pages FB respectives.
Et à dire vrai, cela n'a aucune importance pour moi parce que ce n'est pas l'aspect extérieur, visible qui m'intéresse chez quelqu'un que je côtoie ou avec lequel je converse mais son "être" intérieur, parfois difficilement discernable.

Toi, il suffit de te lire, mais de bien te lire et l'on comprend tout en quelques mots.

Te lire, ce serait par exemple ici me satisfaire de termes précis qui expriment clairement ton ressenti comme : "choc", "émotion", " quelque chose d'indéfinissable", "bouffées d'optimisme", "submergeaient", etc.

Mais bien te lire, c'est par exemple m'arrêter à cette banale et polie invite que tu nous dis avoir entendue et qui tant bellement te trahit : ... "je vous la laisse".

Tu aurais mis une majuscule à ce "la" comme d'autres en mettent une à "Lui" quand ils nomment le dieu des chrétiens que ce n'aurait pas été plus précis pour exprimer le sentiment de respect qui est tien !

Ce "je vous la laisse" permet de voir en toi comme par transparence et résume tous les "choc", "émotion", etc., que tu as employés dans le corps du texte et que je citai ci-avant.

Voilà, à tout le moins pour ce qui me concerne, en quoi le présent texte sur la "Dentellière" est remarquable et beau.

Écrit par : Richard Lejeune | 17 mars 2017

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Depuis le temps que l’on se connaît, Richard, nos mots virtuels nous apprennent plus sur la personne que des perceptions physiques souvent éphémères. Cela me rappelle les correspondances épistolières de grands écrivains qui s’écrivaient longuement et régulièrement : l’on discernait facilement ce qu’ils étaient dans leurs lignes. Et au moins ces écrits restaient.
Revenons-en à cette merveilleuse Dentellière. Tu as l’art de me lancer, par tes commentaires, dans des réponses dans lesquelles je peux faire très long, tu le sais. Effectivement, ce que j’exprime dans mon récit sur cette toile me correspond vraiment.
En découvrant l’œuvre pour la première fois, il y a une vingtaine d’années, j’ai de suite eu le sentiment de découvrir réellement la peinture. Seule, minuscule, la toile emplissait l’espace des salles hollandaises du Louvre (avec L’Astronome).
Dans ce « je vous la laisse », conversation rapide rajoutée au récit, il y a bien du respect, de l’admiration, dans la bouche du jeune garçon. Comme j’en parle dans le récit, à cette première visite, je découvrais quelque chose qui dépassait la peinture, indéfinissable, qui allait plus loin : L’art avec un grand A.
L’histoire de cette première émotion picturale est totalement vraie et je l’ai décrite exactement comme cela s’est passé. Ce jour là, j’ai même payé le parking très cher pour avoir pris celui des cars par erreur: cela n'a rien à voir avec la peinture, mais, mécontent, c'était quand même du bonheur. J’ai écris cette mésaventure du parking, assez drôle finalement, sans la publier. Je le ferai peut-être un jour pour le plaisir.
Merci, Richard, pour ce commentaire qui me touche vraiment.

Écrit par : Alain | 18 mars 2017

Merci, c est vraiment une poesie devant le tableau ce que vous ecrivez et 'nous faites partager...un moment de pur bonheur

Écrit par : Cloclobionic | 17 mars 2017

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J'ai fait ce que j'ai pu, Cloclo, mais cette Dentellière était mon premier souvenir d'une émotion devant une oeuvre d'art. Je ne pouvais faire autrement que d'en parler également avec émotion.
Merci pour ce beau commentaire.
Bon week-end

Écrit par : Alain | 18 mars 2017

quel bonheur de t'avoir pour guide, passionné et sensible !

Écrit par : emma | 18 mars 2017

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Lorsque l'on me parle de Vermeer, je suis toujours passionné? Emma.
Etre guide n'est pas facile en ce moment, car même les guides professionnels semblent avoir du mal à entrer au Louvre tellement l'organisation est mauvaise.
Beau week à toi et tes proches.

Écrit par : Alain | 18 mars 2017

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Un vrai bonheur que ce tableau et ta réaction devant cette dentellière...
Merci, Alain.
J'avais aussi beaucoup aimé... mais je ne l'ai pas dit aussi bien. :)
Passe une douce journée. Amitiés.

Écrit par : Quichottine | 24 mars 2017

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La dentellière… Je pourrais en parler encore plus longuement. Mais il faut savoir s’arrêter.
C’est une excellente idée d’avoir mixé dans l’expo les œuvres de Vermeer et celles des peintres hollandais contemporains. Ainsi l’on peut comparer. Pour moi, cela ne pose aucune difficulté tellement la différence est frappante. Et pourtant ils sont bons les Dou, Van Mieris et autre De Hooch. Mais il n’y a qu’un seul Vermeer…
Si tu veux voir l’expo, il faudra être patient.
Belle journée.

Écrit par : Alain | 24 mars 2017

Elle nous accueille, lovée dans la lumière douce et elle nous ravit par son attention patiente... Héritière des tisseuses et des brodeuses de mondes plus anciens encore. Image vivante qui a su cristalliser votre émotion et la nôtre, à travers ce récit si poignant.
L'émotion est la chair des couleurs, les mots qui l'expriment sont pleins de générosité. C'est cette générosité que j'apprécie chez vous. Nous nous connaissons depuis peu mais je la perçois depuis que j'ai lu, pour la première fois, vos écrits.
Je suis émerveillée par le rouge des fils, sang de la vie qui palpite sous les doigts de la si séduisante dentellière. Merci à vous Alain pour ce récit et l'honnêteté de votre pensée.

Je suis sous le charme de Les Blés sont beaux, je progresse en me régalant. J'aime beaucoup votre manière de décrire la relation entre Vincent et le docteur Gachet, les descriptions des personnages comme la carnation des joues de la jeune belle-soeur, les gazouillis du bébé, c'est très vivant, j'aime beaucoup et je vous en remercie.

Merci également pour votre commentaire déposé sur mon blog. Oui, il y a des êtres derrière les blogs, je me suis fait des amis, des vrais depuis le début de Ma Plume Fée dans Paris. Les sentiments sont profonds, bien réels, on se rencontre, on se soutient, on échange, on ne se juge jamais. Chaque fois que j'écris un petit mot à la fin de mes articles, je sais à qui je m'adresse, ce sont des personnes qui comptent énormément pour moi.

Sur les magnifiques images de la dentellière illustrées par vos mots non moins superbes, je vous souhaite une belle soirée, amitiés

Cendrine

Écrit par : Cendrine | 24 mars 2017

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Ce portrait est l’un des plus appréciés de Vermeer. Sa taille minuscule nous oblige à s’approcher pour le voir. Il nous attire et il devient difficile de s’en détacher. L’on s’immerge dans cette jeune femme…; on voudrait ramasser les fils rouges qui s’étirent, toucher le col perlé de sa veste, caresser la boucle en tire-bouchons de ses cheveux.
Je n’ai pas trop de mal à parler de mon peintre préféré, chacune de ses toiles est un cadeau à l’histoire de l’art. Lorsque j’ai vu cette dentellière pour la première fois, avec l’astronome, je suis resté longuement devant elle : une apparition…
Demain, je parlerai de la « Laitière », la servante la plus célèbre du monde. Un grand moment également.
Vous parlez de générosité. La peinture et l’art en général incitent à cela et votre blog en est un bel exemple. Si l’on se laisse pénétrer, nous sommes transportés dans un monde où, pour une fois, nous sommes tous à égalité. Cela fait du bien dans la période que nous connaissons actuellement.
J’ai eu peu de retour sur « Que les blés sont beaux » et Van Gogh. Je me suis dit que cela pouvait être, parfois, un peu trop technique pour un roman. Peut-être trop centré sur la peinture et la vie de cet homme au jour le jour. Je suis ravi que cela vous plaise.
Belle journée ensoleillée dans le Paris que vous aimez tant.

Écrit par : Alain | 25 mars 2017

Enfin, j'ai pris le temps de te lire et j'ai encore les frissons qui m'ont envahi en lisant ton admiration sur cette merveille de "Dentellière" de Veemer!!! Bien sûr, celle de Gérard Dou est intéressante mais elle n'a pas le sourire que l'on perçoit chez la dentellière de Veemer!! réaliser un chef d'oeuvre sur un si petit format relève presque du miracle!!Merci Alain de nous partager tes émotions!!Bisous Fan

Écrit par : FAN | 25 mars 2017

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Des frissons… Cette dentellière ne cesse d’inspirer de l’émotion. Comme je le dis précédemment, cette petite toile, si l’on ne passe pas devant elle sans la voir, comme certains touristes au Louvre, permet d’entrer dans un monde qui n’est plus le nôtre. Cette jeune femme est toute petite mais son pouvoir de séduction est immense. Encore plus pour les hommes évidemment… Et elle n’a pas besoin de sourires ou arguments aguicheurs comme certaines femmes des peintures hollandaises.
Ce n’est pas facile de peindre aussi petit. La délicatesse du travail prend plus de temps que pour une grande toile. Cela explique la faible production du peintre : deux à trois toiles par an, ce qui est faible par rapport à ses contemporains qui vendaient beaucoup car les bourgeois recherchaient ce style de peinture.
Belle journée à toi, Fan.

Écrit par : Alain | 25 mars 2017

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