Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01 juin 2017

Je m'appelle Louise

 

Portrait : Auguste Renoir – La danse à la campagne, 1883, musée d’Orsay, Paris

 

 

peinture, renoir, orsay

 

 

     Louise tourna son joli nez pointu vers un convive installé à une autre table et lui envoya des signes amicaux.

     La violoniste et le pianiste attaquèrent une valse. La jeune femme vida son verre de cidre et s’apprêtait, faute de cavalier, à valser avec une amie, lorsqu’un homme élégant, en costume sombre et canotier, la barbe taillée de près, s’approcha de la table. Il était brun, beau garçon, les traits plus fins que les gars de la région. Il sourit à Louise.

     - Vous m’accordez cette valse, mademoiselle ?

     - Euh !… Oui, dit-elle, surprise !

    Elle se leva, intimidée par la prestance de l’homme. Il lui prit la main et l’entraîna vers le centre de la piste.

   L’homme était un excellent danseur. Le couple tournait lentement en décomposant le peinture,renoir,orsaymouvement avec élégance. Les pas s’emboîtaient sans à coup. Louise serrait son éventail, le garçon lui tenant la main très haute en l’air, son autre main lui enveloppant le dos pour la maintenir contre lui. Agrippée à l’épaule du garçon, la jeune femme se laissait emporter, les yeux fermés. Sa capeline rouge accrochée à son cou par un ruban réchauffait ses joues. Elle la lança au passage, puis se colla contre le costume bleu foncé de son cavalier. Dénoué, le ruban qui retenait ses cheveux en arrière libera sa chevelure foncée qui s’enroula, tournoyante, autour de sa tête.

 

 

 

 

     La violoniste haussa le rythme de la valse, ce qui eut pour effet d’éliminer les plus peinture,renoir,orsaymauvais danseurs qui retournèrent s’asseoir. L’homme et Louise allaient de plus en plus vite, le corps bien droit, lovés l’un contre l’autre, ne formant plus qu’un. Les pieds soudés tourbillonnaient, leur donnant l’apparence d’une toupie humaine incontrôlable. Ils volaient littéralement sans presque toucher le sol. On ne voyait plus qu’eux voltigeant indéfiniment. Ebranlé, le canotier de l’homme roula sur le sol. Tout le monde regardait ce couple superbe que la musique emportait dans un univers de solitude.

 

 

 

 

     Lorsque l’orchestre s’arrêta de jouer, la jeune femme et son cavalier revinrent s’asseoir.

   L’homme, inconsciemment, tenait encore la main de Louise dans la sienne. Leur osmose avait été si grande qu’ils ne s’étaient pas séparés. Progressivement, ils refirent surface, déçus de ne pouvoir rester dans ces nuages qui leur appartenaient. Le garçon lâcha la main de la jeune femme, se leva pour appeler le serveur et commanda la fameuse friture de goujons de la maison avec un vin de chablis sec.

   Le serveur déboucha la bouteille. Une fine couleur ambrée allumait le vin. La friture, croustillante juste comme il faut, accompagnée de tranches de pain bis recouvertes du beurre de la région, était un régal. Le fin visage de Louise arborait un sourire béat qui indiquait qu’elle planait encore dans une atmosphère irréelle.

     Elle but une gorgée de vin blanc, ce qui eut pour effet de la ramener à la réalité. Elle sourit à son danseur.

     - Je m’appelle Louise, dit-elle à l’homme qui la contemplait avec tendresse.

 

 

08:19 Publié dans PORTRAITS (23) | Commentaires (24) | Tags : peinture, écriture, renoir, orsay |

30 novembre 2014

Paul Durand-Ruel : Un marchand visionnaire

 

peinture, impressionnisme,durand-ruel,renoir,monet,sisley,morisot

Auguste Renoir – Paul Durand-Ruel, 1910, collection particulière

 

 

« Ce n’est pas un marchand de tableaux c’est un apôtre, un prophète »

 

                            Théodore Duret

 Lettre à Claude Monet du 29 novembre 1884

 

 

Lire la suite

01 juin 2014

Recueils de nouvelles : CONTER LA PEINTURE et DEUX PETITS TABLEAUX

     La plateforme de publications et de partage de documents en ligne Calaméo semble avoir tenu compte de l’une de mes récentes remarques, car je constate que le système de recherche dans la bibliothèque est devenu encore plus performant.

     J’apprécie d’autant plus ce site qui permet de feuilleter et consulter de façon de dynamique, avec une extrême simplicité, un document numérique. 

Lire la suite

13 mai 2014

L'impressionnisme dans tous ses états

 

Les impressionnistes en privé à Marmottan

 

 

  

peinture,marmottan,monet,

  Claude Monet - Impression, soleil levant, 1873, musée Marmottan, Paris

 

 

     Le musée Marmottan fête ses 80 ans cette année ! Si vous n’avez rien à faire de spécial, si vous aimez la peinture impressionniste et passez dans la région parisienne, ne foncez surtout pas aux Galeries Lafayette dépenser votre argent. Il y a mieux à faire…

     Courez à Marmottan voir la toute nouvelle exposition temporaire : « Les impressionnistes en privé ». J’en reviens… Un bonheur vous attend ! Celui de ressentir, en fin de journée, cette sensation d’éblouissement que vous réservera la visite de ce charmant ancien hôtel particulier proche du bois de Boulogne. 

 

Lire la suite

19 décembre 2013

Si on lisait ?

 

peinture, renoir

Pierre Auguste Renoir - La liseuse, 1876, musée d'Orsay, Paris

 

Et si vous lisiez…

     Je sais ce que vous allez me dire : votre bibliothèque est pleine de livres. Vous aimez leur odeur poussiéreuse, savant cocktail de papiers défraîchis, d’imprimerie vague, de reliures jaunies par le temps. Vous défaillez de plaisir lors de vos recherches dans les rayons, une jouissance ineffable vous envahit lorsque, tournant lentement les pages, vous palpez sous vos doigts la texture de la feuille. Puis… vos livres ont une histoire : des achats coup de cœur sur les quais de la Seine, le Diderot déniché dans le grenier du grand-père, le cadeau du cousin Paul… Bref, vous ne pouvez vous passer de vos compagnons de solitude.

     Vous vous demandez alors pourquoi je vous conseille bêtement de lire ? J’y viens…

 

Lire la suite

10 octobre 2013

Danse au bord de l'eau - RENOIR Pierre-Auguste, 1883

 

  55e6f5097f0d85cd0f258adeece423dc.jpg

 

Auguste Renoir : La danse à Bougival, 1883, Boston, Museum of Fine Arts

 

 

     Il y a tout juste un an, j’écrivais un article se rapportant à un concours de nouvelles auquel j’avais participé. Le jury m’avait fait le plaisir de me décerner un prix pour ce récit.

     Le personnage de « Rose » m’a été inspiré par les superbes toiles peintes en 1883 par Auguste Renoir sur le thème de la danse. A mes yeux, la jeune femme symbolise ces femmes du peuple du 19e siècle, ouvrières, paysannes, dont la vie était difficile et qui venaient s’étourdir dans les guinguettes fleurissant à cette époque sur les bords de la Seine et de la Marne.

     Je publie cette nouvelle, ci-dessous, dans son intégralité.

  

Lire la suite

16 octobre 2012

Concours de nouvelles « Quatre Lignes »

 

      J’avais hésité longtemps…

      Depuis plusieurs années, je publiais sur mon blog des récits, nouvelles courtes liées à ma passion pour la peinture, contées sur le ton de la fiction romanesque. J’avais également publié deux récits plus longs, romancés, inspirés par la vie et l'oeuvre des grands peintres hollandais Vincent Van Gogh et Johannes Vermeer.

      J’avais remarqué cette deuxième édition du concours de nouvelles « Quatre Lignes » sur le site de Patrick Fort « Lire, Ecrire, En parler ». La lauréate de la première édition avait été Sandrine Virbel avec son excellente nouvelle « Abattez les grands arbres ». Patrick Fort organisait le concours, conjointement avec les « Editions Le Solitaire » et le site « Les Scribouilles ».

      Je m’étais interrogé : « Qu’irais-je faire dans un concours de nouvelles ? »

      J’avais fini par me laisser tenter. J’avais remanié et rallongé une de mes nouvelles anciennes illustrant des toiles du peintre Auguste Renoir, lui avais donné pour titre « Rose », et l’avais envoyée.

Lire la suite

20 mars 2012

1874 - Première exposition impressionniste

 

peinture,écriture,berthe morisot,impressionnisme

 

       La première rétrospective présentée à Paris depuis 1941 de l’œuvre de Berthe Morisot s’est ouverte le 8 mars dernier au Musée Marmottan à Paris. Je suis un amoureux fervent, et depuis longtemps, de cette femme impressionniste aux talents multiples. On la disait austère, triste, mélancolique. Elle peignait le bonheur…

      Ayant visité l’expo sans tarder, j’en parlerai dans une prochaine note.

      Dans un article déjà ancien, j’avais imaginé une lettre écrite par Berthe à sa sœur Edma, habitant à Lorient depuis son mariage. Elle lui parlait de cette importante exposition d'avril 1874 organisée par les peintres avant-gardistes que le Salon officiel s’obstinait à refuser.

      A l’occasion de cette brillante rétrospective parisienne, j’ai eu envie de modifier et publier à nouveau ce courrier que Berthe Morisot aurait pu avoir rédigé elle-même…

   

Lire la suite

09 août 2011

De Corot à Renoir - La collection Clark à Giverny

 

 

Mes expositions « coups de cœur » de l’été 2011

 

 

       Une fois de plus, je suis fidèle au rendez-vous estival annuel de Giverny.

      Je ne me lasse pas de visiter ce charmant musée des Impressionnismes proche de Vernon en Normandie, situé le long de ce petit chemin jouxtant la Seine, à mi-chemin entre la maison rouge où Claude Monet passa les dernières années de sa vie et sa tombe isolée, éternellement fleurie, collée contre la petite église du village.

      Depuis le 12 juillet dernier, le musée a la chance d’accueillir la seule étape française de l’exposition itinérante organisée à travers l’Europe par le Sterling and Francine Clark Institute de Williamstown, Massachusetts. Près de 70 œuvres de peintures essentiellement françaises du 19e siècle, parmi les plus belles de la collection, sont présentées. Des chef-d’œuvres impressionnistes et pré-impressionnistes rarement visibles dans notre pays se regroupent autour d’une vingtaine de tableaux d’Auguste Renoir, l'artiste chouchou des Clark.

      Ceux-ci étaient de la race de ces riches collectionneurs américains du début du 20e siècle nommés Barnes, Philipps, Frick, Palmer, Getty, Ryerson, parmi les plus célèbres.  Fortunés, mécènes, passionnés d’art moderne, ils bâtirent des collections enviées de nos jours par les plus importants musées dans le monde.

      J’avais eu la chance de voir la collection Barnes lors de son passage en France il y a quelques années ; celle des Clark envoyée en Europe est du même niveau en qualité, sinon en quantité.

 

 

      C’est l’histoire d’une fortune, d’un collectionneur amateur d’art éclairé Sterling Clark, et d’une romance amoureuse en plein Paris.

      peinture,clark,givernyEpris de la France et riche héritier des machines à coudre Singer, Sterling décide de s’installer à Paris dans les années 1910 où il rencontre Francine Clary, une actrice de la Comédie-Française ayant pris pour nom de scène Clary. Ils se marient en 1919.

      En quelques dizaines d’années, entre 1910 et 1950, le couple va acquérir un ensemble d’œuvres diversifié de maîtres anciens et modernes de grande valeur. Les achats de Sterling étaient toujours faits en étroite concertation avec sa femme dont l’opinion lui était d’une grande valeur.

« J’aime toutes les formes de l’art pourvu qu’il soit bon. » 

 

 Sterling et Francine Clark à l’inauguration de l’Institut en 1955

 

       La peinture impressionniste française le ravit et il enrichit sa collection des meilleurs d’entre eux : Degas, Manet, Sisley, Jongkind, Pissarro, Monet et, surtout, Renoir.

      A partir des années 1930, Auguste Renoir devient le peintre favori de Sterling dont il achète plus de trente toiles : « Quel grand maître ! Peut-être le plus grand qui ait jamais vécu, en tout cas l’un des dix ou douze premiers. Personne jusqu’ici n’a jamais eu l’œil si sensible à l’harmonie des couleurs ! »

      A l’approche de ses 70 ans, Sterling décide que le moment était venu de réaliser enfin son idée ancienne de musée afin de montrer sa collection. En 1955, Francine Clark coupe le ruban de l’inauguration de l’Institut situé à Williamstown en Nouvelle-Angleterre. Au décès de son mari, l’année suivante, elle continuera à s’occuper du musée jusqu’à sa mort en 1960.

 

 

      L’exposition présente quelques peintres académiques comme Bouguereau ou Gérôme et seulement trois toiles post-impressionnistes de Toulouse-Lautrec et Gauguin. Un original Bonnard de jeunesse clôt le parcours. Afin de correspondre à l’esprit du musée des Impressionnismes, j’ai choisi de montrer une galerie restreinte de mes choix personnels allant de Corot à Renoir. Ce choix est évidemment subjectif et limité compte tenu de l’exceptionnelle qualité de la collection.

 

peinture,clark,giverny

 Camille Corot – La route au bord de l’eau, 1866, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

       Le « père Corot » était admiré par tous les artistes de la jeune peinture, ceux qui allaient devenir les futurs « impressionnistes ». Cette route longeant une rivière inspire la quiétude d’une belle journée ensoleillée. Une légère brise fait remuer les feuilles des arbres. La lumière est douce, quelques personnages s’affairent dans ce paysage où la « patte » tremblante de Corot est facilement reconnaissable.

  

peinture,impressionnisme,clark,giverny

 Claude Monet – Les falaises à Etretat, 1885, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

       Combien de peintres ont été inspirés par les falaises de cette côte normande ? Claude Monet peindra de nombreuses fois l’aiguille et l’arche rocheuse de la falaise d’Etretat. La lumière matinale sur les rochers et la mer est travaillée par petites touches nerveuses caractéristiques du style de l’artiste cherchant à saisir l’aspect éphémère des choses.

  

peinture,impressionnisme,clark,giverny

 Claude Monet – Champ de tulipes à Sassenheim près de Haarlem, 1886, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

      L’intensité des couleurs des champs de tulipes hollandais ne pouvait qu’inspirer Monet lors de son troisième et dernier voyage dans ce pays de canaux, de moulins et d’immenses champs fleuris.

  

peinture,impressionnisme,clark,giverny

Alfred Sisley – La Tamise à Hampton Court, 1874, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

       Les coloris d’Alfred Sisley s’assemblent en nuances subtiles. Le ciel ennuagé de teintes rosées se reflète dans l’eau de la Tamise. Deux cygnes sur la gauche semblent avoir été placés à cet endroit pour équilibrer les deux voiliers voguant sur la droite.

   

peinture,impressionnisme,clark,giverny

 Camille Pissarro – Saint-Charles, Eragny, 1891, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

      A mes yeux, cette toile est l’une des plus belles de la manière pointilliste adoptée un moment par Camille Pissarro sur les conseils de ses amis Georges Seurat et Paul Signac. Le résultat est lumineux. Les petites touches juxtaposées de couleurs pures donnent une vibration étonnante à ce paysage.

    

peinture,impressionnisme,clark,giverny

Mary Cassatt – Offrant le panal au torero, 1873, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

 

      Il y a un petit côté de Diego Velázquez dans cette toile de jeunesse de Mary Cassatt qui appréciait « sa manière belle et simple ». La jeune femme offre un verre d’eau au torero habillé de lumière pour qu’il y trempe un rayon de miel appelé panal en espagnol. La qualité de peintre de l’artiste transparaît déjà dans cette grande toile.

  

peinture,impressionnisme,clark,giverny

Edouard Manet – Roses mousseuses dans un vase, 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

     

      Edouard Manet n’a plus qu’un an à vivre lorsqu’il peint ces roses enfoncées dans un petit vase. C’est simple, sans prétention, loin des grandes compositions passées, souvent scandaleuses, de l’artiste. Sterling Clark disait qu’il s’agissait d’un « Manet d’une beauté merveilleuse ».

  

peinture,impressionnisme,clark,giverny

Edgard Degas – Danseuses au foyer, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

 

        Ah les danseuses de Degas ! J’aime ! Cette toile a des dimensions étonnantes, toute en longueur comme une frise. Les danseuses de l’artiste étaient souvent peintes au pastel donnant un aspect velouté aux couleurs chatoyantes des robes et tutus. Ces Danseuses  au foyer, croquées à l’huile, sont éclatantes de vie après l’effort physique intense imposé par leur exercice.

  

peinture,impressionnisme,clark,giverny

Edgard Degas – Avant la course, 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown 

       Degas s’intéressait aux couses de chevaux qu’il peignait souvent. Les mouvements nerveux des chevaux avant le départ donnent une belle spontanéité à cette toile composée dans un style à la touche très impressionniste.

  

peinture,impressionnisme,clark,giverny

 Berthe Morisot – Le bain, 1885, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

       Je connaissais cette toile de Berthe Morisot, femme peintre comme Mary Cassatt, que j’affectionne tout particulièrement. L’artiste a fait poser une jeune fille de dix-sept ans qui, sortant du bain, se coiffe, se maquille et s’apprête certainement à sortir. Par son travail tout en délicatesse, Morisot apporte sa sensibilité féminine à l’impressionnisme nouveau.

 

 

      peinture,impressionnisme,renoir,clark,givernyL’exposition se termine par une vingtaine de toiles d’Auguste Renoir. Renoir, c’est la joie de vivre et de peindre ! Une fête permanente de la lumière, des chairs et des corps ! Ses amis peintres mettaient beaucoup de blanc dans leurs couleurs pour éclaircir leurs toiles. Renoir préférait plutôt une technique basée sur l’utilisation des glacis, une superposition de couleurs transparentes où les teintes bleutées dominaient.

      

 

Auguste Renoir – Autoportrait, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

  

       Je montre ci-dessous un échantillon des tableaux de l'artiste présents à l’exposition :

        Au premier coup d’œil, on perçoit des toiles de Renoir dans cette Ingénue et cette Jeune femme au crochet peintes tout en finesse. C’est le Renoir des années de jeunesse, à l’époque de la première exposition impressionniste de 1874. Les couleurs s’entremêlent, se modulent avec virtuosité pour donner aux jeunes femmes cette grâce vaporeuse inimitable de l’artiste.

 

peinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny

Auguste Renoir – L’ingénue, 1874, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

 peinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Auguste Renoir – Jeune femme au crochet, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

       peinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny

 

 

 

Le père Fournaise ! Je retrouve le propriétaire de ce restaurant de l’île de Chatou au bord de la Seine où j'aime me rendre à l'automne lorsque les feuilles des arbres s'enluminent. Renoir y peignit de nombreuses toiles dont le célèbre Déjeuner des Canotiers dans lequel les enfants Fournaise posaient. Des touches légères donnent vie aux yeux pétillants bleus clairs de l’homme. 

 Auguste Renoir – Père Fournaise, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

       Renoir affectionnait les tableaux de genre qui font penser à la peinture hollandaise dupeinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny 17e dont la représentation de femmes écrivant une lettre était courante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auguste Renoir – La lettre, 1896, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

  

      Je termine mon parcours en montrant les trois toiles de Renoir que j’ai préférées dans l’exposition :

      

peinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny

 

 

      Angèle, une gamine de dix-huit ans, habituée du Moulin de la Galette à Montmartre, aux allures canailles et à la vie dissolue, est croquée dans son sommeil. La pose alanguie est un peu voyeuriste. Renoir la représente les cheveux coupés en frange sur le front, un visage au teint doré, un nez retroussé, une bouche pulpeuse, habillée d’une robe bleue et de bas à rayures de paysanne. Il l’a affublée d’un curieux petit chapeau à plume et d’un chat endormi sur sa robe. Les rouges et les bleus se répondent... Superbe

 

Auguste Renoir – Jeune fille endormie, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

      Ce tableau d'une enfant portant un faucon est d'une grande fraîcheur. Commepeinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny toujours, je discerne en premier les bleus du peintre que des orangés et rouges proches mettent en valeur. Une belle harmonie de coloris se dégage de l'ensemble de la toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auguste Renoir – L’enfant à l’oiseau (mademoiselle Fleury en costume algérien), 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

      peinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny

 

 

      Renoir exigeait de ses modèles une peau qui ne repousse pas la lumière. L’épiderme de la jeune femme assise à gauche en robe de soirée noire est nacré comme une perle. Le bouquet de roses de la jeune fille sur la droite associé aux couleurs chaudes du décor, fait ressortir les chairs lumineuses. La jeune femme nous regarde et nous sourit. Ce tableau délicieux me rappelle La loge peinte quelques années plus tôt dans des tonalités ressemblantes.   

 

Auguste Renoir – Une loge au Théâtre, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

 

       Je pense que cette quinzaine de toiles vous donnera un aperçu de la grande qualité des toiles présentées. Il s’agit d’un avant-goût, une mise en bouche, de ce qui attend ceux qui pourront se rendre à cette exposition.

      Pas de panique ! Vous avez jusqu’au 31 octobre prochain.

      La collection Clark continuera ensuite sa tournée internationale en Espagne, au Texas, en Angleterre, au Québec, pour se terminer au Japon et en Chine en 2013. Un beau voyage en perspective et beaucoup d'émotions pour les visiteurs.

      Bonne visite à tous.

 

 

                                                                                  Alain

 

 Rendez-vous le mardi 27 septembre prochain pour le 10ème chapitre de "L'obsession Vermeer".

 

 

28 juin 2008

Le moulin de la Galette - RENOIR Pierre-Auguste, 1876

 

Bal sur la butte

 

 

   jeunefille.jpg  Nous sommes installées sous les acacias, derrière l’estrade de l’orchestre où une dizaine de musiciens s’échinent sur leurs instruments. Assis à une table voisine, quelques jeunes gens discutent devant des verres de sirop de grenadine. En arrière plan, les danseurs virevoltent emportés par la musique.

     J’aime ce bal simple qui mêle tout le monde. Personne ne se met en frais : femmes en chaussons, hommes sans faux-cols portant gibus, ouvriers en goguette. Des petits voyous gouailleurs et des « affranchis » aux poings solides apportent une touche de grossièreté qui me plait. Souvent plus jeunes que moi, des filles de toutes conditions viennent pour humer ce parfum de vice et de débauche.

     Ouf ! La séance de pose est enfin terminée !

     Plus d’un mois que cela dure… J’en ai marre d’être assise de travers, accoudée sur ce banc, la tête légèrement penchée. « Les cheveux bien en arrière, que l’on voit vos oreilles, les yeux expressifs, comme il dit. ".

     Je m'interroge : pourquoi ce barbouilleur s’intéresse-t-il tant à moi ? Je ne suis qu’une cousette, une habituée de ce bal populaire de Montmartre. J’y viens deux fois par semaine pour m’amuser, danser, et débusquer parfois quelques margoulins pour finir la soirée.

     Est-ce ma robe rose à rayures qui a plu à ce peintre, ou mon visage poupin d’adolescente d’à peine 16 ans ? Sur son tableau, il a tenu à rajouter ma sœur Jeanne, derrière moi, penchée en avant, la main appuyée sur mon épaule droite. Avant de commencer, il nous avait dit : « Je vous peindrai au premier plan. Des amis à moi seront assis aux tables proches. Vous êtes si fines de visage toutes les deux... placées au centre de la toile, vous illuminerez le tableau ! »

 

      Tom m’examinait d’un air coquin. Il faisait tout jeune avec ses cheveux frisés et son canotier. C’était la première fois que je le voyais. Arrivé avec le peintre en début d’après-midi, il faisait partie du groupe d’amis de l’artiste qui posait à la table voisine de la nôtre. Il avala son sirop et me lança :

     - Je peux connaître votre prénom ?

     - Estelle…

     - Auguste a de la chance de vous avoir comme modèle. Je suis peintre également. La peinture, c’est toute ma vie… A mes débuts, mes amis ont tout fait pour me dissuader de devenir peintre, Estelle ! Ils me répétaient : « La peinture est une vocation, un engagement qui vous bouffe la vie. C’est comme entrer en religion, il faut avoir la foi et ne penser à rien d’autre. ». Jamais, ils n’ont réussi à me convaincre. Maintenant, il est trop tard, je ne sais rien faire d’autre.

     Troublée par le regard de fauve du garçon, je ne répondis pas. Il me plaisait.

     

      Les danseurs réclamaient une polka. L’orchestre, morne jusque là, se réveilla. Le pianiste appuya plus fort sur les touches blanches, le piston souffla puissamment dans son instrument.

 danseurs-RMN.jpg    Solarès attrapa la main de mon amie Margot et l’entraîna vers la piste. D'origine espagnole, ce grand échalas barbu était toujours coiffé d'un chapeau mou penché sur le front. Rencontrés ici même il y a quelques semaines, ils ne se quittaient plus. Elle s'était mise en tête de lui apprendre l’argot : il adorait ces mots imagés parlés par les parisiens de la Butte. Solarès lui serra le poignet droit d’une main ferme, plaça son autre main dans le creux de sa taille et s’élança en la remuant sérieusement ce qui ne sembla pas déplaire à Margot. L'homme et la femme tournaient rapidement, sautillaient, virevoltaient en cadence d'un même pas souple, collés d'un contre l'autre.

     La polka avait réchauffé l’ambiance.

     - Vous dansez Estelle, me dit Tom en pointant ses yeux effrontés sur mon corsage.

     - Non, merci… Je suis fatiguée aujourd’hui… Votre ami m'épuise avec ses longues séances de pose.

     - Puisque vous ne dansez pas… venez, nous allons voir à quoi vous ressemblez sur le tableau d’Auguste !

          

      Le peintre rangeait son matériel.

     Long et maigre, il flottait dans son vêtement qui plissait de partout. En me voyant, un large sourire élargit son visage agrémenté d’une barbe clairsemée. Ses yeux bruns, humides, me fixaient avec douceur.

     - Je n’aurai plus besoin de vous, me dit-il… Mon tableau est terminé. Merci Estelle, je n’aurais pu rêver un modèle plus élégant que le vôtre. 

     En guise de remerciement, il me bisa joyeusement sur les deux joues. Puis il se mit à discuter avec Tom. Celui-ci semblait enthousiasmé par la toile qui, à mes yeux, ne représentait qu’un mélange désordonné de personnages un peu flous.

     Je m’approchai du tableau : sur la piste de danse, Solarès et Margot dansaient dans une étrange lumière mauve. La robe rose de Margot, écrasée contre son partenaire qui souriait béatement, envoyait des reflets chauds sur son gilet. Le dos de l’homme assis face à moi, accoudé sur sa chaise, était criblé de taches claires, petites étoiles lumineuses égarées sur sa veste.

                        

balgalette.jpg
 

Pierre-Auguste Renoir  - Bal au moulin de la Galette, 1876, Paris, Musée d'Orsay 

 

       - Cela vous plait, Estelle, me lança Auguste ?

     - C’est joli…

     Tom trouva ma réponse un peu fade.

     - Seulement joli… Mais c’est féerique !

     Il se planta devant la peinture. Ses yeux brillaient.

      - Je vous explique Estelle… Sentez la respiration surprenante qui se dégage de la toile : les robes tournent, les jupes s’envolent. Le soleil s'est invité à la fête. Il en est le roi, il met de l'élégance dans les pinceaux d’Auguste emportés dans un frou-frou lumineux d’une gaîté étonnante…

      Il s'arrêta un instant pour argumenter son explication :

      - Regardez votre robe, Estelle : la lumière la traverse. Vous sentez la vibration des roses et des bleux ? Et votre visage…

      Son regard coquin de tout à l’heure avait disparu.

     - Avez-vous remarqué que la piste de danse, uniquement par la grâce de quelques coups de pinceaux, s’est transformée en toison floconneuse ?

     J'étais désemparé. Mes connaissances en matière picturale étaient si pauvres. Tom le compris et se tourna vers son ami.

     - Auguste, lorsque je vois ton travail je me demande si je dois continuer à peindre… Tu es un magicien de la lumière : elle s’accroche partout. Tes danseurs gesticulent dans un monde en apesanteur composé de mousse vaporeuse colorée.

     Auguste sourit devant la verve de son ami. Il posa son tableau contre le tronc d’un acacia et plia son chevalet.

     - A dimanche prochain, Estelle, me dit-il avant de partir. Je reviendrai une dernière fois pour d’éventuelles retouches. Bonne fin de journée. Et ne vous laissez pas entraîner par tous ces garnements. Vous êtes bien jeune… Gardez longtemps cette fraîcheur…

     Il souleva son matériel et l'installa sur son dos.

     - Tu viens, Tom, je t’offre un verre !

                                                                                                                                  Alain

 

     Le « Bal du Moulin de la Galette » est considéré comme le premier chef-d’œuvre de l’artiste. Il sera acheté par le peintre impressionniste, ami et mécène, Gustave Caillebotte. Celui-ci fera don à l’Etat de sa collection par testament, à condition que celle-ci entre au Luxembourg et, par la suite, au Louvre.

      En 1896, la toile entrera au musée du Luxembourg et en 1929 au Louvre.