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Une Joconde hollandaise peut en cacher une autre

 

Portrait : Johannes Vermeer – La jeune fille au chapeau rouge, 1667, National Gallery of Art, Washington

 

 

     La foule est impressionnante. Difficile d’approcher… Je contemple longuement le petit portrait installé dans une salle de la National Gallery…

     Le moins que l’on puisse dire est que cette « Jeune fille au chapeau rouge », minuscule tableau de Johannes Vermeer (22,8 x 18 cm), ne passe pas inaperçue ! La toile est tout aussi éblouissante que La jeune fille à la perle, la Joconde hollandaise qui m’avait fait l’aumône d’un sourire lors d’une visite au Mauritshuis à La Haye.

 

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Johannes Vermeer – La jeune fille au chapeau rouge, 1667, National Gallery of Art, Washington

 

     Ma première impression, devant l’aspect du vêtement et l’étonnant chapeau rouge, est qu’il s’agit d’un jeune homme adolescent. Un regard plus inquisiteur ne peut tromper sur le sexe du personnage : un doux visage au regard curieux, des lèvres entrouvertes qui rappellent la bouche humide de La jeune fille à la perle, une boucle sous le lobe de l’oreille dans l’ombre des cheveux qui paraissent frisés.

     Nul doute, il s’agit bien d’une jeune fille, pensai-je ! Le génie du maître de Delft explosait dans cette peinture exceptionnelle de talent et de sensibilité. Je savais que certains historiens d’art, encore de nos jours, contestaient la paternité de l’oeuvre à Vermeer. Ma conviction intime est faite : seul Vermeer avait pu réaliser ce petit bijou.

     La technique est semblable aux tableaux de l'artiste peints à partir du milieu des années peinture, vermeer, national gallery, 1660 : légères touches de peinture transparente très diluée en glacis recouvrant de minces couches de pigments colorés plus opaques. Le résultat est lumineux…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     Je remarque qu’un homme est installé à mes côtés et examine le tableau silencieusement.

     - Dire qu’elle a failli ne pas être attribué à Vermeer, lui dis-je en souriant ! Difficile de ne pas reconnaître la patte de l’artiste… Tout le talent du peintre est condensé dans ce petit portrait.

     L’homme était décomposé.

     - Ce peintre est un diable qui nous enserre dans ses griffes et ne nous lâche plus. Il utilise la technique des futurs « impressionnistes »... la lumière est disséminée sur toute la toile... mais il est meilleur qu’eux…

     Inconsciemment, il saisit mon bras et lance fougueusement :

     - Tout est admirablement peint : ce saisissant contraste de rouge vif et de bleu froid… les reflets subtils renvoyés par l’étrange chapeau à plumes rouge orangé en forme d’aile empourprant de flammèches les joues de la jeune fille… ce blanc éclatant sous le menton… tous ces rehauts clairs, virgules posées sur la robe, le chapeau et la tête de lion tout en bas… Vermeer est un magicien !

     Des gouttes de rosée étaient déposées sur la bouche et la pointe du nez. En m'approchant, je distinguai une minuscule tête d’épingle vert clair éveillant la pupille de l’œil droit. Jugeant sans doute que l’effet n’était peinture, vermeer, national gallery, pas suffisamment fort, en plein milieu de la toile, l’artiste avait brossé vigoureusement en pâte d’un blanc pur le plastron sous le menton de la femme, l’éclairant fortement et animant son visage. Vincent Van Gogh et ses pâtes épaisses écrasées puissamment aurait aimé ce travail, pensai-je…

 

 

 

 

 

     La fascination s’était installée dans le regard de mon voisin. Il va avoir du mal à s’en remettre, pensai-je, heureux pour lui.

     Troublé, je le laissai en pleine méditation et m'éloignai.

 

 

Commentaires

  • Heureuse de retrouver tes articles qui me transporte dans le monde d'esthète qu'est la peinture!! Oui, c'est la patte de Vermeer, pas de doute! les petites touches qui éclairent les sujets pour les rendre mystérieux! c'est gentil de remettre en scène ton chouchou!! merci Alain! Bisous Fan

  • Comme tu le sais Fan, Vermeer est mon chouchou et je ne peux me dispenser d’en reparler de temps à autre sous forme de portrait.
    Cette « Jeune femme au chapeau rouge » est mon préféré avec « La jeune fille à la perle » et la « Vue de Delft ». Comment certains spécialistes, et non des moindres comme l’excellent Daniel Arasse, peuvent-ils soutenir qu’il pourrait s’agir d’un faux Vermeer ?
    A mes yeux, comme tu le penses toi aussi Fan, la qualité du portrait de cette jeune femme démontre largement sa provenance. Pour moi, seul Vermeer dans la peinture hollandaise du 17e atteint un tel niveau de sensibilité artistique. Un faussaire serait incapable de faire un tel chef-d’œuvre…
    Apparemment dans Facebook cette toile ne semble émouvoir personne…
    Bonne journée.

  • Excellente idée en effet de reprendre en "portrait" un extrait du chapitre 12 de ton roman : même si l'on croit connaître Vermeer, te lire, retrouver grâce à toi l'un ou l'autre petit détail qui signe incontestablement la patte du maître hollandais constitue pour moi un plaisir à la fois esthétique et littéraire.

  • Depuis le début de l’année, je reprends parfois des portraits courts de tableaux inspirés de récits antérieurs que je remodèle pour les rendre plus directs visuellement. Je pense que cette forme plus ramassée peut présentée de l’intérêt.
    Cela me permet de revoir des toiles dont je ne me lasse jamais.
    Merci Richard

  • Une belle méditation !
    Il est merveilleux, ce "voyage" que fait la perle de peinture, de l'oeil à la boucle d'oreilles, jusqu'aux lèvres et au col, avant de rebondir sur le manteau et le fauteuil.
    Bien sûr que ce tableau est de Vermeer, l'homme aux perles !

  • Non seulement il s’agit d’un Vermeer mais c’est peut-être le meilleur dans la qualité des couleurs. Le peintre n’utilise plus l’association de ses teintes fétiches habituelles : le bleu et le jaune. Il a gardé le bleu sur la cape et remplacé le jaune par ce rouge vif du chapeau qui irradie sur les joues de la jeune fille. A la manière impressionniste des petites touches colorées s’invitent un peu partout sur le petit portrait le faisant vibrer d’une vie intérieure.
    Le personnage, si proche, va nous parler. De quoi allons-nous causer ?

  • Vous avez le don de trouver le détail que d'autres ne verraient pas.
    j'ai adoré votre rencontre, et même sans avoir lu votre livre, je me dis qu'il doit être bien agréable de visiter les musées en votre compagnie.
    Merci pour cette découverte. Je préférais jusqu'à maintenant le portrait de la Jeune fille à la perle. Je ne verrai plus jamais ce tableau de la même façon.
    Passez une douce soirée.

  • Il faut dire que je n’ai pas de mérite. Vermeer, depuis une visite inoubliable au Louvre il y a quelques années, est devenu, de loin, mon peintre préféré. Quand on aime chaque détail a de l’importance, et chez cet artiste les détails fourmillent lorsqu’on le regarde de près.
    La « Jeune fille à la perle », plus connue, est magnifique. Je l’ai admiré plusieurs fois au Mauritshuis à La Haye. Aujourd’hui, j’ai presque un faible pour cette éclatante « Jeune fille au chapeau rouge » peinte deux années plus tard. Comment des historiens d’art peuvent ne pas attribuer ce chef-d’œuvre à Vermeer ?
    J’espère que la prochaine exposition en 2017 au Louvre sur Vermeer et la peinture hollandaise sera à la hauteur de l’événement. Le monde entier va se déplacer pour se délecter de cette peinture de genre hollandaise du 17e. Un siècle d’or…
    A bientôt.
    Belle journée à vous.

  • jolie visite dans ce merveilleux tableau. cette merveilleuse petite touche de blanc qui donne de la vie au regard et du frémissement humide à la chair... Vermeer un de tes chouchous, dis-tu, ce qui me trouble toujours est que, costumes mis à part, on a toujours l'impression d'être chez soi dans les décors et les maisons, telles qu'elles existent encore dans certaines villes flamandes

  • La peinture intimiste néerlandaise appelée aussi peinture « de genre », est le courant le plus intéressant et le plus original du 17e siècle hollandais avec ses scènes d’intérieurs nous faisant pénétrer dans les coquettes maisons bourgeoises, participer à la vie de famille et aux travaux ménagers. Une peinture sans prétention, simple : la banalité quotidienne.
    Il est vrai que, encore de nos jours, les hollandais ont gardé ce style de maison que l’on retrouve partout, avec leurs intérieurs propres et joliment agencés. C’est un pays que l’on prend beaucoup de plaisir à visiter.

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