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07 avril 2017

VERMEER AU LOUVRE : Réflexions scientifiques

 

Johannes Vermeer – L’astronome, 1668, musée du Louvre, Paris

                                   – Le Géographe, 1669, Städel Museum, Francfort  

 

 

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Suite de la visite...

  

     Les deux tableaux sont accrochés côte à côte : L’Astronome… Le Géographe

     J’ai réussi à me glisser juste à côté de touristes japonais installés, contemplatifs, devant les toiles.

   Quelle chance de pouvoir assister aux retrouvailles des deux frères, le temps de cette exposition au Louvre ! Un moment exceptionnel…

  Fabuleux 17ème siècle hollandais, pensai-je… Nous sommes en pleine révolution scientifique. Vermeer s’intéresse à la connaissance de l’univers à travers la cartographie, la géographie, l’astronomie et l’optique. L’artiste a représenté deux savants plongés dans leurs études : ses seules toiles montrant un homme comme unique personnage. Une signification allégorique ?

                     


 

     Je retrouve L’Astronome avec plaisir… Il est entré au Louvre en 1983, rejoignant ainsi La Dentellière, une habituée du musée depuis 1870.

     Comment pourrais-je oublier ce jour, il y a une vingtaine d’années, où j’avais découvert Vermeer au Louvre... Une jeune femme, coincée derrière un groupe de touristes, cherchait désespérément à voir la minuscule Dentellière. Voyant mon étonnement devant cette bousculade, elle m’avait indiqué qu’il s’agissait du peintre Vermeer et que la France ne possédait que deux toiles de celui-ci. Gentiment, elle m’avait proposé : « En attendant que la jolie brodeuse se libère, profitez-en pour aller voir L’astronome, l’autre toile de l’artiste qui est sur le côté droit de l’ouverture menant à la salle suivante. Vous ne serez pas déçu, avait-elle ajouté. » J’avais suivi son conseil. L’astronome était la première toile de Vermeer que je voyais de près. Ma première impression avait été déconcertante : une émotion inhabituelle devant quelque chose de nouveau, d’inconnu…

 

     Comme chez la plupart des peintres intimistes, l’activité quotidienne est représentée.

    Un astronome, assis dans son cabinet de travail, pose la main sur un globe céleste. Peinte surpeinture,vermeer,hollande,sciences,louvre, l’armoire, une date indique en chiffre romains : 1668. Devant le savant, une table sur laquelle reposent des objets. Un tapis bariolé ferme l’angle gauche de la pièce, recouvrant en partie la table. Face à la fenêtre, seule source de lumière apparente, le globe céleste concentre toute l’attention du scientifique dont l’attitude, dans la proximité symbolique du tableau « Moïse sauvé des eaux » accroché au mur du fond, pourrait signifier la recherche d’un guide spirituel.

 

 

     La clarté de la fenêtre distille des dégradés subtils d’ombres et de lumières sur toute la toile. L’éclairage, légèrement rosé sur la face et les mains de l’astronome, offre un doux contraste avec le vert de son habit. Comme toujours chez l’artiste, le modelé du personnage est peu marqué : flou, dilué… En m’approchant de plus près, je distingue des petites touches claires qui font vibrer les ombres bleutées du tapis ainsi que les ocres du globe céleste.

 

 

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     Je passe au Géographe, voisin. Les japonais sont partis. Ils ont été remplacés par une jeune fille qui regarde attentivement les œuvres, puis prend des notes sur un carnet. Une étudiante ?

     La lumière solaire entre par les petits carreaux de la fenêtre et ourle le fin profil du savant habillé d’un costume d’intérieur élégant bleu bordé de rouge. Penché en avant, il s’appuie d’une main sur un livre. Une intense réflexion intellectuelle suspend son compas dans l’espace. Des cartes l’entourent : sur la table, au sol, la carte accrochée au mur du fond montre les côtes marines d’Europe. Un globe terrestre surmonte l’armoire. Le regard du scientifique, dirigé vers la fenêtre, cherche une solution.

    Dans cette oeuvre, comme pour L’Astronome voisin, se dégage un merveilleux équilibre : une mélodie colorée rythmée par la lumière…

     J’observe que la signature du peintre apparaît deux fois : sur le mur du fond avec la date en chiffres romains : 1669 ; à nouveau sur une porte de l’armoire derrière le savant, sans date. Ces deux signatures sont–elles authentiques, m’interrogeai-je ?

 

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    Le souvenir ancien d’une visite à Delft, ville de Vermeer, me remonte en mémoire. Je savais que Vermeer avait été enterré dans l’Oude Kerk, l’ancienne église, et je voulais retrouver sapeinture,vermeer,hollande,sciences,louvre, tombe. Non loin de la porte d’entrée, j’étais tombé par hasard sur une très belle pierre tombale sculptée dont l’épitaphe en vers gravée dans la pierre vantait les qualités du scientifique le plus important de Delft, spécialiste des lentilles optiques et microscopes : Anthony van Leeuwenhoek, grand ami du peintre. Je savais pour avoir vu une gravure représentant ce savant qu’il avait environ 36 ans à la date de création du Géographe et de L’Astronome. Ses longs cheveux et sa ressemblance avec le personnage des tableaux ne laissait guère de doute : le scientifique avait servi de modèle pour les deux toiles.

 

 

 

 

    J’ai la sensation que Le Géographe et L’astronome sont heureux de se revoir… Tout au long de leur existence, ils auront constamment été réunis, leurs acquéreurs successifs les achetant comme des pendants dans les ventes aux enchères. Même Louis XVI faillit les acheter ! Le drame survint en 1797 : lors d’une vente, plus d’un siècle après le décès de Vermeer, leur séparation fut définitive. Orphelin, L’astronome voyagera longtemps entre la Hollande, l’Angleterre, l’Allemagne, pour enfin terminer son parcours au Louvre, pendant que ce pauvre Géographe, inconsolable, restera exilé dans un musée de Francfort.

 

   Deux versions de L’Astronome à la chandelle de Gerard Dou, encadrent les toiles de Vermeer. Elles sont minuscules. Peintes quelques années avant celles de Vermeer, auraient-elles pu l’inspirer ? La lumière est belle, les teintes ocrées sont douces. Les deux savants, l’un d’entre eux est plus jeune que l’autre, éclairent leurs recherches en tenant une bougie.

    Je tente de comparer les quatre toiles qui me font face : Dou traite ses astronomes en clair-obscur à la façon de son maître Rembrandt ; chez Vermeer les savants oeuvrent en plein jour. Aucune attache artistique ne rattache les deux peintres que le style et la lumière séparent définitivement…

  

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Gerard Dou – L’Astronome à la chandelle, 1665, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles

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Gerard Dou – L’Astronome à la chandelle, 1665, The J. Paul Getty Museum, Los Angeles

 

 

    Un groupe imposant de provinciaux à l’accent rocailleux me font comprendre qu'ils désirent ma place. Je m’imprègne encore un instant de la vision des deux Vermeer. Ils vont bientôt repartir, une nouvelle fois chacun de leur côté.

     Peut-être pour toujours…

 

 

Commentaires

Alors je lis dans la presse que la confrontation de ces deux maitres, c'est "dur pour Dou". Pourtant à l’époque il était plus prisé que Vermeer. Sans doute notre gout moderne accueille t il mieux la lumière de Vermeer que le clair obscur, de même que notre déco est aux blancs, délaissant les lambris et murs sombres et chargés du siècle précédent. Il est bien beau quand même, cet astronome de Dou, et la nuit on voit les étoiles...

les meubles cossus, les drapés somptueux... les tableaux flamands respirent l'opulence et le confort... c'est "le siècle d'or néerlandais"
"Là, tout n'est qu'ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.Des meubles luisants, Polis par les ans..."

tu connais le poème de Francis Jammes "J'ai vu, dans de vieux salons, des tableaux flamands..." http://www.unjourunpoeme.fr/poeme/jai-vu-dans-de-vieux-salons

Chez Vermeer c'est bien sur la position de la fenêtre dans son atelier qui fait qu'il peint presque toujours des profils gauches. Cependant les profils gauches sont les plus représentés en peinture (peut être en as tu parlé quelque part ?) , ce qui serait lié à la main qui tient le pinceau, la gestuelle de la main droite étant naturellement senestrogyre http://www.persee.fr/doc/enfan_0013-7545_1950_num_3_1_2186 (moi je ne sais pas dessiner les profils tournés vers la droite !!!)

merci, Alain, pour cette nouvelle visite guidée vivante et sensible...

Écrit par : emma | 07 avril 2017

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Dur pour Dou… Ce pauvre Dou est souvent confronté au Louvre avec Vermeer. Cela ne tourne pas à son avantage dans la bouche des spécialistes de Vermeer. Pourtant, effectivement, au 17e, il était plus connu que Vermeer et très recherché dans les milieux bourgeois. Ses Astronomes en clair-obscur sont beaux par leur lumière douce et teinte monochrome. Je pense à certains nocturnes de Georges de La Tour de la même époque (La Madeleine repentante).
Beau poème de Francis Jammes.
Luxe, calme et volupté, cette peinture hollandaise est toujours un régal. Jan Steen et ses scènes de ripaille dans des tavernes sont plaisantes également. Il ne nie pas les vices et les vertus mais les transcende dans une joie communicative que procure les plaisirs de la vie. Regard incisif, coquin, mais pas vulgaire, il regarde et peint une manière d’être et de vivre. On est loin de la merveilleuse pureté et de l’intériorité des œuvres de Vermeer. Thoré Bürger, le découvreur de celui-ci, disait à ses lecteurs : « Les intentions burlesques de Jan Steen ont toujours une signification morale. » Peut-être avait-il raison ?
Curieuse cette histoire de profil dont tu parles. Il est vrai que les personnages de Vermeer montrent toujours un profil gauche, la lumière venant de la gauche.
L’explication graphique est intéressante. Je pense que dans les tableaux ou photos c’est la direction de la lumière qui oriente le regard et le profil montré. Vermeer a une exception : La Dentellière, qui est de trois-quarts droit la lumière venant de la droite. Un des Astronomes de Dou tourne la tête vers la lumière de la bougie à droite et montre aussi son profil droit.
Merci pour la précision de tes commentaires, Emma.
Beau week-end ensoleillé.

Écrit par : Alain | 08 avril 2017

Merci Alain pour ces deux magnifiques tableaux qui respirent la perfection mais je dois dire que si c'est, comme tu dis Gérard Dou qui l'aurait inspiré, pourquoi pas et j'aime beaucoup aussi ce peintre de la perfection! Veermer à éclairé la mise en page et les personnages sont de leur époque, plus "éclairés" si j'ose dire , dans tous les sens du terme! En revanche, si son ami modèle a une chevelure abondante, sur les tableaux, Veermer les a travaillé d'une manière à ce qu'il n'y ait sans doute pas confusion!! Bon Dimanche à toi Alain!!!Bisous Fan

Écrit par : FAN | 09 avril 2017

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Gerard Dou est un très bon peintre dans la lignée de ces talentueux artistes néerlandais du 17e. Ses astronomes en clair-obscur sont beaux. On y perçoit les couleurs monochromes de son ancien maître Rembrandt. Vermeer a certainement vu les toiles de Dou car il était marchand d’art et se tenait au courant de la production de ses collègues. On ne peut vraiment dire qu’il s’en inspirait, ses préoccupations, dans la représentation des personnages et sa technique de dispersions de la lumière, étant bien différentes.
Pour Antony van Leeuwenhoek il ne semble guère faire de doute aujourd’hui qu’il a servi de modèles aux savants de Vermeer. L’artiste a arrangé leurs chevelures pour qu’ils ressemblent à des savants moins préoccupés de leur apparence que par leur travail.
Ce savant améliora les lentilles des microscopes et découvrit, entre autres, les spermatozoïdes… Il a même, après la mort de son ami Vermeer, été élu membre de l’Académie des sciences de Paris. Il servit de curateur et aida la femme de Vermeer au décès de son mari. Il sera enterré, non loin de L’artiste, dans l’ancienne église de Delft où son monument est superbe.
Merci d’avoir fait l’effort de ce commentaire par ce beau dimanche estival. Cela fait vraiment du bien.
Passe un superbe dimanche.

Écrit par : Alain | 09 avril 2017

Merci Alain pour ce très beau voyage en terre de passion scientifique. Les retrouvailles des « deux frères » sont sans nul doute émouvantes et cela nous rappelle que les oeuvres ne sont pas de simples images inanimées, des accumulations de traits et de couleurs. Les oeuvres d'art ont une vie, souvent secrète, toujours si dense et qui nous invite à les contempler, à prendre le temps de s'imprégner de ce qu'elles ont à nous dire. Les mots de Vermeer palpitent dans sa peinture avec son appétit de découverte.
J'ai moi-même été fascinée par ces deux toiles, dès que je les ai étudiées à la fac. Il y avait quelque chose de très séduisant pour l'esprit à s'imaginer dans l'antre du géographe et dans celui de l'astronome. Voyager via l'esprit, le regard et le flot des couleurs mises en scène par le peintre.

J'aime beaucoup Gérard Dou, je trouve dommage que les comparaisons se fassent presqque automatiquement entre des oeuvres alors que chaque toile a une vie propre. Même quand des peintres traitent du même thème, chacun utilise sa propre énergie créatrice et son propos est difficilement comparable à un autre, ce n'est que mon avis. De ce fait, j'apprécie vraiment beaucoup votre manière de présenter les oeuvres des peintres, vous contez l'art comme nous le dit le titre de votre blog. Ainsi, il se diffuse comme les récits du coin de l'âtre, de manière émouvante et patiente, sans l'ostentation de certains critiques qui remuent beaucoup d'air et veulent faire parler les tableaux comme ils feraient vrombir les moteurs de puissantes machines. Je préfère votre regard intimiste, attentif, personnel... Il est très respectueux, honnête et captivant.

Merci pour ce très bel exposé et pour vos propos remplis de gentillesse. Je vous souhaite une excellente journée, bien amicalement !

Cendrine

Écrit par : Cendrine | 13 avril 2017

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Face à Vermeer, les comparaisons de toiles ne sont pas toujours flatteuses pour Dou, Van Mieris et les autres excellents peintres néerlandais. Même si les scènes de genre, par leurs thèmes, sont souvent comparables entre elles, vous avez raison chaque toile à sa vie propre et les styles sont bien différents, et c’est tant mieux pour le spectateur. Dans ce 17e siècle hollandais, il y avait une telle accumulation de grands talents. Pourtant nous sommes bien obligés de convenir que trois artistes dominent les autres dans l’histoire de l’art : Vermeer, Rembrandt, et Frans Hals. Merveilleux siècle d’or !

Je vous sens réceptive, et j’en suis heureux, à ma façon de parler de l’art. Depuis le début du blog j’ai toujours essayé de montrer l’art que j’aime avec un œil autre. Je raconte une histoire où se mêlent la technique, la vie du peintre, les tableaux parlent parfois, donnant ainsi une vision plus intime des œuvres. Pour Vermeer ce n’est pas trop difficile car l’intimité est sa marque de fabrique. Il s’agit vraiment du peintre qui m’a le plus touché, même si j’en aime de nombreux autres tellement différents comme Van Gogh.

J’espère que vos crises se sont un peu calmées. Vos amis du blog vous écrivent de bien belles choses… Le printemps, la lumière, la douceur, les fleurs, vous apporteront certainement ces quelques instants de bonheur qui donnent souvent un sens à la vie.

Votre arbre en fleurs du Parc Montsouris a fait remonter des souvenirs anciens en moi…

Le muguet est déjà arrivé dans le jardin. Belle journée Cendrine.

Écrit par : Alain | 14 avril 2017

Que voilà de très intéressantes réflexions sur la peinture et, plus spécifiquement, sur ce que l'on pourrait nommer "l'histoire du profil" pour mon retour après ces deux semaines de "congés" grâce à tes lectrices, Alain.
Bien des choses pourraient être ajoutées suivant les civilisations : comprends que je pense évidemment en tout premier lieu à celle de l'Égypte antique où le profil d'un personnage choisi par l'artiste dans les peintures murales n'est absolument pas le fruit d'un quelconque hasard mais dépend toujours de sa relation à celui qui est en sa présence, de sa place dans la composition en fonction de son rang social mais aussi, on le sait peut-être un peu moins, de l'endroit où il se trouve par rapport à l'entrée du temple ou de la tombe où il figure ...
Mais il serait trop long et peu indiqué que je développe tout cela, ici, sur ton blog alors que Vermeer est et doit rester le "héros" principal ...
Peut-être un jour, sur le mien ...

Écrit par : Richard LEJEUNE | 18 avril 2017

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Dans les toiles de Vermeer, rares sont les personnages dont on ne voit que le profil tourné vers une fenêtre le plus souvent sur la gauche : Trois ou quatre, dont « L’Astronome ». Ce n’était pas la préoccupation principale du peintre, ni la mienne lorsque je regarde un tableau de l’artiste.
Le Louvre a eu une excellente idée en intégrant les œuvres de Vermeer, en matière de scènes de genre, au sein de l’art hollandais. La qualité exceptionnelle de son travail se renforce au contact de ses collègues contemporains. Impossible de ne pas distinguer un Vermeer placé au milieu de ses amis hollandais.

Écrit par : Alain | 19 avril 2017

J'aime beaucoup ta page, et j'avoue découvrir les tableaux de Gérard Dou.
Ils sont très beaux aussi, différents.
Passe une douce journée Alain.
Amitiés.

Écrit par : Quichottine | 18 avril 2017

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Les deux astronomes de Dou sont très beaux en clair-obscur. Contrairement à Vermeer, il les a représentés dans la nuit, métaphore de l’inconnu dans lequel l’esprit humain cherche, une chandelle à la main.

Écrit par : Alain | 19 avril 2017

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