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Si l'art était conté... - Page 16

  • VAN GOGH écrivain : Arles - 2. Avril 1888

     

    CORRESPONDANCE - EXTRAITS CHOISIS

     

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    Vincent Van Gogh – Arles, verger en fleurs, 1888, Van Gogh Museum, Amsterdam

          

            Malgré le vent violent qui le perturbe certains jours, Vincent peint avec rage les floraisons printanières.

         Fin avril, il loue une petite maison (la maison jaune), place Lamartine, où il installe son atelier. Il prend ses repas au café de la Gare et couche au café de l’Alcazar qu’il peindra plusieurs fois durant son séjour à Arles.

     

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  • VAN GOGH écrivain : Arles - 1. Mars 1888

     

    CORRESPONDANCE  -  EXTRAITS CHOISIS

     

     

     

          Vincent s’est installé à l’hôtel-restaurant Carrel à Arles.

          Il vient de quitter Paris, ses amis, et son frère Théo. Il souffre de la solitude. Le printemps arrivant, il commence à peindre les vergers fleuris.

          Il rêve de la création d’un atelier où des amis artistes le rejoindraient pour une vie de travail en commun.

     

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  • VAN GOGH écrivain : Projet

     

     

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    Vincent Van Gogh – Nature morte avec 3 livres, 1887, Van Gogh Museum, Amsterdam

     

     

     

          Vincent Van Gogh était un peintre de génie. Aujourd’hui, ses tableaux sont recherchés, admirés.

          Sait-on que Van Gogh était également un grand écrivain ?

          Georges-Louis Leclerc de Buffon disait : « Le style est l’homme lui-même ». Cette phrase pourrait parfaitement correspondre à Van Gogh dont la personnalité forte se manifestait aussi bien dans sa peinture que dans son écriture.

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  • Le Luberon

     

     

          Que diriez-vous d’un balade dans le Lubéron ? Oui ? Alors suivez-moi !

     

          La Provence… Cette région du sud-est de la France, nichée entre mer et montagne, évoque tant de choses : un soleil que les gens du Nord jalouse, des parfums de lavande, le crissement des cigales, des villages de cartes postales, d’innombrables vestiges romains, l’accent coloré des habitants, et puis cette mer aux mille nuances de bleus et de verts que la lumière modifie sans cesse.

          Cette terre de douceur m’attire irrésistiblement presque tous les ans. Je réside loin d’elle, mais je sens, lorsque j’y vais, que je suis chez moi dans cette région. Quelque chose d’agréable s’agite au fond de moi et je suis bien.

          Je la connais d’Ouest en Est cette Provence : elle étire un vaste panorama qui part de la Camargue et son univers de flamands roses, taureaux noirs et chevaux blancs, suit les pas hallucinés de Van Gogh entre Arles et Saint-Rémy-de-Provence, s’accroche aux calanques sauvages nichées entre Marseille et Cassis, et se termine non loin de la montagne Sainte-Victoire, immortalisée par Cézanne, à Aix-en-Provence.

          Enfin… je croyais bien la connaître cette Provence ! Pourtant, une zone de paysages accidentés située en plein cœur de celle-ci m’était inconnue : le Luberon, parc naturel régional, à mi-chemin entre les Alpes et la Méditerranée, une barrière montagneuse parsemée de villages hauts perchés, ravins profonds, falaises ocrées, collines calcaires et maisons de pierre sèche.

          Un séjour récent m’a permis de faire enfin connaissance avec ce Luberon. J’ai été séduit. Mon appareil photo a rarement autant chauffé. Je vous propose de partager avec moi quelques-uns des meilleurs clichés que j’ai ramenés dans mes bagages.

      

     

    GORDES

     

          Il faut reconnaître que lorsque l’on se trouve face à cette ville qui touche le ciel, avec ses pierres patinées par le temps, on sait de suite qu’il s’agit d’un des plus beaux villages de France.

     

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          D’ailleurs, un cycliste qui passait sur la route faillit bien se flanquer par terre devant ce spectacle.

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          En marchant dans les ruelles pavées du village, de nombreuses échappées entre les maisons s’ouvrent sur la montagne qui lui fait face. Il doit faire bon vivre à cet endroit, m’étais-je dit.

     

     

     

     

     

     

     

     

     LE VILLAGE DES BORIES

     

          Proche de Gordes, j’ai passé un long moment dans l’original village des Bories.

          L’origine de ces habitations remonterait aux Ligures qui peuplaient la région plusieurs siècles avant notre ère. Dans le pays, on appelait familièrement ces curieuses maisons bâties en pierres sèches, sans mortier, des « cabanes gauloises ».

          Ces habitats traditionnels ont traversé le temps puisqu’ils furent habités constamment à diverses époques jusqu’au début du 19e siècle.

     

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          luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillonCurieux, je suis entré dans toutes les maisons composant ce village minéral construit avec des pierres trouvées sur place : feuilles de calcaire se détachant du rocher ou pierres des champs. On les appelait « Lauzes ». D’environ 10 centimètres d’épaisseur, elles étaient assemblées sur plusieurs rangs de plaquettes afin de former des murs épais.

          D’aspect ovoïdes ou carrées, ces maisons neluberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillon comportent le plus souvent qu’une seule pièce et une ou deux étroites ouvertures. A l’intérieur, des cavités aménagées dans l’épaisseur des murs servent de placards ou de rangements. Le plus étonnant est que la température y demeure constante en toutes saisons.

     

     

     

     

     

     

           Cette vaste aire à l'entrée du village servait à battre le blé ou, parfois, les jours de fêtes, à danser.

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          Remise à outils ou cellier

     

     

     

     

     

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                                                                               Une bergerie.

     

     

     

     

     

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          Un four à pain qui semble encore prêt à servir.

     

     

     

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          On stockait également le vin.

     

     

     

     

     

     

          luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillonJ’imagine quelques habitants du village assis sur ce banc le soir, après leur journée de travail, humant le souffle du mistral avant de rentrer à l’abri de leur cabane pour la nuit.

     

     

     

     

     

     

     

    SAIGNON

     

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           Autre village haut perché dont le rocher déchiqueté par le vent laisse apparaître le cône pelé du Mont Ventoux au loin.

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          Un moulin à huile troglodytique que le temps a difficilement conservé.

     

     

     

     

     

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          On peut toujours rêver ! Ma femme tente vainement de pousser avec ses petits bras cet immense rocher. L’homme paraît bien fragile face à la nature…

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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          Quelques fleurs sauvages apportent une note colorée dans ce décor sévère.

     

     

     

     

     

     

            Ouf ! Une charmante placette, au cœur du village, nous apporte un rafraîchissementluberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillon mérité.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LE PONT-JULIEN

     

          luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillonJe ne sais de quelle nationalité était ce couple de jeunes touristes. Allemand ? Peut-être hollandais ? J’étais seul avec eux au pied de ce pont romain, vestige de l’antique voie Domitienne. Ils me tendirent leur minuscule appareil numérique : « Merci ! Photo de nous devant pont ! Appuyez ici ! ». Ce fut vite expédié : un cliché en largeur montrant le pont en entier, un autre dans le sens de la hauteur cadrant le couple tendrement enlacé, un sourire béat les unissant. « Très beau ! Merci !dirent-ils, satisfaits d’avoir été  immortalisés devant cette ruine ancestrale. »

          J’en profitai, avant de partir, pour garder, moi aussi, un souvenir de ce pont sous lequel coule le Coulon, ce jour là à sec, dont le débit d'eau peut être très important, occasionnant de fortes crues. Je le trouvais encore bien conservé malgré ses 2000 ans.

     

     

     

     

     

     

       L’ABBAYE DE SENANQUE

     

          Ce lieu m'a laissé une sensation d’enchantement !

     

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           Niché dans un vallon loin du bruit de la civilisation, ce monastère, fondé en 1148, est un témoin de l’architecture cistercienne primitive.

          En fin de journée, une lumière mystique l’enveloppait. La lavande envoyait des tonalités violines sur les murs gris.

     

     

    LE COLORADO DE RUSTREL

     

          Un western !

          On se serait cru dans ces vieux films en technicolor tournés dans des régions désertiques et poussiéreuses de l’Amérique d’autrefois. J’ai même cru, un instant, apercevoir la tête d’un indien derrière une colline, puis disparaître, certainement pour prévenir sa tribu de notre présence. Heureusement, mon scalp est encore sur ma tête !

     

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              La jeune femme au centre paraît bien seul dans ce décor sauvage.

      

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    L’ocre est une substance mystérieuse. Ce Colorado à Rustrel nous renvoyait des couleurs somptueuses : du jaune le plus lumineux au rouge le plus profond, en passant par toutes les teintes intermédiaires d’orangés.

          Au coeur du massif des ocres du Lubéron, ce site est grandiose. Ancienne carrière à ciel ouvert, il fut industrialisé au 19e et 20e

          Devant moi, s’unissaient l’émouvant résultat de l’activité humaine de plusieurs générations d’ocriers et l’érosion de la nature.

     

     

     

     

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          Un désert de sable : sorte de Sahara blanc coincé entre des pics aux formes fantastiques verdoyants ou rougeâtres.

     

     

     

     

     

     

     

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          Ne se croirait-on pas sur les pentes d’un glacier ?

     

     

     

     

     

     

     

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         Etranges cheminées ? 

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    LE VILLAGE DE ROUSSILLON

     

          J’ai gardé ce village perché pour la fin. Il ne peut qu’inspirer les peintres.

          Cette fois, les humains ont utilisé la vivacité des couleurs de l'ocre pour en badigeonner les murs de leurs maisons. Le résultat est somptueux.

     

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           L’entrée du village me rappelle le Colorado que je viens de quitter.

     

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          Les maisons entremêlées révèlent une palette de couleurs chaudes, toutes en nuances, composant un tableau de rêve.luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillon  

     

     

     

     

     

     

                                                           Ruelles 

     

     

     

     

     

     

              Maisons pittoresques.

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           Au-dessus du balcon de la mairie, l'ombre des drapeaux s'empourpre au contact de l'ocre rosé.

     

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          Un clocher, planté dans un ciel d’un bleu profond, indique encore l’heure de mon passage.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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          La star du village ! Cette porte ancienne peinte par un artiste était mitraillée sous tous les angles. J’ai même failli en venir aux mains avec un touriste japonais qui s’obstinait à monopoliser l’image de la porte avec sa petite amie plantée devant.

     

     

          Il restait beaucoup de choses à explorer dans cette superbe région. Je n’en ai pas eu le temps. Néanmoins, je pense avoir montré un aperçu intéressant de la richesse de ce petit coin de Provence dont on ne parle pas assez.

          Avant de vous quitter, je vous offre en prime :

     

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           Un lever de lune sur le Lubéron.

     

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           Un coucher de soleil au même endroit.

     

     

           Le Lubéron vous a plu ?  Venez le voir. Vous ne serez pas déçu.

     

                                                                                             Alain

     

     

     

  • De Corot à Renoir - La collection Clark à Giverny

     

     

    Mes expositions « coups de cœur » de l’été 2011

     

     

           Une fois de plus, je suis fidèle au rendez-vous estival annuel de Giverny.

          Je ne me lasse pas de visiter ce charmant musée des Impressionnismes proche de Vernon en Normandie, situé le long de ce petit chemin jouxtant la Seine, à mi-chemin entre la maison rouge où Claude Monet passa les dernières années de sa vie et sa tombe isolée, éternellement fleurie, collée contre la petite église du village.

          Depuis le 12 juillet dernier, le musée a la chance d’accueillir la seule étape française de l’exposition itinérante organisée à travers l’Europe par le Sterling and Francine Clark Institute de Williamstown, Massachusetts. Près de 70 œuvres de peintures essentiellement françaises du 19e siècle, parmi les plus belles de la collection, sont présentées. Des chef-d’œuvres impressionnistes et pré-impressionnistes rarement visibles dans notre pays se regroupent autour d’une vingtaine de tableaux d’Auguste Renoir, l'artiste chouchou des Clark.

          Ceux-ci étaient de la race de ces riches collectionneurs américains du début du 20e siècle nommés Barnes, Philipps, Frick, Palmer, Getty, Ryerson, parmi les plus célèbres.  Fortunés, mécènes, passionnés d’art moderne, ils bâtirent des collections enviées de nos jours par les plus importants musées dans le monde.

          J’avais eu la chance de voir la collection Barnes lors de son passage en France il y a quelques années ; celle des Clark envoyée en Europe est du même niveau en qualité, sinon en quantité.

     

     

          C’est l’histoire d’une fortune, d’un collectionneur amateur d’art éclairé Sterling Clark, et d’une romance amoureuse en plein Paris.

          peinture,clark,givernyEpris de la France et riche héritier des machines à coudre Singer, Sterling décide de s’installer à Paris dans les années 1910 où il rencontre Francine Clary, une actrice de la Comédie-Française ayant pris pour nom de scène Clary. Ils se marient en 1919.

          En quelques dizaines d’années, entre 1910 et 1950, le couple va acquérir un ensemble d’œuvres diversifié de maîtres anciens et modernes de grande valeur. Les achats de Sterling étaient toujours faits en étroite concertation avec sa femme dont l’opinion lui était d’une grande valeur.

    « J’aime toutes les formes de l’art pourvu qu’il soit bon. » 

     

     Sterling et Francine Clark à l’inauguration de l’Institut en 1955

     

           La peinture impressionniste française le ravit et il enrichit sa collection des meilleurs d’entre eux : Degas, Manet, Sisley, Jongkind, Pissarro, Monet et, surtout, Renoir.

          A partir des années 1930, Auguste Renoir devient le peintre favori de Sterling dont il achète plus de trente toiles : « Quel grand maître ! Peut-être le plus grand qui ait jamais vécu, en tout cas l’un des dix ou douze premiers. Personne jusqu’ici n’a jamais eu l’œil si sensible à l’harmonie des couleurs ! »

          A l’approche de ses 70 ans, Sterling décide que le moment était venu de réaliser enfin son idée ancienne de musée afin de montrer sa collection. En 1955, Francine Clark coupe le ruban de l’inauguration de l’Institut situé à Williamstown en Nouvelle-Angleterre. Au décès de son mari, l’année suivante, elle continuera à s’occuper du musée jusqu’à sa mort en 1960.

     

     

          L’exposition présente quelques peintres académiques comme Bouguereau ou Gérôme et seulement trois toiles post-impressionnistes de Toulouse-Lautrec et Gauguin. Un original Bonnard de jeunesse clôt le parcours. Afin de correspondre à l’esprit du musée des Impressionnismes, j’ai choisi de montrer une galerie restreinte de mes choix personnels allant de Corot à Renoir. Ce choix est évidemment subjectif et limité compte tenu de l’exceptionnelle qualité de la collection.

     

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     Camille Corot – La route au bord de l’eau, 1866, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

           Le « père Corot » était admiré par tous les artistes de la jeune peinture, ceux qui allaient devenir les futurs « impressionnistes ». Cette route longeant une rivière inspire la quiétude d’une belle journée ensoleillée. Une légère brise fait remuer les feuilles des arbres. La lumière est douce, quelques personnages s’affairent dans ce paysage où la « patte » tremblante de Corot est facilement reconnaissable.

      

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     Claude Monet – Les falaises à Etretat, 1885, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

           Combien de peintres ont été inspirés par les falaises de cette côte normande ? Claude Monet peindra de nombreuses fois l’aiguille et l’arche rocheuse de la falaise d’Etretat. La lumière matinale sur les rochers et la mer est travaillée par petites touches nerveuses caractéristiques du style de l’artiste cherchant à saisir l’aspect éphémère des choses.

      

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     Claude Monet – Champ de tulipes à Sassenheim près de Haarlem, 1886, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

          L’intensité des couleurs des champs de tulipes hollandais ne pouvait qu’inspirer Monet lors de son troisième et dernier voyage dans ce pays de canaux, de moulins et d’immenses champs fleuris.

      

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    Alfred Sisley – La Tamise à Hampton Court, 1874, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

           Les coloris d’Alfred Sisley s’assemblent en nuances subtiles. Le ciel ennuagé de teintes rosées se reflète dans l’eau de la Tamise. Deux cygnes sur la gauche semblent avoir été placés à cet endroit pour équilibrer les deux voiliers voguant sur la droite.

       

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     Camille Pissarro – Saint-Charles, Eragny, 1891, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

          A mes yeux, cette toile est l’une des plus belles de la manière pointilliste adoptée un moment par Camille Pissarro sur les conseils de ses amis Georges Seurat et Paul Signac. Le résultat est lumineux. Les petites touches juxtaposées de couleurs pures donnent une vibration étonnante à ce paysage.

        

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    Mary Cassatt – Offrant le panal au torero, 1873, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

     

          Il y a un petit côté de Diego Velázquez dans cette toile de jeunesse de Mary Cassatt qui appréciait « sa manière belle et simple ». La jeune femme offre un verre d’eau au torero habillé de lumière pour qu’il y trempe un rayon de miel appelé panal en espagnol. La qualité de peintre de l’artiste transparaît déjà dans cette grande toile.

      

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    Edouard Manet – Roses mousseuses dans un vase, 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

         

          Edouard Manet n’a plus qu’un an à vivre lorsqu’il peint ces roses enfoncées dans un petit vase. C’est simple, sans prétention, loin des grandes compositions passées, souvent scandaleuses, de l’artiste. Sterling Clark disait qu’il s’agissait d’un « Manet d’une beauté merveilleuse ».

      

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    Edgard Degas – Danseuses au foyer, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

     

            Ah les danseuses de Degas ! J’aime ! Cette toile a des dimensions étonnantes, toute en longueur comme une frise. Les danseuses de l’artiste étaient souvent peintes au pastel donnant un aspect velouté aux couleurs chatoyantes des robes et tutus. Ces Danseuses  au foyer, croquées à l’huile, sont éclatantes de vie après l’effort physique intense imposé par leur exercice.

      

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    Edgard Degas – Avant la course, 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown 

           Degas s’intéressait aux couses de chevaux qu’il peignait souvent. Les mouvements nerveux des chevaux avant le départ donnent une belle spontanéité à cette toile composée dans un style à la touche très impressionniste.

      

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     Berthe Morisot – Le bain, 1885, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

           Je connaissais cette toile de Berthe Morisot, femme peintre comme Mary Cassatt, que j’affectionne tout particulièrement. L’artiste a fait poser une jeune fille de dix-sept ans qui, sortant du bain, se coiffe, se maquille et s’apprête certainement à sortir. Par son travail tout en délicatesse, Morisot apporte sa sensibilité féminine à l’impressionnisme nouveau.

     

     

          peinture,impressionnisme,renoir,clark,givernyL’exposition se termine par une vingtaine de toiles d’Auguste Renoir. Renoir, c’est la joie de vivre et de peindre ! Une fête permanente de la lumière, des chairs et des corps ! Ses amis peintres mettaient beaucoup de blanc dans leurs couleurs pour éclaircir leurs toiles. Renoir préférait plutôt une technique basée sur l’utilisation des glacis, une superposition de couleurs transparentes où les teintes bleutées dominaient.

          

     

    Auguste Renoir – Autoportrait, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

      

           Je montre ci-dessous un échantillon des tableaux de l'artiste présents à l’exposition :

            Au premier coup d’œil, on perçoit des toiles de Renoir dans cette Ingénue et cette Jeune femme au crochet peintes tout en finesse. C’est le Renoir des années de jeunesse, à l’époque de la première exposition impressionniste de 1874. Les couleurs s’entremêlent, se modulent avec virtuosité pour donner aux jeunes femmes cette grâce vaporeuse inimitable de l’artiste.

     

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    Auguste Renoir – L’ingénue, 1874, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

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     Auguste Renoir – Jeune femme au crochet, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

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    Le père Fournaise ! Je retrouve le propriétaire de ce restaurant de l’île de Chatou au bord de la Seine où j'aime me rendre à l'automne lorsque les feuilles des arbres s'enluminent. Renoir y peignit de nombreuses toiles dont le célèbre Déjeuner des Canotiers dans lequel les enfants Fournaise posaient. Des touches légères donnent vie aux yeux pétillants bleus clairs de l’homme. 

     Auguste Renoir – Père Fournaise, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

           Renoir affectionnait les tableaux de genre qui font penser à la peinture hollandaise dupeinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny 17e dont la représentation de femmes écrivant une lettre était courante.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Auguste Renoir – La lettre, 1896, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

      

          Je termine mon parcours en montrant les trois toiles de Renoir que j’ai préférées dans l’exposition :

          

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          Angèle, une gamine de dix-huit ans, habituée du Moulin de la Galette à Montmartre, aux allures canailles et à la vie dissolue, est croquée dans son sommeil. La pose alanguie est un peu voyeuriste. Renoir la représente les cheveux coupés en frange sur le front, un visage au teint doré, un nez retroussé, une bouche pulpeuse, habillée d’une robe bleue et de bas à rayures de paysanne. Il l’a affublée d’un curieux petit chapeau à plume et d’un chat endormi sur sa robe. Les rouges et les bleus se répondent... Superbe

     

    Auguste Renoir – Jeune fille endormie, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

          Ce tableau d'une enfant portant un faucon est d'une grande fraîcheur. Commepeinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny toujours, je discerne en premier les bleus du peintre que des orangés et rouges proches mettent en valeur. Une belle harmonie de coloris se dégage de l'ensemble de la toile.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Auguste Renoir – L’enfant à l’oiseau (mademoiselle Fleury en costume algérien), 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

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          Renoir exigeait de ses modèles une peau qui ne repousse pas la lumière. L’épiderme de la jeune femme assise à gauche en robe de soirée noire est nacré comme une perle. Le bouquet de roses de la jeune fille sur la droite associé aux couleurs chaudes du décor, fait ressortir les chairs lumineuses. La jeune femme nous regarde et nous sourit. Ce tableau délicieux me rappelle La loge peinte quelques années plus tôt dans des tonalités ressemblantes.   

     

    Auguste Renoir – Une loge au Théâtre, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

     

           Je pense que cette quinzaine de toiles vous donnera un aperçu de la grande qualité des toiles présentées. Il s’agit d’un avant-goût, une mise en bouche, de ce qui attend ceux qui pourront se rendre à cette exposition.

          Pas de panique ! Vous avez jusqu’au 31 octobre prochain.

          La collection Clark continuera ensuite sa tournée internationale en Espagne, au Texas, en Angleterre, au Québec, pour se terminer au Japon et en Chine en 2013. Un beau voyage en perspective et beaucoup d'émotions pour les visiteurs.

          Bonne visite à tous.

     

     

                                                                                      Alain

     

     Rendez-vous le mardi 27 septembre prochain pour le 10ème chapitre de "L'obsession Vermeer".

     

     

  • La nuit, puis le jour - Odilon REDON (1840-1916)

     

     

    Mes expositions « coups de cœur » de l’été 2011

     

     

          C’est l’histoire d’une surprise, puis d’un émerveillement, le mien…

     

          L’exposition Odilon Redon se tient dans l'imposant Grand Palais proche des Champs-Elysées et ferme ses portes le 20 juin prochain. J’étais venu insouciant en cet après-midi de début juin, sans idées préconçues, dans un esprit de découverte d’un peintre moderne que l’on disait symboliste.

          Je savais que cet artiste avait vécu l’aventure impressionniste puisqu’il avait participé à la dernière exposition du groupe en 1886. Etrangement, je ne connaissais que son nom et ignorais son œuvre. On le disait discret, renfermé, singulier dans son travail…

          Je gardais précieusement dans ma bibliothèque un vieux bouquin « Peints à leur tour », daté de 1948, écrit par Thadée Natanson, important critique d’art, fondateur et rédacteur en chef de la Revue Blanche à la fin du 19e. Il avait bien connu Odilon Redon. Avant de venir, j’avais relevé quelques phrases concernant ce peintre :

          « Pour donner de formes sensibles, mais aussi de cheminements abstraits, une expression toujours purement plastique, […] personne n’aura trouvé de moyens plus simples, mais plus efficaces et plus originaux. »

          « Dans le royaume lointain du lithographe, […] les noirs d’Odilon Redon, qui sont parmi les plus noirs qui aient été tirés, réalisent sur le papier les ténèbres. Monsieur Degas, connaisseur difficile, disait son admiration de ces noirs. »

          « Les créations de Redon ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Tantôt grâce à une sagacité de l’inachevé, tantôt par un très personnel accent de tristesse. »

          Thadée Natanson avait surnommé Odilon Redon le « prince du rêve ». Ses phrases m’avaient intrigué.

     

     

          En entrant dans la première salle, silencieuse, je ne vois que des petites œuvres accrochées l’une après l’autre dans la pénombre. Il est indiqué que les dessins et pastels supportent mal la lumière.

          Dessins au fusain, eaux-fortes, gravures. Noir… Je lis sur un mur que l’essentiel de l’œuvre du peintre, jusque vers sa cinquantième année, reste de façon presque exclusive dans le noir.  

          « Le noir est en somme la couleur la plus essentielle, n’est-ce pas ? disait Redon à Emile Bernard. »

          La plupart des gravures de Redon qu’il avait publiées dans une douzaine de recueils lithographiques, sont exposées : Dans le rêve, A Edgar Poe, Les origines, Hommage à Goya, La tentation de Saint Antoine, A Gustave Flaubert, Les fleurs du mal, Les songes

          Je prends le temps d’examiner chaque gravure. Une grande liberté anime le travail de cet artiste original. Tous les sujets ont retenu l’attention du dessinateur : visages, corps, chevaux, arbres, fleurs, paysages. L’univers de Redon, exprimé sur un mode intimiste à la façon d’un Gustave Moreau, est sombre, fantastique, énigmatique :

          peinture,redon

     

     

     

    Un œil sous la forme d’un  ballon se dirige vers l’infini

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Grand ballon captif, 1878, BNF, Paris

         peinture,redon

     

     

     

    Une tête sans corps repose sur un plateau

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Tête de martyr posée sur une coupe, 1877, Kröller-Müller Museum, Otterlo

         peinture,redon

     

     

     

     

    Une fleur sort des marécages, face d'enfant aux traits pensifs

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Tête sur une tige, 1885, The Art Institute of Chicago

           peinture,redon

     

     

     

     

    Un homme cactus s’hérisse de piquant

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – L’homme cactus, 1882, The Ian Woodner Family Collection, New York

          peinture,redon

     

     

     

     

    Un œuf, enfoncé jusqu’au yeux dans son coquetier, semble épouvanté

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – L’œuf, 1885, Musée National, Belgrade

         peinture,redon

     

     

     

     

    Une étrange araignée à tête humaine nous sourit

     

     

     

     

     

     

     Odilon Redon – L’araignée qui sourit, 1881, Musée du Louvre, Paris

          peinture,redon

     

     

    Un homme ailé marche à tâtons dans une ambiance bleutée. 

     

     

     

     

     Odilon Redon – L’homme ailé, 1880, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux

     

          Un petit tableau est accroché seul au milieu de la salle. Une vision en bleu et or surprend dans le noir environnant. L'image rappelle les peintres primitifs, tout en étant d’une grande modernité.

     

    peinture,odilon redon

    Odilon Redon – La cellule d’or, 1892, The British Museum, Londres

     

          La première partie de l’exposition se termine. Résonance intime de l’âme de Redon… Emerveillement et angoisse de la petite enfance… Les yeux d’enfants de Redon exploraient-ils ses origines ?

          « L’art est une fleur qui s’épanouit librement, hors de toute règle ; il dérange singulièrement, ce me semble, l’analyse au microscope de savants esthéticiens qui l’expliquent. »

     

          La couleur jaillit… Le jour succède soudainement à la nuit…

          Un sentiment d’espace métaphysique, de légèreté, de joie simple, transfigure les toiles qui m’entourent. Les murs présentent une symphonie musicale dont les couleurs chatoyantes sont les notes.

          Odilon Redon a 50 ans en 1890. Jusqu’à son décès en 1916, le peintre va travailler sur la couleur, avec une préférence pour la technique du pastel, qu’il épouse définitivement. Son art est ravivé. Il écrit à Emile Bernard en 1895 : « Je délaisse de plus en plus le noir. Entre nous, il m’épuisa beaucoup, il prend, je crois, sa source aux endroits profonds de notre organisme. »

          Les yeux clos, daté de 1890 par l’artiste lui-même, est l’œuvre qui semble faire la transition du noir vers la couleur. La figure surgit dans l’aube grise comme émergeant de l’eau, sorte d’image christique de la résurrection. 

     

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    Odilon Redon – Les yeux clos, 1890, Musée d’Orsay, Paris

     

          Venant à la suite des premières salles sombres, cette lumière éclatante m’éblouit… Je repense à ces levers de soleil qui trouent la nuit à l’aurore et envahissent d’un coup le ciel de lueurs flamboyantes.

          Des motifs divers m’apparaissent :

          peinture,odilon redon

     

     

     

     

     

    Des portraits d’Arï, le fils du peintre, né tardivement après la perte d’un premier enfant

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Arï Redon au col marin, 1897, Musée d’Orsay, Paris

     

     

          peinture,odilon redonSon épouse : le passage du temps...peinture,odilon redon

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Portrait de madame Redon, 1911, Musée d’Orsay, Paris

    Odilon Redon – Madame Redon brodant, 1880, Musée d’Orsay, Paris

     

     

           Des femmes

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    Odilon Redon – Portrait de Marie Botkin, 1900, Musée d’Orsay, Paris

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     Odilon Redon – Portrait de la baronne Robert de Domecy, 1900, Musée d’Orsay, Paris

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    Odilon Redon – Portrait de jeune femme au bonnet bleu, 1898, Musée d’Orsay, Paris

     

     

          peinture,écriture,odilon redon 

     Une Jeanne d'Arc nimbée de rouge apparaît

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Jeanne d’Arc, 1900, Musée d’Orsay, Paris

     

          Un homme s'est endormi au milieu des fleurspeinture,écriture,odilon redon

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Homme yeux clos, 1905, Musée d’Orsay, Paris

     

          Des êtres mystiques ou mythologiques

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    Odilon Redon – Le sacré-cœur, 1910, Musée d’Orsay, Paris

     

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    Odilon Redon – Le Christ du silence, 1896, Petit Palais, Paris

     

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     Odilon Redon – Le Bouddha, 1906, Musée d’Orsay, Paris

     

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          Odilon Redon – Le char d’Apollon, 1905, Musée d’Orsay, Paris

     

          Des vitraux d’églises transfigurent la pénombre

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    Odilon Redon – Le grand vitrail, 1904, Musée d’Orsay, Paris

     

          Venus sort d’un coquillage

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    Odilon Redon – La naissance de Vénus, 1912,  Petit Palais, Paris

     

          Redon hisse la voile d'une barque mystique portée par une onde verte sous un ciel d’or et d’argent. Va-t-il rejoindre les lieux paradisiaques que nous inspirent ses couleurs ? L’intensité du jaune de la voile juxtaposé au bleu de la quille fascine le regard.

     

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    Odilon Redon – La barque mystique, 1895, The Ian Woodner Family Collection, New York

     

          Un cyclope, redoutable géant, semble attendri et suppliant, comme figé d’admiration devant un nu féminin.

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    Odilon Redon – Le cyclope, 1900, Kröller-Müller Museum, Otterlo

     

             Très touché par le décès de Gauguin aux Marquises en 1903, Redon fait un portrait posthume du peintre qu’il admire.

     

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    Odilon Redon – Portrait de Paul Gauguin, 1904, Musée d’Orsay, Paris

     

     

           Je n’ai pas vu le temps passer. Avant de quitter l’exposition, j’observe des vases de fleurs. Les tons purs du pastel les rendent aériennes, légères, lumineuses.

     

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                                 Odilon Redon – Bouquet de fleurs des champs dans un vase au long col, 1912, Grand Palais, Paris

     

     

     

           Je descendais pensivement l’escalier rejoignant les jardins du Grand Palais.

          Je n'avais encore jamais vu une telle réunion de pastels aussi somptueux, pensai-je la tête encore vibrante des tonalités veloutées du peintre. Un talent unique ! Un grand poète ! Ce peintre mystérieux puisant son inspiration dans les méandres de son inconscient, de ses rêves, m’avait totalement séduit.

          Odilon Redon refaisait le monde à son image :

          « On a tort de me supposer des visées. Je ne fais que de l’art. »

     

                                                                         

                                                                                      Alain

     

     

     

  • Hommage à Claude Monet

     

     

      Monet - la grenouillère 1869metropolitan new york.jpg                           Claude Monet – La Grenouillère, 1869, Metropolitan Museum of Art, New York

     

     

           Claude Monet est à l’honneur ces temps-ci à Paris où plusieurs expositions temporaires sont consacrées au chef de file du mouvement impressionniste français. Louvre-passion a d’ailleurs parlé récemment de celle qui a lieu actuellement au musée Rodin : "Monet-Rodin".

          On peut d’ailleurs contempler en permanence les toiles du peintre toute l’année à Paris aux Musées d’Orsay, Marmottan, et de l’Orangerie dont les Nymphéas sont la grande fierté.

          Je me suis rendu le mois dernier à la superbe exposition qui se tient jusqu’au 24 janvier prochain au Grand Palais à Paris : "Claude Monet (1840-1926)".

          Je ne peux que conseiller à ceux qui peuvent s’y rendre d’y courir sans tarder. Les salles regroupent 175 œuvres qui permettent de revoir en l’espace de deux bonnes heures, voire plus si on aime... toute l’œuvre du peintre : du Déjeuner sur l’herbe de ses débuts, en passant par ses Cathédrales, ses Parlements de Londres dans le brouillard, les côtes normandes, les paysages d’Argenteuil, sans oublier les reflets mêlant l’eau et le ciel des bassins de Giverny. Du grand spectacle !

    Monet - terrasse à sainte-adresse 1867 metropolitan new york.JPEG

                Claude Monet – Terrasse à Sainte Adresse, 1867, Metropolitan Museum of Art, New York

         

     

          Je prépare en ce moment un récit en plusieurs épisodes parlant des premières années de la carrière de Claude Monet à travers l’image de sa femme, la compagne des années difficiles : la douce et discrète Camille.

          Celle-ci était son modèle préféré. Elle est représentée dans une grande quantité de tableaux de Monet, des plus célèbres aux moins connus. Elle inspira souvent des amis du peintre comme Manet ou Renoir.

          Je pense pouvoir publier le premier épisode de cette histoire vers le début du mois de décembre. Tiens c’est la période des fêtes !

          A bientôt.

     

                                                                               Alain

      

     

          Peut-être ces quelques mots supplémentaires paraîtront déplacés à la suite de ma note du jour.

          J'ai éprouvé de l'émotion en apprenant le décès de Myriam qui était l'auteur du blog Bleu de Cobalt. Comme je le dis à son mari, je percevais dans ses mots une femme de coeur et d'esprit.

          Je ne sais si elle a eu le temps de voir l'exposition Monet du Grand Palais dont elle parlait le mois dernier et qui l'aurait certainement passionnée.

          J'ai toujours pensé que l'art nous permettait de nous élever... d'aller plus loin... Un ailleurs qu'elle a dû atteindre. 

     

                                                                                        

     

                                                                      

  • Maximilien Luce (1858-1941) à Giverny

     

     

     Un pointilliste méconnu

     

      maximilien-luce - delannoy.jpg

     Delannoy – Maximilien Luce, Les hommes du jour n°60, 1909

     

           Je pousse les portes de ce charmant musée normand de Giverny proche de la maison rose de Claude Monet située à une centaine de mètres.

          Je me suis violenté pour ne pas arriver, comme trop souvent, le dernier jour de cette exposition…

          Il s’agit de la première rétrospective consacrée au peintre néo-impressionniste Maximilien Luce. 70 œuvres, dessins et peintures sont exposées jusqu’au 31 octobre au Musée des impressionnismes de Giverny.

          J’aime ces peintres du petit point et de la division des couleurs…

     

     

           Au moment où les impressionnistes commençaient seulement à être appréciés, Georges Seurat allait devenir le chef de file d’une nouvelle école néo-impressionnistes en présentant, en 1886, lors de la huitième et dernière exposition commune du groupe des impressionnistes, un tableau intitulé Un Dimanche à la Grande Jatte qui était son manifeste.

          Le système divisionnisteSeurat - grande jatte 1886.jpg des tons de Seurat était rigoureusement scientifique. La technique paraissait simple : couvrir le tableau de petits points juxtaposés de couleurs pures soucieuses les unes des autres selon le principe des complémentaires. Ainsi, les couleurs ne se mêlaient plus sur la toile, mais dans l’œil du spectateur. La toile vibrait sous le regard. Certains critiques de l’époque utilisaient des expressions imagées en parlant de « confettisme », de « semis de menues touches colorantes » ou de « tourbillonnantes cohues de menues macules ».

    Georges Seurat – Un dimanche à la Grande Jatte, 1886, Art Institute, Chicago

     

              La luminosité du mélange optique obtenu allait ainsi rallier à cette théorie de grands peintres comme Paul Signac et Camille Pissarro. Plusieurs autres, moins connus, allaient suivre : Cross, Angrand, le belge Van Rysselberghe et, un certain… Maximilien Luce.

          Je ne connaissais guère ce Maximilien Luce dont j’avais aperçu trop rapidement quelques toiles au musée d’Orsay. C’est pourquoi j’ai pris soin, avant de venir, de faire sa connaissance en me procurant le catalogue de l’expo.

          Je vous invite à me suivre.

      

    Des portraits

               

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    M. Luce – La toilette, 1887, Association des amis du Petit Palais, Genève

         

          Pour sa première exposition au Salon des Artistes Indépendants de 1887, Luce fait la connaissance de Paul Signac qui lui achète La toilette représentant un homme torse nu se lavant dans une bassine. Cette toile fut qualifiée de « rude morceau de peinture ». Un critique lança : « monsieur Luce peint des prolétaires ». Une grande amitié allait ainsi naître entre Signac et Luce.

    Luce - portrait de paul signac 1890 particulier.jpg 

     

         Luce a souvent peint ses amis. J’apprécie le superbe portrait qu’il fait de Paul Signac, représenté de profil à contre-jour penché sur sa toile.

     

     

     

      

     

     M. Luce – Portrait de Paul Signac, 1890, Collection particulière 

     

           Je reconnais le seul portrait de femme du catalogue de l’expo. Luce - femme se peignant 1901 - mantes la jolie.jpg

          Luce vit depuis plusieurs années avec Ambroisine Bouin lorsqu’il peint en 1901 la sœur de celle-ci, Eugénie Bouin, âgée de 24 ans. Le peintre s’est inspiré de Jo, la belle irlandaise de Courbet qu’il a vue chez Durand-Ruel. Eugénie peigne ses longs cheveux bruns. Le corsage très décolleté, la jupe en tissu épais et son visage poupin lui donnent un physique sensuel bien différent de celui de sa sœur, la fine et élégante Ambroisine dont j’ai vu une photo. Malheureusement, Eugénie, malade, mourra l’année suivante.

     

      

    M. Luce – Madame Bouin à sa toilette, 1901, Musée de l’Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie

     

     Des paysages somptueux

    Luce - vue de montmartre 1897 Otterlo.jpg

     M. Luce – Vue de Montmartre, 1897, Kröller-Müller Museum, Otterlo

                                                                Luce - le port de saint-tropez 1893 -particulier.jpg

                                                   M. Luce – Le Port de Saint-Tropez, 1893, Collection particulière

     

          Je suis frappé par la puissance coloriste du peintre. La qualité de son pinceau illumine une vue montmartroise et des quais de Saint-Tropez éclaboussés de soleil, grouillant de monde.

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          M. Luce – Le Louvre et le pont du Carrousel, effet de nuit, 1890, Collection M. et Mme Walter F. Brown

     

    Je circule un long moment devant toute une série de « nocturnes » aux tonalités mauves et vertes. Un coup de foudre… Les crépuscules marins contrastés et les effets d’éclairage urbain sont somptueux.

     

     Luce - bord de mer 1893.JPEG

     M. Luce – Bord de mer Pointe du Toulinguet, 1893, Amis du Petit Palais, Genève

                                                         

    Luce - quai à camaret 1894.JPEG

                                                M. Luce – Quai à Camaret, Finistère, 1894, Springfield, Massachusetts

     

          Je contemple un long moment ces chefs-d’œuvre. Une question me taraudait l’esprit : comment avait-on pu oublier un artiste aussi talentueux ?... Peut-être ces convictions politiques anarchistes ?

      luce - louvre et pont neuf nuit, éventail 1892 orsay.jpg

                            M. Luce – Le Louvre et le Pont Neuf, la nuit, éventail, 1892, musée d’Orsay, Paris

      

     

     Un dessinateur de talent

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                   Luce - louise michel 1905 - musée de saint-denis.jpg         M. Luce – La Famille Pissarro, 1890, musée de l’Hôtel-Dieu, Mantes-la-jolie

     

          Des nombreux dessins et lithographies sont exposés. Je remarque, crayonné sur une même feuille, toute la famille du peintre Pissarro, ami de Luce, et un portrait expressif  de Louise Michel, héroïne de la Commune, à son retour de déportation en Nouvelle Calédonie.

     

     

       M. Luce – Louise Michel à son retour de Nouméa, 1905, d’après une photo, musée d’Art et d’Histoire, Saint-Denis

     

     Un univers industriel

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          Maximilien Luce s’intéresse au monde du travail. En 1895, il découvre le Pays noir du Borinage à Charleroi où la production du charbon et de l’acier se fait dans la vallée de la Sambre. De grandes toiles montrent la fascination du peintre pour ce spectacle de hauts fourneaux impressionnant de beauté.

           « Partout des feux de Bengale multicolores, des étincelles. Les ouvriers ne sont plus rien, je vois le règne du feu ! Jamais je le crois je n’ai eu une pareille joie de couleur ! dit Signac en rejoignant Luce à Charleroi en 1897. » 

     

     

    M. Luce – L’aciérie, 1895, Amis du Petit Palais, Genève

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    M. Luce – La Fonderie, 1899, Kröller-Müller Museum, Otterlo

     

    La peinture d’histoire

     

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                                                    M. Luce – Les Batteurs de pieux, 1903, musée d’Orsay, Paris

     

             L’humanisme de Luce perce dans ses tableaux d’histoire. Il aime montrer des hommes et femmes du peuple, de simples travailleurs ou des syndicalistes.

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    M. Luce – La Gare de l’Est sous la neige, 1917, musée de l’Hôtel-Dieu, Mantes-la-Jolie

     

          Il témoigne de la réalité sombre de la guerre de 1914-1918 en peignant des scènes de « l’arrière » montrant la Gare de l’Est et les soldats permissionnaires blessés, fatigués, affalés sur le sol. Résignés, ceux-ci sont indifférents à l’éclatante lumière du nouveau Paris d’Haussmann que l’on voit derrière eux, au loin.

                                    

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        M. Luce – La gare de l’Est, 1917, Musée de l’Armée, Paris

     

          Je remarque dans ces tableaux, comme dans certaines toiles du borinage précédentes, que les pointillés ont disparus. Le style est plus classique…

      

     Un peintre et illustrateur engagé

     

           La politique…

           Une large partie de l’œuvre de Luce est inspirée par ses convictions politiques. Avec son crayon et ses pinceaux, tant dans les journaux, affiches, textes illustrés de chansons et programmes de théâtre, il accorde une grande place aux thèmes sociaux.

              A l’âge de 13 ans, Luce découvre les horreurs et l’écrasement sanglant de la Commune de Paris en 1871 qui le marque profondément et qu’il n’oubliera pas. Il devient un anarchiste convaincu et militant actif. Du fait de ses amitiés et de sa participation au « Père Peinard » il fera un mois de prison après l’attentat qui coûtera la vie au président Sadi Carnot en 1894. Il est finalement relâché.

           Vers le 30ème anniversaire des massacres de la Commune, il peint une toile d’une grande puissance évocatrice. « Nulle allégorie, nulle généralisation ne saurait être pour nous aussi pathétique que cette vision des morts » dira l’anarchiste Jean Denauroy.

          Cette grande toile clôture l’exposition. Je m’installe à côté d’écoliers méditatifs.

     

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      Maximilien Luce – Une rue de Paris en mai 1871, La Commune, 1905, musée d’Orsay, Paris

     

          Des communards gisent sur les pavés près d’une barricade renversée lors des combats. Les agresseurs « Versaillais » ont quitté les lieux. Des fédérés, jeunes ouvriers, et une femme aux longs cheveux bruns sont criblés de balles au premier plan. J’ai le sentiment que la jeune femme ressemble à Eugénie, la sœur de la compagne de Luce, qu’il avait peinte en train de se coiffer ?

           C’est une scène étrange. La rue est déserte, silencieuse. Curieusement, cette toile n’est pas sombre... Les couleurs sont chaudes, lumineuses sur les façades des maisons. Tout en haut, sur la gauche, un petit coin de ciel bleu apporte une note d’espoir inepte au-dessus des cadavres. Un minuscule chat perché sur un toit semble contempler le spectacle, indifférent...

      

     

           L’exposition est terminée.

            J’étais enchanté de mon après-midi. Curieux, j’étais venu voir la rétrospective d’un peintre mal connu, et j’avais découvert un grand artiste. Pas un simple suiveur, mais un des tout meilleurs du mouvement néo-impressionniste. A mes yeux, il méritait d’être comparé à Paul Signac qui l’avait initié à cette technique et avec lequel il allait souvent peindre les bords de Seine.

           Je venais de rencontrer un homme libre, dans ses idées politiques comme dans sa peinture. Plusieurs des toiles que j’avais vues montraient que Luce avait su, comme l’avait fait un Van Gogh, prendre ses distances avec des règles pointillistes parfois trop contraignantes et les adapter à son tempérament.

           J’aspire une grande bouffée d’air en sortant du musée.

            Le ciel normand délavé s’ennuageait. Curieusement, mes yeux distinguaient des petites paillettes colorées dansant dans le bleu du ciel.

       

                                                                                                        Alain

      

     

  • Un joyeux luron en Hollande - STEEN Jan, 1626 - 1679

     

     

          Il y a bien longtemps que je souhaitais parler de Jan Steen, ce peintre inclassable ayant vécu la grande période picturale du 17e siècle hollandais. Le fameux siècle d’or…

          Jan Steen est certainement, au milieu de tous les peintres surdoués qui marquèrent cette période de l’histoire de l’art, celui qui m’intrigue le plus.

          Il est un maître de premier ordre et a laissé une œuvre quantitativement importante. Il pouvait tout peindre : tableaux historiques, paysages, portraits, natures mortes, mais l’essentiel de sa production appartient à la peinture de genre. Dans ce style de peinture, il pouvait égaler les plus grands : De Hooch, Van Mieris, Ter Borch, Metsu, Dou, Maes... et parfois Vermeer.

          Ce qui le distingue réellement de ses collègues peintres hollandais est la complexité de certaines de ses compositions. C’était un marginal, car la préférence à cette époque allait habituellement aux intérieurs raffinés et élégants avec peu de figures.

          Dans ses compositions, il nous montre de multiples personnages de milieu populaire présentés dans une ambiance de joyeux désordre. Les faiblesses humaines sont son domaine : personnages peu recommandables, ivrognes, prostituées, truands. Son voyeurisme nous fait entrer dans des auberges, fêtes de famille ou lieux de débauche.

          Les parents de ce joyeux luron tenaient une auberge depuis plusieurs générations et lui-même gérera une brasserie à Delft ainsi que, sur la fin de sa vie, une taverne à Leyde. Ces lieux durent lui inspirer toutes ces scènes de beuveries, rixes et paillardises qu’il peindra et qui sont du plus grand comique dans ce siècle puritain. Par ailleurs, il possédait un sens étonnant de la mise en scène théâtrale, du détail soigneusement observé et une belle richesse dans l’utilisation des couleurs.

          Je prends un grand plaisir à montrer quelques-unes de ses œuvres que j’ai pu observer au Louvre ou dans des musées hollandais.

      

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    Jan Steen - La famille de l'artiste, 1665, Mauritshuis, La Haye
     

          La famille de l’artiste me réjouit dès le premier regard.

          De nombreux personnages joyeux semblent fêter la naissance d’un enfant qui dort dans les bras de sa nurse. Ce farceur de Steen se représente lui-même avec un sourire taquin en train d’apprendre à fumer à son fils qui aspire goulûment une longue pipe. Près de la fenêtre, une femme écarlate, probablement la femme de Steen, les pieds reposant sur une chaufferette, scrute l’écoulement du vin qu’un homme lui verse dans un grand verre qu’elle tend complaisamment. Quand à la grand-mère, au centre, elle paraît totalement éméchée. Elle chante en lisant un papier. A l’extrémité droite du tableau, un jeune garçon joue d’un instrument à vent qui s’apparente à nos binious bretons. Placide, un perroquet contemple la scène.

           

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    Jan Steen - La vie de l'homme, 1666, Mauritshuis, La Haye

     

           La vie de l’homme, montre un décor d’auberge. Des convives boivent et se régalent d’huîtres qu’une jeune servante, accroupie sur le sol au premier plan, prépare sur des plateaux. Assis sur le carrelage, un garçonnet espiègle fait danser un chaton qui ne semble guère apprécier le jeu.

           Par hasard, mon regard se dirige vers le premier étage de l’auberge. J’ai la surprise de distinguer dans l’ombre, allongé sur le plancher près des grandes fenêtres, un gamin, indifférent au spectacle convivial du rez-de-chaussée, tranquillement occupé à faire… des bulles.

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                                       Jan Steen - Fête dans une auberge, 1674, Musée du Louvre, Paris

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                                             Jan Steen - Dans la taverne, 1660, Rijksmuseum, Amsterdam

     

          Jan Steen a vu beaucoup de ces scènes d’auberge dans son existence. Il les retranscrit avec un réalisme jouissif dans ces deux autres toiles : Fête dans une auberge et Dans la taverne.

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                            Jan Steen - L'arrracheur de dents, 1651, Mauritshuis, La Haye

     

           L’arracheur de dents est armé d’une tenaille et tente d’extirper la dent d’un jeune homme assis sur une chaise, la bouche déformée dans un rictus de souffrance, les jambes trépignant violemment sur le sol. Sa pauvre mère, en prière devant lui, tente d’atténuer sa douleur. Sans pitié, des enfants  s’amusent beaucoup.

          Quelle horreur ! Moi qui n’aime pas les dentistes…

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    Jan steen - La femme ivre, 1673, Mauritshuis, La Haye
     

          Ce peintre ne reculait devant aucun genre de motif ! Cette fois, c’est vraiment dégoûtant ! Dans La femme ivre, une paysanne chancelante, le buste penché, sa robe largement entrouverte laissant échapper une poitrine opulente, est soutenue par une femme derrière elle dans le même état d’ébriété avancé. Autour d’elles, tous les villageois s’esclaffent et rient à gorge déployée. L’un d’entre eux joue du violon en se moquant ouvertement de la femme malade. Au fond, un cochon semble se délecter de la vomissure d’un homme écroulé sur le sol ivre mort…

     

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    Jan Steen - La mauvaise compagnie, 1665, Musée du Louvre, Paris
     

          Le lieu de La mauvaise compagnie semble être un endroit peu recommandable. Un joyeux désordre règne dans la pièce : des coquilles d’huîtres jonchent le sol avec des cartes à jouer, un verre brisé et le chapeau du garçon passablement éméché endormi sur les genoux d’une courtisane tenant un verre à la main.

          Pendant son sommeil, le jeune homme se fait tranquillement détrousser, par une femme placée derrière lui, de certains de ses accessoires, dont sa montre, que celle-ci remet à une vieille entremetteuse toute réjouie. Au fond, deux larrons, ricanent devant le spectacle.

     

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    Jan Steen - Enfants apprenant à danser à un chat, 1666, Riksmuseum, Amsterdam
     

          Les Enfants apprenant à danser à un chat semblent beaucoup s’amuser de ce jeu que l’on retrouve dans d’autres toiles du peintre. Il paraîtrait d’ailleurs qu’il s’agirait d’une race de chien néerlandaise ? En attendant, l’animal ne me paraît guère apprécier de devoir sauter sur ses pattes arrière.

     

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    Jan Steen - La joyeuse famille, 1668, Rijksmuseum, Amsterdam
     

          Cette Joyeuse famille profite largement des plaisirs de la table et du vin. Les enfants paraissent aussi éméchés que les parents. Serait-ce une scène moraliste dénonçant le mauvais exemple de l’ivresse suivi par les enfants ?

     

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    Jan Steen - Repas de famille, Musée du Louvre, Paris
     

          Un autre Repas de famille ou le vin coule à flot.

     

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    Jan Steen - L'offre galante, 1665, Musée royale des Baux-Arts, Bruxelles
     

          Malgré la piètre qualité de l’image, Je ne résiste pas à montrer L’offre galante qui présente le peintre en conteur facétieux. Un jeune homme bondit dans la pièce en grimaçant. Il porte un chapeau à plume de coq, symbole du fou, personnage populaire. Il offre à une femme un hareng et tient deux oignons dans l’autre main. Steen dénoncerait la vanité des plaisirs de l’ivresse et des jeux de l’amour.

          Du plus haut comique !

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                    Jan Steen - Femme à sa toilette, 1659, Riksmuseum, Amsterdam

     

          Je termine par cette adorable toile Femme à sa toilette que j’ai vue l’année dernière dans l’expo parisienne « L’âge d’or hollandais ».

          Ce n’est pas une scène de fête mais, dans la peinture de cette femme assise sur son lit, l’humour du peintre reste perceptible. La jeune femme, probablement une courtisane, fait sa toilette dans une attitude un brin érotique. Son visage souriant semble indiquer qu’elle est satisfaite d’elle-même et de son pouvoir de séduction.

          Cela ne semble pas émouvoir le petit chien qui a pris la place dans le lit…

          J’apprécie cette très belle petite toile d’une grande finesse.

     

     

           On est loin de la merveilleuse pureté et de l’intériorité des œuvres de Vermeer…

           Pourtant l'humour constant de ce peintre me plait. Son regard est incisif, humoristique, coquin, mais pas vulgaire. Son regard ne condamne pas. Il montre le plaisir que les personnages prennent à manger, boire, s’amuser. Il regarde et peint une manière d’être et de vivre.

          Cette peinture hollandaise ne nie pas les vices et les vertus mais les transcende dans une joie communicative que procure les plaisirs de la vie.

          Thoré Bürger, le découvreur de Vermeer, disait à ses lecteurs : « Les intentions burlesques de Jan Steen ont toujours une signification morale. » Peut-être avait-il raison ?

     

                                                                               Alain

        

  • La puce

     

     

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    Georges de la Tour – La femme à la puce, Musée historique lorrain, Nancy

     

       

     

    Poème

     

      Une jeune puce insouciante

     Escaladait nonchalante

     La manche tricotée

     D’un vieil homme attablé.

      

    Celui-ci, brusquement, leva son verre

     Dans une attitude familière,

     Bousculant la bestiole volage

     Qui plongea dans l’épais lainage.

      

    Le calme revenu aux alentours

     Et profitant d’un contre-jour,

     La puce se remit à sauter

     Sous l’œil surpris du bonhomme amusé.

      

    Etonné par son allure peu farouche

     Il l’examinait d’un œil louche,

     Evitant de trop bouger

     Ne voulant pas la déranger.

     

    L'animal s’aventura jusqu’à la main

     Qu’il escalada d’un bond opportun,

     Atterrissant sur le pouce

     Qui frémit sans aucune secousse.

      

    Le vieillard solitaire, en manque de tendresse,

     De la puce appréciait la joliesse,

     Admirait sa grâce coquine

     Et son allure mutine.

      

    Il s’apitoyait devant sa petitesse,

     Son apparente faiblesse,

     Pouvait-elle devenir son amie

     Pensait-il attendri ?

      

    La puce sautillait sur la peau accueillante,

     Souple et attirante.

     L’homme séduit, ravi,

     Etait heureux, déjà conquis.

        

    La puce prenait ses aises,

     Un petit doigt lui servit de trapèze,

     Elle s’élança vers l’annulaire

     D’une savante pirouette dans les airs.

     

    Le bonhomme voulu dans un élan de tendresse

     Lui donner une simple caresse.

     Il approcha doucement l’autre main

     Dans un geste incertain.

     

    Du vieillard, le discret mouvement furtif

     effraya l’insecte craintif.

      La puce hésita à piquer

     Et d’un saut s’enfuit apeurée.

      

    Accablé par sa maladresse,

     Le vieil homme, en grande détresse,

     contempla sa main désertée

     Par son amie soudainement envolée.

     

    Effondré, il saisit la bouteille familière,

     Sans hésiter approcha son verre,

     L’emplit du liquide carmin

     Et dans l’alcool noya son chagrin.

     

     

                                                                                               Alain

     

      

  • Un brin de bonheur

     

     

          muguet.jpgIl est enfin arrivé ! Je veux parler du muguet annonciateur de douceur et d'escapade aérée.

          Je suis heureux de vous offrir quelques clochettes du jardin. Ce n'est que du muguet virtuel mais je pense que ces petits brins graciles vous feront plaisir.

          Un bon mois est passé depuis que j'ai quitté, à regret, Vincent Van Gogh le long d'un champ de blé. Il me manque... Ces deux mois passés en sa compagnie à Auvers-sur-Oise m'ont mangé pas mal d'énergie visuelle et cela m'incite à souffler un peu.

          Ce problème de santé oculaire va me contraindre durant ce l'on appelle « la belle saison » à me faire plus rare sur le blog.

          Néanmoins, pas d'inquiétude, mon cerveau fonctionne parfaitement et j'ai des idées. Mon grand ami Johannes Vermeer, et aussi beaucoup d'autres peintres, taquinent mes pensées. J'attendrai donc de pouvoir les côtoyer à nouveau dans une condition physique optimale.

          Je ne vous oublie pas et je continuerai à fréquenter assidûment vos blogs.

          A bientôt

     

     

                                                                               Alain

     

  • A Jean, le poète

     

     
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    JEAN FERRAT

     

     

          La mort d'un poète est toujours une perte pour l'humanité.

          Nous n'entendions plus assez cette voix chaude, ce timbre clair, cette musique lumineuse et ces textes tendres, provocateurs parfois. Jean Ferrat était un homme discret, pudique, engagé, retiré dans l'Ardèche depuis quarante ans, loin des paillettes du monde médiatique.

          J'ai ressenti le besoin de réécouter des anciennes cassettes que je possédais. Je partage avec vous quelques bouts de refrains et phrases dont je dépose les mots en vrac :

     

    Pour les enfants des temps nouveaux

    Restera-t-il un chant d'oiseau

     

    Ils s'appelaient Jean-Pierre Natacha ou Samuel

    Certains priaient Jésus Jéhovah ou Vichnou

    D'autres ne priaient pas mais qu'importe le ciel

    Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

     

    Je twisterais les mots s'il fallait les twister

    Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez

     

    Et c'était comme si tout recommençait 

    La vie l'espérance et la liberté

    Avec le merveilleux le miraculeux voyage

    De l'amour

     

    Ma môme elle joue pas les starlettes

    Elle met pas des lunettes de soleil

    Elle pose pas pour des magazines

    Elle travaille en usine

    A Créteil

     

    Pourtant que la montagne est belle

    Comment peut-on s'imaginer

    En voyant un vol d'hirondelle

    Que l'automne vient d'arriver

     

    Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre

    Que serais-je sans toi qu'un cœur au bois dormant

    Que cette heure arrêtée au cadran de la montre

    Que serais-je sans toi que ce balbutiement

           

    Au grand soleil d'été

    Qui court de la Provence

    Des genets de Bretagne

    Aux bruyères d'Ardèche

    Quelque chose dans l'air a cette transparence

    Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche

    Ma France

     

     M'en voudrez-vous beaucoup

    Si je vous dis un monde

    Où celui qui a faim va être fusillé

    Le crime se prépare et la mer est profonde

    Que face aux révoltés montent les fusillés

    C'est mon frère qu'on assassine

    Potemkine

     

    Enfin enfin je te retrouve

    Toi qui n'avais jamais été

    Qu'absente comme jeune louve

    Ou l'eau dormant au fond des douves

    S'échappant au soleil d'été

    Tu peux m'ouvrir cent fois les bras

    C'est toujours la première fois

     

    Faut-il pleurer faut-il en rire

    Fait-elle envie ou bien pitié

    Je n'ai pas le cœur à le dire

    On ne voit pas le temps passer

     

    Aimer à perdre la raison

    Aimer à n'en savoir que dire

    A n'avoir que toi d'horizon

    Et ne connaître de saison

    Que par la douleur du partir

    Aimer à perdre la raison

     

    Tu aurais pu vivre encore un peu

    Mon fidèle ami mon copain mon frère

    Au lieu de partir seul en croisière

    Et de nous laisser aux chiens galeux

    Tu aurais pu vivre encore un peu

     

     

    Au revoir Jean, nous ne t'oublierons pas