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Si l'art était conté... - Page 16

  • VAN GOGH écrivain : Projet

     

     

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    Vincent Van Gogh – Nature morte avec 3 livres, 1887, Van Gogh Museum, Amsterdam

     

     

     

          Vincent Van Gogh était un peintre de génie. Aujourd’hui, ses tableaux sont recherchés, admirés.

          Sait-on que Van Gogh était également un grand écrivain ?

          Georges-Louis Leclerc de Buffon disait : « Le style est l’homme lui-même ». Cette phrase pourrait parfaitement correspondre à Van Gogh dont la personnalité forte se manifestait aussi bien dans sa peinture que dans son écriture.

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  • L'OBSESSION VERMEER - 16. Johannes

     

     

    Je souhaite une excellente année 2012 à tous les lecteurs connus et inconnus qui me font le plaisir de visiter ce blog.

     

     

    Suite… et fin…

     

    Samedi 18 mai - 10 heures.

     

          Le soleil éclaire l’angle Est de la Nieuwe Kerk et le profil barbichu de la statue d’Hugo Grotius. Je viens de laisser Flo sur la place du marché de Delft. Je ne m’inquiète pas pour elle, sa matinée sera vite remplie et je la retrouverai toute pimpante à l’heure du déjeuner.

          Que fait Gert notre ami néerlandais en ce moment ? Nous l’avons quitté dans la tristesse ce matin à Amsterdam. Il partait vers Haarlem. Flo, les yeux humides, l’embrassa chaleureusement. Nous avons passé une merveilleuse journée, hier, avec lui. Il est invité à venir nous rendre visite, sans faute, dès son prochain voyage professionnel en France.

          Une sorte de fébrilité sereine m’habite. J’ai confiance…

          J’avais besoin d’être seul pour cet ultime rencontre avec Johannes. Je l’appelle par son prénom car il ne s’agit plus du peintre célèbre universellement apprécié, mais de l’homme qui perturbe mon intimité depuis ma balade un jour frileux de novembre dernier au Louvre.

          Cette fois, on va s’expliquer face à face, sans détours. Depuis notre arrivée sur cette place, je sens sa présence non loin de moi. Je sais de quel côté il faut aller. J’ai décidé de suivre un itinéraire court, celui où il vécut si intensément autrefois.

          Je m’engage dans la ruelle qui mène vers le Voldersgracht et m’arrête entre les deux maisons qui forment un angle de part et d’autre sur la place du marché. Je me trouve à l’emplacement où s’élevait autrefois l’auberge Mechelen. C’était l’un des bâtiments les plus importants de la place à cette époque. Je lève la tête. Sur le côté d’une des maisons, à mi-hauteur, une plaque indique en néerlandais : « Ici s’élevait la maison Mechelen où vécut l’artiste Jan Vermeer ».

     

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    Delft - Photo moderne de la place du marché avec introduction de l’ancienne auberge Mechelen

     

          Immobile devant le fantôme de l’auberge, je me laisse envahir d’images variées accompagnées d’échos sonores d’une ambiance à jamais éteinte : une grande salle enfumée, quelques tables, des bancs. Des personnages bruyants ripaillent et boivent. Certains jouent d’un instrument. Un fêtard allume sa longue pipe en plaisantant avec un marchand éméché accoudé devant une pinte de bière. Dans un coin, une femme conte des histoires entourée de gamins attentifs. Il y a même des artistes ! Un jeune homme assis regarde avec attention une toile que lui présente un homme au large chapeau légèrement plus âgé. Celui-ci ressemble au peintre Carel Fabritius dont j’ai déjà vu un autoportrait ?

          Des résonances joviales de l’auberge m’accompagnent encore en passant le pont qui enjambe le canal Voldersgracht. J’imagine les nombreux peintres qui empruntèrent ce canal pour se rendre à la Guilde de Saint-Luc dont Johannes fut le doyen à 31 ans et 38 ans. Rien que des grands, les tous meilleurs artistes de l’époque si l’on excepte Rembrandt et Hals qui n’habitèrent jamais à Delft : Ter Borch, De Witte, De Hooch, Steen, Fabritius, Houckgeest, Dou. Du beau monde !

          peinture,delft,oude delftJe remonte le canal en sens inverse. Je renifle un discret parfum mixé d’un vague relent d’huile de lin... Les maisons ont carrément les pieds dans l’eau. Je tourne sur la droite dans le canal Hippolytusbuurt et allonge le pas en suivant sa rive gauche, en direction de l’ancienne église.

          Je voulais retrouver l’Oude Kerk une dernière fois. Je viens, en moins d’une heure, sur une distance d’à peine cinq cents mètres à vol d’oiseau, de parcourir les lieux qui jalonnèrent la courte existence de Johannes, de sa naissance à sa tombe située à l’intérieur de cette ancienne église. Debout devant l'édifice, la curieuse petite statue encapuchonnée, fixe toujours obstinément le ciel dans une énième prière…

          L’odeur d’huile de lin se précise… Je laisse l’église derrière moi sans y entrer et redescends la rive droite du canal de l’Oude Delft. J’ai beaucoup apprécié hier, avec Gert, le calme et la beauté tranquille de ses berges ombragées.

          Je marche plus lentement. Johannes connaissait toutes ces maisons anciennes dont plusieurs ont certainement gardé le souvenir de ce curieux personnage qui descendait parfois, lourdement chargé de son chevalet et de ses accessoires de peintre, vers le canal de la Schie pour peindre sa Vue de Delft désormais sans vie.

          Je m’arrête un court instant devant la petite maison à la porte d’entrée bleutée où Pieter de Hooch vécut et peignit ces scènes de vie quotidienne dans des familles bourgeoises, avec des cours intérieures traversées de soleil. De nos jours, ses toiles sont presque autant appréciées que celles de Johannes, pensai-je.

          Je traverse le Boterbrug, le pont le plus long de Delft, pour emprunter la partie gauche du canal. Je continue d’un pas souple amorti par l’herbe de la berge jusqu’à l’avant-dernier enjambement sur l’Oude Delft.

     

          Inutile d’aller plus loin !

     

          Assis dans l’herbe près du bord, j’attends… Un petit bateau empli de touristes glisse vers moi et enfile l’arcade ombrée du pont étroit sur ma gauche. L’eau calme se morcelle en une multitude de vaguelettes irisées qui viennent s’écraser à quelques centimètres de mes pieds. Un étrange silence s’installe. Je suis seul face à l’onde liquide qui retrouve peu à peu ses couleurs qui s’étaient dispersées un court instant.

          J’observe les brillances impressionnistes qui parcourent l’eau du canal. Les arbres printaniers allongent leurs rameaux difformes dans le miroir bleu foncé renvoyé par le ciel. Sur la gauche, près du pont, une toiture orangée, empourprée de soleil, égaye l’ombre glauque des maisons brunes crénelées aux reflets brouillés.

          Une palette naturelle s’étale devant moi. De-ci de-là, des éclats colorés clignotent. Ce sont les mêmes que j’avais observés sur la coque granuleuse du bateau accosté à l’ombre de la porte de Rotterdam dans La vue de Delft ? Le jaune… Le bleu…

     

          Cette quiétude est impressionnante.

          Mon regard fouille le liquide et le pénètre en profondeur. Je cligne des yeux. Dans lepeinture,vermeer,delft scintillement vaporeux, imperceptiblement, des traits se dessinent. Une vague ébauche de visage… L’expression se précise. Je scrute l’eau nerveusement… La dentellière !… Elle a laissé son ouvrage et me regarde. Ses yeux sont striés par le reflet d’une branche d’arbre. Elle a le même regard accueillant qu’à Paris, peu avant Noël, quand elle m’apparut radieuse lorsque j’attendais devant le Musée d’Art Moderne le jour de l’exposition Chagall : elle me tendait une main que je n’osais toucher...

          Le charme est intact. Ses cheveux sont toujours assemblés par un élégant chignon discipliné sur le sommet du crâne. Des touffes bouclées s’échappent de chaque côté du visage. Je vais me laisser séduire une fois de plus lorsque je m’aperçois que la coiffure de la jeune femme est en train de se modifier. Le chignon et les tresses se dénouent. La chevelure s’épaissit et s’allonge librement, sans contrainte, légèrement ondulée.

          peinture,vermeer,delftProgressivement, l’apparence d’un homme remplace le fin minois. Instantanément, je reconnais le jeune homme souriant, un brin moqueur, qui se tenait sur la gauche dans L’entremetteuse, celui qui se réjouissait ouvertement de la scène galante qui se déroulait devant lui : Johannes Vermeer…

          Il me dévisage. Il paraît heureux de me voir. Son regard exprime une grande tendresse. Je perçois en lui la même sensibilité épanouie que La dentellière dont le visage s’est dissout dans le sien. Une grande force se dégage des prunelles pétillantes. Cette force me pénètre. Sa bouche esquisse des paroles que je m’efforce de comprendre. Deux mots ?… : « Je… ». Il insiste : « Je … t’aime. » Je devine plus que je n’entends les paroles. Il répète à nouveau : « Je… t’aime. »

          Les mots raisonnent longuement dans ma tête avant que je ne réalise ce qui m’arrive. Une grande chaleur m’envahit. Je suis réellement troublé. Cet homme vieux de plus de trois siècles m’envoie, en français, des mots d’amour ? Je voudrais lui retourner les mêmes mots, dire quelque chose, mais l’émotion est trop forte.

          Brusquement, son image devient floue. Je n’avais pas entendu le bruissement du bateau qui s’avançait. Sa pointe traversa le masque de Johannes et glissa imperturbablement de toute sa longueur sur son beau visage. Lorsque le bateau disparut, le canal avait retrouvé ses reflets habituels. Johannes n’était plus là. Effacé…

     

          J’étais comme pétrifié sur place. Dans l’apparition fugace qui venait de disparaître, dans ce bref échange, tout ce que je cherchais depuis des mois se précisait. Le message…

          Le soleil de cette fin de matinée m’arrivait pleine face sans me gêner. Les pensées se bousculaient dans ma tête. La signification du message m’apparaissait peu à peu. Je revoyais les visages transfigurés, jeudi, au Mauritshuis, de tous ces gens qui cherchaient une explication. Comme moi, ils avaient été fascinés par cette peinture. Elle les pénétrait.

          J’avais enquêté, cherché très loin dans la vie de l’artiste, ses habitudes, sa façon de peindre. C’était inutile. Sa peinture n’était que l’expression visuelle de ce qu’il était lui-même. Le message de cet homme était un simple message d’amour. L’amour de l’art certainement, mais pas seulement…

                                   

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          Il suffisait d’ouvrir les yeux ! Je regardais sa peinture sans la voir... Tous les tableaux de Johannes expriment la tendresse : La femme en bleu lisant la lettre de son amant ; La jeune femme à l’aiguière, rêveuse dans un filet de lumière ; et cette jeune femme inquiète de La lettre d’amour s’interrogeant sur le contenu incertain d’un billet ; ou La femme à la balance, recueillie, portant l’enfant espéré. Même La laitière, cette humble servante, est transformée par Johannes, pour un instant, en princesse. Que dire de La jeune fille à la perle au visage si pur. Johannes peignait son propre bonheur... 

             

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           Il faisait chaud maintenant. Un avion, très haut dans le ciel, avançait tout droit perpendiculairement au canal. Une longue traînée blanche découpait l’azur en deux parties presque égales. Avais-je rêvé ? Tout s’était déroulé si vite : la dentellière… Johannes…  Je restais là, assis les jambes pendantes le long de la berge, désorienté.

          Plein de choses s’agitaient dans mon corps. Une pensée s’imposait peu à peu dans mon esprit, oppressante… Très loin en moi, à un endroit inconnu dont mon être conscient n’avait plus souvenance, la peinture et l’image de Johannes étaient entrées en résonance avec une émotion, une douleur lointaine qui ne s’exprimait pas… Les mots d’amour qu’il venait de m’envoyer avaient fait mouche en touchant un point sensible, une plaie non refermée. Le secret, ce n’était pas Johannes qui le détenait, mais moi !

          Des souvenirs anciens remontaient… La photo…

          La photo jaunie par le temps… celle que j’avais punaisée au mur à côté de « Jojo » l’ordinateur : mon père, superbe dans son costume de marié, souriait tendrement à la jolie jeune fille avec laquelle il venait de s’unir. Un petit bouquet de violettes à la main, elle le dévisageait amoureusement. Son regard était pur, plein d’espoir dans un avenir radieux…

          Je n’avais pas deux ans quand il partit un jour, sans laisser d’adresse. J’étais rejeté, ignoré… J’avais besoin de sa force, de sa chaleur ! Ma mère avait fait ce qu’elle avait pu. Durant toute ma jeunesse, je l’avais oublié, balayé, rayé de ma vie, comme s’il n’avait jamais existé.

          Bien des années plus tard, j’appris sa mort par hasard. Je partis vers cette région de Bretagne où sa vie s’était arrêtée. Quelle tristesse cette petite croix délavée par les embruns, plantée sur un monticule de sable dans ce cimetière aux odeurs marines ! Mon nom de famille était inscrit en lettres gothiques vertes en travers de la croix. Ce jour-là, je n’avais ressenti aucune émotion… Il ne m’avait rien laissé dans le studio qu’il avait occupé. Pas même une simple lettre indiquant son regret, les raisons de tout ça. J’aurais certainement compris. Sûr que j’aurais pardonné !

          Trop tard, papa ! Quel gâchis !

          Une larme descend lentement le long de ma joue et humecte mon cou… Je n’ai pas souvenance d’avoir pleuré étant jeune ? Un garçon ne pleure pas !

          La traînée blanche dans le ciel avait disparu. La bouche grande ouverte comme une carpe, je respirais par saccade. Une joie diffuse m’envahissait. Le visage du peintre, effacé quelques instants plus tôt dans le canal, m’emplissait.

          Je fouille dans mon sac pour prendre le carnet qui ne me quitte jamais. J’y avais noté la phrase de l’historien d’art français Elie Faure concernant l’homme Vermeer : « Cet homme qui est le plus grand maître de la matière peinte, n’a aucune imagination. Il n’a pas de désirs allant au-delà de ce que sa main peut toucher. Il a accepté la vie totalement. Il la constate. Il n’a rien interposé entre lui et elle, il se borne à lui restituer le maximum d’éclat, d’intensité ». Je rajoutai, en écrasant mon stylo feutre noir sur le papier, le mot « amour » en gros caractères à la suite de la phrase.

     

          Je tente de remuer mes jambes qui commencent à s’ankyloser. Je respire mieux. Ma cage thoracique s’ouvre et aspire l’air goulûment. Je fais quelques bruits de gorge. Le son de ma voix s’est éclairci, libéré.

          Je m’ébroue comme un jeune poulain malhabile. Flo allait bien rire quand j’allais lui raconter cette rencontre amoureuse avec un homme d’un autre temps.

          Mon séjour hollandais est terminé. Une dernière fois, j’examine l’eau chatoyante du canal redevenue sereine.

          Je prends la première rue sur ma gauche en direction de la place du marché. Je me sens léger. Je peux repartir en France dans l’après-midi, sans amertume. Je vais pouvoir refermer définitivement mon carnet d’enquêteur.

          Au loin, j’aperçois Flo m’attendant sous la statue d’Hugo Grotius. Elle m'aperçoit et me sourit.

          Je lui envoie de grands gestes joyeux de la main.

      

                                                                                                       F I N

     

     

     

    1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre   12. Les femmes de Johannes   13. Gert    14. La petite Amsterdam   15. Une plaque gravée   16. Johannes

     

      

  • L'OBSESSION VERMEER - 15. Une plaque gravée

     

     

     

    Suite…

     

    Vendredi 17 mai – 15 heures 30.

     

          Après ce repas rapide, nous nous sentons d’attaque pour terminer notre visite de Delft. La France nous attend, tard dans la soirée.

     

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    Carel Fabritius – Vue du vieux quai long de Delft, 1652, National Gallery, Londres

     

          Nous retraversons le Markt en direction de la Nieuwe Kerk. De face, elle ressemble à une fusée Ariane sur le pas de tir. Nous la contournons. Vue de trois-quarts arrière, celle-ci me rappelle la toile Vue du vieux quai long de Delft peinte par Carel Fabritius, l’autre célèbre peintre de la ville.

          En entrant dans l'église, la voûte gothique élancée impressionne. Nous longeons les piliers trapus de la nef côté sud. Je remarque les grands lustres en cuivre aux longues branches arrondies que l’on retrouve constamment dans les peintures du siècle d’or hollandais. Une raie lumineuse s’échappant d’un vitrail balaie sur toute sa largeur la croix du transept.

          Au fond du chœur, un groupe de touristes était amassé devant un étonnant monument en marbre noir et blanc encastré entre les derniers piliers. Nous avançons jusqu’à la grille métallique noire l’entourant.

          La voix sonore de Gert raisonne fortement dans le silence du lieu :

    peinture,houckgeest,delft,nieuwe kerk      - Mes amis, l’emplacement le plus important de La Nieuwe Kerk est situé devant vous. Cette église est le tombeau de la famille royale depuis 1584. Quarante membres de la Maison d’Orange Nassau reposent aujourd’hui dans le caveau royal.

          Notre guide continue, pompeux :

          - Il s’agit du mausolée le plus admirable des Pays-Bas ! Cette église, dont les vieilles pierres assistent régulièrement, depuis cette date, aux enterrements royaux, n’était pas destinée à un tel honneur. Un étonnant hasard la lia à la Maison d’Orange Nassau.

     

     

     

     

     

     

    Gerard Houckgeest – Delft, Intérieur de la Nieuwe Kerk ,1652, collection privée

         

          Il poursuit en baissant la voix :

          - Un peu d’histoire… En 1572 le prince Guillaume d’Orange, dit Le Taciturne, qui menait le combat contre l’occupant espagnol, fut obligé de se réfugier à Delft, ville puissamment fortifiée à cette époque. Ne pouvant le faire céder, Philippe II, le roi d’Espagne qui le redoutait le fit assassiner dans cette même ville. Le malheureux prince fut donc enterré à Delft. C’est ainsi que, depuis cet événement, la Nieuwe Kerk est devenue la dernière demeure des membres de la maison royale.

          Un groupe de touristes profitait complaisamment des connaissances historiques de notre guide. Quelle ne fut pas ma surprise de retrouver en ce lieu mon ami français, sa compagne et le reste du groupe que j’avais gentiment bousculés avant-hier devant La laitière au Mauritshuis. Le binoclard me reconnut et me lança : « Décidément nous suivons les mêmes routes ! ». Je lui souris en silence pour ne pas interrompre Gert.

          Celui-ci, remarquant que son auditoire s’était agrandi, s’engagea dans une description détaillée du mausolée.

     

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    Emmanuel De Witte – Delft, Intérieur de la Nieuwe Kerk, 1656, Palais des Beaux-Arts, Lille

     

          - Longtemps après la mort du prince, il fut décidé de construire ce monument somptueux en l’honneur du « Père de la Patrie ». Le prince mort, que vous voyez gisant sur un lit, est en marbre blanc. Remarquez l’élégance de sa statue en bronze grandeur nature devant vous. Je vous laisse faire le tour du monument. Vous pourrez contempler à ses quatre coins les symboles en bronze que Guillaume d’Orange représentait : liberté, justice, religion et courage.

          Notre repas énergétique et la fraîcheur de l’église avaient revigoré Flo qui courait dans tous les sens, s’arrêtait devant chaque statue installée derrière le choeur, palpant délicatement les veinures marbrées. J’appris que le Hugo Grotius, statufié sur la place du marché, était enterré ici.

          delft,nieuwe kerkDans la pénombre, je distinguais des pierres tombales disséminées un peu partout sur lesquelles les visiteurs se promenaient allègrement sans respect pour ceux qui reposaient pour l’éternité dessous. Autrefois, la coutume était d’enterrer les habitants dans les églises. Je m’aperçus que j’étais debout sur l’une d’entre elles. Un texte, gravé de 1652, indiquait qu’un ancien échevin de la ville reposait sous cette pierre. Un maçon partageait la tombe voisine avec un tailleur de pierre.  

          Les touristes Français mitraillaient notre guide de questions. Il répondait avec sa verve habituelle. Je décidai d’en profiter pour m’isoler un instant.

          J’empreinte l’allée centrale et prends place sur une chaise habituellement réservée à la prière, en plein milieu de la nef. Je tente de m’imprégner de ce lieu chargé d’histoire.

          Vermeer s’était certainement assis autrefois sur ces bancs, pensai-je. Cela avait dû être une belle fête pour ses parents lorsque, par une belle journée de l’automne 1632, ils amenèrent leur fils Johannes pour le faire baptiser ici même. Toute la famille du peintre était enterrée ici. Plus tard, son épouse, la douce Catharina y reposera également.  

          Un grand silence m’envahit. Au loin, j’entends faiblement Gert pérorer devant ses admirateurs. Je me surprends à rêver béatement.

          … Ne serait-ce pas Johannes ce jeune bourgeois aux longs cheveux blonds que j’aperçois déambulant au milieu de la nef, absorbé dans ses pensées ?... Il s’arrête parfois pour parler avec quelques notables… L’instant d’après, je le vois assis non loin de moi, enlaçant tendrement Catharina qui attend un heureux événement… Serait-ce encore lui, plus jeune, ce galopin qui court au loin et jette des pierres sur le monument de Guillaume d’Orange ?…

          Assoupi, je n’entends pas Gert et Flo, qui me cherchent depuis un moment, s’approcher de ma chaise. Leurs voix me sortent de ma torpeur. Je leur souris niaisement. Les paroles enjouées de Flo achèvent de me faire retrouver mes esprits.

          - J’adore ce lieu. Il a une âme. Habituellement, la visite des églises me déprime toujours un peu. Je vais  m’accorder un petit break shopping dans Delft. Gert et toi allez continuer la visite jusqu’à l’Ancienne Eglise. Faites vite car il faut songer au retour ! 

          Elle s’aperçut qu’elle était en train d’écraser l’épitaphe d’une tombe et fit un bond de côté.

          - C’est bien la première fois que je marche sur des morts, dit-elle en s’esclaffant bruyamment !  

          Nous sortîmes rapidement car Flo était partie dans ce fou rire dont elle avait le secret et qui durait souvent longtemps. A distance, j’envoyais un grand « bye-bye » sonore accompagné d’un signe de la main amical à mes compatriotes français qui continuaient leur visite.

     

     

          Nous quittons Flo dont les roucoulements joyeux montaient dans le ciel de Delft.

          delft,oude kerkNous remontons la rive gauche de l’Oude Delft, le canal le plus ancien de la cité, en direction de l’ancienne église : L’Oude Kerk. A distance, je reconnaissais le clocher que l’on devinait au dessus des toits rouges, caché dans la partie ombrée de la Vue de Delft.

          L’inclinaison du soleil accentuait l’ombre des maisons anciennes qui s’allongeaient dans le miroir du canal. Devant chaque maison digne d’intérêt que nous longions, Gert me faisait un bref commentaire. J’appris que le peintre Pieter de Hooch avait habité une de celle-ci.

          - Vous ne remarquez rien, dit Gert installé sur le pont face à la tour, la montrant du regard ?

          - J’ai l’impression qu’elle n’est pas droite. Fatigue visuelle certainement.

          - Votre vue est excellente, Patrice ! Elle penche vraiment. Au 14ème siècle, en pleine construction, le clocher s’est affaissé et s’incline de près de deux mètres. Il renferme la plus grosse cloche des Pays-Bas surnommée le « Bourdon » qui ne sonne que pour des événements exceptionnels.

          Près de l'entrée de l'église, la petite statue en pierre d'une jeune femme recouvertedelft d'une sorte de grande cape, la tête encapuchonnée, fixait le ciel. Son expression mystique illuminait la pierre grisâtre. 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

          Une femme heurte le lourd portail, entre et disparaît dans l’ombre. Une crispation me serrait la gorge. Je savais ce qui m’attendait à l’intérieur. Le dénouement de mon voyage se trouvait dans cette église. Planté devant le portail, je n’osais le pousser.

          Gert cogne violemment le bois peint. Il s’introduit le premier sous la voûte gothique. Je le suis, mal à l’aise.

          peinture,houckgeest,delft,oude kerkComme dans la Nieuwe Kerk, le sol est couvert de tombes aux reliefs tourmentés. Gert me montre, un peu à l’écart des autres, une très belle pierre tombale sculptée dont l’épitaphe en vers, gravée dans la pierre, vante les qualités du scientifique le plus important de Delft : Anthony van Leeuwenhoek. Je ne m’attendais pas à retrouver cet ami de Vermeer, inventeur du microscope, qui lui avait servi de modèle pour L’astronome et Le géographe.

          Gert savait parfaitement ce que je venais faire ici. Chacun de notre côté, nous parcourons l’église lentement. Il ne devait pas être bien loin…

     

     

    Gerard Houckgeest – Delft, Intérieur de l’Oude Kerk, 1654, Rijksmuseum, Amsterdam

     

          C’est moi qui le découvris en premier, dans le centre du transept, non loin d’une chaire du 16e superbement décorée. Un minuscule monument commémoratif indiquait l’endroit. L’inscription était brève sur la petite plaque rectangulaire : JOHANNES VERMEER 1632 – 1675. Le « peintre de la lumière » reposait sous mes pieds. Sur la plaque, une petite photo de La jeune fille au chapeau rouge était déposée. C’était discret, simple. A son image… 

     

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           Gert me voyant arrêté, me rejoint. Nos regards se croisent un court instant. Debout côte à côte, nous fixons en silence, respectueusement, le rectangle de pierre gravé au nom de l’artiste. Des personnes passent non loin, indifférentes à notre présence immobile. J’avais le sentiment de me trouver devant un membre de ma famille très proche : un frère… un père…

          Gert me donne un coup de coude amical. Je le regarde tristement.

          Il est tard. Avant de m’éloigner, je regarde une dernière fois la plaque. Je sais que je ne reviendrai jamais dans cette église…

          Le soleil se cache déjà derrière une des maisons de maître qui longe l’Oude Delft. Nous marchons côte à côte, sans un mot. Gert, qui comprend mon trouble, évite de m’adresser la parole. Il ne paraît guère mieux lui-même.

          J’avance comme un automate. Des réflexions diverses m’envahissent… Ça ne colle pas ! J’ai effectivement rencontré l’homme, mais son secret ?… Mon parcours avec Vermeer ne peut s’arrêter au bord d’une pierre tombale ? Imperceptiblement, une pensée me pénètre et s’impose peu à peu dans mon esprit :

          « Je reste une journée de plus… Je dois revenir dans cette ville, demain… Mais, seul… »

          Gert m’examinait de temps à autre, se sentant presque coupable de mon mal être. Je cherchai comment j’allais pouvoir faire avaler la prolongation du séjour à Flo. En insistant elle comprendrait ? Après tout, quatre heures de route suffisent pour rentrer et nous pourrions repartir demain en début d’après-midi.

          Nous pressons le pas. Flo nous attendait depuis un bon moment dans l’ombre de la statue d’Hugo Grotius, les bras chargés de paquets.

          - Vous arrivez seulement maintenant, nous envoie-t-elle courroucée ! Tus sais bien Patrice que nous devons reprendre la route immédiatement !

          - Désolé ! Vermeer nous a retardés, dis-je avec un sourire forcé. Figure-toi qu’en cours de route j’ai pris une décision : Nous repartons demain… J’ai absolument besoin de revenir ici même demain matin. Nous rentrerons tranquillement après déjeuner. Ainsi, tu auras l’immense plaisir de profiter de la conversation de Gert une soirée de plus !

          Gert, surprit, ne semblait pas mécontent de rester avec nous un peu plus longtemps. Flo, décontenancée et sans arguments sérieux à faire valoir, admit que rien ne pressait et que, de toute façon, il était imprudent de rentrer ce soir précipitamment.

          La journée avait été longue. Je proposai à Gert de l’inviter dans le restaurant d’Amsterdam de son choix.

     

    A suivre…

     

    1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre   12. Les femmes de Johannes   13. Gert    14. La petite Amsterdam   15. Une plaque gravée

     

     

     

          Le 16ème et ultime chapitre de cette histoire arrivera avec la nouvelle année, le mardi 10 janvier prochain. Je vous donne rendez-vous, ce jour-là, pour connaître le dénouement de l'étrange aventure de Patrice qui a commencé au Louvre, à Paris, et va se terminer à Delft, la ville de Johannes Vermeer.

          Bonnes fêtes de fin d'année à tous, et des tas de cadeaux dans la hotte du Père Noël.

                                                                  Alain

     

      

  • L'OBSESSION VERMEER - 14. La petite Amsterdam

     

     

    Suite…

     

    Vendredi 17 mai – Delft. 11 heures.

     

          Je me lève et fais signe à Gert que ce n’est pas la peine de perdre plus de temps sur les vestiges de la Vue de Delft devant laquelle la foule s’agglutinait hier au Mauritshuis. Un désastre ! Il ne reste plus rien de la merveilleuse toile éclatante de lumière que nous scrutions en silence à l’entrée de l’exposition.

          Nous prenons à pied la route bruyante qui enjambe le canal de la Schie et suivons la Koorn Markt afin de rejoindre le centre historique de la ville. Malgré la présence éclairée de Gert, je gardais un plan de la ville à la main pour mieux mémoriser le nom des rues.

          - Vous pouvez constater que Delft est bien une « petite Amsterdam », dit Gert heureux de se dégourdir les jambes après ce long arrêt dans le petit port, face à la nouvelle ville moderne.

          vermeer,delftEn effet, les canaux quadrillaient littéralement la ville. De jeunes arbres ceinturaient le mince couloir liquide dans lequel les maisons se reflétaient. De proche en proche, de minuscules ponts bombés, surmontés de garde-fous ouvragés peints en blanc, ressemblaient à de gros champignons posés sur l’eau. Des jeunes gens guillerets pédalaient énergiquement. Il doit faire bon vivre ici, pensai-je.

      

     Delft – pont ancien daté de 1675, année du décès de Vermeer

     

            L’arrière de l’hôtel de ville construit au 17ème se profilait. Gert semblait chercher quelque chose ? Il marchait à longues enjambées sans se retourner. Il ne ralentit pas à l’hôtel de ville et tourna précipitamment sur sa droite dans l’Oude Langendijk.

          Arrivé à l’angle de cette rue et de la Jozefstraat, il se bloque net. Flo, surprise, le cogne au passage et s’arrête essoufflée à ses côtés. Je pressens un moment important. La voix de notre compagnon est plus grave :

          - Mes amis, vous vous trouvez à l’emplacement où s’élevait jadis la maison de la belle-mère de Vermeer, Maria Thins. Cette maison, tout comme l’auberge Mechelen dont je vous parlerai plus tard, a été détruite au 19e pour construire cette église tristounette devant laquelle nous sommes. Comme pour la Vue de Delft, le 19ème siècle a frappé une fois de plus !

          Gert prenait un ton doctoral :

          - Le peintre a vécu dans cette maison les quinze dernières années de sa vie. La plupart de ses nombreux enfants sont nés dans ce lieu. Les meilleurs tableaux de son œuvre, à partir des années 1660, ont été peints au dernier étage de la maison qui donnait sur cette rue, à l’abri des rayons du soleil.

          L’homme qui me hantait depuis des mois avait créé la plupart de ses chefs-d’œuvre en cet endroit. Gert m’annonçait cela, calmement, debout à l’angle de deux modestes rues, devant une sombre église. Flo s’exclama :

          - La Dentellière a donc été peinte ici ?

          L’émotion m’étreignait. Je réponds à la place de Gert :

          - Pas seulement La Dentellière, mais aussi La leçon de musique, La jeune fille à la perle, La femme à la balance… La plupart des merveilleuses peintures que tu as admirées hier ont été créées lentement, amoureusement, à l’emplacement où tu te tiens en ce moment. Imagine que Vermeer a marché dans cette ruelle sans lumière et que ses gosses jetaient des pierres dans l’eau du petit canal en face !

          La voix de Gert s’élève à nouveau :

          - Vous vous souvenez des maisons en briques rouges du petit tableau La ruelle quipeinture,vermeer,delft était au Mauritshuis ? Elles n’ont pas été retrouvées. Le peintre aurait pu s’inspirer des maisons du Voldersgracht qu’il voyait de l’arrière de l’auberge Mechelen ? A moins que ce ne soit près d’ici sur l’Oude Langendijk ? Il y a de bonnes chances pour qu’elles aient à jamais disparu… comme le reste… O.K. Vous me suivez !

     

     

     

     

     

     

     

           vermeer,delftQuand nous débouchons sur la Markt, l’immense place du marché rectangulaire, je comprends que nous pénétrons dans le cœur de la cité médiévale. Gert nous explique qu’elle avait peu changé en trois siècles : à l’extrémité de la place, la belle façade de l’hôtel de ville d’époque et à l’autre bout, proche de nous, la longue silhouette élégante de la Nieuwe Kerk.

          L’imposante tour de l’église que nous contemplions il y a un instant encore au-dessus des toits, en face du canal de la Schie, nous dominait…

     

     

      

    Delft – Nieuwe kerk, place du marché, statue d’Hugo Grotius au centre

     

           Nous traversons la place et restons un long moment, pensifs, devant l’ancien emplacement de l’auberge Mechelen. Je me rappelais que le jeune Johannes avait vécu à cet endroit jusqu’à l’âge de vingt huit ans avant de déménager pour la maison de l’Oude Langendijk d’où nous venions. Quelques mètres seulement derrière le fantôme de l’auberge Mechelen, au 25 et au 21 de la Voldersgracht, Gert nous montre les lieux où étaient situés la maison natale de Vermeer et la Guilde de Saint-Luc. Tous ces emplacements avaient également été démolis au siècle dernier.

          Cela m’énervait vraiment ! Les maisons du 17e avaient toutes été remplacées au 19e et 20e par des bicoques modernes transformées en vulgaires commerces. Même le beau bâtiment de la Guilde de Saint-Luc, avec les attributs des principaux métiers accrochés sur sa façade, n’avait pas été sauvé. J’imaginais l’intense activité qui devait régner dans ce lieu dont les membres étaient les meilleurs artisans et artistes de la cité : tapissiers, faïenciers, marchands de tableaux, peintres, sculpteurs…

          Je me fis la réflexion : quelques mètres séparaient le siège de la Guilde et l’aubergepeinture,écriture,vermeer,delft tenue par le père de Johannes, Reynier, qui était inscrit à la Guilde comme marchand de tableaux. Le centre artistique de la ville se trouvait donc en ce lieu précis. Tous les artistes de Delft qui se réunissaient régulièrement à la Guilde, devaient donc, fort logiquement en sortant, prendre la direction de l’auberge pour se désaltérer.

     

     

     

     

     

     

     Dessin de Lamberts Gerrit - rue menant à la Guilde de St Luc au fond ,et arrière de l''auberge Mechelen sur le côté  

         

           delft, hugo grotiusEn plein milieu de la place, la lumière éclairait en biais l’imposante statue d’Hugo Grotius, l’un des grands hommes de la ville. Pourquoi Vermeer n’a-t-il pas une statue comme celle-ci, bien exposée, pensai-je ? Delft pouvait être fière de son célèbre concitoyen peintre qui faisait l’objet d’une admiration unanime dans le monde entier. Etait-ce le cas de cet Hugo Grotius ?

     

     

     

     

     

     

     Delft - statue de Hugo Grotius, humaniste et juriste

     

     

           La joie qui m’habitait ce matin en découvrant la ville s’estompait progressivement au fur et à mesure de nos pérégrinations. Je sentais confusément que ce que j’étais venu chercher à Delft m’échappait. Il ne nous restait plus que les deux églises de la ville à visiter. Tous les lieux de vie de l’artiste avaient disparu. C’était comme si une présence invisible s’efforçait systématiquement d’effacer toutes ses empreintes…

          Maintenant que je connaissais mieux Delft, je me rendais compte que les emplacements où l’artiste avait résidé étaient tous situés autour de la place du Marché. Un univers clos… Son univers : la Nieuwe Kerk au centre, sorte de tour de contrôle ; en face, l’auberge Mechelen et ses vapeurs d’alcool ; derrière l’auberge, la Guilde de Saint-Luc enfiévrée ; de l’autre côté de la place, sur la droite de l’église, la maison sur l’Oude Langendijk où il finira sa courte vie. Une vie entière était regroupée dans un rayon d’une cinquantaine de mètres maximum de part et d’autre de la Nieuwe Kerk.

          Un instant, je m’imaginais Vermeer, préoccupé et rêveur, allant et venant sur la longue esplanade allant de l’église à l’hôtel de ville. La mémoire de ces monuments auraient pu me le décrire, lui et sa famille. Quel homme était-il ? A quoi ressemblait-il ? Catharina était-elle jolie ? Et ses enfants ?

          Il allait falloir accélérer la cadence si nous voulions revoir la France dans la soirée, ou plutôt dans la nuit ? Je fis un signe à Gert attardé devant la devanture d’un des nombreux magasins de faïence de Delft autour du Markt.

          - Gert, je propose une halte déjeuner. Flo est harassée. Je suppose que cette longue marche vous a mis en appétit. Connaissez-vous un restaurant dans le coin ?vermeer,delft

          - Oui ! Derrière l’hôtel de ville, il y a un petit bar sympa !

          Nous longeâmes la place en passant devant la statue d’Hugo Grotius, impavide. Le bar était installé en plein air, non loin de la halle aux viandes sur la façade de laquelle deux têtes de bœufs en pierre, les yeux globuleux, nous regardaient.

     

    Delft – hôtel de ville

     

           Nous choisissons une petite table ovale en plein soleil. A la table voisine, des touristes allemands enjoués semblaient apprécier la bière de la région. Gert expliqua rapidement à la jeune serveuse que nous voulions un menu plutôt léger, énergétique. Il plaisanta un moment avec elle en néerlandais. Dès qu’il eut fini de passer la commande, je l’attaquai bille en tête, légèrement crispé :

          - Gert, ne prenez pas mal ce que je vais vous dire, mais il faut que çà sorte… Nous apprécions votre présence et vos connaissances historiques sur Delft, mais je dois reconnaître que vous ne nous avez rien épargné… Le néant ! Tous les lieux que vous nous avez montrés étaient intéressants mais, malheureusement, inexistants…  Pouvez-vous m’expliquer comment une ville qui a la chance inouïe d’avoir enfanté le génie de Vermeer, n’a rien réussi à garder de lui ? Je ne sais pas moi, une pierre… un pan de maison… peut-être un meuble… son chevalet… ou même un simple pinceau. Il est né en plein centre ville… il n’a jamais bougé d’ici… toute son œuvre s’est construite à cent mètres de cet hôtel de ville… Cet homme a fait connaître Delft à l’autre bout du monde et qu’a fait la ville en guise de reconnaissance ? Elle a tout détruit… Insensé !

          Ma voix montait. Les Allemands me dévisageaient. Ils devaient se demander pourquoi ce petit français s’énervait aussi bruyamment. Flo ne pipait mot. Gert avait perdu son apparente sérénité. Je continuai, sérieusement remonté :

          - La ville n’a pas seulement détruit les traces de Vermeer, elle a saccagé son image. Comment peut-on justifier cette route au trafic intense qui sabre le site de la Vue de Delft sur toute sa largeur ? Delft aurait voulu gommer tout ce qui rappelle le passage de l’artiste, qu’elle ne s’y serait pas prise autrement !

          Je reprends mon souffle, exalté. Gert, un moment décontenancé, prit le temps de terminer son plat de crudités. Sa réponse arriva :

          - Ho, Patrice ! Je n’y suis pour rien, moi ! Vous savez bien à quel point l’action du temps est sans pitié ! Que restera-t-il de vous dans trois siècles ? Même la trace des plus grands finit par disparaître. Cherchez bien dans votre histoire de France et vous serez surpris par le nombre de personnages célèbres dont plus rien ne subsiste. Patrice, vous vous laissez emporter par votre passion pour ce peintre… Calmez-vous !

          Il avait retrouvé son flegme habituel. Il but une gorgée du vin blanc bien frais posé devant lui avant de continuer :

          - Je ne vais pas vous apprendre que la seule chose qui compte pour un artiste est son oeuvre. Rien d’autre. Que nous importe de retrouver quelques pierres de sa maison ou un objet lui ayant appartenu… La toile de la Vue de Delft vous attire parce qu’elle dégage une impressionnante présence physique lui donnant vie, et cette lumière magique inoubliable… L’oeuvre du peintre nous enchante et nous fait rêver, n’est-ce pas l’essentiel ? Le reste est secondaire.

          Décidément, Gert avait le sens de la phrase juste. Nous le connaissions à peine, mais il m’impressionnait de plus en plus. En une seule tirade, bien calibrée, comme il m’en avait fait la démonstration ce matin à l’hôtel, il avait rétabli la situation, replacé les choses à leur juste valeur. Maintenant, il me regardait compatissant en savourant son verre de vin blanc. Flo mangeait, rassurée, sans plus se préoccuper de notre conversation.

          - D’accord, Gert ! Excusez-moi, dis-je apaisé. Ma déception était la cause de mon emportement contre la ville de Delft. Mais vous ne m’empêcherez pas de penser que les responsables de la cité n’ont pas fait leur boulot normal de sauvegarde d’un patrimoine culturel !

          Il sourit, indulgent. J’apercevais au loin l’horloge ronde plantée dans l’octogone supérieur de la Nieuwe Kerk. Les aiguilles indiquaient 15 heures précises.

          Nous terminons notre repas en silence.

     

    A suivre…

     

     1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre   12. Les femmes de Johannes   13. Gert    14. La petite Amsterdam

     

  • L'OBSESSION VERMEER - 13. Gert

     

     

    Suite…

     

    Vendredi 17 mai - 8 heures.

     

          peinture,vermeerMon sommeil a été agité après l’intense journée de la veille au Mauritshuis. Un rêve me revenait sans cesse. Johannes me parlait. Je voyais, de dos, sa longue chevelure. Je ne percevais pas ce qu’il disait…

           La mine défaite, je descends avec Flo vers le restaurant qui ouvre ses portes dans quelques minutes. Pas de temps à perdre, nous avons un rendez-vous important avec la ville de Delft. Malheureusement il va falloir faire vite puisque nous devons prendre la route du retour pour la France en fin d’après-midi. J’attends beaucoup de cette trop courte dernière journée. Sûrement trop ? Je ne peux repartir sans comprendre…

     

      

          Flo semble remise de sa dure journée d’hier. Elle renifle l’effluve de café. Elle est incapable de commencer sérieusement une journée sans son bol de café frais. Pas celui de la veille, réchauffé. Non ! Uniquement le café qui vient d’être filtré longuement dans l’appareil glougloutant, secoué de hoquets avant de laisser échapper un joyeux sifflement. Je ne peux la déranger tant qu’elle n’a pas trempé ses lèvres dans le savoureux breuvage. Le rituel assouvi, elle déborde d’énergie toute la matinée.

          Mon plateau est déjà bien garni lorsque j’arrive devant la machine à café. Celle-ci est prise d’assaut. J’attends patiemment mon tour intercalé entre un grand blond aux larges épaules et une petite dame âgée aux fines lunettes en écaille. J’entame mon verre de jus d’orange.

          Le grand blond n’en finit pas devant la machine à café. Son profil me dit quelque chose ? Immédiatement, je repense au Mauritshuis. Il s’agit du personnage qui nous dévisageait hier devant les toiles de Vermeer… Que faisait-il ici ?

          Je me fais tout petit, ce qui n’est pas trop difficile derrière sa masse imposante, afin d’éviter qu’il ne me remarque. Il se voûte légèrement pour saisir sa tasse fumante et, de ce fait, se place à ma hauteur. Avant que je ne puisse m’écarter, ses yeux bleus croisent les miens. Sa bouche amorce une ébauche de sourire. Il me lance :

          - Hello ! Je vous ai vu hier chez Vermeer. J’étais sûr que vous étiez au même hôtel que moi !

          - Bonjour ! J’avais bien remarqué votre regard insistant. Je m’interrogeais avec inquiétude en me demandant si notre aspect physique présentait quelque anomalie.

          - Non ! Je vous croisais depuis plusieurs jours au breakfast. J’avais entendu que vous étiez français et j’étais surpris de vous retrouver au Mauritshuis. Je me présente : Gert Van der Groot. Je suis hollandais mais je parle français depuis longtemps et j’adore votre pays.

          Je posai mon plateau. Sa large main secoua durement la mienne.

          - Enchanté ! Moi, c’est Patrice ! Je prends une tasse de café et je me permets de vous inviter à notre table si rien ne vous retient ailleurs. Flo, ma femme, va être soulagée d’apprendre que notre apparence extérieure n’était pas la cause de vos regards indiscrets au musée.

          Un grand éclat de rire éclaira la face de mon nouvel ami. Il s’empresse de soulever son plateau débordant et me suit jusqu’à la table où je le présente à Flo, ravie de retrouver l’homme qui la dévisageait hier. A peine assis, elle l’apostrophe :

          - Vous parlez un français formidable, sans aucun accent !

          - J’essaye. Vous savez chez nous les trois-quarts des personnes sont bilingues et la moitié trilingues. Nous sommes bien obligés, notre langue nationale est peu parlée dans le monde. En ce qui me concerne, j’ai la chance de pouvoir utiliser le français dans ma vie professionnelle en me rendant fréquemment à Paris.

          Flo appréciait de rencontrer une nouvelle fois, après la charmante Claudia du « café brun » dans Amsterdam, un hollandais parlant parfaitement sa langue. Elle s’enhardit et lui demanda de quelle région de Hollande il venait.

          - Den Helder, une petite ville située tout en haut de la province de Noord-Holland, la région la plus septentrionale des Pays-Bas, en bordure de la mer du Nord. Notre côte d’azur à nous ! Des paysages de dunes venteuses, de nombreux moulins, polders et champs de fleurs. La vraie Hollande, quoi ! De Den Helder on aperçoit au loin l’île de Texel qui est la plus grande des îles Wadden, notre petit joyau national, réserve naturelle de plantes et d’oiseaux. Vous ne pouvez vous imaginer la beauté sauvage de ce lieu. L’air y est d’une pureté incroyable !

          Ce Gert me plaisait. Je lui demande :

          - Je suppose que vous êtes descendu à Amsterdam pour l’exposition Vermeer ?

          - Gagné ! J’ai profité de quelques jours de vacances pour venir en touriste. J’apprécie énormément cet artiste hollandais. A chaque fois que je vais à Paris, je ne manque jamais de me rendre au Louvre contempler les deux seuls tableaux que votre pays possède. La réunion au Mauritshuis d’un tel ensemble de peinture de l’artiste n’est pas prête de se représenter… Vous êtes des passionnés de Vermeer ?

          - Je suis un passionné de peinture en général et je peins un peu moi-même, lui répondis-je en trempant délicatement une brioche dorée à point dans mon café. Ma femme ne peut être qualifiée de passionnée, mais cela l’intéresse. Elle était si heureuse de m’accompagner et de découvrir la Hollande.

          Je pressentais que la conversation allait durer. Je reprends :

          - J'apprécie les peintres français du 19ème siècle et la riche période de la renaissance italienne. Vermeer c’est autre chose, articulai-je en avalant ma brioche… Vous n’allez sans doute pas me croire mais je ne le connaissais pratiquement pas il y a encore seulement six mois. Je l’ai découvert en visitant les peintres des Ecoles du Nord de l’Europe dans l’aile Richelieu du Louvre. Je suis tombé par hasard sur les deux petites toiles que vous connaissez. Ce jour-là, j’ai connu le plus grand choc de ma vie d’amateur d’art !

          Le regard bleu de Gert devint insistant.

          - Choc est même un mot faible, dis-je en baissant la voix, pour parler du trouble qui me força carrément à m’asseoir face à La dentellière et L’astronome. Je n’avais encore jamais ressenti cela. J’avais les tripes nouées… Les tripes, vous savez ce que c’est ?

          - Oh oui ! Les boyaux qui se mangent.

          - Voilà ! Mes boyaux s’étaient rigidifiés. Vous comprenez, vous, que l’on puisse se retrouver anéanti, hébété devant deux minuscules tableaux ?

          Gert émet une sorte de bruit de gorge joyeux. Il semblait particulièrement satisfait de ma mine perplexe.

          - La fameuse fascination… Non seulement je vous comprends, mais votre réaction est normale. Contrairement à Rembrandt que l’on admire pour sa technique en clairs-obscurs, la force de ses toiles, Vermeer, lui, il envoûte… Vous n’êtes pas le premier et il y en aura d’autres !

          - Ouf ! Vous me rassurez ! Depuis ma première rencontre au Louvre, j’ai passé beaucoup de temps à étudier Vermeer. Maintenant, je connais tout de lui. Enfin… tout ce qui est visible… Diable d’homme, une énigme ! J’ai examiné ses toiles une par une, presque à la loupe. Et bien, vous savez quoi ? Une sorte d’anxiété diffuse, inexplicable, ne me lâche pas. Et la vision hier de l’essentiel de son œuvre n’a pas arrangé les choses… Chez moi, j’avais même commencé une sorte d’enquête personnelle pour tenter de comprendre le pouvoir qu’exerce cet homme. J’essayais de décrypter son secret… son message… Il y a bien un message, n’est-ce pas ?

          Gert et moi ne mangions plus, crispés sur notre dialogue. Flo, elle-même, paraissait moins détendue.

          Notre invité hollandais réfléchissait. Le silence était pesant. Gert engloutit une large tranche de pain beurré et boit lentement, pensif, la moitié de sa tasse. Il attaque soudain, l’œil plus vif :

          - Le message… Dans vos recherches, vous avez constaté que l’on savait peu de chose sur la vie du peintre. Comme vous, je me suis beaucoup interrogé à son sujet car cette peinture hors du temps me fascine également. Finalement, je suis arrivé à une conclusion.

          Il termine lentement sa tasse de café.

          - Vermeer, et c’est bien pour cela qu’il se distingue des autres, a su introduire de la poésie dans des objets simples, sans éclats ou dans de banales scènes de la vie de tous les jours. Chez lui, les motifs les plus courants dégagent une beauté irréelle… quelque chose d’inexplicable... L’apparente sérénité de ses toiles est presque un défi au temps… En fait, lui seul possède la clef de son monde enchanté. Il ne faut pas se prendre la tête ! Le mieux est de se laisser guider par l’artiste. Il nous prend par la main et… si l’on est réceptif, sensible à sa vision, comme vous Patrice, le monde enchanté peut nous ouvrir ses portes… Voilà ! Le message, il est là !

          J’étais franchement impressionné. Gert m’avait sorti cela d’un trait, avec de légers temps morts entre les mots pour bien faire pénétrer son discours. Il s’était levé. Je voyais son imposante silhouette au fond de la salle se resservir une bonne rasade de breuvage brûlant. Flo était un peu paumée par notre conversation. Je décidais d’aller à mon tour reprendre du rab de café. En revenant, je vis que Gert parlait avec Flo qui lui apprenait que nous partions à Delft pour notre dernière journée en Hollande.

        J’étais soucieux. L’angoisse qui s’était un peu dissipée durant l’intense activité de la semaine, s’était à nouveau infiltrée en moi. Ma nuit difficile n’avait pas arrangé les choses.

          - Vous rentrez bientôt dans votre région de dunes et de polders, dis-je ?

        Gert avait retrouvé le calme apparent qu’il présentait avant que mes interrogations ne le perturbent.

          - J’ai encore tout le week-end. Pas de femme qui m’attend… Pas d’enfants… Libre comme l’air… Peut-être irai-je voir le musée Frans Hals à Haarlem que je vous conseille fortement. Ce peintre est l’un des talents les plus novateurs de la peinture hollandaise, au siècle béni de Rembrandt et Vermeer. Vous possédez au Louvre sa succulente Bohémienne. Vous qui êtes un connaisseur, Patrice, je suis persuadé que vous devez apprécier cet artiste !

          Une pensée furtive me traversait l’esprit. Oserais-je demander à Gert de nous accompagner à Delft ? Quel guide merveilleux il ferait ! L’on devait rentrer en France ce soir, cela nous permettrait d’aller directement à l’essentiel, sans les pertes de temps inhérentes à la découverte d’une ville inconnue.

          J’hésitais à interrompre l’échange passionné qu’il avait entamé avec une Flo bavarde sur les qualités comparées des cuisines hollandaises et françaises. En l’espace d’une heure une amitié spontanée s’était installée entre nous trois. Gert était captivé par la voix chaude de Flo décrivant avec force détails la recette de son soufflé au fromage.

          Elle reprenait péniblement son souffle après sa tirade culinaire. J’en profitai :     

          - Gert, Accepteriez-vous de nous accompagner à Delft aujourd’hui. Cela nous ferait un immense plaisir à moi et à Florence ! Nous repartons en France dans la soirée. Il ne me reste plus que cette journée pour tenter de déchiffrer ce lien mystérieux qui m’attache si profondément à Vermeer. Je dois casser cet envoûtement dont vous parliez il y a instant… l’exorciser… Pour cela je souhaite voir les lieux où il a vécu, peint, sentir les parfums qu’il a humés, fréquenter les rues où il a marché. Une sorte de pèlerinage personnel dans sa ville qu’il ne quitta pratiquement jamais pendant les quarante trois années de son existence.

          Mes yeux s’étaient posés sur la reproduction d’un Rembrandt accrochée au-dessus de Gert. J’attendais sa réponse, fébrile. La voix haute me fit tressaillir.

          - Topez-là Patrice ! Je serais très heureux de vous accompagner. Vous savez que Delft est appelée « la petite Amsterdam ». Un anglais a même écrit : « Delft a autant de ponts que de jours dans l’année, et tout autant de rues et de canaux où vont et viennent les bateaux. » Il ne faut pas trop tarder car le temps va défiler très vite ! Ne fondez pas trop d’espoir sur votre « pèlerinage » Patrice, il ne reste que l’atmosphère du Delft d’autrefois…

          J’avais du mal à dissimuler ma joie. La surprise passée, Flo avale son jus d’orange d’un trait et se lève solennelle : « Mes amis, l’heure est grave ! Vermeer nous attend ! »

     

    A suivre…

     

     1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre   12. Les femmes de Johannes   13. Gert 

     

  • L'OBSESSION VERMEER - 12. Les femmes de Johannes

     

     

    Suite…

     

    Jeudi 16 mai 1996. Mauritshuis. 15 heures 45.

     

          De biais, j’observais La leçon de musique. Nous arrivions vers le milieu de l’expo et ce magnifique tableau était plus aisément accessible. Plus aucun français à l’horizon, pensai-je, surpris ?

          Flo, agréablement surprise de pouvoir rester seule à mes côtés semblait étonnée de la discrétion que, cette fois, je m’efforçais de donner à mes commentaires.

    peinturevermeer,la haye,mauritshuis,      - Cette toile me ravit, susurrai-je. Quelle finesse de coloris ! Vise la cruche blanche posée sur un tapis d’orient bariolé, c’est un petit bijou de délicatesse ! Le miroir au-dessus du visage de la jeune femme est le point de fuite des nombreuses lignes de perspective. Approche-toi, tu verras que ce coquin de Vermeer a laissé une discrète signature dans le haut du miroir : les pieds de son chevalet sur lequel il est en train de peindre la scène. Il ne se montre pas, mais il est bien présent !

    peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,

      

          Pendant que Flo cherchait les lignes de perspective du tableau, j’en profitai pour scruter les alentours.

      

           Excellente idée ! Sur un même pan de mur, les organisateurs avaient accroché les quatre toiles de même format représentant des jeunes femmes seules, debout, occupées à une activité quotidienne.

     

    peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,      En furetant, je trouve un endroit précis, placé dans la diagonale des quatre petits tableaux serrés à la même hauteur sur le mur, qui permet de les découvrir d’un seul regard : En premier, La femme en bleu lisant une lettre, ensuite, La jeune femme à l’aiguière, La femme au collier de perles et, clôturant l’angle de la pièce, La femme à la balance.

          Sur le visage des visiteurs, je discernais une expression d’enchantement. Ils avaient succombé au charme de ces créatures venues d’ailleurs.

          Flo arrivait à pas lents. Elle s’installe à mes côtés etpeinture,vermeer,la haye,mauritshuis, dévisage les quatre femmes.

          - Ces portraits rayonnent sur ce mur tristounet verdâtre ! Ont-elles déjà été exposées côte à côte par le passé ?

          Je fis une moue d’ignorance.

    peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,      - Elles ont toutes été peintes à la même période, vers 1665. Peut-être ont-elles séjourné ensemble encore fraîchement peintes dans l’atelier du maître ? A moins qu’elles ne se soient côtoyées à la vente aux enchères de la collection Jacob Dissius qui eut lieu à Amsterdam en mai 1696 ? Imagine que ce fils d’un imprimeur de Delft, vingt ans à peine après la mort de Vermeer, possédait rien moins que 21 toiles, presque la moitié de la production totale du maître !

          La lumière de Vermeer giclait, enveloppant les femmes d’un même halo lumineux. L’harmonie était totalepeinture,vermeer,la haye,mauritshuis, entre la perspective, les formes, les couleurs. Un bleu… un jaune…

          - Ecoute le silence quasi religieux exhalé par les toiles, dis-je à Flo distraite par un individu corpulent qui lui faisait rideau. La femme à la balance, celle qui ressemble à une Vierge sur le côté, semble transpercée par la lueur sortant d’un vitrail dans l’intérieur sombre d’une église. Un petit ventre orangé perce sous sa veste.

          J’hésite à m’éloigner. Le « Ah les femmes de Vermeer ! » lancé par Claudia, notre ami hollandaise rencontrée la veille dans le « café brun » d’Amsterdam, me revenait en mémoire.

     

          Je tends une main moite à Flo et l’entraîne vers une autre pièce, plus petite, sur la gauche, où l’exposition se poursuit et se termine. Une petite pose serait la bienvenue, mais rien n’a été prévu pour s’asseoir.

          peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,Dans une encoignure, Le géographe paraît intimidé au milieu de toutes ces jolies femmes qui lui font les yeux doux. La lumière pénétrant par les fenêtres dessine le beau profil du savant. Quel dommage que le Louvre, en gardant L’Astronome, n’ait pas permis les retrouvailles de ces deux frères à jamais séparés, pensai-je ?

     

     

     

     

     

          Je la devine… Elle est là…

          Je percevais, derrière les crânes immobiles, la présence de la jeune femme qui m’avait incité à entreprendre ce voyage : La dentellière… C’était la plus petite toile depeinture,vermeer,la haye,mauritshuis,dentellière l’expo et, évidemment, les gens étaient collés dessus pour mieux la contempler.

          Cette fois, toute possibilité d’approche semblait illusoire pour Flo qui, fatiguée, abandonna en rase campagne un combat par trop inégal. Elle s’exclame :

          - Je n’y vais pas ! C’est elle qui t’a incité à venir ici. Fonce !

          J’eus un coup de chance : Je sentis la main légère d’un jeune garçon posée sur mon bras. Il me dit dans ma langue : « Allez-y monsieur, j’ai terminé, je vous la laisse ! ». Comment savait-il que j’étais français ?

     

          De suite, je pense à Lui. A travers l’image de cette jeune femme, c’est lui qui m’accueille. Je resterai éternellement reconnaissant à la jolie brodeuse de m’avoir permis de faire la connaissance de son créateur… Elle médite sur son ouvrage. Elle m’apparaît peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,dentellièreencore plus épanouie. L’air du pays sans doute. Les fils blancs et rouges s’échappent indéfiniment du sac à couture et se répandent sur le tapis verdâtre. La peinture est toujours floue, diluée…

          Plus rien n’existait autour de moi. Je ne voyais qu’elle et ses doigts si fins. Le temps s’était arrêté. Jepeinture,vermeer,la haye,mauritshuis,dentellière flottais dans un monde où tout était facile, simple, à son image…

          Le face-à-face dure un long moment. La jeune femme au doux visage devait percevoir ma présence car il me semblait percevoir un sourire complice sur ses lèvres. J’étais bien…

           Un choc en plein sur une vertèbre lombaire déjà douloureuse me ramena à la réalité. Les grands yeux verts effrontés d’une adolescente étaient plantés dans les miens. Je compris. Il fallait laisser la place à mon tour, le message de La dentellière ne m’était pas réservé.

     

          Des bouffées d’optimisme me submergeaient en quittant la brodeuse. Une sorte de jouissance paisible, un de ces instants de bonheur fugitif que l’on ressent parfois sans trop savoir pourquoi.

          J’apercevais Flo m’attendant, appuyée contre un mur. Son visage, en partie estompé, comme la jeune femme que je venais de quitter, m’apparaissait à travers  une brume dorée, irréelle, qui enflammait le mur vert derrière elle…

          Agacée par ma mine éthérée, Flo agrippe fermement ma main et s’engouffre à grandes enjambées dans le couloir libéré au centre de la pièce. La vision du jean délavé du français binoclard me sort quelque peu de mon agréable torpeur.

          Je le vois de profil, très sérieux. Il s’est fondu dans l’anonymat des autres visiteurs et examine de près La jeune fille au chapeau rouge qui semble le combler.

          Je m’adresse à Flo :

          - Je vais essayer de m’approcher de mon ami français. Il a mordu à l’hameçon. Je t’avais bien dit que Vermeer finirait par l’emporter ! Pendant ce temps, va voir La lettre d’amour sur la droite. Elle va t’étonner. Elle est conçue comme une pièce de théâtre que l’on regarde des coulisses. Je viendrai te rejoindre.

    peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,      Pendant que Flo docile se dirige mollement vers La lettre d’amour, je m’installe incognito à côté du binoclard. Les autres membres de son groupe manifestent leur lassitude. Mais pas lui. Il a même décroché son bras du cou de sa compagne pour être plus à l’aise dans sa réflexion contemplative.

          - Vous avez senti l’importance de cette toile, lui dis-je un brin moqueur ? Dire qu’elle a failli ne pas être attribuée à Vermeer ! Difficile de ne pas reconnaître la patte de l’artiste… Tout son talent est condensé dans ce petit portrait.

          - Vous aviez raison tout à l’heure devant la Laitière, balbutia l’homme, le regard accroché sur la jeune fille. Non seulement, comme vous le disiez, c’est bien un précurseur des  « impressionnistes », mais il est meilleur qu’eux.

          Inconsciemment, il saisit mon bras.peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,

          - C’est admirablement peint : ce contraste de rouge vif et de bleu froid… les reflets subtils renvoyés par l’étrange chapeau à plumes rouge orangé sur les joues… l’empâtement blanc pur sous le menton… tous ces rehauts clairs comme des gouttes de rosée… Ce Vermeer est un magicien !

          - Vous êtes entré dans son monde de lumière, dis-je, heureux ! Si vous n’avez pas vu La dentellière, hâtez-vous d’y aller. C’est du même tonneau ! Avant de sortir, ne manquez surtout pas la lumineuse Jeune fille à la perle appelée la  « Joconde du Nord ». C’est le clou de l’expo !

          Je laisse mon ami extatique et, détendu, me dirige vers Flo quand je remarque, sur ma droite, non loin de nous, un grand blond qui me dévisage avec intérêt. Un vrai nordique, solide, carré, des yeux bleus presque transparents. Déconcerté, je détourne le regard.

          Flo ne semblait pas très emballée par l’originale scène intimiste de La lettre d’amour. La fatigue déjà ? C’était la fin de l’expo et sa concentration retombait.

          Son regard clair me fixait, peu lucide.

    peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,

          - Imagine-toi que tu es au théâtre, dis-je en riant. Une porte entrouverte dans un sombre réduit à balais débouche sur une pièce éclairée occupée par deux jeunes femmes. Pour une fois, c’est à  une scène amusante à laquelle l’artiste nous convie. La servante apporte une lettre à sa maîtresse et a décidé de laisser en plan son travail jusqu’à l’ouverture de la lettre… Le message d’un amant ? Epatant ce face à face psychologique entre ces deux femmes, ne trouves-tu pas ?  

          L’aspect définitivement éteint de Flo achève de me convaincre de la faiblesse actuelle de son niveau de réceptivité. Je décide de faire l’impasse sur les tableaux de la dernière période du peintre après les années 1670. Nous nous dirigeons tout droit vers La jeune fille à la perle qui concentrait toutes les attentions.

     

          En cours de route, je croise à nouveau le regard du grand blond aux yeux transparents. J’ai l’impression qu’il voudrait nous parler mais n’ose pas. Pourquoi un nordique s’intéresse-t-il à d’obscurs touristes français de passage à La Haye ?

         - Ne te retourne pas, un homme nous regarde depuis un moment, murmurai-je à Flo. Il doit faire une confusion avec d’autres personnes ?

          Persuadés qu’il s’agissait d’une grossière erreur, nous décidons de ne plus y faire attention.

     

          La « Joconde du Nord »… La jeune fille qui faisait tressauter de plaisir l’écran de mon ordinateur avant de partir était devant moi grandeur nature, chaleureuse, souriante, dans l’éclat de sa jeunesse insolente.

    peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,jeune fille à la perle      Jamais une peinture ne m'avait laissé une telle impression de beauté. Même si l’exposition n’avait présenté que ce seul tableau, je me serais déplacé ! L’amour de Vermeer pour la vie et les êtres s’exprimait ici totalement. Il avait tout donné dans ce portrait. Au top de son art, pensai-je… Le visage lumineux aux contours indécis de la jeune femme rayonnait littéralement sur ce fond sombre. Le turban exotique bleu enserrant sa tête lui donnait un aspect mystérieux… Ce regard ? Quelque chose d’indéfinissable s’en dégageait… J’y lisais des tonnes de tendresse.

          Les gens autour de nous semblaient comme chloroformés, anesthésiés, les yeux rivés sur cette vision étrange. J’apercevais à nouveau mon compatriote français, pétrifié, le regard dans le vide. Même Flo retrouvait, un instant, ses forces abandonnées.

          Un silence oppressant régnait dans la pièce. Que dire devant un tel spectacle ? Même si l’on ne s’intéresse pas à la peinture, l’on devient captif des yeux translucides de la jeune fille. Le pire des monstres est obligé de tomber sous le charme s’il lui reste un minimum de sensibilité. Dans le cas contraire, il est irrécupérable.

          Flo me jette un regard de détresse.

          Je m’éloigne à regret. C’était peut-être la dernière fois que je la voyais ? A distance, je me retourne pour la contempler à nouveau : les reflets blancs des ses prunelles et de la perle accrochée à son oreille continuaient d’irradier dans la pénombre…

     

    peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,

     

          A la sortie de l’exposition, je montre à Flo une opulente banquette ronde installée au milieu du grand hall de l’étage. Harassée, elle s’écrase la tête en arrière en fermant les yeux. J’en fais de même.

          Je tente de remettre de l’ordre dans mes pensées agitées. L’émotion est vive. Je n’avais jamais ressenti cela à la sortie d’une expo. J’avais la sensation que Vermeer faisait partie de mon être intime, de ma famille très proche. Ces chef-d’oeuvres m’appartenaient également… La jeune fille à la perle, je l’aurais peinte comme lui… pareil… avec le même sourire fragile et cette pointe de séduction innocente dans le regard.

          Je baignais dans un océan de tendresse dont les vagues m’emportaient loin, très loin, vers un lieu inaccessible…

     

          Le musée fermant ses portes dans peu de temps, nous entamons la descente du grand escalier recouvert de velours rouge.

          L’euphorie ressentie auparavant retombait. Je n’avais plus le même allant. L’effet euphorisant des toiles de Vermeer s’était dissipé et mon corps explosait de fatigue.

          La visite de l’exposition, qui était le but de mon voyage et de mes recherches, venait de se terminer et, curieusement, un étrange sentiment d’insatisfaction s’insinuait dans mon esprit. En l’espace de quelques heures, chez Vermeer, j’avais eu l’impression d’être dans une famille, la mienne. Je me retrouvais seul, orphelin…

          Une anxiété que je connaissais bien, qui avait disparu en foulant la terre hollandaise, s’installait à nouveau en moi. Flo m’examinait du coin de l’œil, déçue. Elle ressentait mon trouble.

          Des doutes m’envahissaient. Nous repartions demain soir pour la France. Ma joie s’était envolée.

     

    A suivre...

     

     

    1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre   12. Les femmes de Johannes 

     

     

     

  • L'OBSESSION VERMEER - 11. Une servante célèbre

     

     

    Suite…

     

    Jeudi 16 mai. Mauritshuis. 15 heures.    

     

          Il faut se décider à quitter la Vue de Delft. Les touristes basanés, qui n’ont toujours pas digéré de s’être laissés surprendre, n’attendent que çà pour prendre notre place. Je fais un signe à une Flo extatique qui est maintenant complètement imprégnée par le tableau et n’arrive plus à s’en détacher. Nous partons le plus discrètement possible. La foule se referme derrière nous.

          Je fais le point avant de continuer la visite :

          - On va attaquer la période que je préfère. Elle est la plus connue du peintre, les tableaux de genre, intimistes, à partir des années 1660. Accroche-toi, fascination garantie !

          Flo m’écoute distraitement. Ses pensées sont restées à Delft.

          peinture,vermeer,mauritshuisUn attroupement m’indique que La laitière attire toujours autant. Juste à côté d’elle, un tableau de format moyen est boudé par les visiteurs peu nombreux devant lui. Je reconnais La jeune fille au verre de vin que j’avais étudiée rapidement avant de partir et que je n’avais pas trouvée très réussie. J’examine la toile avec insistance. Il s’agit d’une scène de séduction avec deux hommes : l’un somnole dans un coin, l’autre, très attentionné, donne un verre de vin à une jeune femme assise qui sourit, consentante… Çà ne va pas ! Quelque chose me gène dans cette peinture qui semble avoir souffert et paraît avoir été très mal restaurée : le bras gauche de la jeune fille est inachevé et, le pire, son visage est défiguré par un sourire niais… Impossible ! Je ne peux croire que Vermeer, qui savait si bien représenter les femmes, ait pu donner volontairement cette expression ratée au personnage ?peinture,vermeer,mauritshuis

     

     

     

     

     

     

     

     

     

          peinture,vermeer,laitière,mauritshuisPressée de faire connaissance avec la servante la plus célèbre au monde, Flo a décidé de jouer des coudes en solo. Elle me jette un clin d’œil effronté et profite de son extrême minceur pour se faufiler dans un espace étroit qui s’est libéré entre deux femmes attentives. Elle s’installe paisiblement face à la toile.

          Resté derrière les visiteurs, j’étais bien obligé d’admettre que mon manque de taille, comme pour Flo, allait m’être préjudiciable pour une visite confortable de l’exposition. Je ne pouvais refaire le coup de force de la Vue de Delft à chaque fois. J’attendis qu’une place se libère.

          Flo avait largement profité de La laitière lorsque j’arrivai enfin auprès d’elle.

          - C’est vraiment un chef-d’œuvre, dis-je pensif… Tu es devant la toile de l’artiste, peinte en 1658, où ses couleurs préférées, le bleu et le jaune citron, sont les plus éclatantes. Serrées l’une contre l’autre, ces deux couleurs complémentaires se répondent.

          Flo me fit une moue de compréhension.

          - Tu sais que c’est excessivement rare dans la peinture hollandaise qu’une servante soit représentée comme motif unique d’un tableau. Par des jeux de lumière en clair-obscur, Vermeer lui donne une force, une présence étonnante. Il nous fait ressentir la tendresse qu’il éprouve pour cette robuste femme dont le geste précis, les manches retroussées, accompagne la fuite du blanc liquide… Il l’embellit.

          Placés juste à côté de Flo, les touristes français, que je ne voyais plus depuis un bon moment, examinaient la servante. Le plus proche de Flo, un grand brun binoclard, pas épais, les cheveux en brosse, flottant dans son jean délavé, parlait à sa voisine, une jolie blonde qui devait être sa compagne. Son timbre de voix était suffisamment fort pour que je l’entende : « On nous avait bien parlé d’un précurseur des peintres impressionnistes français avant de venir ici ! Est-ce que tu perçois de l’impressionnisme dans cette peinture dans la plus pure tradition hollandaise de cette période ?… Que voit-on ? : une servante dans l’intimité de son travail quotidien, de jolies couleurs c’est vrai, une lumière savamment répartie mettant en valeur le personnage. C’est tout ! Une belle peinture classique. Rien de plus que les autres excellents peintres hollandais du 17! ».

          Il regardait sa compagne, plutôt satisfait de son appréciation, en connaisseur des choses de l’art. Mon sang ne fit qu’un tour. Cette critique sonore de Vermeer, ce « maître de la lumière », m’était désagréable. J’étais obligé de réagir. Discrètement, j’intervertis ma place avec celle de Flo afin de me placer à côté du personnage qui s’en aperçut et cessa de parler.

          - Excusez-moi de vous interrompre, l’apostrophai-je poliment mais fermement ! J’ai entendu votre remarque… Vous faites erreur, monsieur, Vermeer fut bien le premier peintre à utiliser la touche impressionniste !… Vous paraissez en douter ?

          L’homme ne me regardait pas, inquiet.peinture,pissarro

          - Approchez-vous de la toile… Oui, encore plus près ! Maintenant, examinez l’extraordinaire nature morte disposée sur la table. La technique en petites touches fragmentées ne vous rappelle-t-elle pas certaines toiles de Camille Pissarro ? Vous devez connaître ce peintre des bords de l’Oise qui apparaissait comme le patriarche de ce groupe d’artistes français qui avaient la lumière comme unique religion. 

          J’attends un instant pour développer mon argumentation.

          peinture,vermeer,laitière,mauritshuis- Vous voyez ces miches de pain peintes avec des teintes terres et ocres… Bien ! Qu’a fait l’artiste ensuite ? Avec la pointe du pinceau, il a rajouté sur ces couleurs de base un fourmillement de petites touches légèrement plus claires dans les parties ombrées. Dans les zones où l’éclairage est le plus fort, le pain est éclaboussé de tâches brillantes carrément blanches, juxtaposées, qui accentuent l’intensité lumineuse… N’est-ce pas de l’impressionnisme çà ?… Ce pain croustille, monsieur !

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          La compagne du binoclard n’osait plus bouger, collée contre lui. J’insistai :

          - Regardez le reste de la toile. Le procédé se répète sur le pot bleu foncé criblé de points bleu pâle. Les bords de la cruche rougeâtre sont perlés d’un blanc presque aussi vif que le liquide qui s’en écoule. Partout, vous retrouvez la touche fragmentée : sur la peinture,vermeer,laitière,mauritshuistable, la corbeille à pain, le tablier bleu de la femme, ses bras, son bonnet… Maintenant, reculez-vous légèrement et plissez les yeux. Pas trop mon ami, vous n’allez plus rien voir ! La lumière entre par la fenêtre et tombe directement sur la servante qui est inondée de vibrations lumineuses. Même les parties ombrées ne sont pas grisâtres, mais teintées de lueurs colorées.

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          Le grand brun faisait tout ce que je lui disais, sans un mot, impressionné.

          - Alors ! Suis-je suffisamment clair ?… A vous entendre, je suppose que vous connaissez bien la peinture hollandaise. Avez-vous déjà vu cette technique, réellement innovante à cette époque, chez les contemporains de Vermeer ?… Ai-je réussi à modifier votre vision de l’artiste ?

          Je n’attendis pas la réponse.

          - Oui, monsieur ! Il s’agit bien, en plein 17ème siècle hollandais, de la naissance de ce style qui allait révolutionner la peinture à la fin du 19e en France. Vermeer concevait la couleur comme un phénomène soumis aux variations de l’éclairage et à la perception de l’œil humain...

          Je voyais sur le visage de mon voisin qu’il était mal. Il voulut partir en entraînant la jeune fille.

          Sadiquement, je le retiens par sa veste et lui assène le coup de grâce.

    peinture,monet 

          - Attendez ! Je vous donne un exemple simple pour étayer mon propos. Vous connaissez la fameuse série des Cathédrales de Rouen que Monet a peintes à différentes heures de la journée ? Elles sont recouvertes de touches colorées épaisses qui accentuent le relief de la pierre et précisent les changements de tonalités apportés par la lumière extérieure… Eh bien, il s’agit du même procédé que Vermeer utilise sur ses miches de pain ! Je suis certain que Claude Monet, à ses débuts, aurait payé cher pour profiter des leçons d’un tel maître.

     

     

          Je m’énervais bêtement. Plus un son ne s’élevait autour de La laitière qui continuait sa besogne sans se préoccuper de mes commentaires stylistiques. Elle savait bien, elle, où se trouvait la vérité de celui qui l’avait conçue…

          Je termine, compatissant.

          - Je suis désolé de m'être laissé déborder par ma passion mais j’admire tellement ce peintre que je ne peux supporter l’indifférence ou l’incompréhension envers lui. Pensez à mes observations pour les tableaux que vous allez découvrir dans la suite de l’exposition. C’est la meilleure période du maître.

          J’ajoute :

          - Si vous le pouvez avec ce monde, mais votre grande taille est un sérieux avantage par rapport à moi, n’hésitez pas à vous approcher au plus près de chacune des toiles pour mieux comprendre son travail tout en toucher. Vous ne serez pas déçu.

          Je m’exclamai avant qu’il ne parte :

          - Tenez, j’aperçois La leçon de musique ! Quelle chance que la Reine d’Angleterre ait accepté de s’en séparer pour l’exposition ! Concentrez-vous sur les effets de perspective qui sont calibrés au millimètre près. C’est aussi un des points forts de Vermeer. Il en a beaucoup.

          Après quelques vagues paroles de remerciement, mon interlocuteur qui devait être le guide du petit groupe demeuré silencieux, s’éloigna vexé.

          Flo me regardait atterrée. Elle ne reconnaissait plus la personne calme et discrète qu’elle connaissait.

          - Tu as fait un peu fort avec cet homme, me dit-elle, contrariée.

          Je ressentais un vague sentiment de malaise. Pourquoi m’étais-je laissé emporter par ma passion pour ce peintre que je connaissais à peine il y a seulement six mois ?

          Je ne montre rien de mes sentiments à Flo et lui envoie sur un ton désinvolte :

          - J’ai été un peu rude avec cet homme mais c’était pour son bien. Avant la fin de l’après-midi, ces jeunes français ressentirons cette émotion qui t’a laissée bouche bée devant la Vue de Delft. Simple, il suffit de se laisser aller !

          - Se laisser aller ! Tout est simple avec toi ! Comment peut-on se laisser aller alors qu’il faut se bagarrer pour approcher chaque tableau.

          Elle s’installe face à moi :

          - Soyons clair Patrice ! A compter de la prochaine toile, ne t’occupe pas de moi. Ce n’est pas grave si ma petite taille me condamne à une vision réduite. C’est pour toi que nous sommes venus, je serais trop déçue si tu repartais frustré de n’avoir pu apprécier totalement ces peintures qui te tiennent tant à cœur.

          Merveilleuse Flo. Toujours prête à se sacrifier pour le plaisir de l’autre. Je la pris tendrement par les épaules et nous dirigeâmes vers La leçon de musique.

      

    A suivre

     

    1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre 

     

     

  • Le Luberon

     

     

          Que diriez-vous d’un balade dans le Lubéron ? Oui ? Alors suivez-moi !

     

          La Provence… Cette région du sud-est de la France, nichée entre mer et montagne, évoque tant de choses : un soleil que les gens du Nord jalouse, des parfums de lavande, le crissement des cigales, des villages de cartes postales, d’innombrables vestiges romains, l’accent coloré des habitants, et puis cette mer aux mille nuances de bleus et de verts que la lumière modifie sans cesse.

          Cette terre de douceur m’attire irrésistiblement presque tous les ans. Je réside loin d’elle, mais je sens, lorsque j’y vais, que je suis chez moi dans cette région. Quelque chose d’agréable s’agite au fond de moi et je suis bien.

          Je la connais d’Ouest en Est cette Provence : elle étire un vaste panorama qui part de la Camargue et son univers de flamands roses, taureaux noirs et chevaux blancs, suit les pas hallucinés de Van Gogh entre Arles et Saint-Rémy-de-Provence, s’accroche aux calanques sauvages nichées entre Marseille et Cassis, et se termine non loin de la montagne Sainte-Victoire, immortalisée par Cézanne, à Aix-en-Provence.

          Enfin… je croyais bien la connaître cette Provence ! Pourtant, une zone de paysages accidentés située en plein cœur de celle-ci m’était inconnue : le Luberon, parc naturel régional, à mi-chemin entre les Alpes et la Méditerranée, une barrière montagneuse parsemée de villages hauts perchés, ravins profonds, falaises ocrées, collines calcaires et maisons de pierre sèche.

          Un séjour récent m’a permis de faire enfin connaissance avec ce Luberon. J’ai été séduit. Mon appareil photo a rarement autant chauffé. Je vous propose de partager avec moi quelques-uns des meilleurs clichés que j’ai ramenés dans mes bagages.

      

     

    GORDES

     

          Il faut reconnaître que lorsque l’on se trouve face à cette ville qui touche le ciel, avec ses pierres patinées par le temps, on sait de suite qu’il s’agit d’un des plus beaux villages de France.

     

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          D’ailleurs, un cycliste qui passait sur la route faillit bien se flanquer par terre devant ce spectacle.

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          En marchant dans les ruelles pavées du village, de nombreuses échappées entre les maisons s’ouvrent sur la montagne qui lui fait face. Il doit faire bon vivre à cet endroit, m’étais-je dit.

     

     

     

     

     

     

     

     

     LE VILLAGE DES BORIES

     

          Proche de Gordes, j’ai passé un long moment dans l’original village des Bories.

          L’origine de ces habitations remonterait aux Ligures qui peuplaient la région plusieurs siècles avant notre ère. Dans le pays, on appelait familièrement ces curieuses maisons bâties en pierres sèches, sans mortier, des « cabanes gauloises ».

          Ces habitats traditionnels ont traversé le temps puisqu’ils furent habités constamment à diverses époques jusqu’au début du 19e siècle.

     

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          luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillonCurieux, je suis entré dans toutes les maisons composant ce village minéral construit avec des pierres trouvées sur place : feuilles de calcaire se détachant du rocher ou pierres des champs. On les appelait « Lauzes ». D’environ 10 centimètres d’épaisseur, elles étaient assemblées sur plusieurs rangs de plaquettes afin de former des murs épais.

          D’aspect ovoïdes ou carrées, ces maisons neluberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillon comportent le plus souvent qu’une seule pièce et une ou deux étroites ouvertures. A l’intérieur, des cavités aménagées dans l’épaisseur des murs servent de placards ou de rangements. Le plus étonnant est que la température y demeure constante en toutes saisons.

     

     

     

     

     

     

           Cette vaste aire à l'entrée du village servait à battre le blé ou, parfois, les jours de fêtes, à danser.

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          Remise à outils ou cellier

     

     

     

     

     

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                                                                               Une bergerie.

     

     

     

     

     

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          Un four à pain qui semble encore prêt à servir.

     

     

     

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          On stockait également le vin.

     

     

     

     

     

     

          luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillonJ’imagine quelques habitants du village assis sur ce banc le soir, après leur journée de travail, humant le souffle du mistral avant de rentrer à l’abri de leur cabane pour la nuit.

     

     

     

     

     

     

     

    SAIGNON

     

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           Autre village haut perché dont le rocher déchiqueté par le vent laisse apparaître le cône pelé du Mont Ventoux au loin.

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          Un moulin à huile troglodytique que le temps a difficilement conservé.

     

     

     

     

     

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          On peut toujours rêver ! Ma femme tente vainement de pousser avec ses petits bras cet immense rocher. L’homme paraît bien fragile face à la nature…

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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          Quelques fleurs sauvages apportent une note colorée dans ce décor sévère.

     

     

     

     

     

     

            Ouf ! Une charmante placette, au cœur du village, nous apporte un rafraîchissementluberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillon mérité.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    LE PONT-JULIEN

     

          luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillonJe ne sais de quelle nationalité était ce couple de jeunes touristes. Allemand ? Peut-être hollandais ? J’étais seul avec eux au pied de ce pont romain, vestige de l’antique voie Domitienne. Ils me tendirent leur minuscule appareil numérique : « Merci ! Photo de nous devant pont ! Appuyez ici ! ». Ce fut vite expédié : un cliché en largeur montrant le pont en entier, un autre dans le sens de la hauteur cadrant le couple tendrement enlacé, un sourire béat les unissant. « Très beau ! Merci !dirent-ils, satisfaits d’avoir été  immortalisés devant cette ruine ancestrale. »

          J’en profitai, avant de partir, pour garder, moi aussi, un souvenir de ce pont sous lequel coule le Coulon, ce jour là à sec, dont le débit d'eau peut être très important, occasionnant de fortes crues. Je le trouvais encore bien conservé malgré ses 2000 ans.

     

     

     

     

     

     

       L’ABBAYE DE SENANQUE

     

          Ce lieu m'a laissé une sensation d’enchantement !

     

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           Niché dans un vallon loin du bruit de la civilisation, ce monastère, fondé en 1148, est un témoin de l’architecture cistercienne primitive.

          En fin de journée, une lumière mystique l’enveloppait. La lavande envoyait des tonalités violines sur les murs gris.

     

     

    LE COLORADO DE RUSTREL

     

          Un western !

          On se serait cru dans ces vieux films en technicolor tournés dans des régions désertiques et poussiéreuses de l’Amérique d’autrefois. J’ai même cru, un instant, apercevoir la tête d’un indien derrière une colline, puis disparaître, certainement pour prévenir sa tribu de notre présence. Heureusement, mon scalp est encore sur ma tête !

     

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              La jeune femme au centre paraît bien seul dans ce décor sauvage.

      

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    L’ocre est une substance mystérieuse. Ce Colorado à Rustrel nous renvoyait des couleurs somptueuses : du jaune le plus lumineux au rouge le plus profond, en passant par toutes les teintes intermédiaires d’orangés.

          Au coeur du massif des ocres du Lubéron, ce site est grandiose. Ancienne carrière à ciel ouvert, il fut industrialisé au 19e et 20e

          Devant moi, s’unissaient l’émouvant résultat de l’activité humaine de plusieurs générations d’ocriers et l’érosion de la nature.

     

     

     

     

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          Un désert de sable : sorte de Sahara blanc coincé entre des pics aux formes fantastiques verdoyants ou rougeâtres.

     

     

     

     

     

     

     

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          Ne se croirait-on pas sur les pentes d’un glacier ?

     

     

     

     

     

     

     

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         Etranges cheminées ? 

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    LE VILLAGE DE ROUSSILLON

     

          J’ai gardé ce village perché pour la fin. Il ne peut qu’inspirer les peintres.

          Cette fois, les humains ont utilisé la vivacité des couleurs de l'ocre pour en badigeonner les murs de leurs maisons. Le résultat est somptueux.

     

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           L’entrée du village me rappelle le Colorado que je viens de quitter.

     

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          Les maisons entremêlées révèlent une palette de couleurs chaudes, toutes en nuances, composant un tableau de rêve.luberon,provence,gordes,bories,saignon,rustrel,roussillon  

     

     

     

     

     

     

                                                           Ruelles 

     

     

     

     

     

     

              Maisons pittoresques.

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           Au-dessus du balcon de la mairie, l'ombre des drapeaux s'empourpre au contact de l'ocre rosé.

     

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          Un clocher, planté dans un ciel d’un bleu profond, indique encore l’heure de mon passage.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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          La star du village ! Cette porte ancienne peinte par un artiste était mitraillée sous tous les angles. J’ai même failli en venir aux mains avec un touriste japonais qui s’obstinait à monopoliser l’image de la porte avec sa petite amie plantée devant.

     

     

          Il restait beaucoup de choses à explorer dans cette superbe région. Je n’en ai pas eu le temps. Néanmoins, je pense avoir montré un aperçu intéressant de la richesse de ce petit coin de Provence dont on ne parle pas assez.

          Avant de vous quitter, je vous offre en prime :

     

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           Un lever de lune sur le Lubéron.

     

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           Un coucher de soleil au même endroit.

     

     

           Le Lubéron vous a plu ?  Venez le voir. Vous ne serez pas déçu.

     

                                                                                             Alain

     

     

     

  • L'OBSESSION VERMEER - 10. Une lumière dorée

     

     

    RAPPEL HISTORIQUE

     

          Patrice est amoureux ! D’une silhouette, de couleurs, de silences, d’une femme… ou d’un homme ?

          Depuis ce jour glacial de novembre au Louvre où il découvrit la peinture de Johannes Vermeer, la jolie Dentellière impose sa présence obsédante à Patrice. Il s’est documenté, a étudié l’art de ce peintre hors du temps qu’il connaissait mal. Il est prêt pour retrouver l’artiste lors de l’exposition exceptionnelle de son œuvre qui se tient depuis le début du printemps au Mauritshuis à La Haye.

          Accompagné de sa femme Flo, il vient d’arriver à Amsterdam. Il a déjà exploré la verdoyante campagne hollandaise colorée de tulipes, narcisses et autres azalées éclatants en cette saison. Les grands peintres de ce pays ont accompagné ses visites au Rijksmuseum et au Van Gogh Museum. De plus, au cours d’une balade dans Amsterdam, il eut le plaisir de rencontrer, dans un « café brun », la charmante Claudia, habitante de la ville, avec laquelle il partagea une passionnante discussion sur l’art.

          Le grand jour est enfin arrivé. La tension monte. Johannes l’attend…

     

      

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    La Haye – Cabinet Royal de peintures Mauritshuis

     

     

     

    Suite…

     

    Jeudi 16 mai. Mauritshuis - 14 heures

       

          En arrivant devant le Mauritshuis, l’image de ce type qui me tendait un prospectus devant le Musée d’Art Moderne à Paris, celui qui m’informa de la future exposition Vermeer, me revenait en mémoire. C’était juste avant Noël, il y avait seulement six mois…

     

     

          L’eau à peine ridée de l’étang du Hofvijver renvoie l’aspect blanc marbré du Cabinet Royal de Peintures Mauritshuis, superbe bâtiment 17ème. Dans son prolongement, l’ocre foncé de l’élégant Binnenhof, siège du gouvernement des Pays-Bas à La Haye, offre un puissant contraste.

          Nous suivons le flot bigarré des visiteurs qui se dirigent tous vers un curieux ponton reposant sur l’eau devant le Mauritshuis. Un centre d’accueil a été aménagé spécialement pour l’exposition Vermeer afin de commercialiser livres, affiches, vidéos et objets divers. Une jeune fille amène vêtue d’un uniforme pivoine s’empare de nos précieux billets et nous montre le chemin à suivre. Je talonne Flo qui s’engage résolument sur la courte passerelle menant au rez-de-chaussée du musée.

          Nous gravissons lentement l’imposant escalier en bois sculpté recouvert d’un épais tapis de velours rouge. Cette montée des marches me fait l’effet d’une cérémonie religieuse : les visiteurs progressent en silence, la tête penchée, recueillis, déjà unis dans un même sentiment de communion. J’examine Flo. Le visage grave, elle paraît consciente de l’importance de l’instant. Je souris de son air compassé peu courant chez elle.

          Au dernier étage, une foule disciplinée s’agglutine devant la première salle qui ouvre l’exposition. Nous nous insérons dans la file et attendons. Un sentiment d’anxiété m’étreint. J’ai tellement pensé à ce moment. Comme nous, toutes ces personnes sont là uniquement pour voir 22 petites toiles, soit la quasi-totalité des œuvres connues de Johannes Vermeer. Elles viennent des plus grands musées dans le monde, le Mauritshuis n’en possédant que trois. Quelle magnifique récompense pour ce peintre qui faillit disparaître dans l’oubli du temps, pensai-je.

          Devant nous, des voix sonores, des rires bruyants troublent la solennité du lieu. L’accent est facilement reconnaissable : un groupe de touristes français de quatre à cinq personnes s’attirent des œillades courroucées. Je crois lire dans les regards : « Encore des Français qui ne comprennent rien à la peinture ! ». J’ai envie de dire à mes compatriotes : « Il s’agit d’une exposition exceptionnelle ! Respectez toutes ces personnes qui viennent souvent de très loin comme en pèlerinage ! ». Hilares, ils ne se posent pas de question. Ils sont là en vacanciers de passage à La Haye et entendent bien distraire cette atmosphère funèbre inhabituelle.

          Je tente de retrouver ma concentration intérieure avant de pénétrer chez Vermeer…

     

     

          Une multitude de têtes frémissent en silence cachant les toiles accrochées sur les murs verts. Avant de venir, je m’étais imaginé un grand hall plein de lumière mettant en valeur chaque peinture ; tout l’inverse de ce lieu étroit, presque sombre où nous venions d’entrer. Après réflexion, je dois admettre que cet endroit convient mieux à la peinture intimiste de Vermeer. Il doit apprécier…

          Pas simple de se frayer un passage ! Sur la gauche de la porte d’entrée, une massevermeer,mauritshuis,la haye,vue de delft humaine compacte contemple je ne sais quoi ? Regroupés à l’arrière de cette foule, nos compatriotes gesticulent beaucoup pour tenter de discerner la chose. Par l’ouverture laissée entre deux crânes, j’aperçois un morceau de toile : quelques nuages ensoleillés… des toits dorés ? De suite, je saisis ce qui se passe : les organisateurs ont cru bon, pour chauffer l’ambiance, de mettre la Vue de Delft au début de l’expo.

           Cela aurait pu être une réussite si tout le monde ne s’était installé béatement devant cette grande toile mondialement admirée. Flo qui craint la foule me lance :

          - Inutile d’insister ! Trop de monde ! L’on pourrait regarder les tableaux suivants et revenir plus tard ?

          J’acquiesce d’un signe de tête et suis sa courte foulée.

          vermeer,mauritshuis,la haye,vue de delftNous débouchons sur les peintures de jeunesse du peintre : deux grandes toiles représentant des scènes religieuses. Ce n’est pas encore la grande période de l’artiste.

          Nous avançons jusqu’à La ruelle, seul petit paysage peint par l’artiste avec la Vue de Delft. Plusieurs personnes alignées à la hauteur de son format étriqué en rendent la vision difficile. Je souffle à Flo : « Cela s’annonce périlleux…tous les tableaux à venir sont du même acabit, même taille ou à peine plus grands. » Elle m’envoie une grimace compréhensive.

          Flo, peut inspirée par ces quelques maisons en briques roses, m’interpelle :

          - Patrice, on tente à nouveau la Vue de Delft ?

          Nous revenons sur nos pas précipitamment. Le tableau occupe tout un pan de mur à lui tout seul. Le groupe de touriste français n’est plus là, sans doute découragé.

          Je m’en voulais d’avoir entraîné Flo dans cette galère. Même sur la pointe des pieds, son mètre 55 ne pouvait la hisser au-dessus de cette barrière humaine.

          - Vas-y tout seul… Je t’attends ici, dit-elle résignée.

          Instantanément, j’imaginai une stratégie que je n’aurais jamais osée en temps normal. La Vue de Delft se mérite, pensai-je ! Aurai-je un jour l’occasion de revoir ce fabuleux tableau ?

          J’agrippe la main de Flo qui se demande pourquoi je la secoue ainsi, donne un coup d’épaule persuasif dans les reins d’un immense viking moustachu qui s’écarte étonné, déplace légèrement un homme grisonnant placé au deuxième rang qui, les yeux rivés sur la toile ne se rend compte de rien, et m’empare du premier rang inespéré qu’un jeune couple vient tout juste de déserter. Tout s’est passé très vite. Deux touristes basanés, qui étaient postés en embuscade pour prendre la place du couple, sont grillés sur le poteau et nous dévisagent incrédules. Flo qui m’a suivi, passive, n’en revient pas.

          - Tu es gonflé ! J’avais déjà vu çà dans un France-Irlande de rugby à Paris. Quel talent !

          Je lui souris fièrement.

      

          La clarté rase qui enveloppe la Vue de Delft est incroyablement lumineuse. Je n’avais encore jamais vu une peinture de paysage présentée de cette façon. Une sorte de vue panoramique que l’on retrouve fréquemment sur les cartes urbaines de cette époque. Coincée entre l’immensité du ciel et l’eau sombre du canal, cette ville toute en longueur, comme une frise, aimantait le regard.

     

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          Flo, surprise de se retrouver à une fête qui lui paraissait inaccessible quelques instants auparavant, est radieuse. Depuis le temps que je lui parlais de cette Vue de Delft que le Mauritshuis s’enorgueillit de posséder.

          vermeer,mauritshuis,la haye,vue de delftAu premier plan du tableau, des petits personnages bavardent sur la bande de sable rosée. Ces obscurs lilliputiens habitants de Delft prennent l’air à l’extérieur des murailles par cette belle journée.

          - Tu sens la respiration de la ville, dis-je à Flo pas encore complètement remise de notre passage en force ? Imprègne-toi de cette présence physique étonnante… Regarde bien les maisons, la muraille, les portes de la ville et le pont au centre.

          Elle m’écoute attentionnée.

          - La matière des murs en briques et des vieilles pierres déformées est exprimée par des empâtements rugueux de différentes tonalités dispersés un peu partout… Tu distingues l’ondulation des tuiles sur les toits rouges dans l’ombre, sur la gauche ?  Du sable a été mélangé exprès à la peinture pour donner du relief...

          Flo s’approche pour vérifier.

          - Remarque ces bateaux très sombres à droite. L’aspect granuleux de leurs coquesvermeer,mauritshuis,la haye,vue de delft s’oppose fortement à la transparence lisse de l’eau. Le peintre les a  bombardé de petits points lumineux clairs et de rehauts bleutés. Bon ! Maintenant, recule-toi à nouveau et examine la vue d’ensemble… N’est-ce pas que cette ville  respire ?

          Je me félicitais d’avoir bien étudié la toile avant de venir ce qui apportait de la précision à ma description. Séduite, Flo se passionnait vraiment pour cette peinture. Tour à tour, elle s’avançait, reculait, scrutait en experte les murs, les bateaux, se penchait de côté, au risque de gêner son voisin, pour voir de plus près les paysannes sur la bande de sable. Elle tentait de comprendre, soucieuse. Au bout d’un moment, elle se hasarda :

      

    vermeer,mauritshuis,la haye,vue de delft      - C’est beau… - Je sentis une onde de bonheur m’envahir - Tu as raison, elle vit… Cette lumière éparpillée un peu partout… C’est quoi le petit pan de mur jaune de Proust dont tu m’as parlé ?

          - On ne sait pas bien... C’est peut-être la fin du mur d’enceinte qui longe le canal, là, devant toi, à côté de la porte de Rotterdam sur la droite. A moins que ce ne soit tout simplement un de ces toits dorés, juste au-dessus, en pleine lumière.

      

     

          Quelques instants encore, je contemplai la Delft du 17ème siècle. Vermeer ne me décevait pas.

     

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     Johannes Vermeer - Vue de Delft, 1660, Mautitshuis, La Haye

          L'artiste n’avait peint qu’un seul grand paysage comme celui-ci, mais c’était un coup de maître unique. Aucun paysage de ses contemporains n’approchait cette luminosité exceptionnelle. Je m’expliquais mieux à présent l’éblouissement ressenti devant cette toile, lors d’une visite au Mauritshuis, par le critique français Thoré-Bürger au 19e. Il n’eut plus ensuite qu’une pensée : réhabiliter la peinture du maître hollandais oublié.

     

     A suivre…

     

     1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée

     

     

  • De Corot à Renoir - La collection Clark à Giverny

     

     

    Mes expositions « coups de cœur » de l’été 2011

     

     

           Une fois de plus, je suis fidèle au rendez-vous estival annuel de Giverny.

          Je ne me lasse pas de visiter ce charmant musée des Impressionnismes proche de Vernon en Normandie, situé le long de ce petit chemin jouxtant la Seine, à mi-chemin entre la maison rouge où Claude Monet passa les dernières années de sa vie et sa tombe isolée, éternellement fleurie, collée contre la petite église du village.

          Depuis le 12 juillet dernier, le musée a la chance d’accueillir la seule étape française de l’exposition itinérante organisée à travers l’Europe par le Sterling and Francine Clark Institute de Williamstown, Massachusetts. Près de 70 œuvres de peintures essentiellement françaises du 19e siècle, parmi les plus belles de la collection, sont présentées. Des chef-d’œuvres impressionnistes et pré-impressionnistes rarement visibles dans notre pays se regroupent autour d’une vingtaine de tableaux d’Auguste Renoir, l'artiste chouchou des Clark.

          Ceux-ci étaient de la race de ces riches collectionneurs américains du début du 20e siècle nommés Barnes, Philipps, Frick, Palmer, Getty, Ryerson, parmi les plus célèbres.  Fortunés, mécènes, passionnés d’art moderne, ils bâtirent des collections enviées de nos jours par les plus importants musées dans le monde.

          J’avais eu la chance de voir la collection Barnes lors de son passage en France il y a quelques années ; celle des Clark envoyée en Europe est du même niveau en qualité, sinon en quantité.

     

     

          C’est l’histoire d’une fortune, d’un collectionneur amateur d’art éclairé Sterling Clark, et d’une romance amoureuse en plein Paris.

          peinture,clark,givernyEpris de la France et riche héritier des machines à coudre Singer, Sterling décide de s’installer à Paris dans les années 1910 où il rencontre Francine Clary, une actrice de la Comédie-Française ayant pris pour nom de scène Clary. Ils se marient en 1919.

          En quelques dizaines d’années, entre 1910 et 1950, le couple va acquérir un ensemble d’œuvres diversifié de maîtres anciens et modernes de grande valeur. Les achats de Sterling étaient toujours faits en étroite concertation avec sa femme dont l’opinion lui était d’une grande valeur.

    « J’aime toutes les formes de l’art pourvu qu’il soit bon. » 

     

     Sterling et Francine Clark à l’inauguration de l’Institut en 1955

     

           La peinture impressionniste française le ravit et il enrichit sa collection des meilleurs d’entre eux : Degas, Manet, Sisley, Jongkind, Pissarro, Monet et, surtout, Renoir.

          A partir des années 1930, Auguste Renoir devient le peintre favori de Sterling dont il achète plus de trente toiles : « Quel grand maître ! Peut-être le plus grand qui ait jamais vécu, en tout cas l’un des dix ou douze premiers. Personne jusqu’ici n’a jamais eu l’œil si sensible à l’harmonie des couleurs ! »

          A l’approche de ses 70 ans, Sterling décide que le moment était venu de réaliser enfin son idée ancienne de musée afin de montrer sa collection. En 1955, Francine Clark coupe le ruban de l’inauguration de l’Institut situé à Williamstown en Nouvelle-Angleterre. Au décès de son mari, l’année suivante, elle continuera à s’occuper du musée jusqu’à sa mort en 1960.

     

     

          L’exposition présente quelques peintres académiques comme Bouguereau ou Gérôme et seulement trois toiles post-impressionnistes de Toulouse-Lautrec et Gauguin. Un original Bonnard de jeunesse clôt le parcours. Afin de correspondre à l’esprit du musée des Impressionnismes, j’ai choisi de montrer une galerie restreinte de mes choix personnels allant de Corot à Renoir. Ce choix est évidemment subjectif et limité compte tenu de l’exceptionnelle qualité de la collection.

     

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     Camille Corot – La route au bord de l’eau, 1866, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

           Le « père Corot » était admiré par tous les artistes de la jeune peinture, ceux qui allaient devenir les futurs « impressionnistes ». Cette route longeant une rivière inspire la quiétude d’une belle journée ensoleillée. Une légère brise fait remuer les feuilles des arbres. La lumière est douce, quelques personnages s’affairent dans ce paysage où la « patte » tremblante de Corot est facilement reconnaissable.

      

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     Claude Monet – Les falaises à Etretat, 1885, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

           Combien de peintres ont été inspirés par les falaises de cette côte normande ? Claude Monet peindra de nombreuses fois l’aiguille et l’arche rocheuse de la falaise d’Etretat. La lumière matinale sur les rochers et la mer est travaillée par petites touches nerveuses caractéristiques du style de l’artiste cherchant à saisir l’aspect éphémère des choses.

      

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     Claude Monet – Champ de tulipes à Sassenheim près de Haarlem, 1886, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

          L’intensité des couleurs des champs de tulipes hollandais ne pouvait qu’inspirer Monet lors de son troisième et dernier voyage dans ce pays de canaux, de moulins et d’immenses champs fleuris.

      

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    Alfred Sisley – La Tamise à Hampton Court, 1874, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

           Les coloris d’Alfred Sisley s’assemblent en nuances subtiles. Le ciel ennuagé de teintes rosées se reflète dans l’eau de la Tamise. Deux cygnes sur la gauche semblent avoir été placés à cet endroit pour équilibrer les deux voiliers voguant sur la droite.

       

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     Camille Pissarro – Saint-Charles, Eragny, 1891, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

          A mes yeux, cette toile est l’une des plus belles de la manière pointilliste adoptée un moment par Camille Pissarro sur les conseils de ses amis Georges Seurat et Paul Signac. Le résultat est lumineux. Les petites touches juxtaposées de couleurs pures donnent une vibration étonnante à ce paysage.

        

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    Mary Cassatt – Offrant le panal au torero, 1873, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

     

          Il y a un petit côté de Diego Velázquez dans cette toile de jeunesse de Mary Cassatt qui appréciait « sa manière belle et simple ». La jeune femme offre un verre d’eau au torero habillé de lumière pour qu’il y trempe un rayon de miel appelé panal en espagnol. La qualité de peintre de l’artiste transparaît déjà dans cette grande toile.

      

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    Edouard Manet – Roses mousseuses dans un vase, 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

         

          Edouard Manet n’a plus qu’un an à vivre lorsqu’il peint ces roses enfoncées dans un petit vase. C’est simple, sans prétention, loin des grandes compositions passées, souvent scandaleuses, de l’artiste. Sterling Clark disait qu’il s’agissait d’un « Manet d’une beauté merveilleuse ».

      

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    Edgard Degas – Danseuses au foyer, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

     

            Ah les danseuses de Degas ! J’aime ! Cette toile a des dimensions étonnantes, toute en longueur comme une frise. Les danseuses de l’artiste étaient souvent peintes au pastel donnant un aspect velouté aux couleurs chatoyantes des robes et tutus. Ces Danseuses  au foyer, croquées à l’huile, sont éclatantes de vie après l’effort physique intense imposé par leur exercice.

      

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    Edgard Degas – Avant la course, 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown 

           Degas s’intéressait aux couses de chevaux qu’il peignait souvent. Les mouvements nerveux des chevaux avant le départ donnent une belle spontanéité à cette toile composée dans un style à la touche très impressionniste.

      

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     Berthe Morisot – Le bain, 1885, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

           Je connaissais cette toile de Berthe Morisot, femme peintre comme Mary Cassatt, que j’affectionne tout particulièrement. L’artiste a fait poser une jeune fille de dix-sept ans qui, sortant du bain, se coiffe, se maquille et s’apprête certainement à sortir. Par son travail tout en délicatesse, Morisot apporte sa sensibilité féminine à l’impressionnisme nouveau.

     

     

          peinture,impressionnisme,renoir,clark,givernyL’exposition se termine par une vingtaine de toiles d’Auguste Renoir. Renoir, c’est la joie de vivre et de peindre ! Une fête permanente de la lumière, des chairs et des corps ! Ses amis peintres mettaient beaucoup de blanc dans leurs couleurs pour éclaircir leurs toiles. Renoir préférait plutôt une technique basée sur l’utilisation des glacis, une superposition de couleurs transparentes où les teintes bleutées dominaient.

          

     

    Auguste Renoir – Autoportrait, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

      

           Je montre ci-dessous un échantillon des tableaux de l'artiste présents à l’exposition :

            Au premier coup d’œil, on perçoit des toiles de Renoir dans cette Ingénue et cette Jeune femme au crochet peintes tout en finesse. C’est le Renoir des années de jeunesse, à l’époque de la première exposition impressionniste de 1874. Les couleurs s’entremêlent, se modulent avec virtuosité pour donner aux jeunes femmes cette grâce vaporeuse inimitable de l’artiste.

     

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    Auguste Renoir – L’ingénue, 1874, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

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     Auguste Renoir – Jeune femme au crochet, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

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    Le père Fournaise ! Je retrouve le propriétaire de ce restaurant de l’île de Chatou au bord de la Seine où j'aime me rendre à l'automne lorsque les feuilles des arbres s'enluminent. Renoir y peignit de nombreuses toiles dont le célèbre Déjeuner des Canotiers dans lequel les enfants Fournaise posaient. Des touches légères donnent vie aux yeux pétillants bleus clairs de l’homme. 

     Auguste Renoir – Père Fournaise, 1875, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

           Renoir affectionnait les tableaux de genre qui font penser à la peinture hollandaise dupeinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny 17e dont la représentation de femmes écrivant une lettre était courante.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Auguste Renoir – La lettre, 1896, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

      

          Je termine mon parcours en montrant les trois toiles de Renoir que j’ai préférées dans l’exposition :

          

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          Angèle, une gamine de dix-huit ans, habituée du Moulin de la Galette à Montmartre, aux allures canailles et à la vie dissolue, est croquée dans son sommeil. La pose alanguie est un peu voyeuriste. Renoir la représente les cheveux coupés en frange sur le front, un visage au teint doré, un nez retroussé, une bouche pulpeuse, habillée d’une robe bleue et de bas à rayures de paysanne. Il l’a affublée d’un curieux petit chapeau à plume et d’un chat endormi sur sa robe. Les rouges et les bleus se répondent... Superbe

     

    Auguste Renoir – Jeune fille endormie, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

          Ce tableau d'une enfant portant un faucon est d'une grande fraîcheur. Commepeinture,impressionnisme,renoir,clark,giverny toujours, je discerne en premier les bleus du peintre que des orangés et rouges proches mettent en valeur. Une belle harmonie de coloris se dégage de l'ensemble de la toile.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Auguste Renoir – L’enfant à l’oiseau (mademoiselle Fleury en costume algérien), 1882, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

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          Renoir exigeait de ses modèles une peau qui ne repousse pas la lumière. L’épiderme de la jeune femme assise à gauche en robe de soirée noire est nacré comme une perle. Le bouquet de roses de la jeune fille sur la droite associé aux couleurs chaudes du décor, fait ressortir les chairs lumineuses. La jeune femme nous regarde et nous sourit. Ce tableau délicieux me rappelle La loge peinte quelques années plus tôt dans des tonalités ressemblantes.   

     

    Auguste Renoir – Une loge au Théâtre, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

     

           Je pense que cette quinzaine de toiles vous donnera un aperçu de la grande qualité des toiles présentées. Il s’agit d’un avant-goût, une mise en bouche, de ce qui attend ceux qui pourront se rendre à cette exposition.

          Pas de panique ! Vous avez jusqu’au 31 octobre prochain.

          La collection Clark continuera ensuite sa tournée internationale en Espagne, au Texas, en Angleterre, au Québec, pour se terminer au Japon et en Chine en 2013. Un beau voyage en perspective et beaucoup d'émotions pour les visiteurs.

          Bonne visite à tous.

     

     

                                                                                      Alain

     

     Rendez-vous le mardi 27 septembre prochain pour le 10ème chapitre de "L'obsession Vermeer".

     

     

  • La nuit, puis le jour - Odilon REDON (1840-1916)

     

     

    Mes expositions « coups de cœur » de l’été 2011

     

     

          C’est l’histoire d’une surprise, puis d’un émerveillement, le mien…

     

          L’exposition Odilon Redon se tient dans l'imposant Grand Palais proche des Champs-Elysées et ferme ses portes le 20 juin prochain. J’étais venu insouciant en cet après-midi de début juin, sans idées préconçues, dans un esprit de découverte d’un peintre moderne que l’on disait symboliste.

          Je savais que cet artiste avait vécu l’aventure impressionniste puisqu’il avait participé à la dernière exposition du groupe en 1886. Etrangement, je ne connaissais que son nom et ignorais son œuvre. On le disait discret, renfermé, singulier dans son travail…

          Je gardais précieusement dans ma bibliothèque un vieux bouquin « Peints à leur tour », daté de 1948, écrit par Thadée Natanson, important critique d’art, fondateur et rédacteur en chef de la Revue Blanche à la fin du 19e. Il avait bien connu Odilon Redon. Avant de venir, j’avais relevé quelques phrases concernant ce peintre :

          « Pour donner de formes sensibles, mais aussi de cheminements abstraits, une expression toujours purement plastique, […] personne n’aura trouvé de moyens plus simples, mais plus efficaces et plus originaux. »

          « Dans le royaume lointain du lithographe, […] les noirs d’Odilon Redon, qui sont parmi les plus noirs qui aient été tirés, réalisent sur le papier les ténèbres. Monsieur Degas, connaisseur difficile, disait son admiration de ces noirs. »

          « Les créations de Redon ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Tantôt grâce à une sagacité de l’inachevé, tantôt par un très personnel accent de tristesse. »

          Thadée Natanson avait surnommé Odilon Redon le « prince du rêve ». Ses phrases m’avaient intrigué.

     

     

          En entrant dans la première salle, silencieuse, je ne vois que des petites œuvres accrochées l’une après l’autre dans la pénombre. Il est indiqué que les dessins et pastels supportent mal la lumière.

          Dessins au fusain, eaux-fortes, gravures. Noir… Je lis sur un mur que l’essentiel de l’œuvre du peintre, jusque vers sa cinquantième année, reste de façon presque exclusive dans le noir.  

          « Le noir est en somme la couleur la plus essentielle, n’est-ce pas ? disait Redon à Emile Bernard. »

          La plupart des gravures de Redon qu’il avait publiées dans une douzaine de recueils lithographiques, sont exposées : Dans le rêve, A Edgar Poe, Les origines, Hommage à Goya, La tentation de Saint Antoine, A Gustave Flaubert, Les fleurs du mal, Les songes

          Je prends le temps d’examiner chaque gravure. Une grande liberté anime le travail de cet artiste original. Tous les sujets ont retenu l’attention du dessinateur : visages, corps, chevaux, arbres, fleurs, paysages. L’univers de Redon, exprimé sur un mode intimiste à la façon d’un Gustave Moreau, est sombre, fantastique, énigmatique :

          peinture,redon

     

     

     

    Un œil sous la forme d’un  ballon se dirige vers l’infini

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Grand ballon captif, 1878, BNF, Paris

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    Une tête sans corps repose sur un plateau

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Tête de martyr posée sur une coupe, 1877, Kröller-Müller Museum, Otterlo

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    Une fleur sort des marécages, face d'enfant aux traits pensifs

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Tête sur une tige, 1885, The Art Institute of Chicago

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    Un homme cactus s’hérisse de piquant

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – L’homme cactus, 1882, The Ian Woodner Family Collection, New York

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    Un œuf, enfoncé jusqu’au yeux dans son coquetier, semble épouvanté

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – L’œuf, 1885, Musée National, Belgrade

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    Une étrange araignée à tête humaine nous sourit

     

     

     

     

     

     

     Odilon Redon – L’araignée qui sourit, 1881, Musée du Louvre, Paris

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    Un homme ailé marche à tâtons dans une ambiance bleutée. 

     

     

     

     

     Odilon Redon – L’homme ailé, 1880, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux

     

          Un petit tableau est accroché seul au milieu de la salle. Une vision en bleu et or surprend dans le noir environnant. L'image rappelle les peintres primitifs, tout en étant d’une grande modernité.

     

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    Odilon Redon – La cellule d’or, 1892, The British Museum, Londres

     

          La première partie de l’exposition se termine. Résonance intime de l’âme de Redon… Emerveillement et angoisse de la petite enfance… Les yeux d’enfants de Redon exploraient-ils ses origines ?

          « L’art est une fleur qui s’épanouit librement, hors de toute règle ; il dérange singulièrement, ce me semble, l’analyse au microscope de savants esthéticiens qui l’expliquent. »

     

          La couleur jaillit… Le jour succède soudainement à la nuit…

          Un sentiment d’espace métaphysique, de légèreté, de joie simple, transfigure les toiles qui m’entourent. Les murs présentent une symphonie musicale dont les couleurs chatoyantes sont les notes.

          Odilon Redon a 50 ans en 1890. Jusqu’à son décès en 1916, le peintre va travailler sur la couleur, avec une préférence pour la technique du pastel, qu’il épouse définitivement. Son art est ravivé. Il écrit à Emile Bernard en 1895 : « Je délaisse de plus en plus le noir. Entre nous, il m’épuisa beaucoup, il prend, je crois, sa source aux endroits profonds de notre organisme. »

          Les yeux clos, daté de 1890 par l’artiste lui-même, est l’œuvre qui semble faire la transition du noir vers la couleur. La figure surgit dans l’aube grise comme émergeant de l’eau, sorte d’image christique de la résurrection. 

     

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    Odilon Redon – Les yeux clos, 1890, Musée d’Orsay, Paris

     

          Venant à la suite des premières salles sombres, cette lumière éclatante m’éblouit… Je repense à ces levers de soleil qui trouent la nuit à l’aurore et envahissent d’un coup le ciel de lueurs flamboyantes.

          Des motifs divers m’apparaissent :

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    Des portraits d’Arï, le fils du peintre, né tardivement après la perte d’un premier enfant

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Arï Redon au col marin, 1897, Musée d’Orsay, Paris

     

     

          peinture,odilon redonSon épouse : le passage du temps...peinture,odilon redon

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Portrait de madame Redon, 1911, Musée d’Orsay, Paris

    Odilon Redon – Madame Redon brodant, 1880, Musée d’Orsay, Paris

     

     

           Des femmes

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    Odilon Redon – Portrait de Marie Botkin, 1900, Musée d’Orsay, Paris

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     Odilon Redon – Portrait de la baronne Robert de Domecy, 1900, Musée d’Orsay, Paris

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    Odilon Redon – Portrait de jeune femme au bonnet bleu, 1898, Musée d’Orsay, Paris

     

     

          peinture,écriture,odilon redon 

     Une Jeanne d'Arc nimbée de rouge apparaît

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Jeanne d’Arc, 1900, Musée d’Orsay, Paris

     

          Un homme s'est endormi au milieu des fleurspeinture,écriture,odilon redon

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Odilon Redon – Homme yeux clos, 1905, Musée d’Orsay, Paris

     

          Des êtres mystiques ou mythologiques

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    Odilon Redon – Le sacré-cœur, 1910, Musée d’Orsay, Paris

     

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    Odilon Redon – Le Christ du silence, 1896, Petit Palais, Paris

     

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     Odilon Redon – Le Bouddha, 1906, Musée d’Orsay, Paris

     

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          Odilon Redon – Le char d’Apollon, 1905, Musée d’Orsay, Paris

     

          Des vitraux d’églises transfigurent la pénombre

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    Odilon Redon – Le grand vitrail, 1904, Musée d’Orsay, Paris

     

          Venus sort d’un coquillage

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    Odilon Redon – La naissance de Vénus, 1912,  Petit Palais, Paris

     

          Redon hisse la voile d'une barque mystique portée par une onde verte sous un ciel d’or et d’argent. Va-t-il rejoindre les lieux paradisiaques que nous inspirent ses couleurs ? L’intensité du jaune de la voile juxtaposé au bleu de la quille fascine le regard.

     

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    Odilon Redon – La barque mystique, 1895, The Ian Woodner Family Collection, New York

     

          Un cyclope, redoutable géant, semble attendri et suppliant, comme figé d’admiration devant un nu féminin.

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    Odilon Redon – Le cyclope, 1900, Kröller-Müller Museum, Otterlo

     

             Très touché par le décès de Gauguin aux Marquises en 1903, Redon fait un portrait posthume du peintre qu’il admire.

     

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    Odilon Redon – Portrait de Paul Gauguin, 1904, Musée d’Orsay, Paris

     

     

           Je n’ai pas vu le temps passer. Avant de quitter l’exposition, j’observe des vases de fleurs. Les tons purs du pastel les rendent aériennes, légères, lumineuses.

     

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                                 Odilon Redon – Bouquet de fleurs des champs dans un vase au long col, 1912, Grand Palais, Paris

     

     

     

           Je descendais pensivement l’escalier rejoignant les jardins du Grand Palais.

          Je n'avais encore jamais vu une telle réunion de pastels aussi somptueux, pensai-je la tête encore vibrante des tonalités veloutées du peintre. Un talent unique ! Un grand poète ! Ce peintre mystérieux puisant son inspiration dans les méandres de son inconscient, de ses rêves, m’avait totalement séduit.

          Odilon Redon refaisait le monde à son image :

          « On a tort de me supposer des visées. Je ne fais que de l’art. »

     

                                                                         

                                                                                      Alain

     

     

     

  • L'OBSESSION VERMEER - 9. Balade hollandaise

     

     

    Suite…

     

    Mercredi 15 mai – 10 heures

      

          Je viens d’apprécier la peinture des maîtres du siècle d’or hollandais. Les quatre Vermeer appartenant au Rijksmuseum ont déserté les salles : La laitière, La lettre d’amour, La ruelle et La femme en bleu lisant une lettre sont partis pour La Haye. J’ai hâte de les retrouver insérés dans l’exposition que nous visiterons demain.

          En fait, aujourd'hui, je suis venu spécialement pour Rembrandt. Au premier étage du Rijksmuseum, j’ai suivi la foule. Pas besoin de boussole, tout le monde partait dans la même direction. Il faut dire que le point de fuite de l’immense galerie centrale, bordée de petites pièces disséminées de chaque côté, se remarquait dès l’entrée : La ronde de nuit accrochée au fond de la galerie, en plein centre, était le phare qui guidait les pas pressés des visiteurs.

     

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    Rembrandt van Rijn - La ronde de nuit, 1642, Rijksmuseum, Amsterdam

     

          A distance, la plus fameuse peinture du musée m’apparaissait monumentale. La ronde de nuit est, sans conteste, le tableau le plus célèbre et le plus admiré de Rembrandt. Un portrait collectif : des membres d’une société de tir affublés en gardes civiques, commandés par deux officiers, se mettent en marche.

          Les commanditaires étaient nombreux à cette époque pour ce type de tableau. Chaque personnage souhaitait être représenté à son avantage, la figure bien visible, les traits plus ou moins figés. Je repensais aux photos de mariage de nos jours : les personnes sont alignées sur deux ou trois rangs, les plus petits devant, les grands à l’arrière, les couples formés, la tenue du dimanche, le corps rigide et le sourire « cheese »… « Ne bougez plus le petit oiseau va sortir ! »

          peinture,rembrandt,amsterdamLe peintre n’avait pas respecté la commande, pensai-je ? Il semblait en avoir fait à sa guise. En dehors des deux officiers - eu égard à leur rang peut-être ? - qui étaient superbement représentés, les autres personnages gesticulaient dans tous les sens, regardaient dans des directions opposées, les lances montaient, descendaient, penchaient ; certains, indifférents, s’occupaient de leur mousquet. Pour ajouter à la confusion, Rembrandt avait rajouté au milieu de la troupe unpeinture,rembrandt,amsterdam malheureux chien effrayé par le son du tambour et une fillette, lumineuse en jaune, portant une volaille accrochée à sa ceinture.

          Difficile de faire plus discordant ! Malgré tout, en dehors de l’aspect un peu caricatural des personnages, j’étais bien obligé de reconnaître que la beauté du tableau provenait justement de ce joyeux désordre qui lui donnait son harmonie.

     

     

     

     

          Cette majestueuse toile illuminait la grande salle. Puissance, vivacité des tons, lumière, poésie… C’était Rembrandt jeune, au sommet de sa forme en 1642.

          Je décide, en repartant, de faire une ultime visite à La fiancée juive considérée comme l’une des œuvres les plus belles de l’artiste. Je la cherche longtemps et finis par la trouver dans la salle contiguë à la grande pièce que je viens de quitter.

     

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    Rembrandt van Rijn – La fiancée juive, 1665, Rijksmuseum, Amsterdam

     

          Pourquoi le nom de Fiancée juive ? L’homme penché vers la jeune femme l’enlace tendrement. Une atmosphère spirituelle se dégageait du tableau brossé dans un clair-obscur habituel chez Rembrandt avec, en pleine lumière, les couleurs fétiches du maître : un rouge puissant sur la robe et de l’or finement répandu sur le personnage. Le tout était synonyme de chef-d’œuvre…

          En revenant vers l’hôtel, je longe le canal. Des bateaux chargés de touristes secouaient l’eau verdâtre qui venait s’écraser sur la berge en gros bouillons. Derrière les embarcations, un profond sillon laissait une trace argentée, puis s’évanouissait.

     

     

    Mercredi 15 mai – 13 heures

     

          En prenant la voiture au garage de l’hôtel, la même petite bise frisquette que ce matin refroidit le soleil printanier. Je referme d’un geste sec le col de mon parka. Du coin de l’œil, j’observe Flo. Notre légère brouille d’hier soir semble oubliée ?

          Avant de partir, la réceptionniste de l’hôtel m’avait signalé que la route des bulbes, de mars à mai, s’étendait sur près de deux cents kilomètres dans la province de Zuid-Holland. Nous laissons l’autoroute. Quelques moulins à vent nous saluent en zébrant le ciel de leurs ailes mouvantes. La terre craquelée crache un magma végétal de fleurs prêtes à être cueillies : tulipes, jacinthes, narcisses, s’éclatent au soleil. Par la vitre avant de la voiture, l’horizon prend une parure violine.

     

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          peinture,hollandeLa chance est avec nous ! A Lisse, le Keukenhof, considéré comme le plus beau et le plus vaste jardin à fleurs du monde, ferme ses portes à la fin de la semaine. Une mer de fleurs de 28 hectares, six millions d’espèces à bulbes s’offraient à nos yeux émerveillés. Un déchaînement de coloris chatoyants s’intercalait entre des arbres séculaires. Un vaste plan d’eau traversé de cygnes majestueux renvoyait des myriades de lueurs irisées. C’était jour de fête pour mon appareil photo.

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          Au retour, nous quittons la route des bulbes et reprenons l’autoroute pour rejoindre plus rapidement Amsterdam.

     

            peinture,amsterdamDans la ville, la méthode la moins rapide mais la plus agréable pour se rendre d’un point à un autre est de profiter de l’omniprésence de l’eau. Nous gagnons les quais de la Beulingstraat où un bateau taxi nous attend. Confortablement installés à l’avant pour jouir de la vue panoramique, nous glissons le long du canal Herengracht, un des plus beaux de la ville.

          Le siècle d’or dérivait lentement au fil de l’eau. Rembrandt devait avoir connu certaines de ces anciennes demeures habilement sculptées, aux pignons découpant le ciel, construites par de riches marchands. Inscrites sur les frontons, les dates de leur implantation remontaient le temps. De vieux ponts étroits caressaient l’eau calme du canal nuancée de tonalités pastel. Une mouette solitaire traversa le ciel et se posa sur le pont du bateau. Le son d’un accordéon au loin… 

          Des vaguelettes secouaient le ventre rebondi des nombreux bateaux accostés le long du théâtre de l’Opéra. Notre promenade fluviale s’arrêtait là.

     

     

          J’indique du doigt à Flo la direction à prendre. Elle avançait, détendue, lorsque, placépeinture,amsterdam quelques mètres derrière elle, j’aperçus le tramway qui fonçait. Mon cri lui fit accélérer le pas, ce qui la sauva in extremis. Paralysée par la frayeur, elle restait plantée au milieu du trottoir n’osant plus bouger. Des cyclistes insouciants débouchaient de partout l’enserrant dans un curieux ballet fait de circonvolutions endiablées. Je fonçai vers elle, lui attrapai le bras et la tirai vers une zone plus calme.

          - Fais attention, dis-je énervé ! A Amsterdam, le cycliste et le tramway sont rois. Impossible de flâner le nez en l’air comme chez nous !

          Nous reprenons notre route prudemment.

     

     

          peinture,amsterdamLa maison de Rembrandt ne semblait guère avoir changé depuis l’époque où il y vécut entre 1639 et 1658 : une large façade rognée par de hautes fenêtres, des volets rouges. J’imaginais l’artiste montant le petit escalier devant la maison… Combien de chef-d’œuvres avaient été peints à l’intérieur de ces murs, dont la Ronde de nuit ?

     

     

     

     

     

          D’un commun accord, nous décidons de continuer notre chemin à pied et de musarder dans le centre ville. Silencieuse, Flo ne semblait pas encore remise de l’émotion du tramway. C’était le bon moment pour intervenir.

          - Sais-tu qu’Amsterdam est une des capitales mondiales de la joaillerie, lançai-je, innocemment ? La réputation de ses tailleurs de pierres n’est plus à faire... Je t’offre un diamant, dis-je calmement. Cela te ferait un beau souvenir… non ?  

          Flo possédait toujours en elle cette naïveté naturelle de l’enfance et j’en profitais souvent pour la faire enrager. Elle s’exclama incrédule, consciente de l’énormité de ma proposition :

          - Tu es devenu fou mon pauvre Patrice ! Comme ce malheureux Van Gogh ! Pourtant, ici, le soleil ne cogne pas comme en Provence ! Tu te vois entrer dans une boutique en jean et baskets et dire solennellement au vendeur : « Etant de passage à Amsterdam, je souhaite offrir un diamant à ma femme. »

          Elle prenait un ton précieux, style jet-set, qui m’amusait beaucoup. Je répliquai d’un air grave.

          - J’aperçois une boutique sur le trottoir juste en face qui pourrait faire l’affaire.

          Nous traversons la rue. J’insistai lourdement.

          - Regarde ce collier terminé par une petite pierre taillée en forme de poire. Entourant ton cou gracile, ton succès serait assuré dans tes futures soirées. Agnès va en crever de jalousie.

          Ses yeux verts croisèrent les miens un court instant. Sa moue perplexe libéra l’hilarité que je contenais à grand peine. Nos rires conjoints firent se retourner quelques passants. Nous repartîmes bras dessus, bras dessous, complices.

          Sur les quais du canal Singel, un marché aux fleurs sympa, petit oasis de verdure en plein cœur de la ville, longe les péniches. Un peu plus loin, un jazz rythmé est repris par un orchestre de rue.

          La rue que nous avions prise se terminait en impasse. Nos pas se bloquaient devantpeinture,amsterdam la façade effritée d’un bar mal éclairé. Ne pouvant aller plus loin, je m’apprête à faire demi-tour lorsque je m’aperçois que le hasard avait bien fait les choses. Flo s’éloignait déjà rapidement apeurée par l’aspect sombre, vaguement sinistre, de la ruelle. Je lui lance :

          - Que dirais-tu d’une halte dans ce « café brun » d’apparence très ancienne ? Sais-tu que ces cafés font partie du patrimoine hollandais ?

          Elle hésita un moment. Son désir de repos l’emporta sur ses appréhensions.

     

     

      

          Il n’y avait pas encore grand monde à cette heure. Quelques clients bavards sirotaient je ne sais quoi. Une table carrée dans un angle de la salle semblait nous attendre. Au milieu de celle-ci, une lampe à huile rougeâtre luisait faiblement.

          - J’ai lu que l’ancienneté d’un « café brun » se vérifie au niveau d’incrustation de la nicotine répandue sur les boiseries des murs et des plafonds qui, paraît-il, ne sont jamais nettoyés par souci d’authenticité, dis-je à Flo. Nous sommes bien tombés, les boiseries sont imbibées comme du papier buvard couleur ocre brun.

          Un barman nous apporte divers gâteaux régionaux. Le flair aiguisé de Flo les avait repérés sur une table en entrant. Deux grands verres de bière accompagnaient les pâtisseries.

          J’avalai la bière à petites gorgées. Flo me demanda d’aller prendre des serviettes en papier déposées sur un buffet au fond de la salle.

          D’une démarche qui se voulait souple, je me lève et prends la direction du meuble quand la pointe de ma chaussure de tennis droite a la malchance d’accrocher le pied d’une chaise qui débordait sur le passage. La jambe bloquée, le corps penché, mes bras battent l’air désespérément et je m’étale de tout mon long devant une table proche de la nôtre, manquant de la renverser sur une femme qui lisait tranquillement son journal. Elle se leva précipitamment pour me venir en aide.

          - Vous vous êtes fait mal ?

          - Non, je ne crois pas, balbutiai-je rouge de honte.

          Je me relève le plus vite possible, vais chercher précipitamment quelques serviettes en papier et reviens m’asseoir discrètement à côté de Flo désemparée.

          Notre voisine, la quarantaine joviale, nous regardait compatissante.

          - Vous devriez boire un petit verre de genièvre, cela vous remontera, c’est la spécialité de la maison, me dit-elle dans un français parfait, teinté d’un léger accent local. Vous êtes de passage à Amsterdam ?

          Je me recoiffe d’un geste de la main. Je lui réponds plus détendu :

          - Nous restons jusqu’à vendredi où nous terminerons notre séjour hollandais à Delft. Nous sommes venus spécialement pour l’exposition Vermeer de La Haye où nous allons demain.

          - Vermeer ! Grandiose ! J’y suis allée à l’ouverture en mars. Une foule pas possible ! L’exposition durerait des années qu’il y aurait toujours autant de monde pour admirer ces chef-d’œuvres. Ah, les femmes de Vermeer ! Il est le peintre qui a su le mieux les représenter. Elles sont réservées… et pourtant quelle présence. Elles vivent de l’intérieur… Comment dire ?... Vermeer fait parler leurs âmes…

          Nous nous présentâmes mutuellement. Elle s’appelait Claudia et habitait Amsterdam. Elle était charmante et volubile. Je la fixai soudainement.

          - Claudia, j’ai vraiment hâte d’être à demain au Mauritshuis. Depuis que Vermeer est entré en moi, je n’arrive plus à m’en débarrasser... Il m’a envoûté…

          Claudia souriait. Je goûtai le genièvre.

          - Vous n’êtes pas le premier, dit-elle. Sa peinture trouble la plupart de ceux qui l’approchent. Curieux peintre…

          Flo semblait apprécier la liqueur. Le genièvre venant après la bière allumait une petite flamme dans ses yeux. Je me tourne vers Claudia.

          - J’aime votre pays et plus particulièrement Amsterdam dont l’histoire a été si bien conservée. Ici, impossible d’ignorer l’art, il est partout… Est-il vrai que votre ville possède 42 musées ?

          - C’est exact Patrice. L’art est présent dans la rue comme dans les musées à Amsterdam. Les peintres du siècle d’or sont notre fierté et l’on peut facilement parler peinture avec les hollandais qui en connaissent les subtilités. Notre riche passé nous a appris que, contrairement aux nombreuses matières parfois inutiles enseignées dans les écoles et que l’on oublie vite, l’art, lui, n’est pas volatile. Vous savez bien Patrice que l’art nous aide à transcender notre courte existence…

          La voix chaude de Claudia s’animait. Je ne regrettais pas de m’être flanqué par terre tout à l’heure car nous serions restés chacun dans notre coin, elle à lire son journal et nous à nous gaver de gâteaux.

          L’on était entré dans le vif du sujet. Je repris la parole :

          - Quelle chance vous avez ! Lorsque je tente de parler de peinture en France, qui a un passé artistique aussi riche que le vôtre, j’ai parfois l’impression de passer pour un extraterrestre… L’histoire des arts commence seulement à être enseignée dans les collèges et lycées. Quelques rares émissions de télévision, la plupart du temps tardives, peuvent être vues. Il reste les magazines et livres, souvent trop techniques… Et pourtant, il ne faudrait pas grand chose pour inverser la tendance : les musées sont pleins et il faut poireauter longtemps avant d’entrer dans les grandes expositions.

          Flo montrait des signes de lassitude. Je ne pouvais quand même pas lui commander un deuxième verre de genièvre pour la faire patienter ? Je décide de conclure de façon magistrale :

          - Claudia, comme souvent en matière d’art, seuls les initiés, ceux qui savent, peuvent en tirer un véritable épanouissement personnel. Les autres, si personne ne les a aidés à éveiller leur curiosité, ont difficilement accès, sans d’ailleurs sans rendre compte, à cette connaissance essentielle. Heureusement, je m’aperçois qu’avec les nouveaux médias, comme internet, l’avenir s’annonce meilleur.

          Le noir teintait depuis longtemps les vitres du café. Je pensai d’un seul coup qu’il nous fallait rentrer à pied, notre voiture ayant été déposée au garage en rentrant du Keukenhof.

          Nous remerciâmes Claudia pour tout et surtout le secours qu’elle m’avait apporté dans un moment délicat pour ma fierté personnelle. Les deux femmes s’embrassèrent. Nous échangeâmes nos adresses.

          Dehors, la bise glaciale nous incita à accélérer nos pas. Les paroles d’une chanson trottaient dans ma tête. Je reconnaissais la voix grave :

    « Dans le port d’Amsterdam

    Y a des marins qui chantent

    Les rêves qui les hantent

    Au large d’Amsterdam... »

     

     

    A suivre…

     

           Vous avez dû remarquer, comme moi, que l’été arrive officiellement la semaine prochaine. De nombreuses personnes préparent impatiemment leurs valises pour la grande migration annuelle. Une immense léthargie estivale va envahir notre pays. Pour cette raison, j’ai décidé, moi aussi, de faire un break pendant cette douce saison. Je reprendrai donc le 10ème chapitre de « L’obsession Vermeer » le mardi 27 septembre au retour de mes propres vacances que, par habitude, je prends toujours en septembre.

          Des surprises inattendues attendent Patrice et Flo sur la terre de Vermeer…

          Je publierai, durant les mois de juillet et août, quelques « coups de cœur » de l’été se rapportant à  mes visites d’expositions récentes ou à venir. Il en y en a de superbes cette année dans ma région. J’aurai le plaisir de les partager avec ceux qui ne seront pas occupés à griller sur une plage, à crapahuter vers des cimes inacessibles, ou à naviguer sur une mer fougueuse en rêvant d'horizons quasi inconnus.

          Je vous souhaite d’agréables vacances à venir. A bientôt.

     

    Alain

     

      

    1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise