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22 juin 2017

« L’écriture du maître » : Frans Hals

 

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Frans Hals – Portrait de mariage de Isaac Massa et Beatrix van der laen ,1622, Rijksmuseum, Amsterdam

 

 

     La Hollande au Siècle d’or… Je ne m’en lasse pas… 

    Il est regrettable que l’on parle si peu de l’un des trois plus talentueux peintres de cette période avec Rembrandt et Vermeer : Frans Hals.

     Né en 1582, l’art novateur du peintre Caravage va bientôt révolutionner la peinture en Italie, Frans Hals est le plus âgé des trois : il a 24 ans à la naissance de Rembrandt et 50 ans lorsque Vermeer voit le jour dans sa bonne ville de Delft.

 

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26 juin 2016

Un sourire coquin

 

Portrait : Frans Hals – La bohémienne, 1630, musée du Louvre, Paris

 

 

     C’est bien moi « La bohémienne » ! Je suis une des oeuvres vedettes de la peinture hollandaise du Siècle d’or, magnifique période de ce 17ème siècle hollandais qui rayonnait sur le reste de l’Europe.

 

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Frans Hals, La bohémienne, 1630, Musée du Louvre, Paris

 

     A l’intérieur des salles du département des peintures hollandaises du musée du Louvre, seules les toiles du grand Rembrandt ou du mystérieux Vermeer réussissent à me faire de l’ombre. Je suis moins connue que « La Joconde » qui attire tous les visiteurs du musée. Je me demande bien pourquoi… Néanmoins, je pense - non sans une pointe d’orgueil ! - que je suis l’œuvre la plus recherchée de cette aile Richelieu où je suis accrochée, si j’en juge au nombre de personnes qui passent et s’arrêtent longuement pour reluquer mon portrait…

    Un peu gênés parfois, les regards appuyés des visiteurs m’amusent… Suis-je responsable du fait que mes rondeurs provocantes, mon sourire entendu, un peu narquois, attirent plus particulièrement la gente masculine ? Je pense que ceux-ci voient en moi une jolie bohémienne aux joues roses, à la bouche gourmande. Rien d’autre… Ma tenue légère, mes cheveux indisciplinés serrés par un ruban rouge, mon regard railleur, doivent leur apparaître comme l’expression d’une certaine jovialité… ma propre joie de vivre.

     Lorsque Frans Hals, mon concepteur, m’a peinte dans les années 1630, je passais pour une femme de mauvaise vie, aux mœurs légères. Je ne ressemblais pas aux dames respectables de l’époque cachant leurs cheveux sous des bonnets ou une coiffe, aux corsages boutonnés très haut, le cou ceinturé d’une énorme fraise. Peu m’importait : l’allure débraillée que Frans m’avait donnée me plaisait et l’opinion des gens m’indifférait !

   Sale réputation que celle de notre peuple de bohémiens dont les origines étaient mal connues ! La couleur foncée de notre peau inquiétait. Gens du voyage, nous n’avions pas de domicile fixe et nous nous déplacions constamment. Les populations se méfiaient de nous, nous dérangions : les hommes nous désiraient pour notre gaieté, notre légèreté ; les femmes nous détestaient. Nous étions souvent confondus avec les mendiants, les errants, les vagabonds qui cheminaient le long des routes, ou les pèlerins se rendant à Saint-Jacques-de-Compostelle.

    Nos pires ennemis étaient les services de police : surveillance, intolérance, condamnations pour vagabondage ou mendicité étaient notre sort habituel. Gare aux voleurs, les sanctions étaient lourdes : torture, conduite aux galères, pendaison pour les hommes ; humiliations, fouet en public pour les femmes. Certaines de mes amies avaient été tondues, menacées de bannissement si elles continuaient à « mener la vie de bohémienne », et leurs enfants avaient été conduits dans des hôpitaux.

    Je ne m’expliquais pas cette haine envers nous ! Heureux, nous chantions, dansions, aimions, riions. On ne faisait pas grand mal… à part… bien peu de choses… quelques menus larcins par-ci par-là… La mémoire de mes friponneries passées me hante toujours. Combien de fois avais-je détroussé des passants… Cela se terminait mal parfois…

    Les bons chrétiens n’appréciaient guère les pratiques habituelles de nos femmes consistant à lire dans les cartes et les lignes de la main. Nous étions étranges. Etrangers…

 

     Que se passe-t-il ? Aujourd’hui, les gens passent devant moi rapidement en me jetant un regard distrait… Même les hommes, mes clients privilégiés habituellement, ne paraissent guère intéressés par mon décolleté aguicheur ? Pourtant, je fais des efforts pour me mettre en valeur : œil enjôleur, sourire espiègle… Ton pouvoir de séduction s’étiole ma fille, me dis-je, dépitée !

     « Chérie, viens voir cette jeune bohémienne. Elle est bien gironde ! »

     Un homme, attardé devant mon portrait, appelait sa femme qui continuait sa visite.

   Je me redresse subitement, bombe le torse et envoie un sourire coquin en direction de l’homme.

 

 

 

16 mars 2013

Ronde de nuit en plein jour - REMBRANDT Harmensz van Rijn, 1642

 

     La Compagnie du capitaine Frans Banning Cocq et Willem van Ruytenburch est devenue célèbre sous le nom de "La ronde de nuit". Lors d'une visite en Hollande, il ne faut pas manquer d’aller voir ce chef-d’œuvre de l’un des plus grands artistes de ce 17ème siècle en or de la peinture hollandaise : Rembrandt.   

 Au Rijksmuseum d’Amsterdam, l’imposante toile est accrochée en plein centre de la grande salle du premier étage : point de fuite de l’immense galerie qui mène jusqu’à elle ; phare qui guide les pas pressés des visiteurs.

 Un nettoyage de 1946, en libérant le tableau de ses diverses couches de vernis jaunâtre, a fait disparaître l’ambiance nocturne dans laquelle on pensait que le peintre avait situé son sujet.

 

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18 décembre 2009

L'âge d'or hollandais - De Rembrandt à Vermeer

 

Mes "coups de coeur"

 

 

      Je reviens une dernière fois sur l'exposition qui se tient actuellement jusqu'au 7 février prochain à la Pinacothèque de Paris. Le Rijksmuseum d'Amsterdam qui s'est séparé de quelques-unes des œuvres qui font sa richesse, les a confiées à la France pour quelques mois. Les reverrons-nous un jour ?

      J'ai consacré mon dernier article exclusivement à Vermeer et sa Lettre d'amour. Je me devais de montrer quelques-unes des autres toiles présentes dans l'exposition.

      Aujourd'hui, je décris mes « coups de cœur » rencontrés tout au long du parcours de visite menant à la petite toile de Vermeer qui clôture l'exposition. Mon choix est évidemment subjectif compte tenu de l'exceptionnelle qualité des toiles présentées.

      Au départ, j'avais prévu de me limiter à 8 tableaux seulement et, finalement, je n'ai pu me résigner à en supprimer certaines. J'ai donc choisi 12 tableaux qui viennent tous du Rijksmuseum. Ceux-ci m'ont paru les plus représentatifs de l'extrême diversité des talents qui oeuvraient dans le bouillonnement artistique de ce siècle d'or.

 

      Un état de grâce submerge la peinture au cours de ce 17ème siècle hollandais...

      Pour la première fois, au Pays-Bas, ce n'est plus l'histoire sainte, la mythologie grecque ou l'histoire qui deviennent le thème central du tableau, mais la vie quotidienne des gens.

      Un art libre s'installe. Le peuple néerlandais est prospère et la demeure familiale s'impose comme le modèle idéal pour le pays. Les principaux acheteurs deviennent des bourgeois aisés. Les peintres se spécialisent en fonction de la demande et de leurs goûts propres : portraits, paysages, natures mortes, églises et scènes de genre. Ces dernières, de dimensions réduites, s'accrochent plus facilement dans les salons. L'art est présent partout, même dans les demeures les plus humbles.

      Quelques uns des plus grands peintres de l'histoire mondiale de la peinture s'épanouissent dans cet âge d'or : Rembrandt, Vermeer et Hals rayonnent, accompagnés par un bouquet de peintres exceptionnels aux talents variés.

 

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Rembrandt Harmensz van Rijn – Le reniement de Saint-Pierre, 1660

      A tout seigneur, tout honneur !

      Rembrandt est considéré comme un des plus grands peintres de tous les temps. Il est le génie universellement admiré.

      Dans ma sélection, il est le seul peintre pour lequel j'ai choisi de présenter deux œuvres. La deuxième œuvre clôturera ma sélection. Je montre Le reniement de Saint-Pierre en premier.

      Je suis resté longtemps planté devant ce tableau qui est, à mes yeux, avec La lettre d'amour de Vermeer, l'œuvre majeure de l'exposition.

      Toute la virtuosité du peintre est concentrée dans cette grande toile montrant une scène biblique. « On ne peut voir un Rembrandt sans croire en Dieu, disait Van Gogh ».

      Quel morceau de peinture ! Une obscurité aux tonalités brunes est percée d'une lumière irréelle qui jaillit en son centre. Cette clarté provient d'une bougie dont la lueur traverse la main d'une servante et éclabousse l'habit et le visage de Saint-Pierre. Sur la droite, dans la pénombre, le Christ se tourne vers le saint dans un ultime reproche.

      La manière exceptionnelle de Rembrandt nous saisit : ambiance crépusculaire, empâtements, transparences lumineuses, couleurs monochromes. Quelque chose de surnaturel...

 

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      Pas facile d'être une femme peintre à cette époque !

      Fille de botaniste et femme de peintre, elle acquiert une technique éblouissante dans la peinture des fleurs. La finesse dans le rendu des détails est d'une précision étonnante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Rachel Ruysch – Nature morte de fleurs sur une table de marbre, 1716

 

   

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Hendrick ter Brugghen – Adoration des rois mages, 1619 

      Le peintre voyage en Italie et revient ébloui par Le Caravage dont il reproduit la lumière artificielle et les contrastes dramatiques.

      Les grandes toiles religieuses ne sont pas très courantes à cette époque. J'ai été frappé par l'étrange enfant Jésus au visage de vieillard trempant ses mains dans la coupe qui lui est tendue. Les personnages sont superbement modelés. La finesse et l'harmonie des couleurs éclatent.

 

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Nicolaes Berchem – Troupeau de bétail traversant le gué, 1656 

      Parmi plusieurs paysages, mon choix a porté sur celui-ci. Ce peintre, ami du plus connu des paysagistes hollandais Jacob van Ruysdael, bénéficia d'un important succès de son vivant. Il peignait des paysages remplis de personnages et d'animaux d'une grande maîtrise technique.

      J'aime le coucher de soleil éclairant la scène d'une couleur automnale.

  

portraithomme.jpg         Un style peu conventionnel. Ce peintre est incontestablement le plus talentueux avec Rembrandt dans l'art du portrait. Rembrandt aurait bien pu s'inspirer de cette liberté de touches sans rivale à Haarlem où il résidait. Il avait le talent de fixer à grands traits, rapidement, par des coups de pinceaux forts et vivaces, l'impression fugitive donnée par ses modèles. Déjà l'impressionnisme ?

       Je n'ai pas oublié La bohémienne au regard coquin du Louvre ! Les contemporains de Hals appelaient « l'écriture du maître » cette technique audacieuse et vivante.

       Dans ce portrait, d'une touche relachée et souple il saisit le caractère aristocratique et l'élégance de l'homme. La virtuosité du rendu de la collerette impressionne...

 

 

 

 

 

      Frans Hals – Portrait d’homme, 1635 

 

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      Peintre d'un monde élégant, raffiné.

      Une impression d'éternité poétique se dégage de la jeune femme fille, probablement la sœur de l'artiste, travestie en paysanne.

       Le clair-obscur, la virtuosité des coloris, la douceur de la lumière ne sont pas très éloignés des toiles de Vermeer. Les deux hommes devaient d'ailleurs être intimes car Ter Borch apposa sa signature sur un acte notarié, à côté de celle de Vermeer, deux jours après le mariage de celui-ci.

 

 

 

 

 

                                                                Gérard ter Borch – Jeune fille en costume de paysanne, 1650 

 

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      On discute les prix dans un atelier de tailleur où de jeunes apprentis sont concentrés sur leur ouvrage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Quiringh van Brekelenkam – L’atelier du tailleur, 1661

 

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      C'est un éloge de la piété dans la vie quotidienne.

      La femme prie devant son repas. La jouissance des biens du monde doit conduire à Dieu, disait-on. Le chat, symbole de convoitise, tente de profiter de l'extase de cette femme âgée pour s'approprier quelques aliments.

      Une belle lumière accentue l'intimité de la scène.

 

 

 

 

 

 

                                                                                  Nicolaes Maes - Vieille femme en prière, 1656

 

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      On prie beaucoup à cette époque ! Cette fois, il s'agit d'un couple d'humbles paysans. La lumière modestement dispensée par une lucarne sur le côté enveloppe la jeune femme magnifiquement.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cornelis Bega – Le bénédicité, 1663 

   

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Pieter de Hooch – Scène d’intérieur avec une mère épouillant son enfant, 1660

       De Hooch fut l'artiste novateur de cette nouvelle peinture de genre hollandaise représentant la vie quotidienne dans des scènes familiales d'intérieurs bourgeois ouverts sur des cours illuminées où des enfants s'amusent.

      Dans cette toile, l'épouillage de l'enfant par sa mère symbolise le bonheur familial et la propreté dont la ville de Delft avait la réputation. L'échappée sur une autre pièce où la lumière pénètre de l'extérieur accentue la perspective et les effets de contre-jour éclairant tout le tableau.

      C'est un éloge de la vie domestique dans un foyer hollandais net et serein...

 

 toilette.jpg       J'adore Jan Steen ! Un surdoué pouvant tout peindre !

      On retrouve son humour décapant dans beaucoup de ses toiles montrant de nombreux personnages de milieu populaire dans des ambiances festives. Ce sont des scènes burlesques ou des représentations des faiblesses humaines : ivrognerie, amour vénal, gourmandise, jeux.

      Même dans la peinture de cette femme assise sur son lit l'humour du peintre reste perceptible. La jeune femme, probablement une courtisane, fait sa toilette dans une attitude un brin érotique. Son visage souriant semble indiquer qu'elle est satisfaite d'elle-même et de son pouvoir de séduction.

       Cela ne semble pas émouvoir le petit chien qui a pris la place dans le lit...

 

 

 

 Jan Steen – Femme à sa toilette, 1660

 

 

       C'est une étonnante toile du fils de Rembrandt, Titus, habillé en moine.peinture hollandaise,pinacothèque,rembrandt,

      A cette époque, le peintre est vieillissant, fatigué. Sa femme Saskia et trois de ses enfants sont morts. Ce portrait exprime de la tristesse.

      Une lumière céleste semble éclairer le visage du jeune homme qui émerge de l'obscurité ocre. Rembrandt pressent-il que ce fils mourra avant lui à 27 ans ?

       « Pour peindre comme ça, il faut être mort plusieurs fois, disait Van Gogh ».

 

 

 

 

 

 Rembrandt Harmensz van Rijn – Portrait de son fils Titus, habillé en moine, 1660, Rijksmuseum, Amsterdam

 

         C'est fini...

      J'ai pris beaucoup de plaisir à montrer ces peintures. De nombreux autres peintres présents dans l'exposition auraient pu figurer dans mes « coups de cœur ». Je pense à Van Ruisdael, Mignon, De Heem, Van de Velde, Pynacker, De Witte... Mais il fallait faire un choix.

      Je pense que vous aurez apprécié la qualité de cette douzaine de toiles qui ne peut que donner envie d'aller les voir de plus près.

  

                                                                                 Alain

 

      J'espère que la vision de ces magnifiques tableaux s'ouvrira pour vous et vos familles sur un Noël lumineux et une excellente fin d'année.

      Je serais heureux de vous retrouver début janvier avec mon ami Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise.