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23 janvier 2017

En souvenir de l’abbé : un homme de bien

 

 

abbé pierre, poésie

 

 

     Dix ans le 22 janvier que l’abbé Pierre, personnalité préférée des français à l’époque, nous a quittés. J’ai retrouvé un petit poème que j’avais écrit le jour même sous le coup de l’émotion. Le voici légèrement modifié :

 

 

Adieu l’abbé

 

 

Tu voulais retrouver ton « Dieu amour »,

C’est fait, te voilà avec lui pour toujours.

Fini les combats, les disputes, les perfidies,

Cela n’existe pas dans ta nouvelle vie.

 

« Mes amis, je veux partir », disais-tu,

Le criant sans cesse, d’un air têtu.

« Vivement les grandes vacances ! »,

Clamais-tu avec impatience.

 

Ton Seigneur t’attendait depuis longtemps,

Mais tu prenais ton temps.

Il a dû être heureux en voyant ton sourire d’éternel gamin

Et ton regard malin.

 

Champion des causes perdues,

Tu n’avais jamais déçu.

Tu bravais les lois

Pour qu’une femme, un vieillard, dorment sous un toit.

 

Les puissants te craignaient.

Bien sûr, tu les bousculais !

Tu ne lâchais rien, vieux coquin,

Pour aider les clodos, les moins que rien,

Que la société rejetait

Parce qu’ils étaient suspects.

 

Maintenant profite l’abbé,

Tu l’as bien mérité.

Là-haut si tu rencontres quelques jolies naïades,

Modère tes embrassades.

Garde un peu d’énergie,

Si par hasard tu croisais quelques sans-logis.

 

Beaucoup pensent, Pierre, que tu es un saint.

Un homme de bien,

Et là, Pierre, tu étais le meilleur

Toujours à l’écoute de ton cœur.

 

Si tu as un peu de temps, l’abbé, demande à Dieu

Qu’il s’occupe un peu plus des gueux,

Des miséreux de ce monde qui n’ont rien,

Ce sont des humains…

Qu’il soit un Dieu pour tous et pas pour quelques-uns.

On y pense, Pierre, toi… en Dieu… tu aurais été bien.

 

 

 

06 janvier 2013

Bonne année !

Que l’année 2013 soit emplie pour tous de ces petites choses simples qui enrichissent et donnent un sens à la vie.

 

Les débuts d’année sont parfois difficiles pour certains…

 

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05 juillet 2010

La puce

 

 

 la tour - la femme à la puce - musée nancy.jpg

Georges de la Tour – La femme à la puce, Musée historique lorrain, Nancy

 

   

 

Poème

 

  Une jeune puce insouciante

 Escaladait nonchalante

 La manche tricotée

 D’un vieil homme attablé.

  

Celui-ci, brusquement, leva son verre

 Dans une attitude familière,

 Bousculant la bestiole volage

 Qui plongea dans l’épais lainage.

  

Le calme revenu aux alentours

 Et profitant d’un contre-jour,

 La puce se remit à sauter

 Sous l’œil surpris du bonhomme amusé.

  

Etonné par son allure peu farouche

 Il l’examinait d’un œil louche,

 Evitant de trop bouger

 Ne voulant pas la déranger.

 

L'animal s’aventura jusqu’à la main

 Qu’il escalada d’un bond opportun,

 Atterrissant sur le pouce

 Qui frémit sans aucune secousse.

  

Le vieillard solitaire, en manque de tendresse,

 De la puce appréciait la joliesse,

 Admirait sa grâce coquine

 Et son allure mutine.

  

Il s’apitoyait devant sa petitesse,

 Son apparente faiblesse,

 Pouvait-elle devenir son amie

 Pensait-il attendri ?

  

La puce sautillait sur la peau accueillante,

 Souple et attirante.

 L’homme séduit, ravi,

 Etait heureux, déjà conquis.

    

La puce prenait ses aises,

 Un petit doigt lui servit de trapèze,

 Elle s’élança vers l’annulaire

 D’une savante pirouette dans les airs.

 

Le bonhomme voulu dans un élan de tendresse

 Lui donner une simple caresse.

 Il approcha doucement l’autre main

 Dans un geste incertain.

 

Du vieillard, le discret mouvement furtif

 effraya l’insecte craintif.

  La puce hésita à piquer

 Et d’un saut s’enfuit apeurée.

  

Accablé par sa maladresse,

 Le vieil homme, en grande détresse,

 contempla sa main désertée

 Par son amie soudainement envolée.

 

Effondré, il saisit la bouteille familière,

 Sans hésiter approcha son verre,

 L’emplit du liquide carmin

 Et dans l’alcool noya son chagrin.

 

 

                                                                                           Alain

 

  

01 décembre 2009

Le temps qui passe

 

 

 

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Berthe Morisot – Le berceau, 1872, Musée d’Orsay, Paris

 

 

Je me souviens encore de ce premier jour de décembre

où j'entrai anxieux dans la chambre.

Tu étais là, petit être fragile,

Dans un lit douillet tu reposais tranquille.

 

Intimidé, presque ridicule,

Je m'approchai et frôlai tes mains minuscules.

Tu le sentis et tes doigts agiles

Agrippèrent mon pouce d'un geste déjà habile.

 

 

Ta maman dormait dans une pièce voisine ;

Ravi, je contemplai ton expression mutine.

Devant toi ce jour là je compris

Pour la première fois l'importance de la vie.

 

La plus belle oeuvre d'art

Est éclipsée par le premier regard

D’un nouveau-né qui ne demande rien

Hormis un tendre câlin.

 

Nous avons vieilli toi et moi,

Le temps nous a imposé sa loi,

Mais j’ai encore en mémoire ce jour de ta naissance

Où je fis ta connaissance.

 

 

 

                                                                Alain

 

 

 

 J'adresse ces mots à ma fille née un 1er décembre

20 juillet 2009

Adieu l'abbé, on t'aimait bien

 

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Le français préféré des français est décédé le 22 janvier 2007.

A cette occasion, j'avais eu envie d'adresser au Mouvement Emmaüs ce petit poème en leur demandant de le lui transmettre.

Je pense qu'il ne m'en voudra pas de le publier sur ce blog.

 

 

 

 

 

Adieu l’abbé

 

 

 

 

  

Adieu l’abbé, on t’aimait bien,

Nous les français, on t’aimait bien, tu sais.       (Merci Brel…)

Tu étais fripé, pas rasé, vieux.

Petit curé malingre, tu en as fait des envieux !

 

Champion des causes perdues,

Tu n’as jamais déçu.

Tu bravais les lois

Pour qu’une femme, un vieillard, dorment sous un toit.

 

Les puissants te craignaient.

Bien sûr, tu les bousculais !

Tu ne lâchais rien, vieux coquin,

Pour aider les clodos, les moins que rien,

Que la société rejetait

Parce qu’ils étaient suspects.

 

« Mes amis, je veux partir », disais-tu,

Le criant sans cesse, d’un air têtu.

« Vivement les grandes vacances ! »

Clamais-tu avec impatience.

 

C’est fait !

Ton Seigneur t’attendait depuis longtemps, vieille canaille,

Mais il savait que tu avais encore du travail.

Il a dû être satisfait en voyant ton sourire d’éternel gamin

Et ton regard malin.

 

Tu voulais retrouver le « Dieu amour »,

Te voila avec lui pour toujours.

Fini les combats, les disputes, les perfidies,

Cela n’existe pas dans ta nouvelle vie.

 

Alors profite l’abbé,

Tu l’as bien mérité.

Dieu doit avoir près de lui quelques jolies naïades,

Mais modère tes embrassades.

Garde un peu d’énergie,

Si par hasard tu croisais quelques sans-logis.

 

Dans l’esprit de beaucoup, Pierre, tu es un saint.

L’église ne le reconnaîtra pas, mais cela ne fait rien.

Pour nous, un saint est celui qui fait le bien,

Et là, Pierre, tu étais le meilleur

Toujours à l’écoute de ton cœur.

 

Si tu as un peu de temps, l’abbé, demande à Dieu

Qu’il s’occupe un peu plus des gueux,

Des miséreux qui n’ont rien,

Ce sont des humains…

Qu’il soit un Dieu pour tous et pas pour quelques-uns.

Mais on y pense, Pierre, toi… en Dieu… tu aurais été bien.

 

                                                                                                          Alain

 

21 mai 2009

Sommeil étoilé

 

 

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Vincent Van Gogh – La nuit étoilée, 1889, The Museum of Modern Art, New York

 

     

      2 heures... Impossible de dormir...

      On m'a dit : « Buvez une tasse de lait mixée d'une cuillère de miel avant de vous coucher ». Tu parles... Cela ne marche pas...

       Je me retourne une nouvelle fois. Généralement, le côté gauche est meilleur que le droit. Je contemple le réveil. Je tente à nouveau : 10 minutes côté droit, 10 minutes côté gauche. J'entends une voix lointaine: « Dormez... dormez... ».

      Je cogite. Les pensées se mélangent, se cognent, s'agitent.

      Heureusement, la semaine prochaine, je pars. Marre de cette grisaille généreuse qui nous recouvre éternellement ! J'ai besoin de soleil, chaleur, senteurs marines...

      Et ce roman que je suis en train d'écrire dans le blog ? Ce « Van Gogh à Auvers » n'en finit pas !... Je savais quand je me suis lancé dans ce projet que ce serait long. Mais à ce point... J'en suis déjà au quinzième épisode. Il en reste bien autant ? Quand aurai-je terminé : fin d'année... année prochaine ?

       Pourquoi me suis-je embarqué dans cette histoire ? Pff ! Va savoir... J'avais lu la correspondance du peintre... j'avais eu envie d'en savoir plus... l'aventure avait commencé...

      C'est ainsi que Vincent est devenu un ami au fil des pages.

      Récemment, quelqu'un m'avait posé la question : « Penses-tu que Van Gogh apprécierait que l'on romance sa vie ? ». Cette réflexion m'avait surpris...

      Adieu le sommeil ! Je vais lire ! Je cherche à tâtons un livre qui tombe sur le sol avec un bruit mat. Mes doigts fouillent la moquette et le récupèrent. Pas envie... Je le repose sur la table de chevet. A quoi bon...

       Pourquoi Van Gogh n'apprécierait-il pas ? Cette question me tracasse... Mon récit respecte son image, sa pensée, sa sensibilité. Les paroles que je lui fais dire, il aurait pu les prononcer... Je suis certain que, lui, le solitaire, l'incompris, aurait aimé cette histoire qui est la sienne.

      Je montre les œuvres de l'artiste. Elles sont les personnages principaux du récit. Je me souviens de certaines phrases de Vincent : « Il y a du bon de travailler pour les gens qui ne savent pas ce que c'est qu'un tableau. » ou encore : « Ma peinture est faite pour être vue surtout sur un fonds simple : cuisine, escalier, corridor, et parfois je m'aperçois que cela fait bien dans un salon aussi. » Il ne connaissait pas encore l'ordinateur...

      3 heures... Mon esprit agité se calme. Un chien hurle à l'extérieur, puis, plus rien...

      La Nuit étoilée peinte par Vincent à Saint-Rémy-de-Provence m'apparaît, immense. Des étoiles dorées scintillantes s'enroulent et s'allongent en forme de comètes dans un ciel bleu mauve. Un croissant de lune tremblote...

      Cette image m'a apaisé. Mon corps et mon esprit glissent lentement dans cette nuit étrange.

                                                                                        

                                                                                               Alain

 

 

21 décembre 2008

Tchinda la petite africaine

 

       Je souhaite aux lecteurs qui me font l'amitié de me lire régulièrement, à ceux qui sont de passage, ou à ceux qui s'égarent sur ce blog, un heureux Noël et une GRANDE ANNEE 2009.

                                                                                                                        Alain

      

 

       En cette période de Noël, j'offre cette histoire aux enfants et aux adultes qui ont gardé leur âme d'enfant.

 

 Le Sud

 

       Paul avait 10 ans. C’était un grand. Il vivait sa vie…


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Depuis quelque temps déjà, une chose le turlupinait. La couleur de la peau…

      Rien de grave, mais il s’interrogeait. Il ne comprenait pas bien pourquoi ses camarades ou des grandes personnes qu’il croisait dans la rue, et même quelques professeurs de l’école, avaient des couleurs de peau si différentes de la sienne.

      Dans la classe de Paul, le blanc, ou plutôt le blanc rosé, cassé, l’emportait. C’était la couleur commune des gamins de son âge.

      Certains élèves, rares, tiraient sur le jaune plus ou moins doré, avec des cheveux raides très noirs. Dans sa classe, il y en avait deux. Toujours ensemble, ceux-là ! On les appelait « les chinois » ou « chinetoques ». Discrets, on ne les remarquait guère.



      C’était les teintes de peau foncées qui tracassaient Paul. Pour s’amuser, il avait recensé dans son environnement proche une gamme étonnante de coloris : des beiges clairs, des bruns plus ou moins foncés, des chocolats, des caramels, des cuivrés, puis des franchement noirs, de jolis noirs presque purs.

      Son voisin de table en classe faisait partie de cette dernière catégorie. Sa peau ressemblait aux morceaux de charbon que sa mère lançait dans le poêle l’hiver, et ses cheveux étaient frisés. Très intelligent, il pigeait tout, très vite. Trop vite pour Paul qui lui enviait cette rapidité d’esprit même s’il en profitait souvent pour se faire aider lorsqu’il séchait devant une règle grammaticale ou une table de multiplication. Lorsque son ami souriait on ne voyait que ses yeux et ses dents. Certains élèves l’appelaient « black ». Paul n’aimait pas.

      Comment peut-on avoir une peau aussi sombre, pensait Paul ?

      La réponse lui vint par hasard…



      Récemment, Paul s’était aperçu que sa propre peau changeait de teinte facilement. Elle était blanche comme la plupart de ses camarades, peut-être légèrement plus teintée, mais, dès qu’il s’exposait au soleil, elle fonçait très rapidement et devenait franchement foncée après plusieurs couches d’astre solaire. Cela l’intriguait. Il complexait.

      Un jour, un copain qui l’avait vu deux jours auparavant le teint triste et palot, le croisa portant une mine épanouie couleur caramel brun et lui envoya d’un air ébahi : « Mais qu’est ce qui t’arrive ? ». Il fut incapable de lui donner une explication et continua son chemin, embarrassé et honteux.

      Pourtant, ce soleil faisait partie des amis de Paul. Il ne connaissait jamais ces terribles coups de soleil, hantise des peaux délicates. Malheureux rouquins ! Il avait remarqué que, tous les ans au retour de vacances à la mer, un jeune voisin d’immeuble de son âge, aux cheveux roux, présentait une peau craquelée virant au rouge écrevisse bien cuite qu’il tentait de cacher comme il pouvait. Le soleil l’avait brûlé. Paul compatissait à sa souffrance…

      Lui, il se sentait bien au soleil. Il était heureux, gai, lorsque les chauds rayons le pénétraient. Il avait le sentiment étrange de retrouver une ambiance qui lui correspondait. Il était chez lui… Il ne comprenait pas bien pourquoi, lui, habitant d'une grande ville, ne connaissant que les immeubles, les bruits, les odeurs des voitures et la grisaille persistante, pourquoi ce soleil, dès qu’il l’effleurait, le réchauffait, lui donnait un tel sentiment de bien-être…



      Pour Paul, cette étoile brillante qui brûlait les yeux quand on la regardait était devenue, synonyme de Sud, celui dont on parlait dans les bouquins. Il voyait ce Sud très loin, bien plus loin que le sud de la France qu’il étudiait en géographie. Il ne savait pas bien où était le sud de la France car il n’avait pas encore dépassé les limites de la grande banlieue de sa ville où sa mère l’envoyait pendant les grandes vacances.

      Sur la carte du monde, il avait repéré que l’Espagne était située juste en dessous de la France. Mais le Sud, c’était encore plus bas… Il pensait qu’il ne pouvait vraiment débuter qu’à partir des côtes africaines. C’était là le Sud ! Cela ne pouvait être ailleurs. Il avait lu dans un livre : « Tchinda la petite sœur de Moudaïna », qu’en Afrique le soleil brûlait la peau et que les gens étaient colorés naturellement. Ce livre racontait les aventures d’une petite fille noire de la tribu des Massas en plein cœur de l’Afrique. Dans le pays de Tchinda, il faisait toujours chaud, les arbres étaient immenses, les fleuves très larges et les habitants se promenaient à moitié nus. Des animaux extraordinaires, que Paul avait vu au zoo de Vincennes : lions, girafes, éléphants, rhinocéros, y vivaient en liberté. Il paraissait même que, dans les régions où le soleil tapait très fort, il y avait des déserts où plus rien ne poussait. Rien que du sable…

      Le Sud… Il irait un jour…

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      Un dimanche d’hiver, Paul sut enfin pourquoi sa peau changeait aussi facilement de couleur.

      Il finissait de déjeuner sur la grande table en plexiglas jaune paille qui occupait la moitié de la cuisine du petit studio où il vivait avec sa mère. Ils s’apprêtaient à entamer la crème aux œufs qu’elle réussissait superbement, quand elle dit soudainement: « Ton père venait d’Algérie quand je l’ai connu. »

      Elle sortit cette phrase laconique, comme ça, sans prévenir. C’était la première fois qu’elle le disait à Paul. Elle ne lui parlait jamais de ce père qu’il n’avait pas connu. Parfois, elle l’évoquait à mots décousus, peu clairs, au détour d’une interrogation de son fils. Elle n’osait pas lui en parler. C’était déjà si loin. Et puis, cela lui faisait du mal…

      Ces paroles raisonnèrent dans le cerveau de Paul. Il avait donc un père qui venait de ce lointain continent où le soleil brille constamment ? Le pays de Tchinda...

      Cette interrogation entraîna évidemment un flot de questions de sa part. Sa mère lui expliqua que toute la famille de son père était d’origine espagnole et habitait l’Algérie, qui avait été une colonie française tout au nord de l’Afrique, au bord de la méditerranée, depuis plusieurs générations. Elle abrégea la conversation sur ce sujet, prétextant qu’elle n’en savait pas plus. « Approche ton assiette si tu veux de la crème ! », lui dit-elle, afin de bien montrer qu’elle ne dirait rien de plus.



      Le sud… Paul possédait donc en lui un petit bout du Sud… Son père lui avait transmis un peu de son soleil méditerranéen. Il se dit que c’était le seul présent que ce père absent lui avait laissé.

      Paul comprit que c’était cet héritage lointain qui lui permettait de se transformer en caméléon et de noircir dès qu’il exposait sa peau blanche au feu solaire.

      Il sourit.

      Tchinda, la petite africaine, était donc sa petite soeur !

                                                                    

                                                                                     Alain

                       

18 août 2008

Nostalgie parisienne

 

 Je dédie ce poème à une jeune landaise de seulement 60 ans, nouvelle retraitée depuis quelques mois. C'est une nouvelle vie qui commence...

 

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                                                                La tour Eiffel - Raoul Dufy

 

 

  

 

1967, tu te souviens, c’était hier,

Le jour où tu partis peu fière,

Toi la petite provinciale,

En direction de la Capitale.

 

Tu quittais tes parents, les Landes, ce que tu aimais ;

Tu avais dix neuf ans et plein de projets.

Le monde, lui, était immense,

Tu voulais faire sa connaissance.

 

Tu t’imaginais la ville lumière

Belle et altière,

Et tu ne vis que des murs gris

Un tant soit peu décrépis.

 

Pourtant, tout te parut beau,

Notre-dame, la Seine, les rues et leurs tacots ;

La Tour Eiffel touchait le ciel,

Tu entendais des ritournelles.

 

A ton premier jour de travail,

Le métro, grosse chenille, avait un air canaille.

Les collègues te firent la bise ; l’un d’eux dit hypocrite :

« Elle paraît brave cette petite ! »

 

Qu’elle était grande cette ville ! ;

Tu te sentais si fragile.

Ensuite le temps passa très vite,

Et vinrent les grèves de soixante-huit.

 

Au milieu des manifs tu devenais parisienne ;

Leur cause était la tienne.

Les pavés pleuvaient, les sirènes hurlaient, les CRS couraient…

Et le grand Charles causait.

 

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Tu te disais : « Vive la liberté

 
 
Pourvu qu’elle rime avec gaîté ! »

Slow-club, Mimi Pinson, Boléro, bals musettes,

Olé ! Tous les soirs c’était la fête.

 

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Te souviens-tu des périodes de disette

Où tu te sentais moins guillerette ?

Les Landes et ses victuailles étaient bien loin,

Certains jours tu avais faim.

 

Alors, seule dans ta chambrette couleur pastel,

Le foie gras de ta mère avait un goût de miel.

Sur une biscotte, tu l’étalais avec entrain,

La lueur d’une bougie éclairant ce royal festin.

 

Tout a une fin !

Il fallut redescendre, quitter les amis, les copains.

Sur le quai en arrivant tu avais le cœur gros,

Heureusement, il y avait Nano !    *

 

Du temps a passé 

Depuis Paris et ces trois longues années.

Tu nous en parles parfois,

Avec des frissons dans la voix…

 

 

 

                                                                  Alain

 

 

 

 

*    Nano deviendra son mari

 

 

 

22 juillet 2008

Les jumelles

 

 

      Je n’arrive pas à trouver ce qui cloche ?

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    Encore humide, allongé paresseusement sur ma serviette de plage, je les reluque avec un intérêt croissant. Avant de partir faire mes longueurs de bassin, je les avais déjà remarquées installées à 3 mètres de ma serviette.

     Je cherche. Le petit jeu de la différence m’amuse… Je n’ai jamais cru aux sosies parfaits. Il y a toujours un petit détail, quelque chose qui permet de distinguer deux personnes, même des jumeaux.

     Ces filles sont incroyablement semblables ? Les bustes sont courts, ramassés. Les jambes petites et galbées. Des visages sans âge, un peu vieillot malgré leur jeunesse certaine. Une épaisse tignasse brune frisée tirée en arrière est maintenue par un large turban noir en harmonie avec les maillots deux pièces de même couleur.

     Les jumelles arborent un teint cuivré du plus bel effet sur leurs serviettes de bain bleu fluo alignées pile poil à la même hauteur, côte à côte. Le soleil tape et je transpire copieusement.

 

 

     J’avais remarqué qu’elles changeaient de position toutes les vingt minutes. Etrange mimétisme…

     Actuellement, elles sont aplaties sur le ventre, les bras dans le prolongement du corps, les pieds recroquevillés. Seules leurs fesses au galbe sans défaut surmontent les serviettes. Rien ne bouge. Cela ne devrait guère tarder…

     Effectivement, elles entament la phase de retournement. La synchronisation est parfaite entre les deux sœurs, réglée au millimètre. La main droite s’appuie d’abord sur le sol, le bras plié, puis, dans le même mouvement, le buste suivi des jambes effectue une bascule arrière, une sorte de roulé boulé que le bras gauche amorti sans heurt. Elles se retrouvent aplaties sur le dos face au soleil. L’exercice s’est effectué avec une souplesse étonnante.

      Cette ressemblance totale, y compris dans des mimiques gestuelles, m’intrigue de plus en plus.

     D’un bloc, elles se lèvent et se dirigent vers l’eau qu’elles tâtent du pied avant de s’asseoir au bord du bassin. Leurs têtes tournées sur le côté, elles regardent je ne sais quoi qui semble les amuser. J’en profite pour examiner leurs deux profils qui se découpent dans la lumière solaire. Les lèvres sont entrouvertes. J’aperçois même les canines. Elles esquissent une sorte de grimace…un peu comme les tigres lorsqu’ils sentent une proie… Un sourire carnassier...

     Je meurs d’envie d’aller me rafraîchir à nouveau. Néanmoins, je continue d’observer ces jumelles trop parfaites.

     La plus à gauche plonge, suivie comme son ombre par la seconde. Elles se rejoignent en surface et amorcent un crawl peu vigoureux 07_07_61.JPEGparallèlement à la piscine. La nage manque de souplesse. De loin, je ne vois que leurs dos bronzés et leurs bras écopant l’eau maladroitement, en cadence.

     Une des sœurs a disparu. Se serait-elle noyée ? Non, je l’aperçois un peu plus loin ! Ai-je la berlue ? Elle s’est séparée de son sosie. Son mouvement de bras se précipite et elle entame une longueur de bassin avec, cette fois, un crawl dévastateur qui n’épargne guère les nageurs passifs alentour surpris par cette énergie soudaine. Un homme dont le crâne rasé dépasse se prend une superbe claque au passage. Je l'entends hurler un "pouffiasse !" en lui jetant un regard assassin qui la laisse indifférente.

     Les clones se rejoignent et sortent de l’eau. Elles reprennent la position allongée, le corps dans le prolongement exact du soleil. Etendues, elles me font penser à ces sarcophages égyptiens en bois peint que je vois parfois au Louvre.

 

     J’en ai marre de les observer. Elles n’ont même pas remarqué l’attention que je leur porte ?

     Maintenant, les fesses calées au centre de leurs serviettes, assises, les mains accrochées à leurs genoux, elles contemplent l’onde verte. Petits bouddhas mystérieux aux regards lointains…

     Le petit jeu finit par m’énerver. Il faut que je trouve la faille. Il y a bien un défaut dans ces silhouettes trop calquées ? Je les contemple discrètement une dernière fois de la tête aux pieds. Rien… C’est du copié collé ! Même les ongles sont peints de la même couleur : nacrée blanche sur les mains, rouge carmin sur les pieds. Pas une tache de rousseur ou le moindre grain de beauté apparent pour les différencier…

     Leurs copains ne doivent pas être à la fête, pensai-je, réjoui. Confrontés à une telle ressemblance, il devait bien arriver à ces pauvres garçons de se tromper, de les confondre l’une l’autre ? Peut-être même que les coquines, pour s’amuser, s’intervertissaient leurs hommes qui n’y voyaient que du feu ?

     Une des jeunes femmes sort son portable. Evidemment, le sosie fouille dans son sac de plage et se saisit du sien. J’examine les modèles : des Motorola argentés récents. Les mêmes… Elles composent un numéro. J’entends leurs voix suaves : « Allo ! Maman... » C’en est trop ! Ces filles appellent leur mère sur deux portables différents. Mais elles ont la même mère !...

 

     Mon cerveau bouillonne furieusement. Peut-être le soleil ? J’aurais dû prendre une casquette avant de venir.

     Dégoûté, je me lève et me dirige d’un pas mal assuré vers les vestiaires. Je me retourne. Je les vois à distance. Elles n’ont pas bougé, l’oreille collée au portable. Avec la mère…

     Troublé, je loupe la marche de l’entrée qui mène au bassin intérieur et m’étale lourdement sur le carrelage vert citron. Ma tête a cogné. Je reste un moment étendu, groggy.

     Je commence à retrouver mes esprits. Une jolie main manucurée m’aide à me relever. Une autre, accrochée à mon bras, me soutient…

     Le sourire carnassier…

     - Vous ne vous êtes pas fait mal, me lancent-elles d’un élan commun !

          

                                                                 Alain       

                                                                                                                                                                                                               

                                                                                                                                                                

 

18 mai 2008

Un 1er mai

 

 

   

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    J’ai toujours aimé la fleur du muguet. C’est une fleur qui me touche. Est-ce l’aspect fragile des petites boules blanches crénelées accrochées à une tige gracile ? Est-ce ce parfum léger qui embaume les pièces de la maison ? Les deux…

 

 

     Comme tous les ans à cette période du 1er mai, nous étions partis dans notre forêt habituelle à la recherche du brin porte-bonheur. C’était un long week-end et la clochette avait été chassée, la forêt dévastée. Nous arrivions après la bataille. Néanmoins, nous étions confiants. Les coins à muguet, nous, on les connaissait.

      - Le muguet c’est comme un trésor, il ne se donne qu’à ceux qui le désirent le plus, dis-je à Béatrice !… La recherche, c’est scientifique… Il faut savoir… posséder l’instinct du chercheur d’or à la recherche de pépites !

      Elle m'avait regardé, apparemment convaincue de la justesse de mon raisonnement.

     Nous avancions d’un pas alerte gêné par les ronces, moi devant en éclaireur mon sac plastique à la main, Béatrice derrière moi. Régulièrement, je m’arrêtais et prenais la position du chien de chasse : le regard dirigé vers le lointain, la narine dilatée, l’œil furtif. Je flairais ce que j’appelais « le filon », ce petit espace vert, sorte d’îlot entre les arbres, qui indique à coup sûr la présence des petites feuilles longues et effilées. Béatrice lança en riant ma phrase fétiche : « Lorsque les feuilles sont là, les fleurs ne sont jamais loin ! ».

     Le temps passa. Après une bonne heure de marche nous dûmes nous rendre à l’évidence. Un désastre. Rien. Tous les îlots de verdure avaient été visités, les feuilles écrasées, les fleurs arrachées. Quelques clochettes minuscules restaient par ci par là. Les plus moches dont personne ne voulait. Nous les prîmes pour ne pas rentrer bredouille. Ridicules... nous venions de faire 60 kilomètres pour rien. « Pas la peine d’insister, dis-je à Béatrice dont la mine s’assombrissait. »

     Nous allions battre en retraite prématurément lorsqu’un souvenir me revint. Un dernier espoir. Les marais… Je me mis à marcher rapidement vers le centre de la forêt. Plusieurs mares d’eau saumâtre s’étaient nourries des pluies récentes. L’eau était noire, glauque, pestilentielle…

      L’humidité des lieux avait favorisé la pousse des feuilles vertes. Déjà, j’apercevais des clochettes. Je savais que ce coin était infesté de vermines. De gros moustiques tournaient autour de nous. Peu habitués à voir du monde, ils se préparaient à un repas inattendu. Il fallait faire vite. Deux choix étaient encore possibles : revenir à vide ou faire son marché de fleurs sans tenir compte des insectes. Ceux-ci attendaient  en rangs organisés, prêts à l’assaut. Je lançais à Béatrice apeurée : « On y va ! ». Je fonçais. Elle ne me suivit pas.

     Ce fut dantesque. Un brin, une piqûre… Dès que j’immobilisais un bras pour couper une fleur, une ruée de bestioles sautait dessus. Les plus beaux brins étaient au bord de l’eau. Une immense prairie de fleurs. Malgré le déferlement des vagues ennemies, je m’avançais. Je pris mon temps. Les clochettes sentaient tellement bon...

     Ce fut la curée. Ils étaient parfois une dizaine sur mes bras et s’abreuvaient d’un sang frais qui les excitait. Je sentais les dards pointus qui s’enfonçaient dans ma chair. Courageux, je décidais de continuer. Un chercheur d’or n’abandonne pas son filon. Je ne cédais pas un pouce de terrain et cueillais allégrement.

     Je rejoignis Béatrice mon sac empli de muguet. " J’ai fait le plein, dis-je en lui souriant béatement. " Nous quittâmes le coin précipitamment.

 

     Le soir je remplis plusieurs vases de brins odorants. J’étais assez fier de ma journée. Ma moisson habituelle de muguet était réussie. De plus, mes bras ne présentaient aucune trace de points rouges. Des moustiques inoffensifs, pensais-je ?

     Le lendemain matin tout allait bien. La maison dégageait un parfum qui me réjouissait.

      « Tu as vu tes bras, me dit Béatrice vers le milieu de l’après-midi, affolée ! » Je les regardais. Ce n’était plus mes bras. Ils avaient doublé de volume. Popeye… Le bras gauche surtout, celui qui tenait le sac pendant que je cueillais avidement les brins, était lamentable : rouge, boursouflé, gonflé. Le venin inoculé par les insectes s’était même infiltré dans les articulations du poignet et des doigts, les rendant difformes, boudinées. Les bestioles avaient fait un festin orgiaque sur des membres que je leur offrais passivement. Même le bout de ma langue avait profité de la morsure d’un insecte plus intrépide que les autres.

     Les dégâts étaient importants. Cela dura 8 jours. Malgré les pommades et autres produits liquides retrouvés dans la boîte à pharmacie, l’œdème allergique s’était installé et je n’osais plus sortir sans une veste qui cachait mes articulations continuant à grossir. Le jour je me grattais et la nuit je rêvais que des animaux étranges me lacéraient le corps de leurs pattes griffues.

 

     J’ai retrouvé un aspect normal et Béatrice sa sérénité. " Une armée d’insectes avait vaincu son homme engagé dans un combat pour la conquête de fleurs sauvages, se plaisait-elle à raconter à tout le monde en pouffant de rire. " Mon aventure était devenue un sujet de plaisanterie. Je lui en voulus quelque temps puis mon sens de l’humour reprit le dessus.

     Aujourd’hui, le souvenir douloureux de ce 1er mai s’est estompé.

     « Béatrice, cela tombe quel jour le 1er mai l’année prochaine ? »

                                                                                                                                                   Alain