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01 juin 2014

Recueils de nouvelles : CONTER LA PEINTURE et DEUX PETITS TABLEAUX

     La plateforme de publications et de partage de documents en ligne Calaméo semble avoir tenu compte de l’une de mes récentes remarques, car je constate que le système de recherche dans la bibliothèque est devenu encore plus performant.

     J’apprécie d’autant plus ce site qui permet de feuilleter et consulter de façon de dynamique, avec une extrême simplicité, un document numérique. 

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26 février 2014

Jeu de mains - Georges de LA TOUR

 

L’exposition « Bohèmes », organisée l’année dernière au Grand Palais à Paris, a abouti à une curieuse confrontation entre deux tableaux qui n’étaient pas appelés à se rencontrer…

 

 

 

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10 mars 2011

L'OBSESSION VERMEER - 2. Hantise

 

 

Suite…

  

      La peinture me passionne depuis longtemps...

      Un jour d’anniversaire, ma fille Agnès, qui était encore adolescente, m'avait tendu une petite boîte de pastels secs Rembrandt en me disant sur un ton péremptoire : " Papa, tu vas faire de grandes choses ! ". Je ne pouvais pas la décevoir. Je complétais donc ma panoplie de bâtonnets et c'est ainsi que je devins un « peintre du dimanche ».

      Depuis cette date, je peins dans les creux de mes activités. Malgré l’avis défavorable de ma femme Flo, rien n’arrête la prolifération de mes œuvres qui envahissent les murs de la maison. Celle-ci devient une galerie d’art. La mienne… Il m’arrive d’exposer dans des manifestations régionales et je reçois parfois quelques récompenses lors de l’exposition annuelle de ma commune. J’ai gardé les breloques précieusement. La gloire…

      J’ai déjà en tête la toile que je présenterai à la prochaine exposition communale. Au cours de récentes vacances dans le midi, j’étais tombé devant un paysage éclaboussé d’un bleu intense. Les rochers en porphyre rouge plongeaient dans une eau vert émeraude transparente bordant la petite plage ocrée où je m’étais baigné. Quelques hortensias rouge vif offraient un contraste fort. Les pigments avaient été utilisés purs dans une fièvre colorée.

 

 

      Un bon mois s’est écoulé depuis ma visite mouvementée au Louvre. Autour de moi, je n’entends plus parler que des fêtes de Noël proches et des cadeaux à se procurer incessamment.

      peinture,écriture,vermeer,Une étrange angoisse, une sorte d’hantise, s’est introduite en moi. Une tache bleue et jaune en forme de Dentellière s’est incrustée dans ma mémoire et resurgit constamment dans mes pensées. Cette jeune femme d’un autre siècle me poursuit dans la rue, monte dans ma voiture, m’accompagne dans les magasins, dérange des réunions. Parfois, elle s’impose alors que je suis en pleine conversation avec Flo qui, tout à coup, ébahie, me voit bafouiller en plein milieu d’une phrase puis partir piteusement me réfugier dans le silence apaisant de mon bureau.

      Même mes rêves nocturnes sont squattés et je fais d’étranges cauchemars : au lieu de s’intéresser à son ouvrage, la Dentellière me piquette méticuleusement le nez avec une épingle. Celui-ci devient rouge, grossit, me fait mal. Ne supportant plus la douleur, je me réveille fébrile, inquiet. Parfois, à son tour, L’astronome m’apparaît. Il prend ma tête pour un globe céleste et la fait tourner en la caressant délicatement. Cette caresse, agréable au début, se fait insistante, agaçante, insupportable, et je m’éveille hagard.

 

 

      Une question lancinante me taraudait : d’où venait cette émotion soudaine qui m’avait cloué sur place face à la Dentellière en ce lugubre après-midi de novembre au Louvre ?

      Pourtant j’avais déjà eu de nombreux coups de cœur face à des toiles que je découvrais au détour d’une allée, dans un musée, une exposition. Certaines œuvres me pénétraient intimement, j’oubliais vite les autres.

      De merveilleuses toiles contemplées dans les musées français dansaient encore devant mes yeux :

      La légèreté des Danseuses finement pastellées de Degas,

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                                Edgar Degas – Fin d’arabesque, 1876, musée d’Orsay, Paris

 

      L’émouvant Angélus de Millet,

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                                                         Jean-François Millet – L’angélus, 1858, musée d’Orsay, Paris

      La pureté vaporeuse des atmosphères de Corot,

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                                Jean-Baptiste Corot – Souvenir de Mortefontaine, 1864, musée du Louvre, Paris

      La délicatesse de la Madone de Lorette de Raphaël croisée au château de Chantilly,

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                                  Raphaël – Madone de Lorette, 1509, musée Condé, Chantilly

 

      L’admirable clair-obscur du Nouveau-né de Georges de La Tour à Rennes.

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                         Georges de La Tour – Le nouveau-né, 1648, musée des Beaux-Arts, Rennes

 

      Et combien d’autres encore…

      Face à Vermeer, l’émotion n’était pas la même… Pourquoi ses toiles me préoccupaient-elles à ce point ? Elles s'octroyaient même le droit de venir déranger l’organisation de mes journées et troubler mes nuits.

      Les tableaux de cet artiste n’ont rien d’exceptionnel, pensai-je ? Ils sont dans la continuité de la peinture de genre intimiste néerlandaise du 17ème siècle hollandais…  Certes, sa technique est excellente, les couleurs superbement agencées, la lumière judicieusement dispensée, mais il s’agit bien du même style de peinture que ses contemporains De Hooch, Ter Borch, Metsu, Dou ou Van Mieris. Rien de plus !

      Il y avait bien une petite flamme bizarre en plus chez Vermeer ?

      Je nageais en pleine confusion mentale. La Dentellière avait même réussi à me faire oublier la visite de l’exposition Chagall du Musée d’Art Moderne de Paris que j’avais programmée depuis longtemps. Celle-ci était commencée depuis octobre et devait se terminer le mois prochain, courant janvier.

 

 

      En ce début d’après-midi, les ampoules étoilées décorant les arbres de l’avenue du Président Wilson attendaient les illuminations du soir pour scintiller de mille feux à deux jours des festivités de Noël.

      Je tente d’évaluer la longueur de la file d’attente bigarrée qui stationne patiemment devant l’entrée du Musée d’Art Moderne. Au moins 300 mètres ? De nombreux retardataires, comme moi, se précipitaient pour ne pas manquer l’exposition. Stoïque, je m’installe derrière un groupe de touristes.

      Dix minutes plus tard, je n’ai avancé que d’une dizaine de mètres. Mes pensées vagabondent… Dans l’univers de l’art moderne de la première moitié du 20e siècle, Marc Chagall est un des peintres qui me touchent le plus. J’aime la naïveté poétique de ses toiles... Pas facile pour les non-initiés de s'y retrouver dans toutes ces écoles et courants de pensée en "isme" : fauvisme, cubisme, expressionnisme, surréalisme, hyperréalisme, symbolisme... Par contre, la peinture contemporaine, celle de mon époque, me perturbe. J’apprécie certains artistes mais je ne comprends guère ce que j'ai eu l'occasion voir à la FIAC ou dans certaines galeries. Cela ne me touche pas...

      Pendant mes réflexions sur l’art, la file a avancé d’une bonne cinquantaine de mètres. Les touristes ont disparu devant moi. Peut-être fatigués d’attendre ?

      peinture,renoirJe repars dans mes pensées… Moi ce que j’aime, ce sont « les impressionnistes », ces peintres de la nature et du mouvement qui peignaient en plein air avec des tons clairs et une touche divisée. La lumière était leur préoccupation essentielle. Je suis toujours ému à chaque vision des Coquelicots de Monet, séduit par les vibrations lumineuses du Moulin de la Galette de Renoir, la sensibilité toute féminine des toiles de Berthe Morisot ou par les limpides paysages de Sisley. Cette peinture me pénètre. 

 

 

Auguste Renoir – détail Bal du Moulin de la Galette, 1876, musée d’Orsay, Paris

peinture,monet

Claude Monet, Coquelicots, 1873, musée d’Orsay, Paris 

 peinture,sisley       

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                          Alfred Sisley – Vue du canal Saint-Martin, 1870, musée d’Orsay, Paris

      Je discerne l'entrée du musée qui grossit progressivement. Ma patience ne devrait pas tarder à être récompensée.

      Subrepticement, la Dentellière, qui me laissait étrangement tranquille depuis quelques jours, prend la place des impressionnistes dans mes pensées. Je la vois légèrement floue, comme lors de ma première vision au Louvre. Elle ne fixe plus son ouvrage. Elle me regarde, souriante, mutine. Je découvre de grands yeux mordorés. Elle me tend la main d’un air de dire : « Viens ! » J’ai envie de saisir ses doigts si fins. Je n’ose pas. Elle est si belle…

      J’accepte inconsciemment un bout de papier qui m’est tendu. Perdu dans mon rêve, je n’avais pas remarqué ce type qui distribuait des prospectus sur toute la longueur de la file d’attente. Négligemment, j’examine l’imprimé. Une agence de voyage propose des séjours avec visites programmées dans différents pays européens à l’occasion des prochaines grandes expositions de peinture qui auront lieu l’année prochaine.

      Je parcours la liste des expositions histoire de passer le temps en attendant Chagall. Brusquement, mon œil se contracte sur le troisième séjour : « Exposition Johannes Vermeer : 1er mars – 2 juin, Cabinet Royal de Peintures Mauritshuis, La Haye, Pays-Bas ».

      Une exposition de la presque totalité de l’œuvre connue de Vermeer avait lieu dans moins de trois mois dans son pays natal. Etrange coïncidence !... Le papier publicitaire m’informant de l’exposition Vermeer m’avait été glissé dans la main au même moment que l’étrange invite que j’avais perçue dans le regard malicieux de la Dentellière. Il y avait obligatoirement un lien entre les deux événements : la troublante vision de la Dentellière et cette exposition totalement imprévue à La Haye ?

      Je réalise mal ce qui m’arrive. L’entrée du musée est proche. Un jeune clarinettiste installé près de la porte d’entrée envoie des sons de musique classique. La Dentellière est toujours présente dans mon esprit. J’en suis sûr, elle y sera ! J’étais certain que la Dentellière serait présente à l’exposition au Pays-Bas. Il ne pouvait en être autrement. Je devais m’y rendre…   

      J’entre perturbé dans le musée.

 

 

      La période des fêtes est enfin passée. Contrairement aux fins d’année, les débuts d’année me réjouissent. Un peu comme si on se dévêtait d’un vieil habit un peu démodé, usé, pour revêtir une nouvelle parure enluminée des perspectives bénéfiques qui nous attendent.

      Ma décision était prise. J’allais me rendre en Hollande, sur les lieux mêmes où le peintre était né, avait vécu, respiré, créé et s’était éteint trop jeune à Delft. L’ébullition qui envahissait ma tête ces derniers temps s’était dissipée d’un coup. La Dentellière avait cessé de m’importuner. Je pensais encore à elle parfois, calmement, avec plaisir. J’allais la revoir très bientôt.

      J’avais pris conscience que la Dentellière et L’Astronome n’étaient que la représentation apparente du travail de Vermeer. C’était lui, le concepteur des œuvres, qui était le responsable de mon obsession, de ma fascination. Je percevais que le trouble procuré par ses toiles si attirantes provenait de quelque chose de profond, d’intime en moi. Peut-être était-ce le fameux mystère Vermeer dont commençaient à parler les journaux ?

 

 

      Puisque le voyage est décidé, il faut l’organiser sans plus attendre. Le temps presse puisque l’expo débute le 1er mars prochain.

      Curieusement, depuis que j’ai appris l’existence de cette exposition et au fur et à mesure que l’événement approche, tout l’univers médiatique s’est approprié ce qui est annoncé comme l’exposition phare de l’année. Même les journaux télévisés, qui ne parlent habituellement de peinture qu’avec parcimonie, arrivent à glisser un peu de Vermeer entre un reportage sur la hausse des ventes de fin d’année dans les grands magasins et le dernier accident de l’autoroute A6.

      Je n’entends plus parler que de cela. Des bouquins sortent. Les toiles les plus connues de cette exposition unique qui présente la quasi-totalité des peintures de l’artiste, comme ma Dentellière et surtout la fameuse Laitière, celle que les pots de Yaourts ont universalisée, sont disséquées et commentées longuement afin que nos cerveaux incultes s’imprègnent du talent envoûtant de l’artiste.

      Flo, que j’avais évidemment mise au courant de mon projet, ne semblait pas enthousiasmée par un voyage culturel dans la patrie de Vermeer. Un matin, elle m’avait lancé avec son accent du Sud-Ouest inimitable : « Patrice, pourquoi ne descendrait-on pas chez moi, la végétation est tellement belle au printemps ! ». Je n’avais pas répondu.

      La demande de billets pour cette exposition unique avait été tellement forte, les agences dévalisées, que je dus me battre pour obtenir les précieux sésames. Après moultes péripéties, j’obtins enfin deux entrées pour le jeudi 16 mai à 14 heures, au Mauritshuis à La Haye, l’exposition se terminant le 2 juin. Nous retînmes une chambre dans un hôtel d’Amsterdam, arrivée le lundi 13 mai, retour le vendredi 17 mai au soir.

      Résignée, Flo finit par penser que les canaux hollandais pouvaient présenter un certain charme et, qu’après tout, cela la changerait des forêts de pins de sa région natale.

      Je pouvais partir à la rencontre de Vermeer…

 

A suivre…

 

 1. Deux petits tableaux    2. Hantise    

 

                   

05 juillet 2010

La puce

 

 

 la tour - la femme à la puce - musée nancy.jpg

Georges de la Tour – La femme à la puce, Musée historique lorrain, Nancy

 

   

 

Poème

 

  Une jeune puce insouciante

 Escaladait nonchalante

 La manche tricotée

 D’un vieil homme attablé.

  

Celui-ci, brusquement, leva son verre

 Dans une attitude familière,

 Bousculant la bestiole volage

 Qui plongea dans l’épais lainage.

  

Le calme revenu aux alentours

 Et profitant d’un contre-jour,

 La puce se remit à sauter

 Sous l’œil surpris du bonhomme amusé.

  

Etonné par son allure peu farouche

 Il l’examinait d’un œil louche,

 Evitant de trop bouger

 Ne voulant pas la déranger.

 

L'animal s’aventura jusqu’à la main

 Qu’il escalada d’un bond opportun,

 Atterrissant sur le pouce

 Qui frémit sans aucune secousse.

  

Le vieillard solitaire, en manque de tendresse,

 De la puce appréciait la joliesse,

 Admirait sa grâce coquine

 Et son allure mutine.

  

Il s’apitoyait devant sa petitesse,

 Son apparente faiblesse,

 Pouvait-elle devenir son amie

 Pensait-il attendri ?

  

La puce sautillait sur la peau accueillante,

 Souple et attirante.

 L’homme séduit, ravi,

 Etait heureux, déjà conquis.

    

La puce prenait ses aises,

 Un petit doigt lui servit de trapèze,

 Elle s’élança vers l’annulaire

 D’une savante pirouette dans les airs.

 

Le bonhomme voulu dans un élan de tendresse

 Lui donner une simple caresse.

 Il approcha doucement l’autre main

 Dans un geste incertain.

 

Du vieillard, le discret mouvement furtif

 effraya l’insecte craintif.

  La puce hésita à piquer

 Et d’un saut s’enfuit apeurée.

  

Accablé par sa maladresse,

 Le vieil homme, en grande détresse,

 contempla sa main désertée

 Par son amie soudainement envolée.

 

Effondré, il saisit la bouteille familière,

 Sans hésiter approcha son verre,

 L’emplit du liquide carmin

 Et dans l’alcool noya son chagrin.

 

 

                                                                                           Alain