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HISTOIRES D'EXPOSITIONS (27) - Page 3

  • L'âge d'or hollandais - De Rembrandt à Vermeer

     

    Mes "coups de coeur"

     

     

          Je reviens une dernière fois sur l'exposition qui se tient actuellement jusqu'au 7 février prochain à la Pinacothèque de Paris. Le Rijksmuseum d'Amsterdam qui s'est séparé de quelques-unes des œuvres qui font sa richesse, les a confiées à la France pour quelques mois. Les reverrons-nous un jour ?

          J'ai consacré mon dernier article exclusivement à Vermeer et sa Lettre d'amour. Je me devais de montrer quelques-unes des autres toiles présentes dans l'exposition.

          Aujourd'hui, je décris mes « coups de cœur » rencontrés tout au long du parcours de visite menant à la petite toile de Vermeer qui clôture l'exposition. Mon choix est évidemment subjectif compte tenu de l'exceptionnelle qualité des toiles présentées.

          Au départ, j'avais prévu de me limiter à 8 tableaux seulement et, finalement, je n'ai pu me résigner à en supprimer certaines. J'ai donc choisi 12 tableaux qui viennent tous du Rijksmuseum. Ceux-ci m'ont paru les plus représentatifs de l'extrême diversité des talents qui oeuvraient dans le bouillonnement artistique de ce siècle d'or.

     

          Un état de grâce submerge la peinture au cours de ce 17ème siècle hollandais...

          Pour la première fois, au Pays-Bas, ce n'est plus l'histoire sainte, la mythologie grecque ou l'histoire qui deviennent le thème central du tableau, mais la vie quotidienne des gens.

          Un art libre s'installe. Le peuple néerlandais est prospère et la demeure familiale s'impose comme le modèle idéal pour le pays. Les principaux acheteurs deviennent des bourgeois aisés. Les peintres se spécialisent en fonction de la demande et de leurs goûts propres : portraits, paysages, natures mortes, églises et scènes de genre. Ces dernières, de dimensions réduites, s'accrochent plus facilement dans les salons. L'art est présent partout, même dans les demeures les plus humbles.

          Quelques uns des plus grands peintres de l'histoire mondiale de la peinture s'épanouissent dans cet âge d'or : Rembrandt, Vermeer et Hals rayonnent, accompagnés par un bouquet de peintres exceptionnels aux talents variés.

     

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    Rembrandt Harmensz van Rijn – Le reniement de Saint-Pierre, 1660

     

          A tout seigneur, tout honneur !

          Rembrandt est considéré comme un des plus grands peintres de tous les temps. Il est le génie universellement admiré.

          Dans ma sélection, il est le seul peintre pour lequel j'ai choisi de présenter deux œuvres. La deuxième œuvre clôturera ma sélection. Je montre Le reniement de Saint-Pierre en premier.

          Je suis resté longtemps planté devant ce tableau qui est, à mes yeux, avec La lettre d'amour de Vermeer, l'œuvre majeure de l'exposition.

          Toute la virtuosité du peintre est concentrée dans cette grande toile montrant une scène biblique. « On ne peut voir un Rembrandt sans croire en Dieu, disait Van Gogh ».

          Quel morceau de peinture ! Une obscurité aux tonalités brunes est percée d'une lumière irréelle qui jaillit en son centre. Cette clarté provient d'une bougie dont la lueur traverse la main d'une servante et éclabousse l'habit et le visage de Saint-Pierre. Sur la droite, dans la pénombre, le Christ se tourne vers le saint dans un ultime reproche.

          La manière exceptionnelle de Rembrandt nous saisit : ambiance crépusculaire, empâtements, transparences lumineuses, couleurs monochromes. Quelque chose de surnaturel...

     

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          Pas facile d'être une femme peintre à cette époque !

          Fille de botaniste et femme de peintre, elle acquiert une technique éblouissante dans la peinture des fleurs. La finesse dans le rendu des détails est d'une précision étonnante.

     

     

     

     

     

     

     

     Rachel Ruysch – Nature morte de fleurs sur une table de marbre, 1716

     

       

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    Hendrick ter Brugghen – Adoration des rois mages, 1619 

     

          Le peintre voyage en Italie et revient ébloui par Le Caravage dont il reproduit la lumière artificielle et les contrastes dramatiques.

          Les grandes toiles religieuses ne sont pas très courantes à cette époque. J'ai été frappé par l'étrange enfant Jésus au visage de vieillard trempant ses mains dans la coupe qui lui est tendue. Les personnages sont superbement modelés. La finesse et l'harmonie des couleurs éclatent.

     

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    Nicolaes Berchem – Troupeau de bétail traversant le gué, 1656 

     

          Parmi plusieurs paysages, mon choix a porté sur celui-ci. Ce peintre, ami du plus connu des paysagistes hollandais Jacob van Ruysdael, bénéficia d'un important succès de son vivant. Il peignait des paysages remplis de personnages et d'animaux d'une grande maîtrise technique.

          J'aime le coucher de soleil éclairant la scène d'une couleur automnale.

      

    portraithomme.jpg         Un style peu conventionnel. Ce peintre est incontestablement le plus talentueux avec Rembrandt dans l'art du portrait. Rembrandt aurait bien pu s'inspirer de cette liberté de touches sans rivale à Haarlem où il résidait. Il avait le talent de fixer à grands traits, rapidement, par des coups de pinceaux forts et vivaces, l'impression fugitive donnée par ses modèles. Déjà l'impressionnisme ?

           Je n'ai pas oublié La bohémienne au regard coquin du Louvre ! Les contemporains de Hals appelaient « l'écriture du maître » cette technique audacieuse et vivante.

           Dans ce portrait, d'une touche relachée et souple il saisit le caractère aristocratique et l'élégance de l'homme. La virtuosité du rendu de la collerette impressionne...

     

          Frans Hals – Portrait d’homme, 1635 

     

       gérard ter borch-jeunefilleassiseencostumepays.1650.jpg

     

          Peintre d'un monde élégant, raffiné.

          Une impression d'éternité poétique se dégage de la jeune femme fille, probablement la sœur de l'artiste, travestie en paysanne.

           Le clair-obscur, la virtuosité des coloris, la douceur de la lumière ne sont pas très éloignés des toiles de Vermeer. Les deux hommes devaient d'ailleurs être intimes car Ter Borch apposa sa signature sur un acte notarié, à côté de celle de Vermeer, deux jours après le mariage de celui-ci.

     

     

                                                                    Gérard ter Borch – Jeune fille en costume de paysanne, 1650 

     

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          On discute les prix dans un atelier de tailleur où de jeunes apprentis sont concentrés sur leur ouvrage.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     Quiringh van Brekelenkam – L’atelier du tailleur, 1661

     

     Nicolas maes-vieillefemmeenprière.jpg 

     

          C'est un éloge de la piété dans la vie quotidienne.

          La femme prie devant son repas. La jouissance des biens du monde doit conduire à Dieu, disait-on. Le chat, symbole de convoitise, tente de profiter de l'extase de cette femme âgée pour s'approprier quelques aliments.

          Une belle lumière accentue l'intimité de la scène.

     

      

                                                                                      Nicolaes Maes - Vieille femme en prière, 1656

     

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          On prie beaucoup à cette époque ! Cette fois, il s'agit d'un couple d'humbles paysans. La lumière modestement dispensée par une lucarne sur le côté enveloppe la jeune femme magnifiquement.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Cornelis Bega – Le bénédicité, 1663 

       

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    Pieter de Hooch – Scène d’intérieur avec une mère épouillant son enfant, 1660
     

           De Hooch fut l'artiste novateur de cette nouvelle peinture de genre hollandaise représentant la vie quotidienne dans des scènes familiales d'intérieurs bourgeois ouverts sur des cours illuminées où des enfants s'amusent.

          Dans cette toile, l'épouillage de l'enfant par sa mère symbolise le bonheur familial et la propreté dont la ville de Delft avait la réputation. L'échappée sur une autre pièce où la lumière pénètre de l'extérieur accentue la perspective et les effets de contre-jour éclairant tout le tableau.

          C'est un éloge de la vie domestique dans un foyer hollandais net et serein...

     

     toilette.jpg       J'adore Jan Steen ! Un surdoué pouvant tout peindre !

          On retrouve son humour décapant dans beaucoup de ses toiles montrant de nombreux personnages de milieu populaire dans des ambiances festives. Ce sont des scènes burlesques ou des représentations des faiblesses humaines : ivrognerie, amour vénal, gourmandise, jeux.

          Même dans la peinture de cette femme assise sur son lit l'humour du peintre reste perceptible. La jeune femme, probablement une courtisane, fait sa toilette dans une attitude un brin érotique. Son visage souriant semble indiquer qu'elle est satisfaite d'elle-même et de son pouvoir de séduction.

           Cela ne semble pas émouvoir le petit chien qui a pris la place dans le lit...

      

     Jan Steen – Femme à sa toilette, 1660

     

     

           C'est une étonnante toile du fils de Rembrandt, Titus, habillé en moine.peinture hollandaise,pinacothèque,rembrandt,

          A cette époque, le peintre est vieillissant, fatigué. Sa femme Saskia et trois de ses enfants sont morts. Ce portrait exprime de la tristesse.

          Une lumière céleste semble éclairer le visage du jeune homme qui émerge de l'obscurité ocre. Rembrandt pressent-il que ce fils mourra avant lui à 27 ans ?

           « Pour peindre comme ça, il faut être mort plusieurs fois, disait Van Gogh ».

     

     

     

     

     Rembrandt Harmensz van Rijn – Portrait de son fils Titus, habillé en moine, 1660, Rijksmuseum, Amsterdam

     

     

             C'est fini...

          J'ai pris beaucoup de plaisir à montrer ces peintures. De nombreux autres peintres présents dans l'exposition auraient pu figurer dans mes « coups de cœur ». Je pense à Van Ruisdael, Mignon, De Heem, Van de Velde, Pynacker, De Witte... Mais il fallait faire un choix.

          Je pense que vous aurez apprécié la qualité de cette douzaine de toiles qui ne peut que donner envie d'aller les voir de plus près.

      

                                                                                     Alain

     

          J'espère que la vision de ces magnifiques tableaux s'ouvrira pour vous et vos familles sur un Noël lumineux et une excellente fin d'année.

          Je serais heureux de vous retrouver début janvier avec mon ami Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise.

     

     

     

  • La lettre d'amour - VERMEER Johannes, 1670

     

     

          L'église de la Madeleine a un aspect fantomatique.

        Foutu temps... Triste, froid, venteux, humide... Tout ce que j'aime ! Je bougonne toujours lorsque je me balade à Paris en cette saison.

        J'avais lu de nombreux articles élogieux sur la qualité de l'exposition exceptionnelle que la Pinacothèque de Paris présentait en association avec le Rijksmuseum d'Amsterdam : L'âge d'or hollandais - De Rembrandt à Vermeer. L'expo dure jusqu'au 7 février 2010, mais, prudent, j'ai préféré prendre les devants pour éviter la foule des retardataires qui, comme moi trop souvent, se précipitent, affolés, les tous derniers jours.

          J'arrive bien tard. Un train paresseux m'a retardé. Le jour commence déjà à baisser et le musée ferme ses portes à 18 heures. Si j'étais parti plus tôt...

          J'ai presque honte de dire que je suis venu presque essentiellement pour revoir une toile : La lettre d'amour, petit Vermeer de 44 cm x 38 cm. Il est le seul Vermeer des toiles hollandaises exposées à la Pinacothèque. Succès assuré pour les organisateurs ! Ils ont ainsi pu introduire le nom de Vermeer, accolé à celui de Rembrandt, dans l'affiche spectaculaire que j'aperçois au loin.

        Pour une fois qu'un Vermeer débarque à Paris, je ne pouvais pas le manquer. Les deux seuls Vermeer du Louvre que la France possède, La dentellière et L'astronome, ne suffisaient plus à satisfaire ma passion pour cet artiste énigmatique mort depuis plus de trois siècles.

          J'ai encore en tête la grande exposition consacrée au peintre qui avait eu lieu en 1996 au Mauritshuis à La Haye. J'avais fait des pieds et des mains pour obtenir des places que le monde entier se disputaient. Les trois-quarts de l'œuvre peu importante du maître de Delft étaient rassemblés (22 toiles sur environ 35 toiles connues), dont la Lettre d'amour qui m'attend.

          Je traverse la rue de Sèze. La toile de Vermeer, immense, anime les murs du musée devant lequel une longue file de visiteurs se presse, stoïque.

     

         

          Une bonne surprise m'attendait en entrant dans le musée. Devant le succès colossal de l'exposition, le musée avait modifié ses horaires de fermeture : 20 heures au lieu de 18 heures. Je saluai par la pensée les gentils organisateurs pour cette heureuse initiative qui allait me permettre de visiter sereinement, sans courir.

          L'itinéraire fléché m'imposa un circuit commençant par le premier étage du musée et se terminant au rez-de-chaussée par les peintures de genre où Vermeer clôturait l'expo.

          Les œuvres, superbement éclairées, se détachaient dans une semi pénombre.

          Que des chef-d'œuvres ! La richesse de la peinture hollandaise au 17ème siècle avait peu d'équivalent dans l'histoire mondiale de l'art, avec les italiens auparavant. Les peintres de grands talents fourmillaient. On pouvait parler de siècle en or.

          J'examinai chaque œuvre avec minutie, admiratif. Toutes ces toiles me transportaient dans un autre monde fait de polders, canaux, moulins à vent, églises, scènes villageoises, bourgeois posant en grande tenue au milieu de leurs enfants.

          Je décidai de noter sur un carnet mes nombreux "coups de cœur". Pas simple... Je les présenterai une autre fois.

          Je viens de passer les toiles du merveilleux Rembrandt. Je les décris sur mon carnet. Le réjouissant Jan Steen m'arrête un instant. Je me dirige vers la dernière salle de l'expo.

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    Johannes Vermeer – La lettre d’amour, 1670, Rijksmuseum, Amsterdam

     

          Ouf ! Etonnamment, je suis seul devant la petite toile. Un groupe important de visiteurs étrangers agglutinés autour de leur guide vient à peine de s'éloigner.

          Le tableau-phare de l'exposition, la Lettre d'amour de Johannes Vermeer, m'est offert.

          Etrange peinture ?

          C'est la seule toile du maître de Delft avec une œuvre de jeunesse ressemblante, La jeune fille endormfilleendormie.jpgie, où l'on pénètre dans l'intimité d'un intérieur bourgeois par une porte judicieusement entrouverte.De hoochCoupleperroquet.jpg

          Je repensais à une toile de Pieter de Hooch qui aurait pu inspirer Vermeer car la perspective et la composition étaient comparables : Le couple au perroquet. Les deux peintres avaient été voisins à Delft durant quelques années, se copiant l'un, l'autre. Chez Vermeer, l'impact psychologique de la scène est d'une toute autre densité, pensai-je...

                                              

    J. Vermeer – La jeune fille endormie, 1667, Metropolitan Museum, New York

                                                                                         Pieter de Hooch – Couple au perroquet, 1668, Wallraf-Richartz Museum, Cologne

         

          Je décide de m'introduire par la pensée dans la toile pour mieux en saisir les subtilités.

          Voyeur, je m'installe discrètement dans le réduit à balais très sombre, juste à côté d'une chaise sur laquelle un linge et une partition chiffonnée ont été déposés négligemment. J'observe à leur insu les jeunes femmes placées au centre de la pièce en pleine lumière. Cela me rappelait quand je regardais par un trou de serrure étant gamin.

          Cette mise en scène, comédie muette de gestes et de regards, ressemble à un décor de théâtre avec des objets dispersés un peu partout : un balai, un panier à linge, un coussin, des tableaux au mur, des chaussures traînent par terre en désordre. Un bric-à-brac voulu par le peintre.

          Les comédiennes ignorent ma présence proche.

          La servante vient d'interrompre son travail pour remettre une missive à sa maîtresse qui se distrait en jouant du luth. La musicienne arrête de jouer, soucieuse. Elle redoute l'ouverture de l'enveloppe.

        dét4lettreamour.jpg  Lèvres entrouvertes, l'inquiétude amoureuse se lit dans son regard qui interroge la servante : rupture ou rendez-vous ? La mine réjouie de celle-ci s'épanouit d'un sourire complice, presque ironique. Elle a laissé en plan ses travaux de ménage et semble pressée de connaître le contenu de la lettre qui l'intrigue tout autant que sa maîtresse.

       Je ne perds rien du drame qui se noue... Curieux face à face ? Les deux femmes se regardent, réunies dans une même interrogation immobile.leçon de musique.jpg

          Toujours la perspective... Le quadrillage de la pièce est savamment ordonné. Le dessin des dalles noires et blanches est d'ailleurs le même que dans la fameuse Leçon de musique que la Reine d'Angleterre a la chance de posséder. Il attire automatiquement le regard vers l'intérieur de la deuxième pièce.

          La méthode utilisée par Vermeer était d'une grande précision : partant du point de fuite situé juste au-dessus de la chaise dans le petit couloir où je suis blotti, une corde trempée dans la craie lui permettait de tracer des lignes dans toutes les directions et ainsi d'agencer, comme un architecte, les différents plans du tableau. Simple et habile à la fois !

      J. Vermeer – La leçon de musique, 1664, Buckingham Palace, Londres        

         

    La lumièdét3lettreamour.jpgre magique de Vermeer arrive par la gauche et tombe en plein sur les personnages. Les couleurs fétiches du peintre s'harmonisent : la robe en satin jaune de la musicienne accolée au bleu éclatant du tablier de la servante. Une tapisserie en cuir doré derrière les femmes réchauffe la pièce. Les tons sont d'une grande douceur. Le peintre est au sommet de son art en cette année 1670.

          J'examine la marine et le paysage idyllique suspendus au mur. A cette époque, ils symbolisaient le calme, bon présage en amour...

          Je lance un dernier regard. La domestique semble s'impatienter, espérant toujours l'ouverture de la lettre. Je m'éloigne à tâtons de mon lieu d'observation. Il ne faut surtout pas les déranger. Quelle honte si elles me voyaient ! 

          Je sors  à regret de la toile et l'observe à distance.

          Le temps semble s'être arrêté...Une atmosphère mystérieuse, envoûtante, enveloppe le petit tableau scintillant dans la pénombre...

     

         

          La nuit recouvre l'église de la Madeleine. Je marche vers la place de la Concorde. Quelques étoiles lumineuses s'entrelacent autour des arbres. Bientôt Noël, pensai-je.

          Les visages lumineux des deux femmes que je venais de quitter m'apparurent un court instant dans le noir.

          Ont-elles ouvert la lettre ?

     

                                                                                       Alain

     

          Je présenterai dans un prochain article mes "coups de coeur" de l'exposition notés à la sauvette sur un carnet. Rien que du beau ! Ce sera mon cadeau de Noël.

     

     

                                                                                             

  • Un musée des impressionnismes à Giverny - Le jardin de MONET

     

      

     

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          Il était temps ! L'exposition se termine samedi prochain, 15 août.

          L'ancien Musée d'Art Américain n'a pas changé de look mais de nom en 2009. Il est devenu le Musée des impressionnismes et veut s'intéresser à l'histoire de l'impressionnisme et à ses conséquences sur l'art du 20ème siècle.

          Blotti dans un jardin découpé à l'ancienne en carrés fleuris éclatants de couleurs, il est toujours aussi agréable de se rendre dans ce musée proche de quelques centaines de mètres de la maison et des jardins de Claude Monet à Giverny. L'artiste y vivra de 1883 à sa mort en 1926, soit 43 ans.

          Comme souvent, le ciel normand bleu diaphane, presque délavé, est morcelé de nuages moutonneux qui laissent filtrer quelques rayons de soleil au gré de leurs humeurs. Pour une fois, la chaleur est présente.

          - Is that parking free ?

          Je ne suis pas encore sorti de la voiture que déjà un touriste japonais s'inquiète de savoir si son budget vacances résistera durablement aux prix exorbitants des places de parkings en France.             

          Je lui souris béatement pour le rassurer.

          - Oh ! Yes, it is free !

          J'accompagne ma réponse d'un geste significatif en arrondissant les doigts de ma main droite : « Zero !... Free ! ».

          Rassuré l'homme s'éloigne rejoindre sa compagne qui semble s'impatienter.

     

          Il fait toujours frais dans ce musée. J'inspecte les lieux. Je constate que les tableaux des excellents artistes américains que je voyais souvent exposés dans ce lieu semblent avoir disparu.

          « Ce n'est qu'un œil, mais bon dieu, quel œil ! » s'exclamait Paul Cézanne en parlant de Claude Monet.

          Je savais avant de venir que l'expo était entièrement consacrée à Claude Monet et à son travail dans la région de Giverny. Effectivement, il n'y a pratiquement que des toiles de l'artiste. Une bonne vingtaine de tableaux du peintre semblent un peu perdus dans les grandes salles du musée. Ils représentent son jardin, quelques vues des bords de la Seine ou de l'Epte et, surtout, son fameux étang aux nymphéas.

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    Claude Monet – En norvégienne ou La barque à Giverny, 1887, Musée d’Orsay, Paris

     
     

         

          Faute de la quantité, je vais me contenter de la qualité ! Sur ce plan, aucun souci à se faire. Avec Claude Monet, nous sommes dans le meilleur de l'impressionnisme. Un régal !

          Le Musée d'Orsay s'est délesté, à regret certainement, de sept de ses toiles. J'en reconnais certaines d'entrée : Le bassin au nymphéas avec son pont japonais et, mon préféré, le jardin de l'artiste aux iris bleu mauve vibrants dans la lumière.

     
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    Claude Monet - Le bassin aux nymphéas, harmonie rose, 1900, Musée d’Orsay, Paris

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    Claude Monet – Le jardin de l’artiste à Giverny, 1900, Musée d’Orsay, Paris

     

     

     

          La visite est entrecoupée de documents historiques divers se rapportant à la vie de l'artiste : courriers autographes signés, livres sur le jardin et beaucoup de photos d'époque dont plusieurs de Théodore Robinson, peintre faisant partie de l'importante colonie d'artistes américains venus s'installer à Giverny autrefois, attirés par la présence de Monet.
     
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        Photo de Claude Monet, vers 1888-1890                                  

                                                                                                             Photo de Claude Monet près du bassin aux nymphéas, 1905

     
     

          Sur une photo, la famille Hoschedé Monet est installée au grand complet dans le jardin. Ils sont nombreux car Claude Monet, veuf de sa première femme Camille décédée à 32 ans, a épousé en 1892 Alice Hoschedé, veuve également. Ils ont déjà 8 enfants à eux deux de leur premier mariage. Cela fait du monde. Je reconnais Blanche au premier plan, beaucoup plus jeune que la Blanche vieillissante aux cheveux blancs que l'on voit sur les photos de la fin de vie de l'artiste. La belle-fille de Monet fut la compagne attentive et dévouée de ses dernières années. Elle peignait souvent avec lui dans la campagne environnante et une de ses toiles est exposée.

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    Théodore Robinson – photo des Monet et des Hoschedé, 1892, Musée Marmottan, Paris

     

         

          Evidemment, de nombreuses études de nymphéas sont exposées. La plupart ont été retrouvées dans l'atelier du maître après son décès. Elles servaient d'études préparatoires pour les « Grandes Décorations » données à l'Etat par Monet, celles qui enthousiasment les visiteurs du musée de l'Orangerie à Paris depuis 1927.   

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    Claude Monet – Nymphéas bleu, 1916/19, Musée d’Orsay, Paris

                                                                                            Claude Monet – Nymphéas, 1904, Musée des Beaux-Arts, Le Havre

          

          Etrange ! Mes yeux se sont posés par hasard sur les signatures en noir  « Claude Monet » apposées au bas des études. Je ne reconnais pas le jambage minutieux des signatures habituelles du peintre ? Serait-ce des signatures rajoutées par Michel Monet, son fils, qui donna nombre de ces études au Musée Marmottan Monet à Paris ?

           Bof ! L'essentiel est que la peinture soit bien du maître. On ne peut s'y méprendre. L'harmonie picturale des fameux Nymphéas est bien présente : la symphonie des couleurs, les saules pleureurs trempant dans l'onde, les reflets des nuages et les éclats du soleil primesautier, les vibrations des feuillages dans l'eau troublée par le vent, la lumière volage. Seul Monet était capable de rendre ce fouillis aquatique de façon aussi réaliste, souvent proche de l'abstraction.

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    Claude Monet – Nymphéas, 1908, Musée municipal de Vernon

          Je vois un beau paysage du musée d'Orsay ne se rapportant pas à la région de Giverny : Champ de tulipe en Hollande. L'artiste aimait le pays des moulins et des canaux.

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    Claude Monet – Champ de tulipe en Hollande, 1886, Musée d’Orsay, Paris

     
     

          Je reconnais deux des nombreux nymphéas que possède le Musée Marmottan Monet. Les courbes gracieuses de l'agapanthe et de l'hémérocalle ne pouvaient qu'inspirer l'artiste.

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    Claude Monet – Les hémérocalles, 1914, Musée Marmottan Monet, Paris

                                                                     Claude Monet – Nymphéas et agapanthes, 1914, Musée Marmottan Monet, Paris

     

     

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          Finalement, la visite a été trop rapide. Je m'assois un long moment, pensif, au milieu des grandes toiles, immense jardin d'eau qui m'entoure.

          Cet homme âgé avait fait un travail colossal, pensai-je. Monet n'avait plus besoin de se déplacer sur le motif, il lui suffisait de piocher dans la « palette » de son jardin. Son style de peinture en fin de vie, peut-être dû à ses problèmes visuels, était proche de l'art moderne...

         

         

     

     

    Claude Monet – Saule pleureur, 1920/22, Musée d’Orsay, Paris

     

          En sortant du musée, je ne suis pas retourné visiter la maison rose de Monet et son jardin. Je les connais si bien.

          J'aperçois le couple de japonais qui m'a accosté en arrivant se diriger d'un pas allègre en direction de la maison rose. Je leur fais un signe de la main. L'homme sifflote, heureux.

                                                                          

                                                                                                    Alain

     

    J'indique ci-dessous, deux récits que j'ai déjà publiés se rapportant au jardin et à l'étang aux nymphéas de Claude Monet :

      Le Clos Normand, un jardin à Giverny - Claude Monet, 1900

      Les Nymphéas - Claude Monet, 1922

     

     

     

     
     
  • Un dimanche à la Grande Jatte - SEURAT Georges, 1886

    Vous avez dit pointillistes ?

     

     

    25 septembre 1886              (Berthe Morisot – peintre)

     

         Très chère Edma

         Je profite d’un moment de calme pour t’écrire.

         Eugène fait la sieste. Il est très fatigué et tousse constamment. Notre été dans la villa que nous avions louée à Jersey s’est mal passé pour lui. Ce foutu climat anglo-normand…

         Je suis triste petite soeur. Je ne quitte plus le noir du deuil. Ces dernières années ont été bien cruelles pour la famille Manet. Comme tu le sais, en l’espace de trois ans, j’ai perdu ma belle-mère et mes deux beaux-frères. Je garde toujours une place secrète dans mon cœur pour Edouard Manet. Je lui dois tant ! Je ne cesse de me battre pour la réhabilitation de sa peinture. Un jour il entrera au Louvre…

         Eugène, à son tour, est touché par la maladie. Ses dernières forces il les a utilisées pour m’aider à préparer notre exposition des « impressionnistes » qui s’est tenue avant notre départ pour Jersey du 15 mai au 15 juin dernier. Nous avions loué un local rue Laffitte, au-dessus du restaurant de La Maison Dorée. Dommage que tu ne sois pas venue… Enfin, cela va me permettre de te conter dans le détail ce qui s’y est passé.

         Comme le temps passe vite ! C’était la 8ème exposition de notre groupe. Peut-être la dernière ? Te souviens-tu de notre première exposition il y a douze ans dans les locaux du photographe Nadar ? Jeunes fous, nous nous engagions dans un mouvement pictural qui n’avait pas de nom. Nous étions les peintres du plein air, de l’instant, de la lumière changeante et des émotions troubles. Aujourd’hui, nous sommes devenus officiellement des « impressionnistes » et notre peinture commence à être reconnue.

        Contrairement aux autres membres du groupe, je n’ai manqué aucune exposition malgré les critiques et les phrases ironiques. Aujourd’hui, je ne regrette pas cette aventure dans laquelle je m’étais engagée par goût et par défi. J’étais la seule femme et  tous ces hommes m’impressionnaient. J’ai ouvert la voie, car deux autres femmes m’ont rejointe à partir de 1879 : Marie Bracquemond que tu connais, la femme du graveur, et Mary Cassatt. Cette américaine est devenue une grande amie. Elle peint le plus souvent, comme moi, des portraits de femmes et d’enfants. Nos styles sont bien différents.

         Tu me manques Edma ! Te souviens-tu de ces journées où nous peignions côte à côte, unies dans un même amour de l’art. Maman nous envoyait des regards courroucés. Elle ne comprenait guère pourquoi ses filles ne s’intéressaient qu'à la pratique de la peinture. C’est si loin aujourd’hui… 

         Quel désordre ma petite sœur ! Notre groupe d’artistes était sur le point de gagner. La critique se faisait molle. Nous étions devenus des frères et sœurs de pensée. Nous parlions le même langage. Devine… Aujourd’hui, nos amis sont en train de se disperser. Nous ne sommes plus capables de nous entendre. On se bagarre au sein de la même famille. Dissensions, divisions, règlements de comptes, jalousies… L’air devient irrespirable. Eugène et moi, passons notre temps à tenter de les réconcilier. En vain…

        Le résultat de ces chicanes est que les meilleurs d’entre nous n’ont pas voulu participer à notre exposition. Monet, Renoir, Sisley, Caillebotte étaient absents. Cézanne aussi, mais lui c’est un solitaire. Tu parles d’un vide ! Leur amour-propre ne supportait pas la présence de Gauguin toujours prêt, celui-là, à jouer les dictateurs. Et, évidemment, le tempérament irascible de Degas n’arrangeait pas les choses.

       Je crains que cette 8ème exposition ne soit la dernière exposition des impressionnistes. Trop de pagaille et de désaccords…Tous ces hommes ont un caractère de cochon ! Les femmes n’ont pas ces emportements, ces entêtements et cette violence.

         Notre vieil ami Camille Pissarro, lui, est venu. Figure-toi qu’il a changé de style récemment. Il peint comme ces jeunes gens qui exposent avec nous cette année. Cherchait-il à se rajeunir ? Mon mari et Degas ne souhaitaient pas la présence de ces jeunes peintres. J’ai dû parlementer longtemps, soutenue par Pissarro, pour qu’ils consentent à accueillir ces peintres rebelles. Ils ont nom Seurat, Signac, Angrand et d’autres.

         Edma, il faut que je te parle de cette nouvelle façon de peindre. Ces gamins disent qu’ils veulent révolutionner l’impressionnisme. On vient à peine d’arriver et ils veulent déjà prendre notre place !... Ils ont repris nos théories sur la lumière et la touche fragmentée mais, ce qui est curieux, cette touche est devenue chez eux… des points. Des points sur toute la toile posés l’un contre l’autre avec une grande minutie et une patience infinie. Du cousu main comme tes broderies !

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    Georges Seurat : Un dimanche à la Grande Jatte 1884-1886, huile sur toile 260 cm x 325 cm, Art Institute Chicago

     

        

          Le clou de l’exposition a été une très grande toile peinte par leur chef de file Georges Seurat : Un dimanche à la grande Jatte.

     54951cdaf618b3536d76a0a2f49aafe1.jpg  L’île de la Grande Jatte est un lieu de loisir parisien au bord de la Seine. Ce tableau, qui se voulait un manifeste de cette nouvelle école, captait l’attention des critiques et du public. Imagine-toi une toile de 3 mètres sur 2 mètres couverte de minuscules points scientifiquement répartis. Les gens se bousculaient dans la petite salle. Ils se moquaient, parlaient de « pluie de confettis », de personnages raides ressemblant à des « poupées de bois ». Les critiques lançaient les mots « divisionnisme », « pointillisme ». Les quolibets montaient… C’était pire que lors de notre première exposition impressionniste en 1874 !efba9df1a2656ca11d5697f042fc4c54.jpg

         Je vais t’amuser... J’ai lu cette semaine dans La Vogue un article publié par le critique Félix Fénéon au sujet de cette nouvelle école. Je ne peux résister de t’en donner quelques extraits. Il parle d’une « méthode néo-impressionniste ». Il tente de justifier les choix techniques de ces peintres en proposant de nombreuses descriptions très drôles de leur style : « versicolores gouttes », « tourbillonnantes cohues de menues macules », « fourmillement de paillettes prismatiques », « menues taches pullulantes ». Je t’en passe… Même Eugène s’est déridé à cette lecture.

         J’ai vu récemment Renoir. Il ne veut pas entendre parler de cette technique. « Ils s’essouffleront rapidement m’a-t-il dit d’un ton péremptoire. »

     

       4df88a0f78fe3d359bac5e1ab09da6e4.jpg  Et bien moi Edma, j’aime cette peinture !

          Je te décris brièvement le tableau de Seurat. Les personnages représentés sont de milieux sociaux divers et sont venus sur l’île pour profiter d’une belle journée. Ils paraissent effectivement un peu figés. Mais l’essentiel n’est pas là… Les contrastes d’ombres et de lumières sont admirablement répartis. Les couleurs, soucieuses les unes des autres par le principe des complémentaires que tu connais bien, vibrent intensément. Il faut regarder le tableau à bonne distance pour que le mélange des tons s’effectue dans l’œil du spectateur. Lorsque notre rétine a effectué le travail de recomposition des couleurs, l’harmonie éclate. C’est lumineux !

     

        Dans le même style que Seurat, son ami Paul Signac est très doué. J’ai apprécié de lui un superbe paysage de neige à Paris ainsi que des modistes originales. Charles Angrand m’a réjouie également avec sa Seine, le matin envahie de brouillard. Tous ces garçons sont des adeptes du « pointillé » et me paraissent promis à un bel avenir.

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    Paul Signac : Boulevard de Clichy, la neige 1886, The Mineapolis Institute of Arts, Mineapolis     

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     Charles Angrand : La Seine, le matin 1886, huile sur toile 45 cm x 55 cm, Petit Palais, Genève

              
         Ces jeunes gens sont également de joyeux lurons. Signac est passionné de canotage. Il possède une embarcation qu’il a appelé le « Hareng saur épileptique ». Certains jours, à l’exposition, il se déguisait en canotier avec chapeau en paille, maillot rayé, manches courtes et biceps saillants. Il venait vers moi et insistait avec forces gestes et paroles pour que je vienne barrer sa yole le lendemain matin sur la Seine. Tu sais, soeurette, que les barreuses sont très recherchées par les canotiers ! J’acceptais devant le public amusé. Il faisait également le pitre devant Mary Cassatt qui faillit même, tordue de rire, faire tomber son délicieux tableau Jeune fille au jardin qu’elle s’apprêtait à accrocher. Ces hommes…
     

         Personnellement, j’ai exposé une dizaine d’œuvres cette année dont le peinture,morisot,néo-impressionnismejardin de Bougival et une jeune fille à son bain se coiffant.

       Comme d’habitude, toutes les toiles présentées par ce vaurien de Degas me plaisaient. Ce vieux célibataire endurci est un coquin ! Il adore peindre les femmes. Toujours des femmes du peuple : blanchisseuses, modistes, lavandières, couturières. Et ses danseuses… Il a exposé un pastel Le tub qui montre une femme accroupie se nettoyant le dos avec une éponge. La pudeur bourgeoise était choquée.

     

     

     

     Berthe Morisot : Le bain 1885, huile sur toile, Sterling et Francine Clark Art Institute, Williamstown

     

     

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    Edgar Degas : Le tub 1886, pastel, Musée d’Orsay, Paris

     

     

     

          Nos dîners du jeudi à la maison sont toujours une fête. Si tu pouvais venir, nos amis seraient heureux de te revoir... Quel dommage que Lorient soit si loin... Ces soirées distraient mon pauvre Eugène et lui redonnent un peu de courage. Degas et Renoir ne cessent de s’asticoter l’un l’autre ce qui, parfois, agace Degas qui part en claquant la porte. Tu le connais, il ne changera pas. Les phrases éblouissantes de Mallarmé fusent à tout propos. J’ai beaucoup d’affection pour ce grand poète et il me le rend bien. L’amitié et l’admiration que nous vouons à Edouard Manet nous rapprochent. Il m’appelle toujour respectueusement « Madame ».

         Ma chère sœur, je te laisse. Tu ne peux savoir à quel point cela m’a fait du bien de t’écrire !

         Julie a 8 ans. Je n’arrête pas de peindre son joli minois. Fais plein de bises à Jeanne et Blanche pour moi.

         Ton affectionnée Berthe.

     

                     Berthe Morisot

     

                                                                                                                              Alain

      

         Cette exposition de 1886 sera la dernière exposition impressionniste. Les jeunes peintres, que l’on appellera les néo-impressionnistes, poursuivront leurs recherches les années suivantes. Malheureusement, Seurat mourra en 1891 à 32 ans. Signac restera fidèle toute sa vie à la technique pointilliste. A partir de son passage à Saint-Tropez en 1892, il utilisera beaucoup l’aquarelle pour peindre des toiles d’inspiration plus libre.