Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10 février 2017

Van Gogh : Assassinat ou suicide - 4 ?

 

LES MOTS PARLENT …

 

 

peinture, van gogh, auvers-sur-oise

Vincent Van Gogh – Autoportrait au chapeau de paille, 1887, Van Gogh Museum, Amsterdam

 

 

     J’en arrive aujourd’hui à la quatrième et dernière partie (Ma conviction personnelle) de mon enquête consacrée au décès du peintre Vincent Van Gogh le 27 juillet 1890 à Auvers-sur-Oise.

     En décembre 2016, lorsque j'ai publié mon roman "QUE LES BLES SONT BEAUX" (en lecture libre comme je l'ai indiqué dans mon blog) qui contait les deux derniers mois de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise, je ne connaissais pas de livres d'auteurs américains sur le peintre et de thèse nouvelle sur son assassinat. Pas un seul instant, je ne pensais me lancer dans ce long dossier-enquête qui m’a passionné et m'a permis de conforter ma conviction personnelle, que je vais exposer, qui est celle du suicide.

     Auparavant, je voudrais revenir un instant sur cette troisième partie, publiée le 28 janvier dernier, qui présentait la thèse de l’assassinat de Van Gogh proposée dans un livre publié en 2011 « VAN GOGH : The Life » par deux journalistes américains Steven Naifeh et Gregory White Smith. Dans mon article, j’avais bien spécifié que j’avais repris les différents points se rapportant à cette thèse publiés dans le magazine Vanity Fair de mars 2015 que les auteurs du livre avaient signés en fin d’article.

     Depuis, j’ai reçu leur livre que j'avais commandé qui a été traduit en 2013 sous le titre « VAN GOGH ». Il s’agit d’une volumineuse biographie de 1230 pages de belle qualité. Une très courte annexe, d’une quinzaine de pages seulement à la fin du livre, s’intitule : « Note sur la blessure mortelle de Vincent ». Cette note a pour but, selon les auteurs, de « proposer un récit des événements du 27 juillet 1890 qui cadre mieux avec ce que nous savons de cet incident et de l’homme, d’examiner les origines de la version communément admise, et d’expliquer pourquoi, à notre sens, cette version ne tient pas ».

     Dans cette biographie, l’explication du décès est présentée différemment dans la forme par rapport à celle du magazine, mais les points argumentés sont, évidemment, exactement les mêmes : ils se sont constitués au cours d’une période qui s’étire sur plus de 70 ans… Je rappelle brièvement, ci-dessous, les points essentiels de cette argumentation que j’avais déjà largement commentée dans la troisième partie de l’enquête :

  • Vincent n’a pas laissé de mot d’adieu : Voir mon article du 28 janvier dernier à ce sujet.
  • Assassinat par deux jeunes garçons : Cette histoire rocambolesque est le principal argument des auteurs : deux adolescents en vacances, les frères Secrétan, dont le plus jeune René avait 16 ans, étaient attifés en cow-boy et se moquaient de Vincent, lui faisaient des blagues, le faisaient enrager, buvaient avec lui (alors que Vincent, malade, dit dans ses courriers qu’il ne buvait plus depuis son année récente passée à l’hospice de Saint-Rémy-de-Provence), lui faisaient connaître des femmes qui s’amusaient à l’émoustiller. René possédait un vrai revolver, qu’il tenait paraît-il de l’aubergiste Ravoux. Il s’en servait pour tirer les oiseaux et… les poissons. En taquinant Vincent, sous l’influence de l’alcool, un coup de feu aurait pu partir, ou Vincent aurait pu lui-même voler l’arme. L’argumentation repose essentiellement sur le témoignage de René Secrétan (le tireur de poissons…) fait à l’écrivain et médecin Victor Doiteau en 1956, soit 66 ans plus tard alors qu’il avait 82 ans. Vincent aurait également, selon René, donné aux enfants 6 croquis ou pochades qui ont totalement disparus…: A mes yeux ce récit est peu crédible pour les raisons que j’ai déjà expliquées le 28 janvier.
  • Les circonstances de la mort : Selon les médecins, la balle n’a pas suivi une trajectoire rectiligne et le coup aurait pu avoir été tiré de « trop en dehors » pour que ce fût Vincent qui eût appuyé sur la détente…: Voir mon article du 28 janvier à ce sujet.
  • Le peintre Emile Bernard (grand ami de Vincent) aurait rapporté la thèse du suicide dans une lettre au critique Albert Aurier deux jours après l’enterrement : Emile Bernard est un mystificateur prolifique et inventif qui donne à sa version de l’incident des accents de martyr chrétien comme il le fit déjà lors de l’automutilation de Vincent à Arles : Voir mon article du 28 janvier dernier à ce sujet.
  • Les interviews données par Adeline Ravoux : celle-ci, donne plusieurs interviews entre 1950 et 1960, soit plus de 60 ans après les fait. Elles rapportent le suicide du peintre qu’elle a vécu et dont son père l’aubergiste Ravoux lui parla toute sa vie. L’opinion des auteurs : « la personne qui contribua le plus à transformer la légende diffamatoire avancée par Bernard en récit définitif et incohérents des derniers jours de Vincent fut Adeline Ravoux : Voir mon article du 28 janvier à ce sujet.

 

     Mon ressenti personnel au sujet de l’argumentation des auteurs du livre rajoutée en toute fin de celui-ci dans une courte annexe, et cela n’engage que moi, n’a pas changé. Le point essentiel de l’argumentation : l’assassinat par des adolescents, est uniquement fondé sur des rumeurs, on-dit, et témoignages décousus de René Secrétan 66 ans après le drame. Cette thèse d’un assassinat présumé reste d’ailleurs largement contestée par de nombreux spécialistes dont le Van Gogh Museum à Amsterdam.

 

     J’en viens enfin à ma conviction personnelle sur la mort de Vincent Van Gogh qui clôturera définitivement cette enquête. Cela va encore être long, désolé…

 

Lire la suite

28 janvier 2017

Van Gogh : Assassinat ou suicide - 3 ?

 

peinture,van gogh,auvers-sur-oise,

Vincent Van Gogh – Paysage avec le château d’Auvers au coucher de soleil – juin 1890, Van Gogh Museum, Amsterdam

 

 

 

Troisième partie 

 

THÈSE DE L’ASSASSINAT

 

 

 

     J’ai publié le 15 janvier dernier la première partie de mon dossier enquête sur le décès du peintre Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Celle-ci se nommait : « Thèse officielle : Celle du Van Gogh Museum ». Après la deuxième partie : « Souvenirs d’Adeline Ravoux », publiée le 21 janvier, j’en arrive aujourd’hui à la troisième partie du dossier : La thèse de l’assassinat.

     Cette thèse récente de l’assassinat repose essentiellement sur le livre publié en 2011 « VAN GOGH : The Life » de deux journalistes américains à succès Steven Naifeh et Gregory White Smith pour lesquels la version officielle du suicide de Vincent Van Gogh n’est pas crédible.

     Le livre de ces journalistes est une volumineuse biographie sur le peintre qui expose leur version de l’assassinat, résultat d’une longue enquête découvrant des incohérences dans ce que l’histoire a reconnu comme étant un suicide. D’autres biographies et romans sont apparus ensuite reprenant cette même thèse de l’assassinat.

  

     Simple passionné du peintre, je me suis beaucoup documenté sur l’homme et sa vie pour écrire récemment le roman QUE LES BLÉS SONT BEAUX – L’ultime voyage de Vincent Van Gogh : Vincent raconte au jour le jour les deux derniers mois de sa vie à Auvers-sur-Oise.

    J’ai toujours été étonné des nombreuses polémiques engendrées par l’œuvre, la vie et, maintenant, la mort de Vincent. Il n’en aurait pas demandé autant, le pauvre !

 

Lire la suite

15 décembre 2016

QUE LES BLES SONT BEAUX - L'ultime voyage de Vincent Van Gogh

 

 

Colis de Noël

 

  

Extrait de l’« Introduction » du roman :

 

« Auvers-sur-Oise…

     Au printemps de l’année 1890, l’itinéraire tourmenté du peintre mène ses pas dans ce petit village situé au nord de la région parisienne. Il revenait du Midi où il avait connu de longues périodes de souffrance et un séjour d’une année, à sa demande, dans l’hospice Saint-Paul-de-Mausole à Saint-Rémy-de-Provence. A Auvers, la prescription médicale du docteur Gachet qui le soigne est simple : « jetez-vous hardiment dans le travail, distrayez-vous, pensez à autre chose. »

    Vincent va suivre les préceptes du docteur à la lettre. Au sommet de son art, il peint dans une débauche d’énergie, parfois plus d’un tableau par jour. Nombre des toiles de cette période sont des chefs-d’œuvre.

    Plusieurs fois, je me suis rendu dans cette petite commune longeant les berges de l’Oise où la présence de l’artiste est encore perceptible. Je l’ai rencontré. Il est devenu un ami.

    Cette rencontre s’est transformée en un récit écrit par Vincent lui-même. Tour à tour joyeux, mélancolique, parfois sombre, il conte, au jour le jour, son ultime pérégrination de deux mois dans Auvers. Il nous fait partager ses goûts, ses désirs, sa curiosité, ses rencontres, décrit son activité quotidienne, explique sa peinture, et, surtout, exprime son amour de l’art qui le fait répéter souvent : « Il y a du bon de travailler pour les gens qui ne savent pas ce que c'est qu'un tableau ».

     Vincent Van Gogh, le solitaire, l'incompris, aurait aimé cette histoire qui est la sienne. »

 

     A l’approche de Noël, Vincent et moi sommes heureux de vous faire partager ce livre numérique commencé il y a une dizaine d’années. Il est librement consultable en cliquant sur sa couverture. Les fonctions interactives permettent d’adapter la vision la plus confortable pour chacun : par exemple, pour moi, le mode de lecture le plus agréable à l’écran me paraît être la « Vue défilante », en grossissant légèrement les caractères. Pour les personnes qui préfèrent utiliser des liseuses ou tablettes, je peux leur envoyer un fichier PDF ou DOC.

 

Couverture QUE LES BLES SONT BEAUX 3.jpg

 

     Vincent m’a soufflé qu’il aimerait connaître les commentaires des lecteurs qui seront intéressés par son histoire afin que nous puissions leur retourner une réponse amicale personnalisée.

     Bonne lecture et JOYEUX NOEL à tous.

 

          Vincent             Alain

 

 

08 décembre 2016

PORTRAIT : Vincent Van Gogh – Marguerite Gachet au piano, 1890, Kunstmuseum Basel, Suisse

 

 

peinture, van gogh, marguerite gachet, auvers-sur-oise

 

 

     - Mettez-vous en place, Marguerite !

    La jeune fille ne semblait guère pressée de reprendre la pose. Elle avait enfin tenu sa promesse. Depuis mon arrivée dans la région, je la relançais régulièrement pour qu’elle me permette de faire son portrait devant son piano. Le soir, dans ma chambre, j’imaginais la pose, les couleurs, la forme.

    Paul m’aida à déménager la table au centre de la pièce. Le piano fut installé près de la fenêtre, en pleine lumière. J’avais besoin d’espace autour du chevalet pour travailler.

     Hier, après un premier croquis préparatoire à la pierre noire, j’avais attaqué la peinture. Le mur blanchâtre et le parquet en chêne de la pièce étaient trop ternes pour être repris à l’identique. J’avais recréé le fond du décor en étalant une première couche de peinture très diluée : une laque de géranium sur le sol et un vert Véronèse mixé de jaune sur le mur. Au soir, la toile était déjà bien avancée, surtout dans les teintes claires : la blondeur des cheveux, la robe blanche, les mains.

    J’installai la toile étroite encore fraîche de la veille sur le chevalet. Cette semaine j’avais utilisé pour les paysages un nouveau format de 1 mètre de haut sur 50 cm de large. Il m’avait été inspiré par les estampes japonaises. Ce format allongeait les formes du modèle, ainsi je l’avais gardé pour le portrait tout en hauteur.

   Marguerite s’assit devant le piano. Je ne lui avais guère laissé le choix pour sa tenue peinture,van gogh,marguerite gachet,auvers-sur-oisevestimentaire. Je tenais à ce qu’elle revête sa robe blanche serrée à la taille, avec cette ceinture rouge qui lui moulait les hanches à ravir. Sa chevelure claire relevée en chignon très haut placé dégageait son fin profil.

     Les teintes posées la veille sur la toile s’étaient raffermies en séchant. Je voulais terminer le fond du décor, les autres éléments se mettraient en place d’eux-mêmes. De la pointe du pinceau, je piquai le mur verdâtre de petits points orangés très fins, puis, avec un pinceau plat, le tapis rouge fut couvert de bâtonnets vert olive placés dans le sens de la hauteur. Les couleurs complémentaires vertes et rouges posées près l’une de l’autre s’exprimaient pleinement. La relation qui existait entre les couleurs me surprenait toujours. 

     La tension habituelle montait en moi. Je savais que le résultat de mon travail dépendait des minutes à venir.

     Ma brosse trempée dans le bleu de Prusse enroula délicatement le bas de la robe pour ne pas lapeinture,van gogh,marguerite gachet,auvers-sur-oise salir. Avec la même couleur, je fignolai le dessin du piano, la bougie, le cahier de musique et le tabouret sur lequel Marguerite, assise, pianotait, rêveuse, la tête légèrement penchée sur le clavier. Furtivement, elle se tourna vers moi. Ses yeux azurs pétillèrent un instant. Elle m’offrit à nouveau son profil.

   Je changeai de brosse pour accentuer la pâleur du visage. Avec le même ton, les mains furent allongées. Esquissées à peine, elles paraissaient plus légères sur le clavier. La qualité des mains dans mes portraits était essentielle. « Elles sont aussi importantes que l’ovale du visage ou l’expression d’un regard, elles causent, disais-je souvent à Théo ».

  Mon travail avançait. Je peignais avec l’entrain d’un marseillais mangeant de la bouillabaisse. Goulûment…

    Le pinceau imbibé de laque géranium borda le haut du vêtement, puis rosit ensuite les plis de la robe dans le frais de la couleur blanche. La laque déposée pure accentua le rouge de la ceinture.

   Je voulais vérifier chaque détail et ne cessait de tourner autour de Marguerite. « Arrêtez Vincent, cria-t-elle en riant, vous me donnez mal au cœur ! » Le tableau me satisfaisait. Les contrastes étaient puissants, les couleurs s’équilibraient. Mes bâtonnets répartis fermement sur l’ensemble de la toile remplaçaient le modelé et suggéraient le mouvement. Quelques touches finales achevèrent mon travail. 

   En mouchetant le mur de points orangés, j’avais pensé à mon vieux copain Paul Signac, adepte de cette technique. Elle était déjà loin l’époque où je le suivais dans la campagne proche de Paris, vers Asnières et Clichy, en bord de Seine. Je tentais de pratiquer son style fait de petites touches accolées. Trop rigoureux pour moi ! Mon art avait besoin de respirer, sans contrainte.

     - Vous pouvez quitter la pose Marguerite, dis-je joyeusement !

     La jeune fille se leva pour voir mon œuvre. Son image sur la toile lui plut instantanément.

     - Merci Vincent. Vous savez faire chanter les couleurs.

     - Vous aimez ?

     Dans le « oui » étouffé de sa réponse, je sentis de l’émotion.

   - Les japonais m’ont tout appris, Marguerite. A l’étude de leurs toiles, j’ai compris que l’utilisation des couleurs pures pouvait donner un résultat harmonieux. Il suffit simplement de les mettre en musique comme vous le faites si bien avec les notes sur votre piano.

    Je me disais que cette toile aux tonalités roses ferait très bien avec une autre, de blés, peinte en largeur récemment dans des tons vert pâle. J’avais encore en mémoire des paroles anciennes écrites à Théo : « Nous sommes encore loin avant que les gens comprennent les curieux rapports qui existent entre un morceau de la nature et un autre, qui pourtant s’expliquent et se font valoir l’un l’autre ».

    - Cette toile est à vous, Marguerite ! Je vous l’offre en remerciement de ces deux jours de plaisir ! Accrochez-là au mur pour le séchage. N’oubliez pas que vous m’avez promis de poser à nouveau ces jours prochains, avec un petit orgue…

   « Promis, Vincent, dit-elle tout bas en s’approchant de moi. » Elle refoula sa timidité habituelle et me déposa un baiser rapide sur la joue.

 

 

Texte extrait du roman qui sera publié et offert le 15 décembre prochain : QUE LES BLES SONT BEAUX - L'ultime voyage de Vincent Van Gogh

 

 

29 mars 2010

VAN GOGH A AUVERS - 30. Un ciel d'azur

 

Suite...

 

Dimanche 27 juillet 1890.  

 

      La pluie incessante de la veille a lavé l'air. Le ciel a une couleur lilas indéfinissable avec des taches azurées çà et là.

      Je marche lentement sur la route qui mène au château. Les maisons fleuries et l'artistique ordonnancement des jardins cultivés me ravissent toujours autant. Deux filles portant des jupes et des châles rouges me croisent en riant. L'une d'elle croque une pomme verte à pleines dents.

      En ce jour du Seigneur, un calme étrange a remplacé le craquement habituel de la terre caillouteuse sous les roues cerclées de fer des charrettes lourdement chargées se dirigeant vers les champs.

 

 

      Je m'étais fait beau ce matin. J'avais enfilé une chemise de toile blanche toute fraîche. Celle que Jo avait fait nettoyer à Paris : «  garde-la pour une grande occasion, m'avait-elle dit ! ».

       J'avais taillé de près ma barbe au ciseau. La petite glace accrochée au mur au-dessus de la table me renvoyait des traits émaciés brunis par les longues journées de plein air. Mon apparence me satisfaisait. J'avais pris le petit flacon d'eau parfumée à la lavande dans l'armoire, en avais versé une lampée dans ma main et m'en étais aspergé le visage et le cou.

       J'étais resté silencieux tout au long du repas dominical que mes hôtes m'avaient offert. Les Ravoux m'observaient discrètement. Ma tenue soignée les intriguait. J'avais remarqué que madame Ravoux était moins affriolante que les autres jours. Martinez ne venait jamais le dimanche.

      Après le repas, j'étais monté à ma chambre prendre mon matériel et étais sorti sans un mot.

 

 

      Le champ de blé ondule en forme de foulard bronze doré. Au loin, le soleil colore d'un blanc rosâtre les murs du château. Violette avait posé pour moi devant ces blés en tenue de paysanne, les joues gorgées de soleil.  

      J'aspire l'odeur de blé mur, celle qui indique que la moisson peut commencer. Une légère brise balançait lesVan gogh - Le chateau d'Auvers au coucher de soleil.jpg tiges qui penchaient sous le poids des épis trop lourds.

      Je m'assois sur le sol à l'ombre d'un des poiriers que j'avais peint un soir sur un ciel jaunissant. Je pose mon matériel contre l'arbre.

     

     

      Je ne me lassais jamais du spectacle offert par la nature. Quelle leçon de modestie elle nous donnait à nous autres peintres, pensai-je... C'était d'une simplicité vraie. Chaque couleur était posée au bon endroit et s'harmonisait avec sa voisine comme dans les vitraux gothiques. Je souris en pensant à un courrier que j'avais envoyé à mon vieux copain Emile Bernard. Je m'étais exclamé : « Ah ! Mon cher copain, nous autres peintres, toqués, jouissons tout de même de l'œil, n'est-ce pas ! ». Je me souvenais avoir rajouté pour plaisanter : « Hélas, la nature se paye sur la bête et nos corps éreintés sont une lourde charge parfois ! ».

      Bernard... Ce gamin venait d'avoir 22 ans. Je ne l'avais pas revu depuis mes années parisiennes. J'aimais ses toiles un peu candides, d'une qualité rare. Où était-il en ce moment ? Peut-être en Bretagne avec Gauguin ? A moins qu'il ne soit en partance pour Madagascar comme il me l'avait écrit afin de réaliser son vieux rêve d'atelier des tropiques ?

      Je contemple le ciel. En une dizaine d'année de peinture, je lui avais donné tous les tons de l'arc en ciel. C'était lui qui m'avait procuré mes plus belles émotions. J'aimais tous les ciels : les plombés, les diaphanes, les laiteux, les troublés du Brabant ou de l'Ile de France. Et puis les étoilés, les lumineux, les violents et éblouissants du Midi.

      Le silence est total...

      Mon corps était à la fois détendu et attentif. Je n'avais plus envie de me battre. Trop tard... Ma vie ? 37 années d'immense gâchis... Une faillite !... J'avais tout raté : ma naissance venant après celle d'un autre Vincent Willem décédé, mes débuts inachevés comme marchand d'art, mes élans mystiques dans le borinage, mes amours impossibles... Et cette peinture qui me dévorait lentement.

      Je voyais trop grand... J'étais trop petit...

      Dix ans que j'avais commencé à dessiner, puis à peindre. Je voulais un art grandiose. Un art qui n'existe pas... Qu'avais-je fait de bon ? Pas grand-chose... Ma peinture n'intéresse personne à part quelques toqués comme moi. Mon travail est incompréhensible...

      Mon regard se tourne vers les blés. Le jour où Violette m'avait servi de modèle, elle était assise sur le terre-plein sablonneux que j'aperçois. La dernière image que j'avais d'elle était celle du 14 juillet. Elle tournait énergiquement sur un pas de valse devant la mairie. Mon jeune ami George, que j'avais peint avec un bleuet dans la bouche, la secouait joyeusement dans ses robustes bras de paysan.

      Théo a-t-il reçu mon courrier ? Depuis une quinzaine de jours, je restais silencieux. Je savais qu'il était seul à Paris ayant laissé Jo et le bébé en Hollande. Notre dernière rencontre chez lui à Paris s'était si mal passée... Il était tendu, anxieux...

      Je ne vivrai plus à ses crochets ! Au début de son aide financière, nous avions conclu un contrat moral : « Je t'enverrai tous mes tableaux. Ils te rembourseront, lui avais-je dit. » Je n'en avais vendu qu'un... J'avais compris dans le regard que Jo m'avait jeté ce fameux dimanche dans l'appartement de la Cité Pigalle que j'étais devenu un boulet pour Théo et sa nouvelle famille. Elle avait bien tenté de me rassurer dans un courrier ultérieur. Son regard méprisant me poursuivait sans cesse...

      Un minuscule lézard me distrait un instant. Il me frôle la cuisse, franchit une de mes chaussures, puis disparaît sous une pierre.

      Je me sentais si bien dans ce village... A part Gachet, personne ne connaissait mon passé... J'ai cessé de voir le docteur. Je ne pouvais pas compter sur cet homme pour m'aider. Un malade... Lorsqu'un aveugle mène un autre aveugle ne tomberont-ils pas tous les deux dans le fossé ?

      J'attrape une motte de terre et l'effrite lentement.

      Depuis plusieurs semaines, je redoute une nouvelle crise. Je ne supporterais pas d'être à nouveau enfermé, seul, dans une chambre d'hôpital... A l'hospice de Saint-Rémy, des souvenirs heureux de mon enfance me revenaient constamment. Je revoyais chaque chambre de la maison à Zundert, chaque sentier du jardin, les champs voisins, l'église, jusqu'au nid de pie dans l'acacia du cimetière.

Van gogh - moissonneur dans un champ de blé 90.JPEG

     

      Une image tremblotante s'installe devant mes yeux... La vision de ce faucheur me revenait souvent. Je l'avais peint en plein travail dans un champ en Provence. Il luttait comme un diable en pleine chaleur pour venir à bout de sa besogne. Pourquoi avais-je vu en lui l'image de la mort ? Je m'étais imaginé que l'humanité était le blé que ce petit homme était en train de couper. Pourtant cette mort n'avait rien de triste, elle était même joyeuse car cela se passait en pleine lumière avec un soleil inondant tout d'une lumière d'or fin.

     

     

      Un sentiment d'euphorie m'envahit. Le même sentiment que le soir où je contemplais l'église d'Auvers que je venais de peindre. George m'avait fait remarquer que mon église souffrait. Je m'étais planté devant l'édifice. Une bouffée d'allégresse était soudainement montée en moi : je sentais que le toit et les murs déformés de l'église allaient s'ouvrir, la plainte allait se transformer en chant...

 

      C'est le moment... Le petit faucheur m'accompagne...

      Je sors de ma poche l'objet métallique que j'ai dérobé à Ravoux avant de partir.

      Je me lève. Je veux être debout, droit.

      Fier...

      Je perçois au loin un claquement d'aile. Je contemple une dernière fois le ciel. J'y discerne des nuances de ce bleu cobalt que j'aime tant.

      Pardonnez-moi Théo et Moe !

      Le bruit sourd de la balle qui traversait mes chairs me surprit.

      Que les blés sont beaux...

 

 

 FIN

 

 

DSC00044.JPG

 

Vincent Van Gogh, évanoui, trouvera la force de rentrer à l’auberge dans la soirée. Il mourra deux jours plus tard, le 29 juillet 1890 à 1 heure du matin, dans les bras de son frère Théo. Celui-ci, malade et désespéré, décèdera 6 mois plus tard. A l’initiative de Jo, ils seront réunis en 1914 dans le petit cimetière d’Auvers non loin du «  Champ de blé aux corbeaux » peint par Vincent peu de temps avant son décès. Un même lierre recouvre leurs deux tombes.

 

 

 

 

 REMERCIEMENTS

 

       J’ai été heureux de partager avec vous durant 30 longs épisodes l’existence de Vincent Van Gogh à Auvers-sur-Oise. Il m’a beaucoup appris sur lui, sa peinture... une vie tout simplement. J’ai envie de répéter à nouveau ce que lui dit Violette, la jeune paysanne, à un moment du récit : « Vous êtes un homme bien, monsieur le peintre ! ».

Je remercie chaleureusement tous mes amis blogueurs qui m’ont suivi et commenté régulièrement, sans faiblir, du début à la fin de cette histoire. Ils se reconnaîtront facilement. Je n’oublie pas également toutes les personnes qui m’ont fait le plaisir de venir partager avec moi quelques épisodes et me faire connaître leurs sentiments.

J’ai une pensée pour Colette dont les problèmes de santé l’ont handicapée dans la lecture et Marie Claude, non blogueuse, une passionnée de Van Gogh et de peinture.

Vos commentaires ont enrichi cette histoire et ont aidé à une meilleure connaissance de Vincent Van Gogh, cet homme cultivé et sensible, peintre d’un immense talent.

Vous lui avez rendu un bel hommage.

 

                                                                 Alain

 

 

Projet   Mise en oeuvre du projet  1. Le retour de Provence  2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers  7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet  10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent... 12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval    14. Jo   15. Théo  16. Un travail de forcené   17. La Grenouillère  18. Un nouveau locataire  19. Adeline Ravoux   20. Tom   21. Marguerite Gachet   22. Mauvaises nouvelles   23. Les yoles   24. Cité Pigalle   25. Violette   26. Les gerbes   27. Un 14 juillet   28. Femme nue couchée   29. Champ de blé aux corbeaux   30. Un ciel d'azur

 

 

 

26 janvier 2010

VAN GOGH A AUVERS - 25. Violette

 

 

 Suite...

 

Mardi 8 juillet 1890.  

 

      Ses yeux noisette me fixaient en souriant.

      Elle m'attendait assise dans l'herbe.

      Comme me l'avait dit son amie Alice la semaine dernière, elle était venue habillée en paysanne. Un grand chapeau jaune avec un nœud de ruban bleu céleste lui coupait le front. Son tablier en grosse toile blanchâtre serrait à la taille son caraco bleu recouvert de points orangés fermé au cou par une broche. Ses pommettes étaient gorgées de soleil.

      J'avais failli ne pas venir. Dans la nuit, je n'avais pu trouver le sommeil. Des pensées sombres tournoyaient sans cesse dans mon esprit agité : « Je pourris la vie à Théo... Jo ne me supporte plus... Ma peinture est sans intérêt... je suis un raté... ». En milieu d'après-midi, je m'étais décidé à honorer le rendez-vous qu'Alice m'avait pris la semaine dernière avec son amie. Pour une fois qu'une jeune fille demandait à me servir de modèle...

      Elle était plutôt jolie.

      - Alice m'a parlé de vous, mademoiselle, dis-je en lui rendant son sourire. Je suis heureux de vous avoir pour modèle... La lumière est superbe en cette fin de journée. Moins forte... plus douce... J'ai apporté une toile de 30 qui sera parfaite... Cela durera peu de temps... Je peux connaître votre prénom ?

      - Violette, dit-elle en souriant ! Je suis née à la fin du mois d'avril. Mes parents m'ont donné ce prénom en hommage à la fleur du printemps... Alors, vous êtes peintre ?

      - Et oui, la peinture est mon métier, Violette ! Enfin... est-ce un métier ? Plutôt une passion dont il est difficile de vivre de nos jours... Comparée à la dureté de vos travaux, mon activité de peintre doit vous paraître bien superficielle. C'est du plaisir, mais je rentre souvent fourbu le soir... parfois découragé lorsque mon travail ne me satisfait pas. Mes journées se passent à courir la campagne en quête de motifs ou à faire des portraits lorsque je trouve des modèles. Hélas, je ne rencontre pas souvent des jeunes femmes aussi jolies que vous qui acceptent de poser !

      Je plante mon chevalet sans plus attendre, oriente la toile de façon à ce que le soleil couchant soit derrière moi. Je fais asseoir la jeune femme sur le pliant qui me sert à peindre et l'oriente de trois quarts.

     Le bleu foncé de sa robe s'harmonisait parfaitement avec le jaune vif du chapeau et l'ocre des blés derrière elle. Elle prenait son rôle de modèle très au sérieux, attentive à mes recommandations. Elle paraissait apprécier mon regard posé sur elle. Elle cambra légèrement les reins ce qui fit gonfler son corsage étroit. Son visage souriant devint impassible.

jeunepaysanne.jpg

Vincent Van Gogh – Portrait de jeune paysanne, juillet 1890, collection particulière

     

      J'eus vite fait de brosser la robe d'un bleu profond. Le contre-jour modelait délicatement le visage de la jeune femme.

      Un même jaune pâle éclaira le visage, le tablier et ébaucha quelques épis de blés. Les joues de la jeune femme me rappelaient ces grosses pommes bien rouges que je cueillais sur les arbres et croquais au cours de mes promenades. Un rouge carmin inséré dans le frais de la peinture jaune rosit les joues. J'en profitais pour ourler avec ce rose orangé les lèvres très fines et pointiller la robe sur toute sa surface.croquis.jpg

      Les blés en fond furent rapidement brossés. Je rajoutai de gros coquelicots.

      La toile avait été couverte rapidement. Cela paraissait un peu grossier. Pourtant, je ne voyais rien à rajouter.

      - C'est fait, dis-je, posant mes pinceaux. J'espère ne pas vous avoir enlaidie. Ce n'est qu'une esquisse faite à la volée. Je vous l'offrirai lorsqu'elle sera complètement terminée en souvenir de notre première rencontre. Une prochaine fois, j'aimerais faire une étude en pied de vous, plus travaillée, debout devant les mêmes blés.

     

                                                                                                                                   V. Van Gogh – croquis de jeune paysanne envoyé à Théo dans un courrier

      La toile était au goût de Violette. Seul, son visage lui parut trop sévère.

      La perspective de servir à nouveau de modèle ne semblait pas lui déplaire. Je devinais sur son visage une fierté intérieure contenue. Elle ne dit rien et alla s'asseoir sur l'herbe.

       - Vous connaisguinguetteàmontmartre.jpgsez la guinguette qui est installée dans l'île de Vaux non loin d'ici, s'exclama-t-elle en allongeant son bras tendu en direction de l'Oise au loin ? Elle se nomme « La tête de Vaux ». Amusant comme expression, n'est-ce pas ? C'est un endroit très agréable. J'aime y aller le dimanche à la belle saison. La musique me fait oublier la dureté des journées de travail.

      Ses yeux s'allumèrent.

       - Le soir, les canotiers débarquent et la fête commence ! Ce sont de joyeux drilles, toujours prêts pour le « chahut ». Quand ils ne viennent pas avec leurs compagnes, ils ne s'intéressent qu'aux filles. Ce sont de bons danseurs et ils nous font rire.

V. Van Gogh – Guinguette à Montmartre, 1886, Musée d’Orsay, Paris

       A cette pensée, elle éclate d'un rire sonore. Son rire montait très haut, restait un instant suspendu dans l'air et redescendait lentement en se prolongeant longtemps. J'aimais le son de sa voix. J'aurais voulu rire avec elle, me libérer de cette angoisse qui me tenaillait.

      J'attendis que le silence s'installe à nouveau.

      - C'est étonnant, Violette, votre histoire de guinguette ? L'aubergiste du café Ravoux où je loue une chambre, me parlait récemment de ce lieu... Vous connaissez la « Grenouillère » ? C'est une baignade proche de l'île. Je ne vous la conseille pas. Des adolescents font les fous au bord de l'eau et plongent sur les filles pour les effrayer. Ces garnements trouvent ça drôle !... A propos de la guinguette, monsieur Ravoux m'a signalé que votre amie Alice, la jeune serveuse qui aide sa femme au service, s'y rendait souvent le dimanche.

      - Alice ! Je l'ai connue à l'auberge ! Elle ne pense qu'à s'amuser et adore la polka. Lorsqu'elle trouve un bon danseur, elle ne le lâche plus. Les canotiers, des habitués de l'établissement, l'entraînent dans des quadrilles endiablés et, croyez-moi, ils se fatiguent avant elle...

      Elle mima sur place un pas de polka.

      - Vous êtes bien tombé à l'auberge Ravoux. Je sais par Alice qu'on y est bien. Sa patronne, madame Ravoux, est une femme adorable, à peine plus âgée que moi. Si son mari ne la surveillait pas autant, elle ne demanderait qu'à venir danser avec nous. Mais son homme est tellement jaloux qu'il ne la laisserait jamais sortir dans ce lieu de débauche. Et puis, elle a ses filles à s'occuper...

      Le soleil engageait un flirt avec la cime des arbres. Il fallait que je rentre. Violette, totalement détendue maintenant, parlait beaucoup. J'appris qu'elle avait été engagée comme servante, depuis le début du mois d'avril, dans une grande ferme située au-dessus de l'auberge Ravoux, vers le centre du village. Elle était originaire de la commune de Butry, proche d'Auvers, où résidaient encore ses parents, de modestes cultivateurs.

      La jeune femme ajuste son chapeau doré et me fixe.

      - Je ne sais même pas votre nom, monsieur le peintre ?

      L'intérêt qu'elle me manifestait me troublait. Cela m'arrivait si rarement. Je retrouvais la même sensation que j'éprouvais à Zundert lorsque, adolescent, des filles me parlaient. Cela me perturbait.

      - Je suis hollandais... mais la France est ma seconde patrie. Je vis depuis plus de quatre ans dans votre beau pays. Appelez moi Vincent, comme tout le monde ici !

      Un silence s'installa. La voix claire jaillit :

      - Vous savez, monsieur le peintre, que dans une semaine, lundi prochain, ce sera la fête nationale ? La veille une retraite aux flambeaux partira vers le Montcel et reviendra jusqu'au centre d'Auvers. Un grand bal aura lieu le soir du 14 juillet sur la place de la mairie. J'y serais avec Alice et Tom, le jeune peintre qu'elle a rencontré dans votre auberge. Vous le connaissez ?

      - Bien sûr, c'est mon voisin de chambre et mon compagnon de table. Un joyeux luron...

      Violette possédait la gaîté et la fraîcheur de la jeunesse. Ses jolis yeux noisette pétillaient.

      Elle hésite un instant puis, dans un élan naturel spontané, me saute au cou : « Merci Vincent pour mon portrait ! ». Elle s'enfuit ensuite précipitamment en retroussant sa robe pour ne pas la déchirer sur les pierres du chemin. Avant que sa frêle silhouette ne disparaisse derrière une rangée de saules, elle m'adressa un dernier signe de la main.

      Pensif, je reprends le chemin en direction du village. Mon corps si secoué depuis quelques jours retrouvait une agréable sensation de plénitude que je devais à ce petit bout de femme-fleur qui se nommait Violette.

      Le soleil disparaissait. A l'horizon, des tons vermeils envahissaient progressivement le ciel. 

 

A suivre...

Projet   Mise en oeuvre du projet  1. Le retour de Provence  2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers  7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet  10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent... 12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval    14. Jo   15. Théo  16. Un travail de forcené   17. La Grenouillère  18. Un nouveau locataire  19. Adeline Ravoux   20. Tom   21. Marguerite Gachet   22. Mauvaises nouvelles   23. Les yoles   24. Cité Pigalle   25. Violette

15 janvier 2010

VAN GOGH A AUVERS - 24. Cité Pigalle

 

  

 

Suite...

 

Lundi 7 juillet 1890.  

 

wheat-field-under-clouded-skyjuillet-TF.jpg

Vincent Van Gogh – Champ sous un ciel orageux, juillet 1890, Van Gogh Museum, Amsterdam

 

 
 
 
 
 
 
 

       Le ciel tourmenté prend les deux tiers de la toile que j'achève. Je ne me suis pas gêné pour exprimer de la tristesse...

      En cette fin d'après-midi, le soleil déclinant lèche d'une teinte citron vert le champ bordant l'horizon juste sous les nuages moutonneux situés sur la gauche de la toile.

      Le motif est simple : une immense plaine jaune verdâtre parcourue de parcelles de blés et autres cultures céréalières. Au premier plan quelques pommes de terre fleurissent.

      Un sentiment d'infini...

      Je n'arrive pas à me concentrer sur mon travail. Mon esprit tourmenté ressasse les images de la veille qui s'accumulent dans mes pensées.

      Mon crâne va éclater...

 

     

      « Prends le premier train et viens passer la journée de dimanche avec nous, m'avait écrit Théo dans sa dernière lettre. Reste chez nous autant que tu le voudras. Je pense que tu seras heureux de revoir des amis à toi que j'ai invités pour déjeuner. »

       J'avais reçu son courrier le samedi. Ma valise fut rapidement faite en prévision d'un séjour prolongé. Le train pour Paris m'emporta tôt hier matin. Je me faisais une joie de revoir le bébé Vincent Willem. Théo m'avait rassuré sur sa santé qui s'améliorait.

      La matinée avait bien commencé...

       Nous ne restâmes pas Cité Pigalle. Juste le temps d'embrasser Jo. Le bébé dormait encore.

      En quitpère tanguy.jpgtant l'appartement, Théo me conduisit directement dans la boutique de la rue Clauzel chez mon vieux copain Tanguy.

      Celui-là, il n'avait pas changé ! Mes toiles et celles d'autres peintres s'empilaient de façon anarchique. Un vrai bazar ! J'eus beau rouspéter, Tanguy m'opposa son sourire affable habituel : « Où veux-tu que je mette tes peintures, Vincent ! Tu sais bien que je manque de place. » Je m'étais dit qu'il fallait absolument que je trouve un abri pour entreposer mes toiles qui s'abîmeraient moins que dans ce trou à punaises. Néanmoins, ce fut un vrai plaisir de revoir cet homme que j'aimais et que j'avais peint trois fois en 1887 en arrivant à Paris. Je savais tout ce que je lui devais depuis mes années parisiennes où il me rendait souvent service en me fournissant du matériel de peinture.

 

V. Van Gogh – Portrait du Père Tanguy, 1887, collection particulière

      Nous passâmes ensuite chez un brocanteur où Théo me fit admirer un bouddha japonais.

      Notre dernière visite matinale fut pour l'atelier de l'ami Toulouse-Lautrec du 27 rue Caulaincourt. Je n'avais plus fréquenté son atelier depuis nos réunions d'artistes hebdomadaires d'autrefois. Avant de nous y rendre, Théo m'avait dit : « J'ai vu au récent Salon des Indépendants une de ses dernières toiles. Un vrai plaisir... »

      Jegoulue-MH.jpg n'avais pas revu Lautrec depuis mon départ en Provence. A l'époque, c'est lui qui m'avait incité à partir pour le midi : « Les couleurs de cette régionmlle_marie_dihau_at_the_piano_1890.jpg t'enchanteront. Tu vas réaliser de grandes choses là bas. » En entrant dans l'atelier, j'embrassai vigoureusement mon ami. Il avait vieilli. L'alcool et les femmes sans doute... Il avait dû être tenu au courant par mon frère de mes problèmes de santé en Provence, mais il n'en parla pas.

      Je lui fis compliment de sa toile Mademoiselle Dihau au piano dont Théo m'avait parlé. Le talent du peintre était toujours aussi sûr. Je savais qu'il était très demandé par le Moulin Rouge et d'autres cabarets pour ses affiches et caricatures auxquelles il excellait.

 

H. de Toulouse-Lautrec – Moulin Rouge : La Goulue, 1891, collection privée

 

                                    H. de Toulouse-Lautrec - Mademoiselle Dihau au piano, 1890, Musée Toulouse-Lautrec, Albi

      Théo avait invité Lautrec à déjeuner. Nous retournâmes tous les trois vers la Cité Pigalle.

 

      

      Un coup de vent... Je recale mon chevalet qui menace de s'écrouler.

      J'attrape le pinceau imbibé de blanc qui m'a servi pour les nuages et recouvre  les pommes de terre vert outremer du premier plan de fleurs claires brossées horizontalement à la volée.

      Cela aurait pu être une belle journée, pensai-je...

 

     

      En ce dimanche matin, Lautrec était d'humeur joyeuse. En montant l'escalier menant au 3ème étage, on croisa un croque-mort. Cela nous fit beaucoup rire.

      Le critique d'art Albert Aurier, invité également, était déjà arrivé. Je lui étais reconnaissant de l'article élogieux qu'il avait publié dans le Mercure de France en janvier à mon sujet. A Saint-Rémy, je lui avais écrit une longue lettre pour le remercier et lui avais offert une étude de cyprès en lui faisant remarquer que je ne méritais pas un tel honneur. Je me sentais si inférieur comparé à d'autres artistes comme Monticelli ou Gauguin. Il fut ravi de voir mes toiles entreposées chez Théo et ne tarit pas de compliments sur leur qualité.

      Théo et Jo tentaient de cacher les traits de leurs visages fatigués. La maladie de Vincent Willem les avait épuisés. Malgré tout le déjeuner fut agréable. Nous étions entre amateurs d'art. L'essentiel de nos discussions porta donc sur nos projets d'expositions et les peintres avant-gardistes. Au dessert, Toulouse-Lautrec n'arrêta pas de blaguer sur le croque-mort croisé dans l'escalier.

 

     

      J'arrondis les nuages en pleine pâte et sabre le ciel vigoureusement d'un bleu sombre qui se grise par endroit au contact du blanc. Je réchauffe le bleu d'un soupçon d'ocre jaune. Je peins vite. Nerveusement. J'ai hâte d'en finir.

      Le ciel mouvant, lourd, reflète mon émotion intérieure...

 

     

      L'ambiance était chaleureuse lorsque tout se gâta soudainement.

      Une discussion animée s'engagea entre le couple Bonger et les époux Van Gogh. Théo voulait que son beau-frère s'installe au rez-de-chaussée de l'immeuble ce qui déplaisait à sa femme Annie. J'eus la malencontreuse idée de faire une remarque à Jo sur l'accrochage d'une toile de Prévost, La femme au chien, ce qui lui déplut visiblement.

      Les problèmes financiers dont Théo m'avait parlé dans sa récente lettre refaisaient surface. Jo et Théo souhaitaient déménager du troisième au premier étage pour pouvoir stocker mes toiles dans un appartement plus vaste. Mais la location de celui-ci était trop coûteuse.

      Le drame couvait...

      Après le départ de Toulouse-Lautrec et d'Aurier, la dispute entre Jo et Théo devint orageuse. Leur fatigue attisait une tension nerveuse qui ne demandait qu'à s'envenimer.

      Théo n'arrivait pas à résoudre ses problèmes d'augmentation de salaire avec ses employeurs Boussod et Valadon et voulait se mettre à son compte. Jo lui reprocha vertement de vouloir quitter la galerie : « Comment feras-tu pour faire vivre toute ta famille, lui lança-t-elle excédée ! ». Dans le même temps, elle m'avait regardé méchamment comme si j'étais le responsable unique de cette faillite. Le ton monta. Théo répliqua avec rage. Je savais qu'il n'aimait pas que l'on s'en prenne à moi.

      J'étais effondré. Ma nouvelle famille, que j'aimais tellement depuis leur récent mariage et l'arrivée du bébé, se déchirait par ma faute. Leur couple paraissait si harmonieux lors de leur dernière visite à Auvers début juin...

      L'atmosphère devint irrespirable lorsqu'ils m'annoncèrent qu'ils ne passeraient pas leurs vacances à Auvers ce mois-ci comme je l'espérais. Ils partiraient en Hollande présenter le bébé à leurs familles.

      J'étais au comble du désespoir, proche de la crise que je connaissais si bien. Je savais que mon ami Guillaumin devait passer dans la soirée pour me voir.

      Je regardai Théo douloureusement. Les difficultés minaient mon frère déjà fragile et souffrant. Il portait sur ses épaules un fardeau trop lourd pour lui. Je me sentais coupable de tout cela.

      J'avais mal. Il fallait que je parte.

      Je n'attendis pas Guillaumin, pris la valise que j'avais laissée près de la porte, prononçai un faible au revoir sous l'œil atterré de Théo et Jo, et sortis sans me retourner.

      En descendant l'escalier, je me dis que je ne savais même pas si Théo pourrait continuer à me faire parvenir les 150 francs mensuels habituels.

      

 

      Mes yeux embués distinguent à peine ma toile qui gigote dans un épais brouillard. Je ne sais plus à quoi elle ressemble.

      Instinctivement, je prends un pinceau pointu et pique quelques taches rouges au hasard. Des coquelicots...

      Je range mon matériel et me lève. Mon pas est incertain.

      Au loin, des nuages orageux se développent.

 

 A suivre...

Projet   Mise en oeuvre du projet  1. Le retour de Provence  2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers  7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet  10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent... 12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval    14. Jo   15. Théo  16. Un travail de forcené   17. La Grenouillère  18. Un nouveau locataire  19. Adeline Ravoux   20. Tom   21. Marguerite Gachet   22. Mauvaises nouvelles   23. Les yoles   24. Cité Pigalle

01 mai 2009

VAN GOGH A AUVERS - 14. Jo

                                   

johannavangogh.jpg

Johanna Van Gogh-Bonger

Suite...

 

Dimanche 8 juin 1890.        

 

       La famille Gachet nous attendait dans le jardin. Le temps estival avait incité madame Chevalier à dresser la table à l'ombre des tilleuls.

      Je fis les présentations. Le docteur ne connaissait pas Jo. La gentillesse simple qui se dégageait de la jeune femme le séduisit instantanément. Paul et Marguerite vinrent nous saluer. Marguerite avait gardé la longue robe blanche qui la moulait à ravir. Elle la portait le jour où je l'avais peinte dans le jardin. Elle m'adressa un grand sourire dont je me réjouis secrètement. Les deux femmes se mirent aussitôt à bavarder comme des amies de longue date. Le docteur entraîna Théo vers la maison, impatient de montrer ses toiles, ses gravures et sa presse à un professionnel de l'art réputé à Paris.

      La visite de Théo dans l'antre de Gachet ne dura guère car madame Chevalier rameuta rapidement les troupes en tapant vigoureusement dans ses mains : « A table mes amis !... A table ! ».

      La cuisinière s'était surpassée. Son saumon sauce hollandaise qu'elle avait préparé exprès pour notre venue, était un régal. Suivaient, des dindonneaux artistiquement entourés d'une garniture de feuilles de cresson. Théo et Jo mangeaient avec un appétit que le voyage avait dû aiguiser.

      Une conversation animée s'engagea. Le docteur appréciait visiblement la présence de Théo et Jo. Nos goûts picturaux étant similaires, la discussion s'orienta rapidement vers la littérature. Je savais que Gachet, tout comme moi, était passionné par les auteurs modernes français.

      Les carafons de vins descendaient rapidement. Théo, qui buvait peu habituellement, semblait apprécier la cave du docteur. Il regardait Jo amoureusement. Je me félicitais de ne plus être dépendant de l'alcool depuis une bonne année. Je me contentais habituellement d'un verre ou deux en mangeant à l'auberge.

      Les esprits s'échauffaient. Le docteur parlait fort. Paul et Marguerite se taisaient, intimidés par notre présence. Cette atmosphère joyeuse me rappelait les réunions familiales de mon enfance.

      En cours de repas, j'avais repensé aux masques d'assassins que Gachet stockaient dans son atelier. Une idée drôle m'était venue.

       J'adresse un clin d'œil énigmatique à Marguerite en quittant la table et je m'éloigne vers la maison dans le sillage de madame Chevalier qui ramenait quelques plats. Je lui demande de me couper deux longs morceaux de la cordelette qui lui servait à tuteurer les fleurs du jardin et lui empreinte son ciseau. Je bondis ensuite dans l'escalier et grimpe jusqu'à l'atelier de Gachet au dernier étage.

      Les masques en plâtre semblaient, stoïques, attendre ma venue, toujours empilés sur la table. J'en prends un, le plus hideux, perce légèrement avec la pointe du ciseau les orbites des yeux en leur centre et entreprends de l'ajuster à mon visage avec les cordelettes bien serrées. Je redescends lentement l'escalier.

      Madame Chevalier pousse un cri de surprise en me voyant pénétrer dans la cuisine. Je la prends par les épaules.

      - Chut ! Ne vous inquiétez pas, c'est un jeu ! Pourriez vous me prêter un chapeau et une cape ?

      Rassurée et amusée, elle monte prestement au premier étage et revient avec un large feutre devant appartenir au docteur et une ample cape noire dont Marguerite s'enveloppait à la saison froide.

      Je vérifie longuement mon apparence dans la glace du couloir. Je relève le col de la cape sur le masque et enfonce fermement le feutre sur mon front. Seul le nez et les yeux dépassaient. Le regard approbateur de madame Chevalier me confirma la réussite de mon déguisement.

      Blotti derrière un arbuste assez haut placé non loin des convives, je percevais vaguement les voix de Gachet et Théo. Je me redressai en silence en étendant les bras en croix sous la cape. Je devais ressembler à une grosse chauve-souris à visage humain.

      L'effet produit sur l'assemblée dépassa mes espérances.

      Je m'avançai et caressai méthodiquement avec mes ailes noires tous les visages qui se présentaient à ma portée. Cela tourna à la panique. Les femmes poussaient des cris de détresse à chaque frôlement de la cape. Paul, peu courageux, préféra s'échapper vers la falaise. Théo et Gachet, restés assis, cherchaient à comprendre.

      Je respirais difficilement sous ce masque trop serré.

      Epuisé, je pose une aile sur le dossier d'une chaise et tente de récupérer mon souffle. Hardiment, profitant de l'accalmie, le docteur s'approche. Il tire sur le col de la cape et reconnaît le plâtre que j'avais habilement dissimulé.

      Son rire sonore explosa. Il souleva la cape pour faire constater la supercherie : « Ce n'était que Vincent mes amis ! ».

      Ils se ruèrent tous sur moi. Le chapeau et la cape furent arrachés. Je m'efforçais de desserrer, non sans mal, les cordelettes qui retenaient le masque humidifié par ma transpiration. J'apparus, pleurant, reniflant, le visage écarlate.

      L'explosion de joie fut à la hauteur de la frayeur ressentie. Je recevais des bourrades amicales : « Ce Vincent ! ». Je ne me souvenais plus m'être amusé autant depuis mes sorties nocturnes parisiennes d'autrefois avec Toulouse-Lautrec. L'image de l'être malade, proche de la folie, qui se roulait par terre terrorisé à Saint-Rémy il y a peu de mois, m'apparut un court instant. Elle se dilua rapidement. C'était très loin maintenant... Cela n'avait pas existé...

      Jo prend une serviette de table et essuie mon visage dégoulinant. Je me laissais faire comme un gamin. Je lisais dans ses yeux bruns une crispation d'inquiétude. Ma poitrine montait et descendait précipitamment pour happer l'air : « Excuse-moi petite sœur de t'avoir fait peur, mais j'avais tellement envie... »

      Elle me sourit : « Vincent, je suis si heureuse de te voir ainsi. »

 

jo_baby.jpg

Johanna Van Gogh-Bonger avec le bébé Vincent Willem

 

  

      Les femmes remettaient de l'ordre sur la table et relevaient les chaises qui étaient tombées durant le moment de terreur que je venais d'inspirer. Madame Chevalier arrivait justement avec la cafetière fumante. « Le bébé dort dans la maison, dit-elle doucement à Jo en remplissant les tasses ». Mes bouffées de chaleur s'atténuaient. Ma respiration redevenait naturelle.

      Je sors ma pipe, imité par le docteur. Il se tourne vers Jo :

      - Johanna, comment faites vous pour supporter ces deux individus dont les conversations doivent porter essentiellement sur l'art et la peinture ? Les hommes ne pensent qu'à eux ! J'ai appris que vous aviez enseigné l'anglais ? Les hollandais sont plus réceptifs aux langues étrangères que les français. Je sais que Vincent parle au moins trois langues couramment : le français, l'anglais et l'allemand, en plus de sa langue nationale. C'est une vraie richesse...

      Je regarde Jo. Ses cheveux taillés très court rendaient son visage encore plus poupin, presque enfantin. Ses traits n'avaient pas la finesse et l'apprêt des parisiennes que je croisais fardées et pomponnées dans les cabarets de la capitale, mais dégageaient une vraie beauté simple, naturelle. Sa voix était aussi douce que son regard :

      - La maîtrise des langues étrangères est indispensable si nous voulons exister ailleurs que chez nous, docteur. Nous sommes un tout petit pays et le hollandais est peu utilisé. Vous, français, possédez une langue universellement parlée en Europe et dans le monde. Et vos écrivains savent s'en servwtrpitch.jpgir.

      Son expression rêveuse s'accentue, puis elle élève la voix :

      - Détrompez-vous docteur, les conversations sur la peinture me passionnent ! En matière d'art, la Hollande possède, comme la France, un riche passé artistique. Les peintres du siècle d'or, Rembrandt, De Hooch, Hals, Vermeer, et bien d'autres, sont notre fierté. Savez-vous que c'est un français, Thoré Bürger, qui redécouvrit, au début de ce siècle, celui que, pour ma part, je considère comme un de nos plus grand peintre : Vermeer. Il le qualifiait de « maître de la lumière ». Ses femmes méditatives éclairées par une fenêtre entrouverte... Des joyaux...

      Son visage s'illuminait.

 

 

 J. Vermeer – La femme à l’aiguière, 1665, Metropolitan Museum of Art, New York

       Gachet n'en revenait pas de voir Jo parler peinture avec cette aisance mêlée de passion

      - Je vais vous surprendre docteur, dit-elle, enjouée ! Dans les « modernes », mon peintre préféré est... Vincent. Ce n'est pas parce qu'il est mon beau-frère, mais je trouve sa peinture si parlante. C'est celle que je comprends le mieux : franche, directe, expressive. Il peint ce qu'il voit, sans fard, avec un cœur énorme. Je l'admire beaucoup.

     Je n'osais plus remuer sur mon siège tellement ses paroles me pénétraient. Je les aspirais délicieusement. Heureux Théo...il avait trouvé la perle rare, la femme sensible, intelligente, cultivée, avec laquelle on aimerait rester toute une vie.

      Jo profitait de l'attention soutenue de son auditoire.

      - Docteur, je sais que vous appréciez la peinture de Vincent et je m'en réjouis. Il nous a écrit qu'il avait peint récemment un portrait de vous dont il nous a envoyé une esquisse. Nous irons le voir à l'auberge dans la soirée avant de reprendre le train... A Paris, nous manquons de place pour stocker les toiles qu'il nous envoie régulièrement. Elles sont toutes étonnantes de fraîcheur. Parfois, lorsque je ne dors pas, je me lève pour regarder sa Nuit étoilée sur le Rhône peinte dans le midi. Les lumières or rougeâtre de la ville se reflètent dans l'eau sombre et les étoiles percent l'obscurité comme ces gros phares scintillants qui appellent les bateaux en détresse.

     

nuitarles.JPEG

     Vincent Van Gogh – La nuit étoilée, 1888, Musée d’Orsay, Paris

      Elle me regarde, souriante.

      - Au récent Salon des Indépendants, Monet a dit que les tableaux de Vincent étaient les meilleurs et, lors de l'exposition des Vingt à Bruxelles, en janvier, Toulouse-Lautrec a bien failli se battre en duel avec un peintre qui critiquait ses Tournesols. Une toile d'Arles, La vigne rouge, s'est d'ailleurs vendue à l'occasion de cette exposition et le journaliste Albert Aurier a fait un papier élogieux dans le Mercure de France... Vincent est un grand peintre et cela se saura bientôt !

sunflowers-national gallery.jpg

V. Van Gogh – Vase avec 15 tournesols, 1888, National Gallery, London

 

 

      Elle cesse de parler. Si j'avais pu m'enfoncer dans la terre et disparaître, je l'aurais fait instantanément. Je me lève et court l'embrasser fougueusement sur ses joues rondelettes. Son émotion était perceptible.

      Théo pointa ses yeux transparents sur sa femme. Sa joie était encore plus forte que la mienne. Je savais qu'il n'aurait pu épouser une femme qui ne m'aurait pas aimé.

      Le docteur avait écouté avec beaucoup d'intérêt les phrases de ma petite belle-sœur. Le lien qui nous unissait tous les trois le surprenait visiblement.

      - Quelle belle déclaration d'amour, Johanna ! Je ne peux que vous approuver. Vincent possède un vrai talent qui m'a conquis dès que j'ai vu une de ses toiles. J'ai fréquenté beaucoup de peintres dans ma vie. Les meilleurs ! Mais je perçois chez Vincent la peinture du futur. Quand nous serons tous morts depuis longtemps, je pense que ses toiles resteront des phares pour la peinture moderne.

      C'en était trop. Le pensait-il vraiment ? J'aurais voulu que le temps arrête sa course.

      Je tire voluptueusement une longue bouffée de ma pipe.

      - Et ton exposition Raffaëlli, cela se passe bien, lançai-je à Théo pour dévier la conversation ? Ton chiffre d'affaires va grimper en flèche ce mois-ci. J'espère que tes employeurs sauront en tenir compte.

      - L'exposition est un succès ! Nous allons la prolonger de quelques jours... Mes employeurs ? Ils ne semblent guère se préoccuper des efforts que je consens. Depuis le temps que je réclame une amélioration de mon salaire. Pourtant, j'en aurais bien besoin en ce moment...

      Théo prononça les derniers mots avec une grimace fatiguée qui traduisait sa pensée. Jo lui lança un regard inquiet.

 

      Nous étions à table depuis longtemps. Je me souvenais que je voulais passer à l'auberge avant de ramener Jo et Théo à la gare pour le train de 5 heures 58. Je fis un signe discret à Théo. Il fallait faire vite car l'heure tournait. Jo alla chercher le bébé encore endormi. Nous remerciâmes madame Chevalier pour son excellente cuisine. Marguerite, Paul et le docteur nous raccompagnèrent jusqu'à la grille.

      Théo, Jo et le bébé montèrent dans la carriole. J'attrapai les rennes du cheval qui s'élança vigoureusement à ma première sollicitation.

 

 A suivre...

Projet    Mise en oeuvre du projet   1. Le retour de Provence   2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers   7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet   10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent...  12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval    14. Jo

 

 

19 avril 2009

VAN GOGH A AUVERS - 13. La halte de Chaponval

 

  

maisonàauvers.JPEG

 Vincent Van Gogh – Maisons à Auvers, juin 1890, The Toledo Museum of Art, Toledo, Ohio

 

Suite...

 

Dimanche 8 juin 1890.        

 

       - C'est ma tournée aujourd'hui, monsieur Vincent !

       Accoudé au zinc, Pascalini sirote déjà son premier ou deuxième verre de la journée.

      Je suis arrivé tôt ce matin au café « A la Halte de Chaponval ». J'ai mis à peine dix minutes pour faire le chemin avec la carriole louée par le docteur Gachet. Celui-ci  avait pensé qu'il était plus simple de venir chercher Théo, Jo et le bébé à la halte de chemin de fer de ce quartier d'Auvers. Celle-ci,chaponval-ruepontoise.jpg placée à mi-chemin entre les gares de Pontoise et d'Auvers en venant de Paris était la plus proche de la grande bâtisse du docteur.

      Pascalini insiste pour m'offrir un canon. J'accepte sans grande envie, uniquement pour ne pas contrarier cet ami, ancien gendarme corse retraité, retiré à Auvers. Nous nous étions rencontrés pour la première fois dans ce café un jour où j'explorais les rives de l'Oise proches en quête de motifs et que la chaleur m'avait incité à entrer pour me désaltérer. Nous avions rapidement sympathisé.

 

 

       Photo du café “A la halte de Chaponval”

     

      C'était un joyeux luron, ce Pascalini ! Souvent éméché, il offrait des tournées à la cantonade en lançant des sonores « C'est ma tournée ! » avec cet accent corse inimitable que tout le monde connaissait aux alentours.

       Malgré son apparence de fêtard en goguette, il était intelligent et curieux. Il m'arrivait parfois de le croiser dans la campagne où il occupait son temps, entre deux tournées, à se promener. Il connaissait parfaitement les noms latins des plantes et fleurs sauvages. Il m'avait appris quelques noms bizarres que je gardais en mémoire. Ainsi, je savais que les graciles coquelicots qui couvraient en ce moment les champs et talus de fleurs rouges éclatantes, étaient des « papavers », ou, plus simplement, des pavots, et que le charmant bleuet, celui qui s'abrite dans les champs de céréales l'été, se nommait « centaurea ».

      Le père Penel dépose un verre devant moi, le remplit jusqu'au col d'un geste ample et précis, et me serre la main.

      - Le train de Paris s'arrête bien à 11 heures 26, demandai-je ? Mon frère arrive avec sa petite famille pour passer la journée avec moi. Il repartira dans la soirée par le train de 5 heures 58.

      - Les trains en provenance de Paris sont toujours à l'heure, monsieur Vincent ! Vous avez encore une bonne heure à attendre.

      Rassuré, je porte le verre à mes lèvres.

      Pascalini se penche vers moi :

      - Alors monsieur Vincent, cette peinture ? Lorsque je vous vois peindre au cours de mes promenades, vous le faites avec une fougue incroyable ! Vous martyrisez ces pauvres toiles...

       Sa dernière expression me fit sourire. Son haleine sentait la vinasse. Comment serait-il ce soir ?

      - Je ne martyrise pas la toile, Pascalini, je me bats avec elle ! Et, croyez-moi, la peinture est un combat dont le peintre ne sort pas toujours vainqueur... Je n'ai jamais autant travaillé que depuis mon arrivée à Auvers. Cette région m'inspire. Qui pourrait croire que nous ne sommes qu'à une heure de Paris ? C'est la vraie campagne. Je découvre de nouveaux motifs à chacune de mes sorties... J'ai peint l'église d'Auvers récemment et lui ai donné une vie qui me surprend moi-même. A ce propos... vous connaissez un jeune garçon qui s'appelle Georges ? Il est très grand avec des cheveux blonds comme les blés et demeure non loin du cimetière, au-dessus de l'église.

      - Le gars Georges ! Bien sûr que je le connais ! Ses parents ont une ferme vers le Montcel. Ils font essentiellement la culture de pois et haricots. Un peu de blé également... C'est un gentil garçon, s'intéressant à tout, toujours prêt à parler. On le reconnaît de loin avec sa démarche de héron et ses cheveux qui partent dans tous les sens. Ils ne doivent pas connaître le peigne chez lui !

      En parlant, Pascalini faisait des grands pas dégingandés sur la pointe des pieds afin d'imiter la foulée aérienne du jeune homme.

      - Ce garçon me plait, dis-je en souriant aux pitreries du corse. J'espère avoir l'occasion de le croquer un de ces jours. La peinture semble le passionner. L'analyse pertinente qu'il a faite, devant moi, de sa propre vision de mon église d'Auvers m'a beaucoup surpris. Il ressent bien les choses et ferait certainement un excellent peintre.

      Quelques paysans entrèrent. Leurs sabots de bois claquaient sur le dallage en grès. Ils commandèrent une bouteille de vin. Leur accent rocailleux raisonnait dans le café peu fréquenté à cette heure. Le vin du père Penel était réputé pour sa qualité et son faible coût. Les ouvriers agricoles profitaient de leurs moments de pause dans la journée pour passer boire un canon. Ils saluèrent Pascalini à distance. La bouteille fut vite descendue. Ils sortirent ensuite, revigorés.

      Le patron du café, Félix Penel, avait exercé la profession d'artiste graveur à Paris. Il y a deux ans, il avait fait construire le bistrot qui faisait office de gare depuis l'ouverture de la halte de chemin de fer. Penel distribuait les billets et informait les voyageurs sur les horaires des trains. Sa femme, une blonde solidement charpentée au teint constamment coloré, l'aidait dans son travail.

      Rubens ! En voyant cette femme, je ne pouvais m'empêcher de penser aux nus du peintre flamand que j'avais vus lors de mon dernier séjour à Anvers, ainsi qu'à Paris, au Louvre. Ce peintre joyeux adorait peindre de plantureuses jeunes femmes au teint de pêches bien mûres, d'une sensualité arrivéemariemédicis.jpgdébordante. A Paris, les immenses tableaux commandés à Rubens par la reine Marie de Médicis, présentant des scènes de sa vie avec Henri IV, étaient une débauche de couleurs et de corps dénudés à la chair joyeuse.

      J'entends le sifflement d'un train annonçant son approche. Je vide mon verre et sors. La femme de Penel me lance de sa voix aigrelette qui contrastait avec son physique imposant : « Bonne journée, monsieur Vincent ! A bientôt !» Je me fis une nouvelle fois la réflexion que son visage rubicond ferait un superbe portrait. J'avais déjà demandé à Penel la permission de peindre sa femme mais celui-ci avait refusé catégoriquement.

 

 

 Rubens – Arrivée de Marie De Médicis à Marseille (détail), 1625, Musée du Louvre, Paris

 

 

     

      Théo était devant moi, souriant. Jo le suivait à distance portant le bébé. Ils étaient seuls sur le quai en ce dimanche ensoleillé.

      Je les embrasse chaleureusement. Vincent, mon petit homonyme dormait à moitié. Je l'arrache des bras de sa mère et le serre longuement, affectueusement.

      Théo me paraissait plus fringant qu'il y a trois semaines à Paris. Il portait un costume d'été jaune paille qui ensoleillait son teint pâle et accentuait, par contraste, la clarté de ses yeux bleus cristallins. Il avait fêté ses 33 ans le mois dernier mais sa silhouette fine, ses cheveux courts crantés séparés par une raie sur le côté gauche, lui gardaient un aspect juvénile. Je le voyais tel qu'il était à ses débuts professionnels, à quinze ans, à la galerie Goupil de Bruxelles. Il n'avait guère changé.

      Jo était resplendissante. Sa longue robe mauve était surmontée d'un col en fine dentelle qui lui enserrait gracieusement le cou et redescendait en s'évasant jusqu'à mi-poitrine. Quelques restes d'embonpoint dus à l'accouchement récent étaient dissimulés par une large ceinture claire, très serrée à la taille. Elle était coiffée d'un petit chapeau garni de roses pompon dont elle avait soigneusement assortie la couleur à sa robe. Deux rubans noués sous le menton lui encadraient le visage.

      Je les précède jusqu'à la carriole en gardant mon neveu serré contre moi. Ses yeux incisifs me fixaient sans inquiétude.

      - Vous me faites un immense plaisir, leur dis-je en les aidant à monter. Depuis que j'ai appris votre venue, je ne cesse de compter les jours.

      Jo s'installe confortablement dans la voiture, puis se tourne vers moi, enjouée :

      - Tu respires la santé ! L'air d'Auvers semble te convenir à merveille ! A Paris, je te trouvais déjà bien, mais cette fois je peine à te reconnaître avec ce teint bronzé...

      - Je suis bien Jo... Je ne vous remercierai jamais assez de m'avoir envoyé dans cette région pleine de charme et de m'avoir permis de faire la connaissance du docteur Gachet qui est déjà un grand ami.

      Vincent Willem ne me quittait pas du regard. Qu'il est beau, pensai-je ? Les paroles que Jo m'avait écrites l'été dernier à Saint-Rémy lorsque j'étais seul, désespéré, me revenaient en mémoire. Elle m'annonçait qu'elle était enceinte et espérait que son enfant ressemblerait au portrait du bébé du facteur Roulin que je lui avais envoyé. Prostré dans la solitude de l'asile, j'avais appris ses paroles par cœur : « De ma place, lorsque je suis assise à table, je regarde le tableau et vois les grands yeux bleus, les jolies petites mains et les joues rondes de l'enfant. J'espère quebébé-roulin.jpg le nôtre sera aussi costaud et beau que celui-là et que son oncle fera un jour son portrait. »

      Je dépose avec regret Vincent Willem sur les genoux de sa maman et tire sur la bride du cheval. Celui-ci hésite un moment et prend la direction de la rue Rémy, presque par habitude. Je savais que la rue Rémy menait directement à la rue des Vessenots, sans avoir à repasser par le centre ville. Le soleil, généreux à cette heure, me chauffait la nuque. Jo ajusta le bonnet du bébé afin de le protéger.

      Nous parlions joyeusement. Un nid de roitelet, que j'avais ramassé sous un peuplier en venant, amusait beaucoup Vincent Willem. Je lui avais donné. Ses petits doigts enfonçaient la paille. Assis à mes côtés, Théo ne cessait de faire des remarques et se retournait sur tout ce qu'il voyait. Le paysage verdoyant de chaque côté de la route lui rappelait notre Hollande natale.

 

 

 V. Van Gogh – Le bébé Marcelle Roulin, 1888, Van Gogh Museum, Amsterdam

          

      Des champs de colza formaient de grands espaces jaune vif ondulant au vent. Gorgés de soleil, ils dégageaient une lumière miroitante qui nous éblouissait. Par endroit, des coquelicots envahissaient les cultures de tâches de sang indélébiles. Il n'avait pas plu et les terres étaient sèches. Les roues de la voiture soulevaient une fine poussière qui se reposait longtemps après notre passage.

maisonsauverschampblé.JPEG

     Vincent Van Gogh – Maison à Auvers (avec champ de blé), juin 1890, The Philips Collection, Washington

       

      Théo huma délicieusement des effluves de purin frais s'échappant d'une ferme aux murs récemment crépis. L'air me caressait le visage. Je l'aspirai en bombant le torse, heureux de les avoir avec moi tous les trois.

 

A suivre...

 

Projet    Mise en oeuvre du projet   1. Le retour de Provence   2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers   7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet  10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent...  12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval 

   

17 octobre 2008

VAN GOGH A AUVERS - Mise en oeuvre du projet

 

 

                                                                                                               
autoportraitchapeau.jpg

 Van Gogh - Autoportrait au chapeau de feutre, 1887

  Van Gogh Museum, Amsterdam

 

      Un grand merci pour tous vos encouragements.

      Maintenant, il va être temps de laisser la parole au héros de cette histoire : Vincent Van Gogh. Je sens qu’il a des choses à dire. Il ne devrait pas nous décevoir.
      A force de le côtoyer, je commence à le connaître intimement. Il devrait être suffisamment en forme, malgré les difficultés de santé qu'il connût récemment en Provence, pour commencer à nous conter le premier épisode de ses pérégrinations dans Auvers dès la semaine prochaine.

      L'aventure risque d'être longue. C’est pourquoi des récits divers plus courts seront intercalés de temps à autre afin de libérer des temps de respiration à Vincent.

      Je cite, ci-dessous, quelques ouvrages de ma bibliothèque personnelle et d’autres consultés à la Bibliothèque Nationale de France, qui ont nourri ma réflexion :



1 – Ouvrages et documents personnels

- Vincent Van Gogh – Correspondance générale 1/2/3 – 1990 – Edit. Gallimard

- Vincent Van Gogh à Auvers : Alain Mothe 2003 - Edit. du Valhermeil

- Van Gogh : Melissa McQuillan 1990 - Edit. Thames et Hudson

- Une vie de Vincent Van Gogh : David Sweetman 1990 - Presses de la Renaissance

- Van Gogh : Marc-Edo Tralbaut 1960 - Hachette

- L’Autre Van Gogh : M.A. Ozanne et Frédérique de Jode 1999 – Edit. Olbia

- Auvers-sur-Oise : Dépliant de l’Office de Tourisme d’Auvers 1980

- Le choix de Vincent : Catalogue de l’exposition 2003 Van Gogh Museum, Amsterdam

- Van Gogh : Catalogue du Van Gogh Museum 1996

- Un ami de Cézanne et de Van Gogh, le docteur Gachet : Catalogue de l’exposition 1999 Grand Palais, Paris

- Millet/Van Gogh : Catalogue de l’exposition 1998/1999 Musée d’Orsay, Paris

- Vincent Van Gogh à Saint-Paul-de-Mausole : Docteur Jean-Marc Boulon 2003 - Assoc. St-Paul-de-Mausole

- Mémoire de guinguettes : Francis Bauby, Sophie Orivel, Martin Pénet 2003 - Edit. Omnibus



2 – Ouvrages consultés à la Bibliothèque Nationale de France



- Deux amis des impressionnistes, le docteur Gachet et Murer : Paul Gachet 1956 – Edit. des Musées Nationaux

- Vincent Van Gogh : Gustave Coquiot 1923 – Librairie Ollendorff

- Auvers en 1900 : Evelyne Demory-Dupré 1985 – Edit. du Valhermeil

- Van Gogh à l’auberge Ravoux : Fred Leeman 2002 – Edit. Hoëbeke

- Le dernier été à Auvers : Alain Mischel 2003 – Edit. du Valhermeil

- Histoire de la paroisse et de la commune d’Auvers-sur-Oise : Henri Mataigne 1986 – Edit. du Valhermeil

- La folie de Vincent Van Gogh : Victor Doiteau et Edgard Leroy 1928 – Edit. Esculape

- Vincent Van Gogh et Auvers-sur-Oise : Claude Millon 2002 – Edit. Saint-Thouau

- Dans le ciel : Octave Mirbeau 1989 – Edit. L’Echoppe

- Guinguettes et Lorettes : François Gasnault 1986 - Edit. Aubier



      Afin de donner vie à ce récit, les illustrations jointes seront le résultat de recherches documentaires et d’images trouvées sur divers sites internet, dont la Réunion des Musées Nationaux et le Van Gogh Museum à Amsterdam. Les articles de mon blog n’ayant aucun caractère commercial, je remercie d’avance les photographes à qui je pourrais emprunter ces quelques photos.

      A bientôt.

                                                                                                      Alain

 Projet    Mise en oeuvre du projet

 

11 octobre 2008

VAN GOGH A AUVERS - Projet

 

 

      Peu de peintres ont l’aura de Vincent Van Gogh dans le monde. Et pourtant, le connaît-on vraiment ?

Autopchevalet.jpg

    

  Ma passion pour ce peintre m’avait incité, il y a quelques années, à lire les nombreuses lettres qu’il avait écrites à son frère Théo, des années 1872 jusqu’en juillet 1890 à Auvers-sur-Oise. Ces lettres montraient un homme très différent de l’être tourmenté et malade qui nous est présenté trop souvent. J’ai ressenti dans ces lignes son intelligence, sa passion, une grande sensibilité et une vaste culture.

      Ainsi, Vincent était devenu un ami presque intime. J’avais donc souhaité en savoir plus et avais consulté de nombreux ouvrages et documents consacrés à sa vie et son travail.

      Fort de ces connaissances documentaires, mon imagination faisant le reste, je m’étais aventuré, pour le plaisir, à commencer un manuscrit romancé contant les deux derniers mois du séjour de l’artiste à Auvers-sur-Oise. Je ne l’ai jamais terminé.

 


   Van Gogh - Autoportrait au chevalet, 1888,

 

Van Gogh Museum, Amsterdam

 
      L’activité du peintre a été intense pendant ces deux mois. En l’espace de 70 jours, Vincent a peint 75 tableaux, soit plus de un par jour. Au sommet de son art, nombre des toiles de cette période sont des chefs-d’œuvre.

       Est-il possible de ressusciter dans un blog, un bref instant, un personnage uniquement par la force des mots et des images.

       Aujourd’hui, j'aimerais entendre parler l’artiste, le suivre pas à pas dans les rues d’Auvers, les chemins et les collines de la région, connaître les personnes qu’il rencontre, le regarder peindre et vivre.

      Ces articles, contant chronologiquement cette courte période de l’histoire de Van Gogh, pourraient se présenter comme une sorte de fil rouge s’intercalant avec mes récits habituels. Un feuilleton en plusieurs épisodes qui seraient regroupés dans une catégorie séparée nommée : VAN GOGH A AUVERS.

      Le début de cette histoire pourrait débuter à la date du mardi 20 mai 1890. Vincent est dans le train qui le mène à Auvers. Il vient de passer trois jours chez son frère à Paris après son retour de Provence où il connut deux années difficiles : « Le train avance à bonne vitesse. Les sifflements stridents de la machine à chaque approche de gare n’arrivent pas à troubler cette torpeur agréable qui m’envahit. »

      Etes-vous intéressés, amis lecteurs, pour que Vincent, avec son propre langage, nous fasse revivre cette période de sa vie d’homme et d’artiste à Auvers-sur-Oise ?

      J’apprécierais tous les commentaires que vous pourriez me faire.

      A bientôt.

                                                                                                                 Alain