Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les Grâces de Rubens

EXCELLENTE ANNÉE 2023 

 

Rubens, Louvre, galerie Médicis

 

 

« Rubens ne se châtie pas et il fait bien. En se permettant tout, il vous porte au-delà de la limite qu’atteignent à peine les plus grands peintres ; il vous domine, il vous écrase sous tant de liberté et de hardiesse. » - Eugène Delacroix, 1860

 

     Lorsqu’une scientifique émérite mène en parallèle une carrière de peintre, de sculpteur sur pierre et de copiste au Louvre, cela donne ce livre d’enquête de Sigrid Avrillier consacré au thème des trois Grâces, dont l’origine remonte à la mythologie grecque, et à sa représentation picturale par le maître flamand Pierre Paul Rubens. L’image est indispensable lorsque l’on parle de peinture. L’iconographie des Éditions Macenta est à la hauteur du texte.

 

 

     Rubens, certainement le peintre le plus important de la peinture flamande au 17e siècle, était un peintre érudit, parfois ambassadeur, très recherché par les cours européennes.

 Rubens, Louvre, galerie Médicis     J’ai souvent admiré ses toiles croisées au Louvre : une fête de la couleur et des corps dénudés à la chair joyeuse. Eugène Delacroix qui adorait copier les néréides, plantureuses jeunes femmes d'une sensualité débordante, s’en était inspiré en 1822 pour peindre les corps des figures nues au pied de la barque de son « Dante et Virgile aux enfers ».

 

 

 

 

 

 

 

Pierre Paul Rubens – Le Débarquement de Marie de Médicis à Marseille, 1623, Louvre, Paris

 

     Dans diverses visites d’expositions, les Grâces m’apparaissaient parfois : Raphaël au château de Chantilly, Lucas Cranach au Louvre, ou « Le Printemps » de Botticelli.

Cranach, trois grâces

Lucas Cranach - Les trois Grâces, 1531, Louvre, Paris  

   

     L’auteure nous invite à découvrir une des toiles « L’Instruction de la reine » qui fait partie des 24 immenses tableaux commandés en 1622 à Rubens par la reine Marie de Médicis, illustrant sa vie comme seconde épouse du roi Henri IV et mère de Louis XIII. Ce cycle des tableaux a été peint par l’artiste de 1622 à 1625 pour être accroché au palais du Luxembourg édifié par la reine. Depuis 1816, la galerie Médicis, dans l’aile Richelieu du Louvre, sous un bel éclairage zénithal, s’enorgueillit aujourd’hui de les posséder. Je conseille fortement la visite de ce lieu magnifique.

Rubens, Louvre, galerie Médicis

Pierre Paul Rubens – L’instruction de la reine, 1623, Louvre, Paris

 

     Le mythe des trois Grâces apparait dès le 7e siècle av. J.-C., dans le culte des « Charites » chez les Grecs. Filles de Zeus, elles sont les divinités de la prospérité et de la croissance, donnant aux mortels comme aux dieux, joie, paix, beauté, fécondité. À partir du 4e siècle, elles échangent leurs vêtements pour des voiles puis se dénudent complètement. Très populaire chez les Grecs et Romains, on va les retrouver partout dans des peintures, fresques, mosaïques, monnaies ou décors d’églises. Oubliées au Moyen Âge, elles réapparaissent vers la fin du 15e siècle.

 

Charites

Marbre pentélique peint - Relief des Charites, 6e siècle av. J.C., Athènes, musée de l'Acropole

 

     L’analyse de l’auteure est lumineuse sur la présence et la place des Grâces dans le tableau.

Rubens, Louvre, galerie Médicis

Pierre Paul Rubens – L’instruction de la reine, détail des trois Grâces, 1623, Louvre, Paris

 

     Rubens voulait représenter les Grâces dans une attitude originale, deux de face et une de trois quarts, à la manière « baroque » en s’affranchissant de la morale chrétienne. Toutefois, il devait satisfaire la reine très catholique. Il fallait également faire l’apologie de celle-ci et redorer sa réputation. La place occupée par la beauté et la grandeur des Grâces dans le tableau ne pouvait que plaire à la reine en soulignant son avenir prometteur : devenir la reine du Royaume de France et assurer la lignée des bourbons en donnant un fils au roi. Louis XIII naissait seulement neuf mois après sa rencontre avec Henri IV. Le contrat était rempli.

 

     Après ce cycle pour Marie de Médicis, présentant des femmes très classiques, sages, « grecques », le maître allait continuer à peindre des Grâces pour d’autres commanditaires. Son mariage en 1630, il a 53 ans, avec la très jeune Hélène Fourment lui permit de retrouver les grâces nues aux formes très rondes qu’il affectionnait. Le tableau actuellement au Prado « Les trois Grâces nues » montre sa femme Hélène représentée trois fois. Le Rubens voluptueux est de retour : les Grâces se frôlent, se caressent, laissent dans les chairs l’empreinte de leurs doigts.

 

Rubens, Louvre, galerie Médicis

Pierre Paul Rubens – Les trois Grâces nues, 1638, musée du Prado, Madrid

 

     Je termine sur la très belle description du travail de copiste effectué durant trois mois dans la galerie Médicis par Sigrid Avrillier sur une toile de format 1,46 x 1,14 m : une belle dextérité dans le rendu des carnations et glacis, avec le fameux « sfumato » cher à Léonard de Vinci dans les contours. La mise en page devait être très respectueuse de l’esprit du cycle et de sa poésie. « J’ai osé, moi aussi, une « interprétation », comme Rubens », dit la copiste.

 

     Ce livre, technique, érudit, demandant un gros travail de recherche, est très riche. J’ai découvert un pan de la mythologie grecque que je connaissais peu et la peinture de Rubens que j’admirais depuis longtemps et qui m’est devenue familière.

 

Commentaires

  • Bonjour,
    Votre texte est comme toujours très intéressant sans être pédant. Je préfère de loin les trois Grâces de l'Instruction de la reine aux trois Grâces nues du Prado, beaucoup plus opulentes et moins harmonieusement disposées.
    Bien cordialement avec tous mes vœux de réussite,

    R.PONTIER

  • Pour son tableau, Rubens s’était inspiré du groupe des trois Grâces d’époque romaine en marbre qui est aujourd’hui au Louvre, mais qui, au 17e, était à la villa Borghèse à Rome et que Rubens avait vu.
    Mais le penchant naturel du peintre était plutôt les formes féminines bien rondes comme celles du Prado ou celle que je montre au début de l’article dans une toile de la galerie Médicis.
    J’aime bien les deux.
    Très belle année à vous et vos proches.

  • j'ai compulsé, pour la première fois, un de vos articles et je ne me permettrais, surtout pas la moindre critique ou analyse, car je n'ai pas été très loin dans les études, aussi avec le temps, je vais m'enseigner cet art, bien qu'ayant quelques tableaux , voilà mon plus grand regret à bientôt 70 ans , vous me direz on apprend à tout âge .

  • L’art peut s’apprendre à tout âge. Lorsque l’on regarde un tableau, on peut ressentir la petite émotion qui fait que l’on aime. Ensuite, les livres ou des visites d’expositions permettent d’en savoir plus sur le peintre et son œuvre. Avec de l’envie et un peu de temps, on apprend vite à faire des différences entre les peintres et connaître nos goûts.
    Belle année en couleur.

  • Tes articles sont toujours aussi intéressants. J'aime beaucoup, même si Rubens n'est pas mon peintre préféré.
    Merci pour tout, Alain.
    Je profite de ce moment plus calme pour te souhaiter une très belle année.

  • Je tente de garder le cap, montrer et parler de ce que j’aime : la peinture et la poésie.
    La culture est tellement importante pour atténuer les difficultés nombreuses de notre planète.
    Rubens est un très grand peintre et les meilleurs comme Delacroix l’avaient bien compris. Ce livre est une belle recherche d’une femme scientifique de haut niveau qui est copiste au Louvre.
    Je prépare une sorte de biographie légèrement romancée de Camille Monet, la première femme du peintre. Cette jolie femme me donne du mal. Heureusement les nombreux tableaux d'elle de son mari et ses amis Renoir et Manet, qui sont des éléments essentiels de sa courte vie, m'apportent leur aide.
    Tes articles se font plus rares, mais je les suis toujours avec intérêt.
    Que l’année 2023 te soit bénéfique en tout.

  • Nos "codes" actuels du nu féminin nous influencent et comme R Pontier je suis moins gênée par les trois Grâces de l'Instruction de la reine que par celles du Prado. J'aime cependant Rubens pour sa virtuosité, ses couleurs, le traitement de la lumière et l'utilisation du clair-obscur .J'apprécie particulièrement dans les détails la reproduction réaliste des matériaux dans les traditions de l'art flamand. J'ai eu le bonheur de visiter la "Rubenshuis" la maison de Rubens à Anvers.

  • Dans les Grâces du Prado, Rubens qui aimait les femmes épanouies de cette époque a voulu se faire plaisir en peignant plusieurs fois sa jeune femme.
    Delacroix qui adorait la truculence et les couleurs de son art le surnommait l’Homère de la peinture, et les œuvres du maître concentraient pour lui l’essentiel de la peinture. Il le copiait pour en comprendre les mécanismes.
    Personnellement, ma toile préférée de Rubens est La Kermesse, toile représentant une truculente noce de village peinte par Rubens en 1635 qui est possédée par le Musée du Louvre.
    Merci Geneviève
    Belle journée

  • je ne me souviens pas d'avoir vu la Kermesse au Louvre. Je dois aller prochainement à Paris et bien entendu j'irai au Louvre pour m'attarder . Ce grand tableau le mérite pour sa composition, son mouvement, ses couleurs, sa truculence, les détails de cette bacchanale qui se déroule dans un paysage serein. Merci Alain d'avoir mis en avant ce tableau.. Je pense que nous allons nous y attarder. (ce que nous faisons systématiquement avec jubilation devant un tableau de Pierre Brueghel l'Ancien)
    Bonne journée

  • Il y a beaucoup de Rubens au Louvre, mais cette Kermesse est celle qui m'impressionne le plus car elle est bien différente des grandes figures habituelles chez ce peintre. Rubens était au sommet de son art car la toile est datée peu de temps avant son décès. Cette fête de village avec des paysans chantant, dansant, avec des grivoiseries, est un régal.
    Si vous allez au Louvre, n'oubliez pas la galerie Médicis. Et, pourquoi pas, un petit tour vers la Hollande. Vermeer et sa Dentellière vous attendent.
    Excellente journée Geneviève

  • la galerie Médicis on ne peut pas la rater. Il faudra retrouver la jeune dentellière dans son petit tableau.

  • Aile Richelieu, dernier étage. Il faut éviter d'y aller lorsqu'il y a foule, C'est l'une des plus petites toiles du musée. Mais vu de près, c'est beau.

  • J'ai l'impression que l'aile Richelieu est moins fréquentée que les ailes Sully et Denon.

  • Peut-être, c'est l'Europe du Nord. Je n'ai pas de certitude. Mais il n'y a jamais foule devant La Dentellière.

Écrire un commentaire

Optionnel