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Une famille dans l'impressionnisme

 

Rouart

 

« Ce monde de la peinture, j’ai eu beau tenter de le fuir, tout m’y ramenait. D’abord mes souvenirs. Presque tous les membres de ma famille peignaient, avec une ardeur farouche, une passion qui me semblait parfois maladive. »

 

     Je repose le livre dans un angle de mon bureau. Une onde de plaisir me parcourt encore. De nombreuses toiles de la période impressionniste que j’admirais depuis longtemps dans les musées, expositions, ou monographies, je les ai retrouvées à nouveau en feuilletant les pages imprimées sur papier photo grand luxe.

 

 

     Une monographie familiale. L’académicien Jean-Marie Rouart nous entraîne dans une histoire qui débute au milieu du 19e siècle avec ses deux arrière-grands-parents Henri Rouart et Henry Lerolle, peintres et collectionneurs, et se poursuit avec leurs nombreux descendants. La plupart des chefs-d’œuvre présentés dans le livre, l’auteur les a connus en liberté, objets familiers qu’il a pu contempler accrochés sur les murs des différentes maisons familiales. Aujourd’hui, ils sont dispersés dans des musées ou collections aux quatre coins du monde.

   Par mariages ou amitiés, la famille Rouart a côtoyé les plus grands noms qui traversèrent l’impressionnisme et la littérature : Manet, Berthe Morisot, Degas, Renoir, Valéry, Mallarmé…  Du beau monde !

 

     Le meilleur ami de l’arrière-grand-père Henri Rouart, peintre et industriel, était Édgar Degas. « Degas était au centre de la passion familiale et le trait d’union entre toutes les familles qu’il avait approchées. » Il fit huit portraits de son ami, le plus connu le représente de profil en chapeau haut de forme devant ses usines.

 

Rouart, Degas

Édgar Degas - Henri Rouart devant son usine, 1875, Carnegie museum of art, Pittsburgh

 

     Paul Valéry décrit Degas : « fidèle, étincelant, insupportable, anime le diner, répand l’esprit, la terreur, la gaieté. »

 

    L’hôtel particulier d’Henri Rouart, rue de Lisbonne à Paris réunissait une formidable collection : 47 Corot dont les magnifiques « Dame en bleu » et « La parisienne », les « Répétition de danse » de Degas, 8 Courbet, des Daumier, Delacroix, Millet, Gauguin, Chardin, Cézanne, « La brune aux seins nus de Manet, le « Bois de Boulogne » de Renoir, et tant d’autres… Toutes ces œuvres avaient été acquises entre 1870 et 1900. Les œuvres peintes par Henri Rouart y figuraient aussi.

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Camille Corot - La Dame en bleu, 1874, musée du Louvre, Paris

 

     « Un chat. Tante Julie, qu’on appelait aussi Mamaïta, ressemblait à un chat. »

    J’ai beaucoup apprécié cette partie du livre consacrée à Julie Manet, la fille de Berthe Morisot. Sa mère peignait constamment « Bibi ». Durant 17 ans, jusqu'au décès de Berthe en 1895, elle est représentée à tous les âges, à tous moments de la journée. Le pinceau de l'artiste a une infinie tendresse lorsqu'elle peint l'enfance.

    Jean-Marie Rouart connut, adolescent, sa tante Julie qui vivait au milieu des chefs-d’œuvre de l’impressionnisme. Elle peignait pour communier dans la ferveur de sa mère. Les toiles de Berthe Morisot, de son oncle Édouard Manet, et de nombreux autres, étaient rassemblées dans son musée où elle habitait : « Berthe Morisot au bouquet de violettes », « Berthe Morisot et sa fille » et le « Portrait de Julie Manet » de Renoir.

 

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Auguste Renoir - Julie Manet ou L'Enfant au chat, 1887, musée d'Orsay, Paris

 

     Les dernières toiles de Julie adolescente peinte par sa mère avant son décès étaient présentes également : « Julie au violon » et « Julie Manet et son lévrier Laerte ».

 

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Berthe Morisot - Julie Manet et son lévrier Laerte, 1893, musée Marmottan Monet, Paris

 

    Paul Valéry et Stéphane Mallarmé faisaient partie de la famille de cœur des Rouart. Valéry était marié avec une cousine de Julie Manet. « J’aimais Valéry comme on aime une étoile, et il n’est nul besoin d’être le fils de cette étoile pour l’aimer, elle appartient à tous, comme toutes les autres étoiles qui brillent dans le ciel », disait Jean-Marie Rouart.

 

    L’avant-dernier chapitre du livre est consacré au grand-père de Jean-Marie, Louis Rouart qu’il qualifiait de coureur de jupons, sans œuvre : « Ce grand-père, je l’aimais tel qu’il était. J’aimais ses yeux malicieux, son horreur de la médiocrité, son fanatisme pour l’art, sa passion pour les femmes et l’Italie. Nous partagions un vice commun, cet amour des livres. » Louis était marié avec Christine Lerolle. J’ai apprécié de revoir sur la jaquette du livre le charmant petit tableau des sœurs Lerolle de Renoir qui est au musée parisien de l’Orangerie : « Yvonne et Christine Lerolle au piano ».

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Auguste Renoir - Yvonne et Christine Lerolle au piano, 1897, musée de l'Orangerie, Paris

 

   « Les tableaux de mon père, les natures mortes, les paysages, exprimaient un bonheur que je n’avais jamais vu ni sur son visage, travaillé par l’angoisse, ni dans sa vie. » Plusieurs des toiles du père de Jean-Marie, Agustin Rouart, terminent le livre. Ému, Jean-Marie Rouart repense à ce père : « Mon père. Quel long chemin j’ai fait pour le rejoindre. » Il évoque sa mère : « Un portrait de lui en particulier me plaisait et me troublait, celui de ma mère allongée sur un grand dessus de lit jaune, à demi nue, la tête dans ses mains comme si elle pleurait. »

 

augustin Rouart

Augustin Rouart – Lagrimas y penas, collection particulière

 

 

     Je me suis plongé avec délice dans cette vaste fresque de la famille Rouart accompagnée de documents, photos, et tableaux de grande qualité.

 

 

Commentaires

  • La dame en bleu de Corot est un authentique chef d'œuvre et, curieusement, les rares femmes de Corot sont beaucoup plus opulentes que ses arbres souvent filiformes.
    Excellent également le tableau de Degas sur Henry Rouart avec une belle ligne de fuite d'un parfait classicisme.
    Bien cordialement,

    R.PONTIER

  • J’apprécie la poésie des paysages de Corot. Mais ses femmes ont beaucoup de charme et Henri Rouart les appréciait, elles restèrent longtemps dans la famille.
    Quant à Degas c’était le grand ami des Rouart qui accumulèrent une magnifique collection.
    Merci de votre passage.
    Belle journée.

  • Merci Alain pour ce compte rendu d'un ouvrage que tu rends ici attrayant avec ton article remarquablement illustré. Je l'ai cru récemment sorti avant d'un peu fouiller les sites de ventes en ligne pour en connaître le prix ... et de me rendre compte qu'il a déjà plus de vingt ans. T'avait-il à toi aussi échappé lors de sa sortie en 2001 ?

  • C’est un livre que je possède depuis longtemps, mais je n’en parlais pas.
    Depuis 2/3 ans, je fais des critiques dans le réseau littéraire Babelio, sur le thème de la peinture le plus souvent, parfois de la poésie, comme le dernier livre sur les Fêtes Galantes de Verlaine.
    J’ai de nombreux livres anciens comme celui-là en réserve dans ma bibliothèque qui te plairaient certainement, dont un à présenter prochainement sur les plus beaux textes de l’histoire de l’art. J’ai aussi à faire « Éloge de l’individu » que tu connais sur la peinture flamande, après, déjà fait, « Éloge du quotidien » sur la peinture hollandaise.
    J’ai de quoi occuper mes journées

  • Ni toi ni moi, - ni probablement beaucoup d'autres retraités -, nous ne nous ennuyons, Alain. Et c'est très bien ainsi !
    (C'est en revenant ici ce matin que je découvre ta réponse à mon dernier commentaire : ton hébergeur ne m'en avait pas prévenu ! - Vive la technologie ...)

  • Je ne comprends plus rien à cet hébergeur. Il ne me prévenait plus depuis longtemps des nouveaux messages et, depuis deux semaines, cela remarche à nouveau, et il m'a prévenu de ton message. Par contre, il semble que les lecteurs comme toi ne sont pas prévenus...
    Je te renouvelle mon souhait d'excellentes vacances. Et bon anniversaire !

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