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Paul Durand-Ruel, défenseur des artistes

 

Renoir

Auguste Renoir – Le déjeuner des canotiers, 1880, Philips Collection, Washington

 

     « Sans Durand nous serions morts de faim, nous tous les impressionnistes. Nous lui devons tout ! » s’exclamait encore Claude Monet au soir de sa vie. 

 

  Quelle vie que celle de Paul Durand-Ruel ! « Missionnaire de la peinture », l’appelait Renoir.

Paul-Louis Durand-Ruel, petit-fils du marchand, auteur du livre « Paul Durand-Ruel Mémoires du marchand des impressionnistes », le présente comme un patchwork de mémoires et documents divers écrit par son père, auquel s’ajoute des lettres et renseignements divers, un détail de ses expositions, des tableaux, et leurs prix de vente.

 

 

    Après s’être consacré pleinement à faire connaître les artistes de l’École de Barbizon des années 1830 (Corot, Rousseau, Millet…) qui seront reconnus en 1871, Paul Durand-Ruel s’installe rue Laffitte, comme son ami le marchand Ambroise Vollard. Une nouvelle avant-garde talentueuse arrive : Degas, Renoir, Monet, Morisot, Boudin, Sisley, Cassatt... Séduit par cette peinture de la fugacité des choses, et de la lumière changeante, il va se battre pour les faire connaître en s’octroyant l’exclusivité de leur travail et en les exposant dans ses galeries et son appartement familial.

 

     Un combat incessant durant une vingtaine d’années ! Cette nouvelle école lui vaut de graves déboires. Il a eu l’audace d’accueillir dans ses galeries les œuvres de peintres vilipendés par les partisans de l’académisme et des vieilles doctrines. Les critiques d’art, la presse, ses confrères l’attaquent. Il devient la risée des Salons et du public. « On me prédit à plusieurs reprises que je finirais mes jours à Charenton ». La ruine est proche. Il va jusqu’à risquer sa fortune personnelle pour faire connaître et apprécier la nouvelle peinture et aider ses amis dans la détresse. Il sauvera Monet, Degas ou Renoir.

 

    Quolibets, insultes, pleuvent lors de la deuxième exposition du nouveau groupe des peintres impressionnistes commencée le 30 mars 1876 dans la galerie Durand-Ruel 11 rue Le Peletier à Paris. Albert Wolf dans « Le Figaro » écrit un article particulièrement dur :

    « La rue Le Peletier a eu du malheur. Après l’incendie de l’Opéra, voici un nouveau désastre qui s’abat sur le quartier. On vient d’ouvrir chez Durand-Ruel une exposition, qu’on dit être de peinture. Le passant inoffensif, attiré par les drapeaux qui décorent la façade, entre, et à ses yeux épouvantés s’offre un spectacle cruel. Cinq ou six aliénés, dont une femme, un groupe de malheureux atteints de la folie de l’ambition, s’y sont donnés rendez-vous pour exposer leurs œuvres. Ils prennent des toiles, de la couleur et des brosses, jettent au hasard quelques tons et signent le tout. »

     La femme dont parle le critique est Berthe Morisot. Elle expose ma toile préférée de l’artiste : la magnifique « Femme à sa toilette ».

Berthe Morisot

Berthe Morisot – Femme à sa toilette, 1875, The Art Institute of Chicago

 

Claude Monet présente ce superbe paysage « Le pont d’Argenteuil ».

Monet

Claude Monet – Le pont d’Argenteuil, 1874, musée  d’orsay, Paris

 

     Durand-Ruel s’acharne. Renoir lui écrit en 1885 : « Le public, la presse et les marchands auront beau faire, ils ne vous tueront pas votre vraie qualité : l’amour de l’art et la défense des artistes. Dans l’avenir, ce sera votre gloire ».

 

   Paul Durand-Ruel aura vu passer entre ses mains de nombreuses toiles renoirconsidérées comme des chefs-d’œuvre immenses aujourd’hui. Souvent, il les gardait : la « Jeune fille endormie » de Renoir était l’un des fleurons de sa collection privée. Il ne s’en sépara jamais. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auguste Renoir – La jeune fille endormie, 1880, Sterling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

     Les superbes « Danse à la campagne » et « Danse à la ville » de Renoir orneront le grand salon de son appartement rue de Rome jusqu’à sa mort.

Renoir

Auguste Renoir – Danse à la ville, 1883, musée d’Orsay, Paris

 

     L’exposition qu’il présente en 1886 à New York est un immense succès et voit enfin la reconnaissance des impressionnistes. À la fin de sa vie, il pouvait déclarer : « Enfin les maîtres impressionnistes triomphaient comme avaient triomphé ceux de 1830. Ma folie avait été sagesse. Dire que si j’étais mort à soixante ans, je mourais criblé de dettes et insolvable, parmi des trésors méconnus… ».

En 1910, Renoir immortalise son ami et marchand en peignant son portrait après près de quarante ans d’amitié sincère. Durand-Ruel paraît heureux. Il s’éteint le 5 février 1922.

 

Durand-ruel

Auguste Renoir – Paul Durand-Ruel, 1910, collection privée

 

     « Ce n’est pas sur les bancs de l’école ni dans les milieux académiques qu’on trouvera les jeunes artistes qui aient des visions intéressantes. C’est parmi ceux qui ne cherchent leurs inspirations qu’en eux-mêmes, dans la contemplation des merveilles toujours nouvelles de la nature, et dans l’étude approfondie des chefs-d’œuvre des grands maîtres de tous les temps. »

 

 

Commentaires

  • Très bel hommage à cet homme que j'avoue ne pas connaître...
    Tu as raison d'en parler, il faut toujours des mécènes pour que l'art puisse vivre... et des marchands d'art pour que les artistes puissent continuer à vivre.
    Passe une douce journée.

  • Tiens, cela m’étonne que tu ne connaisses pas Durand-Ruel qui est le plus grand marchand d’art, avec Ambroise Vollard, des impressionnistes ! Ceux-ci lui doivent énormément. Il se battait constamment pour que leur peinture soit reconnue, et cela a failli le ruiner. Un grand homme pour l’histoire de l’art.
    J’espère que tu vas bien. Le printemps arrive. Très beau week-end à venir.

  • J'avoue que si j'aime les musées et les tableaux que j'y découvre, j'ai du mal à me pencher sur leur histoire et en particulier sur les marchands, quoique je pense qu'ils ont grandement aidé à les faire connaître.
    Merci pour tout, Alain.
    Passe une douce soirée.

  • Il est toujours intéressant, cher Alain, d'évoquer à nouveau, quelques années plus tard, un sujet que de "jeunes" lecteurs peuvent alors découvrir . Quant aux vieux, comme moi, une piqûre de rappel n'est jamais à négliger. Je me souviens qu'ici tu avais déjà présenter ce célèbre marchand de tableaux : recherche effectuée à l'instant, c'était en décembre 2014. Et à la suite de ton article, je m'étais offert l'ouvrage de ses "Mémoires", ouvrage revu et annoté par son arrière-arrière-petite-fille, historienne de l'art, Flavie Durand-Ruel et Paul-Louis Durand-Ruel, que j'avais dévoré et apprécié ,- te l'avais-je écrit à l'époque ?, je ne sais plus. Quoi qu'il en soit, dans la foulée, parce grandement intéressé, j'ai aussi acheté à l'époque celui d'Ambroise Vollard, "Souvenirs d'un marchand de tableaux" ... qu'à tous tes lecteurs ici je recommande tout aussi chaudement que les "Mémoires" de Durand-Ruel..
    Tout autre chose : je remarque que Paul Durant-Ruel est, comme Marcel Proust, décédé voici exactement un siècle, en février 1922 pour l'un et en novembre pour l'écrivain, et que peu de commémorations ont souligné l'événement pour l'un, alors qu'elles sont pléthores pour l'autre, avec même cette prestigieuse exposition actuellement proposée au Musée Carnavalet, à Paris ...

  • J'ai retrouvé mon commentaire ! Apparemment, il n'apparaît plus tout de suite sur ton blog. Ce qui me permet de corriger ce malheureux "t" (???) de "Durand" dans ma dernière phrase ci-dessus.

  • Oui, Richard, j’avais déjà parlé de Paul Durand-Ruel à l’occasion de la magnifique exposition que j’avais vue en 2014 au musée du Luxembourg. Je montrais quelques tableaux exposés dont de nombreux Renoir, Monet, Sisley, Pissarro et Degas. Je ne parlais pas, à l’époque, de ce livre de mémoires du petit-fils de Durand-Ruel publié à cette occasion et qui est l’objet de cet autre article. Je ne savais pas que tu avais acheté le livre ainsi que celui d’Ambroise Vollard pour lequel j’ai fait une chronique dans le réseau Babelio, mais pas sur ce blog.
    C’est vrai que Durand-Ruel et Proust sont décédés la même année. On parla plus de Proust que du marchand d’art. Leur renommée n’était pas la même. Pour Ambroise Vollard, ses souvenirs étaient essentiellement des anecdotes d’une grande richesse. Le mieux est que même sa mort aurait pu faire l’objet d’une de ses nombreuses anecdotes. Après une vie aussi extraordinaire, il mourra accidentellement en 1939 d’un accident de voiture causé par une œuvre d’art : endormi à l’arrière d’une voiture, un cahot précipita sur sa nuque une statue posée sur la plage arrière.
    Beau dimanche.

  • Une époque où il était bon pour les artistes peintres de se faire des amitiés parmi les mécènes qui aimaient l'art et sa nouveauté dans les courants nouveaux! En visionnant le film "Les illusions perdues" (La comédie humaine de Balzac) j'ai adoré!!évidemment, le monde du journalisme et de la littérature est un peu différent , mais le réalisateur à vraiment décrit cette époque!! Normal qu'il ait eu des Césars!!! Bisous Fan

  • Dans ce 19e siècle, les écrivains, avec leur talent de plume, étaient souvent critiques d’art, collectionneurs, historiens d’art et journalistes. Cela a bien changé. L’art était conté avec talent (Balzac, Hugo, Maupassant, Mirbeau, Zola…)
    Merci Fan

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