Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

17 novembre 2009

VAN GOGH A AUVERS - 22. Mauvaises nouvelles

 

 

thatched-cottages-by-a-hill-TFS.jpg

 Vincent Van Gogh – Vue à Auvers (avec fermes), 1890, Tate Gallery, Londres

 

Suite...

 

Mardi 1er juillet 1890.  

 

 

      J'ai reçu la lettre de Théo en début d'après-midi.

      Le facteur débutait souvent sa tournée par l'auberge Ravoux. Lorsque je l'avais aperçu en sortant de l'auberge après le déjeuner, il m'avait lancé : « J'ai une lettre de Paris pour vous, monsieur Vincent ! ». Il m'avait envoyé son habituel salut militaire en levant la main à sa casquette et m'avait tendu l'enveloppe.

      J'aimais bien cet homme toujours disponible lorsque l'on avait besoin de lui. C'était lui qui m'apportait l'argent que Théo m'envoyait régulièrement. Drôle de personnage. Tout le monde l'appelait « l'ablette » à cause de son aspect filiforme. « J'espère que les nouvelles sont bonnes, m'avait-il d'un ton joyeux ! ».

      A ce moment, je ne me doutais pas que ce courrier allait me perturber à ce point.

      Mon frère ne m'avait jamais écrit une lettre aussi troublante. Celle-ci était datée de la veille. Il profitait du sommeil du bébé et de Jo pour écrire et me faire part de ses inquiétudes.

      Vincent Willem avait été malade à cause d'un lait du commerce de mauvaise qualité. L'enfant devait aller très mal pour que Théo me décrive ainsi sa plainte continuelle durant plusieurs jours et nuits sans que l'on ne puisse rien faire pour améliorer son état. Heureusement, le médecin avait dit à Jo : « Vous ne perdrez pas l'enfant de cela. » Jo s'était beaucoup fatiguée pour soigner le petit et ne dormait plus.

      J'en tremblais. La seule idée que mon petit neveu, mon homonyme, puisse mourir me terrorisait.

      Cela rvicent_13.jpgemontait à un souvenir lointain qui hantait encore mes nuits parfois. Vincent Willem, l'aîné de ma famille était mort-né tragiquement. Je naissais un an jour pour jour après la mort de ce frère inconnu, un 30 mars. « Vincent Willem, on l'appellera comme son frère ! » Ce fut les premières paroles de mon père lorsqu'il me vit sortir, bébé de sexe masculin, du ventre de ma mère.

       Toute mon enfance avait été marquée par cet évènement. Je n'étais pas le vrai Vincent Willem. Le vrai était né le même jour que moi, un an plus tôt. Tous les ans, pour mon anniversaire, le même rituel se renouvelait. Ma fête était tronquée. Durant le repas mes parents pensaient à leur premier enfant enterré à côté du presbytère. Le repas était morose et l'après-midi il fallait porter des fleurs sur la petite tombe. Pae et Moe pleuraient en fixant la croix où mon prénom était inscrit en petites lettres : Vincent Willem. Lui, il existait dans leurs coeurs. Pas moi. Je n'étais rien. Alors, je m'enfuyais et courais me réfugier à l'abri d'un bois de chênes proche qui m'offrait le calme. « Il n'y a qu'un Vincent Willem me répétais-je. Je ne suis que son remplaçant... ».

        La suite du courrier de Théo n'était pas plus réconfortante. Ce spleen qui me submergeait parfois était entré en lui. Je sentais dans sa lettre une grande détresse morale et je savais que je ne pouvais pas l'aider. Cette lettre réveillait en moi des périodes sombres que je voulais oublier.

      Je n'ignorais pas que Théo avait des problèmes de santé mais, cette fois, il s'interrogeait sur le sens même de sa vie. Malgré tout, il continuait à m'encourager : « Ne te casse pas la tête pour moi et pour nous mon vieux, sache-le bien ce qui me fait le plus grand plaisir c'est quand tu te portes bien et quand tu es à ton travail qui est admirable. »

      Certaines de ses phrases étaient d'une nostalgie poétique qui me touchait. Elles me donnaient le sentiment que quelque chose d'inéluctable se préparait : « Mon vieux, nous en avons trop dans la caboche pour que nous oubliions les pâquerettes et les mottes de terre fraîchement remuées, et les branches des buissons qui germent au printemps, ni les branches dénudées qui frissonnent en hiver, ni les ciels sereins bleus limpides, ni les gros nuages de l'automne, ni le ciel gris uniforme en hiver, ni le soleil comme il se levait au-dessus du jardin des Tantes, ni le soleil rouge se couchant dans la mer à Scheveningen, ni la lune et les étoiles une belle nuit d'été ou d'hiver. » C'était beau et triste.

      Théo m'expliquait aussi les soucis qu'il rencontrait dans son travail. Il ne s'entendait plus avec ses patrons Boussod et Valadon et parlait de s'installer à son compte comme marchand d'art. Ses problèmes financiers le préoccupaient. Sa paye ne suffisait plus à subvenir aux besoins de sa famille. Il aidait également Moe et ma sœur Will en Hollande. Je comprenais surtout dans ses lignes que c'était la pension qu'il me versait mensuellement et les frais de toutes sortes que je lui coûtais qui plombaient son budget. Depuis longtemps je me sentais un boulet financier pour lui. Il ne m'en parlait jamais.

 

     

      Un bruit, comme une sorte de grattement raisonnait sur la porte de la chambre. Concentré sur ma réponse à la lettre de Théo, je n'avais rien remarqué. De petits coups discrets cognèrent le bois.

      Je me lève et ouvre la porte. La petite serveuse Alice se tenait sur le palier.

      - Je ne voulais pas vous parler dans la salle de restaurant, chuchota-t-elle... J'ai une commission à vous faire. Vous m'avez souvent dit que vous cherchiez des figures à peindre. Adeline m'a montré son portrait que vous avez fait récemment. J'aime bien...

      Je ne reconnaissais pas la jeune fille enjouée qui me servait au restaurant. Elle  hésitait, intimidée. Elle se décida :

      - J'ai parlé de vous à une amie qui travaille dans une ferme non loin d'ici. Elle est journalière et effectue divers travaux pour ses patrons : lavage, ravaudage, ménage, cuisine et, à la belle saison, s'occupe des travaux des champs. Si cela vous dit, elle serait heureuse de vous servir de modèle. Le mardi est son jour de repos. Elle serait libre mardi prochain, le 8 juillet. Elle est en pleine période de moissonnage et pourrait venir habillée en paysanne, sa tenue habituelle. Est-ce que le champ de blé derrière le château d'Auvers vous conviendrait comme décor à votre toile ?

       Alice était charmante en entremetteuse. Je l'invitai à entrer mais elle refusa prétextant que madame Ravoux l'attendait à la cuisine pour les préparatifs du repas du soir. Je compris qu'entrer dans la chambre d'un homme, client de l'auberge, pourrait lui valoir de sérieux ennuis si on l'apprenait. Je n'insistai pas.

       - Merci Alice pour votre discrétion. Vous pouvez dire à votre amie que je serais très heureux de l'avoir comme modèle mardi prochain. Je connais bien ce champ de blé face au château. Je l'ai peint récemment un soir. Le soleil se couchait et le ciel se chargeait de couleurs jaune orangées. J'y serais en fin d'après-midi à l'heure la moins chaude. Que votre amie garde son habit de paysanne ! Une paysanne est plus belle qu'une dame lorsqu'elle porte sa jupe et camisole ordinaires. L'usure du temps, le vent et le soleil leur donnent les nuances les plus délicates. Si elle mettait une robe de dame, ce qu'il y a d'authentique en elle serait parti.

      Alice paraissait ravie de ma réponse.

      - Tenez, vous, Alice, j'aimerais vous peindre dans cette tenue de travail avec ce tablier bleu qui vous enserre la taille. Mais je sais que Tom l'a déjà fait... Ce garçon est gâté par la vie dans cette auberge ! Il est jeune, il a une belle allure, il passe ses journées sur le motif dans la nature, mange, boit et rit avec Martinez le soir et, en plus, a la chance d'obtenir vos faveurs. Heureux homme...

      La jeune fille sourit malicieusement et referma la porte. Elle la rouvrit aussitôt et passa sa jolie frimousse blonde par la porte : « Merci, monsieur Vincent, mon amie va être folle de joie dit-elle avant de disparaître définitivement ! ».

      J'entendis son pas léger redescendre l'escalier aussi discrètement qu'elle l'avait monté.

 

      

      Je m'assois sur le lit et reprends ma correspondance à Théo. Malgré la gentillesse d'Alice et la perspective de peindre bientôt la jeune paysanne, le courrier de mon frère me faisait mal.

      Mon champ de vision embrassa les dessins posés sur un meuble que j'avais croqués hier dans Auvers. J'avais fait plusieurs croquis d'un dessus de porte que j'avais transformé en mamie égyptienne un peu grotesque. Cela avait beaucoup amusé Pascalini qui passait par là. « Quel plaisir ce serait, monsieur Vincent, si vous acceptiez de m'en donner un. Je l'accrocherais dans ma chambre pour égayer mes soirées solitaires. » Je lui avais donné le meilleur dessin. Il était repartit heureux.

                                                 

ornementrue-rajon56enmamieégyptienne-TF.jpg

Ornement de porte rue Rajon à Auvers-sur-oise

 

                      drawing-mask-of-an-egyptian-mummyjuillet-TF.jpg                          drawing-sketch-of-an-eroded-garden-wall-ornament-TF.jpg

   V. Van Gogh – dessins d’un ornement de porte transformé en masque de momie égyptienne, 1890, Van Gogh Museun, Amsterdam

       
 
 
 

      Mon optimisme s'était envolé...

      Je venais de connaître plus d'un mois de bonheur complet à Auvers. Je n'avais pas souvenir d'une joie aussi intense. Un appétit de vivre m'incitait à me lever dès les premières lueurs de l'aube pour profiter, impatient, de la journée à venir. Mon travail était plus calme, moins violent que dans le midi. Mon nouveau corps vivait chaque journée en parfaite harmonie avec la nature environnante. Je n'étais plus le même homme. L'air et les paysages de cette région qui me rappelaient ma Hollande natale, la gentillesse des habitants, m'avaient transformé.

      Aujourd'hui, pour la première fois depuis mon arrivée à l'auberge, la souffrance s'insinuait en moi. Ce n'était pas cette douleur dure, éprouvante, qui m'enserrait la tête à Saint-Rémy, mais un mal-être qui partait du ventre, une sorte d'étau qui maltraitait les organes, remontait dans la poitrine et m'asséchait la gorge.

      Une immense solitude m'étreignait.

 

A suivre...

 

 Projet   Mise en oeuvre du projet  1. Le retour de Provence  2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers  7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet  10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent... 12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval    14. Jo   15. Théo  16. Un travail de forcené   17. La Grenouillère  18. Un nouveau locataire  19. Adeline Ravoux   20. Tom   21. Marguerite Gachet   22. Mauvaises nouvelles

 

 

 

05 novembre 2009

VAN GOGH A AUVERS - 21. Marguerite Gachet

 

 

dessingachetpiano.jpg
 

 V. Van Gogh – dessin pierre noire  Mademoiselle Gachet au piano, juin 1890, Van Gogh Museum, Amsterdam

 

Suite...

 

 

Dimanche 29 juin 1890.  

 

      - Vite Marguerite, mettez-vous en place !

      La jeune fille ne semblait guère pressée de reprendre la pose.

      - J'espère que vous serez plus en forme que dimanche dernier lors du repas auquel votre père m'avait convié pour fêter vos anniversaires communs à vous et à Paul. Méchante, vous m'avez fait la tête durant tout le repas !

      Je finis ma phrase dans un large sourire pour la mettre en confiance.

      J'aide Paul à déménager la table au centre de la pièce et installe le piano en pleine lumière près de la fenêtre. J'ai besoin d'espace autour du chevalet pour travailler. Gachet m'a prêté un chevalet plus stable que celui que j'emporte habituellement pour mes ballades dans la nature.

      J'installe la toile étroite encore fraîche de la veille. J'ai gardé ce nouveau format de 1 mètre de haut sur 50 de large que j'utilisais depuis peu pour les paysages. Il allongeait les formes et permettait un travail large, rapide, plus spontané.

      J'avais commencé le portrait de Marguerite au piano hier matin après en avoir fait un croquis préparatoire à la pierre noire. Au soir, la toile était bien avancée, surtout dans les teintes claires : la blondeur des cheveux, la robe blanche, les mains.

      Le mur blanchâtre et le parquet en chêne de la pièce étaient bien trop ternes pour être repris à l'identique. J'avais donc recréé le fonds du décor en posant une première couche  de peinture très diluée : une laque de géranium sur le parquet et un vert Véronèse mixé de jaune sur le mur.

      Les couleurs claquaient.

    détail1mellegachet-SCAN.JPEG  Marguerite s'assoit devant le piano. Je ne lui avais pas laissé le choix pour s'habiller. Je tenais à ce qu'elle revête sa robe blanche serrée à la taille avec cette ceinture rouge qui lui moulait les hanches à ravir. Je lui avais demandé de relever sa chevelure claire en chignon très haut placé afin de dégager son fin profil.

      Impatient, je pose ma boîte de couleur sur le sol près du chevalet et l'ouvre.

      Gachet, gourmand, surveillait mes préparatifs.

      Je ne pus retenir un juron de contrariété :

      - Abruti ! Quel idiot je suis ! J'ai oublié ma palette chez Ravoux ! Je retourne à l'auberge et reviens rapidement !

      Le docteur sourit.

      - Quel plaisantin vous êtes, Vincent ! Vous n'ignorez pas que je suis peintre également et possède de nombreuses palettes. Il m'en reste même une que Cézanne utilisa il y a longtemps, dans les années 70, lorsqu'il travaillait chez moi. Je monte à l'atelier et vous en ramène une.

      Dix minutes plus tard, il revenait avec une palette luisante de propreté sur laquelle je m'empressai d'écraser les couleurs dont j'avais besoin ce jour.

      La peinture posée sur la toile la veille s'était raffermie en séchant.

     détail2mellegachetpiano.JPEG Je voulais terminer le fond du décor. Les autres éléments de la toile se mettraient en place d'eux-mêmes, ensuite.

      De la pointe du pinceau, je pique le mur verdâtre de petits points orangés très fins et, avec un pinceau plat, je couvre le tapis rouge de bâtonnet vert olive placés dans le sens de la hauteur. J'aimais le contraste des couleurs complémentaires vertes et rouges posées tout près l'une de l'autre. La relation qui existait entre les couleurs me surprenait toujours.détail3mellegachet.JPEG

      La tension habituelle montait en moi. Ma concentration s'intensifiait. Je savais que le résultat de mon travail dépendait des minutes à venir.

      Je trempe ma brosse dans le bleu de Prusse et enroule le bas de la robe délicatement pour ne pas la salir. Avec la même couleur, je fignole le dessin du piano, la bougie, le cahier de musique et le tabouret sur lequel Marguerite est assise.

      Celle-ci pianote, rêveuse, la tête légèrement penchée sur le clavier. Elle tourna furtivement la tête vers moi et ses yeux azurs pétillèrent un instant. Elle me fit une moue mutine puis m'offrit à nouveau son profil.

      Par touches légères, j'accentue la pâleur du visage et, avec le même ton, allonge les mains fines. Je les laisse à peine esquissées pour qu'elles paraissent plus légères sur le clavier. J'aimais donner de l'importance aux mains dans mes portraits. « Elles sont aussi importantes que l'ovale du visage ou l'expression d'un regard. Elles causent, disais-je souvent à Théo ».

     

     

      Je peignais avec l'entrain d'un marseillais mangeant de la bouillabaisse. Goulûment...

      Le pinceau imbibé de laque géranium borde le haut du vêtement. Je rosis les plis de la robe dans le frais de la couleur blanche et accentue le rouge de la ceinture.

      Je tournais autour de Marguerite sans arrêt pour vérifier chaque détail. « Arrêtez Vincent, cria-t-elle en riant, vous me donnez mal au cœur ! »

      Le tableau me paraissait achevé. Les contrastes étaient forts, les couleurs vives s'équilibraient. J'ajoute quelques touches finales sans conviction. Mes bâtonnets répartis fermement sur l'ensemble de la toile remplaçaient le modelé et suggéraient le mouvement.

      En mouchetant le mur de points orangés, j'avais copié Signac, mon vieux copain, adepte de cette technique. Je ne l'avais pas revu depuis la visite qu'il m'avait faite à l'hôpital d'Arles lors de ma première crise... Qu'elle était loin l'époque où je le suivais dans la campagne proche de Paris, vers Asnières et Clichy, en bord de Seine ? Je tentais de pratiquer son style fait de petites touches précises proches l'une de l'autre. Je l'imitais, mais c'était trop rigoureux pour moi. Mon art avait besoin de respirer, sans contrainte.     

                                                                                         

mademoiselle-gachet-at-the-piano-TF.jpg

Vincent Van Gogh – Mademoiselle Gachet au piano, juin 1890, Kunstmuseum, Bâle 

           

 

                                       

      - Vous pouvez quitter la pose Marguerite, dis-je joyeusement !

 

      Impatiente, la jeune fille se lève et vient voir mon œuvre. Appréciant l'art moderne comme son père, je savais qu'elle comprenait ma peinture. Agée de 21 ans, elle était beaucoup plus mûre que la toute jeune Adeline que j'avais peinte récemment à l'auberge.

      Contrairement à la fille Ravoux, son image sur la toile lui plut instantanément.

      - Merci Vincent. Ces couleurs vives, dit-elle...

      - Vous aimez ?

      - Oui...

      - Les japonais m'ont tout appris, Marguerite. Grâce à eux, j'ai compris que l'on pouvait réussir quelque chose d'harmonieux en utilisant des couleurs voyantes. Il suffit simplement de les mettre en musique comme vous le faites si bien avec les notes sur votre piano.

      Gachet et son fils revenaient du jardin. Ils me servirent un verre de bière que j'avalai avidement.

      - C'est superbe Vincent, dit Gachet admiratif.

      Paul, qui peignait avec son père parfois, contemplait mon travail en silence.

      Je terminai ma bière tranquillement. Je me disais que cette toile aux tonalités roses ferait très bien avec une autre, en largeur, de blés peints récemment dans des tons vert pâle. J'avais encore en mémoire des paroles que j'avais écrites à Théo : « Nous sommes encore loin avant que les gens comprennent les curieux rapports qui existent entre un morceau de la nature et un autre, qui pourtant s'expliquent et se font valoir l'un l'autre ».

      - Cette toile est à vous, Marguerite ! Je vous l'offre en remerciement du plaisir que vous m'avez donné ! Je vais l'accrocher au mur pour séchage. Et n'oubliez pas que vous m'avez promis de poser à nouveau ces jours prochains avec un petit orgue...

      « Promis Vincent, dit-elle tout bas en s'approchant de moi. » Elle refoula sa timidité habituelle et me déposa un baiser rapide sur la joue.

 

      Je remballe mon matériel. Je voulais rentrer rapidement à l'auberge pour dîner avec Martinez et Tom et leur raconter ma journée.

 Guillaumin femme nue couchée.jpg     Je me dirige vers la porte de sortie sur le jardin. La toile représentant une femme nue couchée sur un lit peinte par Guillaumin était toujours suspendue sur le mur dans le couloir.

      Lorsque Théo était venu avec Jo et le petit Vincent Willem, il avait beaucoup apprécié ce tableau : « Ce nu est très beau, s'était-il exclamé songeur ! Il lui manque un encadrement approprié. Le peintre mérite mieux qu'un simple accrochage de sa toile dans un couloir. »

     

Armand Guillaumin – Femme nue couchée, 1872, Musée d’Orsay, Paris 

     

      - Vous ne l'avez toujours pas encadrée, docteur ? 

      Celui-ci se souvenait que je lui en avais déjà fait la remarque plusieurs fois. J'eus la sensation que cela l'énervait. Il ne répondit pas, vexé.

        Je ressentais comme une offense personnelle le fait que cette toile de mon ami Guillaumin ne soit pas mise en valeur comme elle le méritait.

      Je sortis sans un regard pour le docteur et claquai la porte violemment derrière moi.

 

A suivre...

 

 

 Projet   Mise en oeuvre du projet  1. Le retour de Provence  2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers  7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet  10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent... 12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval    14. Jo   15. Théo  16. Un travail de forcené   17. La Grenouillère  18. Un nouveau locataire  19. Adeline Ravoux   20. Tom   21. Marguerite Gachet