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30 mars 2008

Balade au Louvre

 

Une belle journée (samedi 22 mars 2008)

 

 

     La pyramide scintillait de toutes ses facettes lorsque nous fîmes connaissance. Louvre-passion avait préparé cette visite de blogueurs depuis plusieurs mois déjà et 9 personnes étaient réunies, un peu perdues au milieu de cette foule déjà nombreuse et pressée.

     Je donne le nom des blogs dans un ordre aléatoire : Louvre-passion ; Lunettes rouges ; L’opéra farfelu ; Détours des mondes ; Si l’art était conté ; De l’art à l’œuvre. Que des passionnés…

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     L’organisateur de notre expédition a affiché sur son blog une photo du groupe en laissant planer un mystère sur nos visages « dévoilés ». Dans les premiers commentaires qu’il a reçus, j’ai constaté que, évidemment, il était bien difficile de trouver qui était qui, d’autant que nous étions 9 personnes pour 6 blogs.

     Allez, en ce qui me concerne, je vous aide un peu !… Sur la photo, je porte des lunettes et je tiens un objet… Facile, vous avez déjà trouvé un blogueur !

 

     Il l’avait bien préparé sa visite, Louvre-passion ! Et il le connaît son Louvre ! Il nous a tout fait : couloirs tortueux, escaliers en colimaçon, galeries sans fin, chemins de traverse, salles immenses. Que du beau et du bon !

     Puisque, dans son blog, Louvre-passion a déjà conté l’essentiel de notre balade (ainsi que dans le blog De l’art à l’œuvre), je me contenterai de quelques coups de cœurs. Il y en a beaucoup, je vais donc me limiter à quelques-uns :

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     - En premier, le cours magistral de Lyliana de Détours des mondes, dans le Pavillon des sessions, l’antenne du musée des arts premiers du quai Branly. Pour un néophyte en arts premiers comme moi, j’eus, par moment, l’impression de connaître intimement ces statuettes, masques colorés, êtres grimaçants, tête en pierre de l’île de Pâques au regard lointain.

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     - Le sourire énigmatique de la Joconde étant inapprochable, je pus vérifier que le fameux « sfumato » de Léonard ne s’était pas dissipé sur le 2108279981.jpgvisage de son Saint Jean-Baptiste, plus accessible.

 

 

 

     - L’impressionnante reconstitution du monastère de Baouit de l’Egypte Copte, agrémentée des commentaires éclairés de Louvre-passion.

 

     - Le chapiteau monumental d’une colonne de la salle d’audiences du palais de Darius 1er. Il suffit de voir les gens sur la photo pour se 99349501.jpgrendre compte de ce que devait être ce lieu à l’origine qui comportait 36 colonnes comme celle-ci…

 

 

 

948689485.jpg     - La statue humaine la plus ancienne du musée (7000 ans avant J.C.), étrange personnage en plâtre au nez pointu, au corps sans hanches, ressemblant aux pâtes à modeler que l’on faisait étant enfant.

 

 

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     - La Vénus de Milo toujours aussi séduisante, même sans bras.

 

 

     - La Pietà de Villeneuve lès Avignon par Enguerrand Quarton, peintre provençal du milieu du 15e siècle. Voir le blog de Au fil de l’art qui en fait une formidable analyse.

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     - Le Saint Joseph charpentier de Georges de la Tour, dont le clair-obscur animé par la lueur dansante d’une bougie traversant la main d’un enfant me ravit à chaque visite.

 

 

 

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Une petite halte :

 

 

 

     C’est toujours le même problème au Louvre. On voudrait tout voir et, finalement, l’on ne voit que peu de choses. Il n’y a que des chefs-d’œuvre et l’on passe souvent au pas de course devant des toiles ou objets qui doivent s’interroger sur les raisons d’une telle indifférence pressée.

     Un seul regret… Etant dans l’aile Richelieu, nous n’avons pas eu le temps de pousser jusqu’au Siècle d’or des peintres hollandais du 17e et revoir une nouvelle fois les deux seuls Vermeer que la France possède. Enfin… je les connais si bien.

     Nous faillîmes perdre quelques blogueurs. Heureusement, on les retrouva sain et sauf. Mais ils auraient pu disparaître à tout jamais dans ce Louvre immense. Les gardiens du musée les auraient peut-être vu errer le soir, tel Belphégor, dans de sombres couloirs.

     Un petit restaurant sympa, face au musée, nous permit de retrouver le calme, de reprendre des forces et de faire mieux connaissance. L’on put parler autrement que virtuellement devant un ordinateur et ce fut très agréable. La Dragonne de L'opéra farfelu, ma voisine de table, fut à l'image de son blog : inattendue et drôle.

          
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     Nous nous séparâmes en milieu d’après-midi. 

     Incité par un soleil discret et un état de fraîcheur inattendu, devinez ce que je fis ensuite ?... Je suis retourné au Louvre voir l’expo « Babylone » qui venait de commencer.

     En rentrant le soir, fatigué, je ne pus que dire à ma femme en franchissant le seuil de la porte : « Ce fut une belle journée ! ».

 

                                                                                                                                                          Alain

 

Photos: Louvre-passion et Alain

                                                           

 

 

 

23 mars 2008

Un an déjà...

 
 
 
 
 
BON ANNIVERSAIRE  ALAIN

 

 
 
 

 

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     Ben oui, je viens de m'apercevoir que c'était mon anniversaire ! J'ai hésité un moment... puis, allez... exceptionnellement, je me le souhaite !

      

     Il ne s’agit pas de mon anniversaire en âge. Celui-là, j’évite de le fêter. Je ne trouve pas cela drôle de prendre un an dans la face. En général, j’accepte les fleurs (je les adore) mais pas les gros gâteaux dégoulinant de bougies qu’il faut souffler d’un bloc pour montrer la puissance juvénile de ses poumons…

     Vous avez compris ! Il y un an, ce mois, je publiais mon premier article. Je parlais d'une histoire vraie que j'avais vécue au Louvre et qui était consacrée à mon meilleur ami : Vermeer (encore). Et puis, lentement, les articles se sont enchaînés. Seulement 18. C’est peu, mais retrouver une ambiance, des couleurs, un parfum ancien, et tenter de les faire revivre, prend du temps.

     Mon souhait en créant ce blog était : faire connaître ou montrer différemment certains tableaux, ressusciter un court instant des artistes disparus. Ai-je réussi ? Vous seuls pouvez le dire.

 

     Je m’autorise une demi-bouteille de champagne que je partage avec ma femme. Une brise soudaine vient de ravir quelques bulles qui se sont échappées dans l’espace. Le malin zéphyr trouvera bien sur son chemin des blogs amis pour les déposer.

                                                                                        

                                                                                        Alain

 

12:37 Publié dans NOTES DIVERSES (25) | Commentaires (22) | Tags : anniversaire |

01 mars 2008

Les époux Arnolfini - VAN EYCK Jan, 1434

Mariage italien à Bruges

 

 

     Jan avait posé les oranges sur le rebord de la fenêtre, tiré vers lui la petite table, et déposé le panneau en bois de chêne sur celle-ci. Il était passé en voisin pour nous montrer le résultat de son travail.

     - La peinture est bien sèche, avait-il dit. Je vous la laisse quelques semaines. Vous aurez tout le temps de l’étudier.

     Avant de sortir, il m’avait adressé un sourire complice et gratifié d’une caresse sur le museau, un peu trop appuyée à mon goût.

 

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     C’est mon portrait qui m’avait intéressé en premier. Curiosité : je ne m’étais encore jamais vu, peint. Au fil des jours, à force de me regarder, j’avais fini par détester ce double placé par le peintre aux pieds des époux, tout petit, la queue en l’air, le poil long, l’œil morne.

     Aujourd'hui, je n’accepte plus ce quadrupède dont le regard amorphe surveille tous mes mouvements. Le pire, c’est le soir ! Mes maîtres sont couchés dans le grand lit rouge et moi sur le tapis d’orient le long du lit, face au portrait : à la lueur des bougies, mes petits yeux colorés, inexpressifs, brillent bizarrement et mon épaisse moustache s’enflamme de lueurs orangées.

 

      Chaque début d’après-midi, lorsque le soleil pénètre par les petits carreaux tout en haut de la fenêtre et inonde la pièce d’une lumière dorée, j’ai pris l’habitude de m’allonger sur la couverture du lit. J’observe le couple immobile, un peu raide, sur la toile. Je revois la cérémonie...

 

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Jan van Eyck : Le portrait des époux Arnolfini, 1434 - Londres, National Gallery

    

      C’était au printemps dernier. Mes maîtres ne s’étaient pas mariés à l’église. Ils préféraient l’intimité de leur demeure. Seuls, deux témoins, dont Jan le peintre, avaient été conviés. Mes maîtres s’étaient administrés eux-mêmes les sacrements du mariage.

     Peu de temps auparavant, ils avaient passé commande de leur portrait. Une fois les festivités terminées, quelques jours passèrent. Un matin, Jan arriva avec son matériel. L’artiste demanda aux époux de revêtir à nouveau les habits du mariage et de refaire les gestes de la cérémonie. Le panneau en bois posé sur le chevalet, il commença à peindre. Il revenait souvent. Un jour, il annonça qu’il avait terminé et finirait les détails dans son atelier.

     Je me suis pris d'affection pour ce Jan van Eyck. Il a toujours un mot gentil pour moi lorsqu’il vient. Ce n’est pas n’importe quel peintre. Il est célèbre : peintre de la cour de Philippe le Bon, notre duc de Bourgogne. Les bourgeois de Bruges se l’arrachent. Ils veulent tous avoir leur portrait les représentant installés dans leur cadre quotidien.

 

     Je suis seul. Ce matin, ils sont sortis en ville, l’un chez le barbier, l’autre chez une amie. Habitués à mes escapades à l’extérie1015166093.jpgur, ils m’ont soigneusement enfermé. Les lâches !

     Désoeuvré, je me suis étalé nonchalamment sur le lit. J’ai bien tenté de tourner le dos au panneau pour l’éviter, mais, à quoi bon... il s'obstine à rester constamment dans mon champ de vision.

     Cette peinture m’horripile ! Je ne supporte plus de voir ma maîtresse, passive, presque servile, posant sa main dans le creux de celle de cet homme qui va devenir son mari.

  

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     Lui, c’est Giovanni Arnolfini. Il est riche et le montre. Ce n’est pas trop difficile lorsque l’on est le fils d’une famille de commerçants et banquiers italiens ! Conseiller financier du duc de Bourgogne, c’est un personnage important à Bruges où ses affaires sont prospères.

     Je le trouve laid: profil chevalin, gros nez aux narines dilatées, yeux pas francs. De plus, il est maigrelet, les épaules étroites et tombantes. Ses mains blanches sont aussi fines que celles de sa femme. Je la plains…

     Revêtu d'une tunique en velours fourrée de vison, cette couleur sombre le rend encore plus triste… même macabre… Je n’ai jamais vu rire ce sombre personnage. Pourquoi s’est-il affublé de ce chapeau noir cylindrique beaucoup trop grand pour lui ?

  

 

      Elle, c’est  la fille d’un banquier italien. Encore des banquiers !

133411403.jpg Ces affairistes ont envahi Bruges où le commerce est florissant. Elle a presque le même prénom que lui : Giovanna. Je doute qu’elle sera heureuse avec cette brute qui me donne sans cesse des coups de pieds dès qu’il me voit.

     Le peintre a su la mettre en valeur. Elle porte une superbe robe verte ourlée d’hermine. Notre servante avait soigneusement drapé sa traîne sur le sol. Son joli visage poupin est éclairé par la coiffe blanche. Dommage qu’il y ait ces cornes brunes qui  dépassent au-dessus de chaque oreille… on dirait un navire toutes voiles dehors ? Consciente de l’importance du moment, elle esquisse un léger sourire. Posée sur son ventre, sa main laisse indiquer ce que je pressentais déjà depuis longtemps… Pourvu que l’enfant ne ressemble pas au père !

     Mon portrait est complètement raté ! Si je pouvais parler, j’en ferais la remarque à Jan… Ce regard ?... Niais ! Jan m’avait croqué séparément sur une feuille de papier et m’avait rajouté ensuite sur le panneau. Il paraît que les chiens sont un symbole de fidélité et aussi de prospérité. Je leur souhaite...

     Chère Giovanna ! Je l’aime. Toujours joyeuse, elle chantonne toute la journée malgré la mine sombre de son nouveau mari. Heureusement, il n’est jamais là. Elle seule sait me caresser. J’adore lorsque ses doigts fins et souples me chatouillent le creux situé juste derrière les oreilles. Elle m’arrache des petits jappements de plaisir. Ensuite, elle masse longuement l’arrière de ma tête puis, savamment, soulève les poils de mon dos pour me gratter avec la pointe des ongles. Elle termine en caressant délicatement avec le revers de la main mes flancs et mes pattes. Quel délice !

     Je voudrais dormir. Par moment, j’ai l’impression que les visages du tableau s’animent un court instant face à moi. Ils reprennent leur position inerte, figée, immobilisée comme par magie.

      Je ne m’explique pas pourquoi Giovanni tend maladroitement la main gauche à sa femme. Dans les mariages auxquels j’ai assisté, les hommes utilisent toujours la main droite pour faire ce geste rituel ? Son autre main est étrangement levée à hauteur de sa poitrine : serment de mariage ?

      Je n’avais pas encore remarqué que les époux étaient pieds nus ? Leurs patins de bois et pantoufles traînent sur le sol en désordre… Ce n’est pas dans les habitudes de Giovanna, elle qui ne supporte pas le moindre grain de poussière ou objet qui traîne ?

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       J'attends toujours leur retour. La fenêtre s’assombrissait. Ne pouvant dormir, je décide d’examiner les autres détails du tableau pour 1189160792.jpgm’occuper.  

     Notre lustre en métal a six bougies. Sur le tableau, une seule bougie est allumée. Cette semaine, les époux en parlaient entre eux : la flamme serait un symbole du Christ, témoin du mariage, paraît-il ?

     Pendant les séances de pose, Jan disait souvent que les objets parlaient. Lorsqu’il peint des couples, il délivre des messages symboliques un peu partout dans le tableau en signe de bonheur conjugal : la bougie unique sur le lustre, la statuette de sainte Marguerite, patronne des futures mères, dominant le haut dossier de la chaire derrière le lit avec son petit balai accroché, ou le chapelet suspendu à côté du miroir évoquant la foi des mariés. Même les oranges posées sur la table ont un sens, semble t-il ?

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516856117.jpg     Curieux miroir ? C’est un miroir de sorcières dont la forme convexe agrandit le champ de vision. J'aperçois Les époux montrés de dos dans le reflet du verre. Même les poutres du plafond apparaissent. Curieusement, ma présence entre le couple, à leurs pieds, a disparu ? Evidemment, un chien !...

     Récemment, Jan était passé prendre des nouvelles du tableau. Il avait plaisanté avec Giovanni au sujet du miroir :

     - J’espère que vous ne m’en voudrez pas, avait-il dit en riant. Je n’ai pu résister au plaisir de me peindre dans le reflet du miroir : les témoins du mariage entrent dans la pièce ; moi, habillé d’une tunique bleu, et mon ami Peter d’une tunique rouge.

      Giovanni avait répondu en tordant sa bouche d'un sourire hideux dont je me souvenais encore :

     - J’avais remarqué ces deux minuscules silhouettes au centre du miroir. Maître Jan, cette peinture me plait ! Elle fait déjà des envieux parmi les bourgeois de la ville à qui je l’ai montrée. Vous avez su saisir l’instant solennel de notre mariage. La brillance des couleurs est étonnante : la robe verte de Giovanna explose sur le tissu rouge du lit !

     - Le nouveau vernis que j’utilise me satisfait, avait répondu Jan, fièrement. Il m’a fallu du temps avant d’arriver à une telle perfection. Grâce à une préparation spéciale à base d’huile de noix et de graines de lin, les couleurs sèchent plus vite, elles ne craignent plus l’humidité et brillent d’elles mêmes.

     En sortant, Jan avait secoué ma tignasse et s’était exclamé :

     - Ah ! Un dernier détail ! J’ai modifié ma signature placée entre le miroir et le lustre. J’ai inscrit : « Johannes de eyck fuit hic » au lieu de « fecit » (« était là » au lieu de « l’a fait »). C’est ma signature en tant que témoin de votre mariage.

 

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 Vaincu de fatigue, mes paupières se fermèrent brusquement.

                                                                                                                                           Alain

 

 

     Au 15e siècle, la peinture flamande devient moins religieuse et les peintres sont très demandés par les bourgeois pour des portraits individuels les représentant dans le monde où ils vivent. Ce sont les premières représentations de scènes de genre qui feront le succès des peintres néerlandais du 17e. 

     L’utilisation de la peinture à l’huile était récente. Les frères van Eyck (Hubert et Jan) améliorèrent son usage ce qui donna aux couleurs l’éclat et la solidité que n’avait pas l’ancienne technique de la tempera à base d’œuf et de colle.

     Ce nouveau procédé pour peindre permit à Jan van Eyck de se démarquer des peintres des décennies précédentes. Son travail était millimétré, méticuleux, fait avec des pinceaux extrêmement fins, ce qui lui permettait de rendre chaque matière avec une grande habilitée dans les détails.