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Comme il nous manque

 

Brassens, chanson, Jeanne, copain d'abord

 

Georges Brassens aurait été centenaire en cette année 2021.

 

Chez lui, à Sète où il est né, les fenêtres étaient toujours ouvertes. Dans sa courette, sa mère Elvira chantait toute la journée. D’origine italienne, elle rêve que Georges soit notaire ou médecin.

À 15 ans, Georges a déjà des poèmes en tête, comme celui de Pénélope, ci-dessous. Il les trouve minable et les brûle.

« Que mon amante Pénélope

Par à coups me fasse cocu

Avec un marchand d’escalopes,

La faim, ma foi je n’ai rien vu »

 

 

Indiscipliné, fréquentant une bande de jeunes voyous à Sète où il habite, le futur poète, après un délit, est contraint de partir s’installer chez une tante à Paris dans le 14ème arrondissement.

Il ne fait rien et passe son temps dans la bibliothèque municipale à étudier les poètes et la versification.

Brassens, chanson, Jeanne, copain d'abord

 

En 1943, il a 21 ans et rencontre Jeanne et son mari chez lesquels il vient habiter dans l’impasse Florimont du quartier. Il y restera plus de 20 ans. Jeanne lui offre une guitare, il récupère un piano et compose de nombreuses chansons qu’il note sur des petits cahiers.

 

 

 

 

 

Huit années passent. C’est presque la misère chez Jeanne. Georges va aux réunions du mouvement anarchiste français. En 1947, il publie à compte d’auteur un texte délirant « La lune écoute aux portes » que seuls ses copains lisent.

Il écrit, peaufine, rature, retravaille dans le respect des règles de la versification. Il lit les plus grands : Rabelais, Villon, Rimbaud, Verlaine, Hugo, Trenet.

Brassens, chanson, Jeanne, copain d'abord

Des personnages apparaissent : « Les amoureux qui s’bécot sur les bancs publics », « Le vieux Léon », « Une jolie fleur », « Putain de toi », « L’Auvergnat », « Jeanne », « Fernande ».

Il veut que ceux qui entendent sa musique croient qu’il parle, qu’il ne sait pas chanter, qu’il fait des petites musiquettes faciles. « Ceux qui disent que mes musiques sont toujours les mêmes ou inexistantes sont des connards ! ».

 

 

Françoise Giroud, 1953, dans «France Dimanche" : « Dès qu’il paraît en public, son corps se dérobe. Il est bientôt couvert de sueur, une sueur qui tombe en large gouttes jusque dans ses yeux. Alors il s’ébroue, furieux. Il chante, tête baissée, buté, lourd, blême sous son casque de boucles noires. Noires aussi, dans son visage un peu mou, deux flaques douces, tristes : les yeux, où se réfugie tout ce que ce grand gars de 32 ans a conservé de l’enfance. » 

Brassens, chanson, Jeanne, copain d'abord

 

C’est la famine à l’impasse. À partir de 1951 Brassens fait les cabarets parisiens avec sa guitare sous le bras. En mars 1952, c’est l’événement : il se présente chez Patachou à Montmartre. Il est tellement intimidé qu’elle doit le pousser sur scène. Il chante « La mauvaise réputation », « La chasse aux papillons », "Les amoureux des bancs publics », « Brave Margot ». Il est pris au Trois Baudets et enregistre un premier disque. Il devient un chanteur sulfureux. Le « Gorille » n’arrange rien, des disquaires refusent de vendre ses disques.

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La consécration ! En 1953, les galas se multiplient. Georges Brassens est une vedette.

« La voix de ce gars est une chose rare et qui perce les coassements de toutes ces grenouilles du disque et d’ailleurs. Une voix en forme de drapeau noir, de robe qui sèche au soleil, de coup de poing sur le képi, une voix qui va aux fraises, à la bagarre et… à la chasse aux papillons :

« Quand il se fit tendre, elle lui dit : J'présage
Qu'c'est pas dans les plis de mon cotillon,
Ni dans l'échancrure de mon corsage
Qu'on va à la chasse aux papillons ! »

 René Fallet 

 

 

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Le cinéma lui propose de faire un essai dans « Porte des Lilas » mais il comprend vite que ce n’est pas sa voie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les grandes scènes arrivent : l’Olympia, Bobino. Tous les ans, le chanteur se produit dans cette dernière salle qu’il préfère pour la bonne et simple raison qu’elle est proche de son impasse Florimont où il continue d’habiter jusqu’en 1967.

 

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Sa vie est devenue un tourbillon. Tout le monde veut voir le phénomène. Après Bobino, chaque année, il part en tournée avec tous le jeunes chanteurs de l’époque. Il distribue son argent, achète la maison de Jeanne dans l’impasse et une propriété non loin de Paris où il reçoit « Les copains d’abord ».

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En 1966, un journaliste immortalise la rencontre avec ses grands amis Brel, Ferré, Aznavour...

 

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Les trompettes de la renommée. Son succès est tel qu’on lui propose l’Académie française. Il répond : « Vous ne me voyez pas avec un bicorne tout de même ». Dans les années 1970, il est devenu un monument de la chanson française. Il soutient et lance les chanteurs de la nouvelle génération : Georges Moustaki, Guy Béart, Maxime Le Forestier, Yves Simon…

 

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Il apprend qu’il est atteint d’un cancer. Discret, pour ne pas déranger, il part finir ses jours en octobre 1981 chez un médecin de ses amis. « Comment je souhaite finir ? au jour fixé, sans réticence, s’il me reste encore un peu de dignité, je veux m’en aller sur la pointe des pieds »

 

À l'annonce de sa mort, Maxime Le Forestier, en concert, sanglotant, interprète une de ses plus belles chansons : "Dans l'eau de la claire fontaine".

 

Il y a quelques années, à Sète, je me suis recueilli sur la tombe du grand Brassens placée sous un pin parasol, face à la mer.

« Est-ce trop demander, sur mon petit lopin
Planter, je vous en prie une espèce de pin
Pin parasol de préférence
Qui saura prémunir contre l'insolation
Les bons amis venus faire sur ma concession
D'affectueuses révérences

Et quand prenant ma butte en guise d'oreiller
Une ondine viendra gentiment sommeiller
Avec moins que rien de costume
J'en demande pardon par avance à Jésus
Si l'ombre de ma croix s'y couche un peu dessus
Pour un petit bonheur posthume »

 

Aujourd’hui plus personne ne se bécote dans les rues de Paris. Le poète est mort. Il faut accrocher sur sa porte, comme il le demandait dans son testament, un écriteau :

« Fermé pour caus’d’enterrement. » 

 

Je me suis inspiré pour écrire cet article du petit livre, très complet, bourré de manuscrits de chansons, livres et photos anciennes « Le libertaire de la chanson » de Clémentine Deroudille.

 

 

 

Commentaires

  • Toujours aussi sympathique... sympathique ... cette chronique ... cette chronique !!!

  • Qui est Isabelle ? Je vais chercher, une piste m'aiderait.
    Sympathique ? J'essaie. Brassens, lui, l'était vraiment malgré son apparence bougonne. Comment l'oublier. Il en reste peu comme lui.
    Merci.
    Belle journée.

  • Ohhh Bravo Alain pour cet hommage au grand GEORGES!!!!!!! Il est toute notre jeunesse!!!
    il est, bien sur sur mon blog d'ISIS avec les amis de Georges !!je suis contente que tu te diversifies!! Vi, il n'y a pas que les peintres en ART!!! Bisous Fan

  • Je ne pouvais louper son centenaire. Il me manque toujours. De plus, il habitait près de chez moi à Paris dans le 14e. J'aurais pu le rencontrer dans les années 60.
    Heureusement, comme tous les grands artistes, ils nous reste ses chansons. Il travaillait beaucoup sur des petits calepins que l'on peut voir dans le livre qui m'a inspiré.
    Cela m'arrive de temps à autre de parler d'artistes non peintres, littéraires ou chanteurs que j'aime.
    Merci Fan.
    Le printemps s'installe. Belle journée à toi.

  • C'est un magnifique hommage à ce chanteur que j'aimais énormément.
    Mon père chantait ses chansons alors que nous étions enfants.
    Je garde le souvenir de celles qui m'ont le plus touchée... et, tu as raison, il nous manque, énormément.
    Passe une douce journée.

  • Une amie m'a écrit :
    Comme le chantait si bien Charles Trénet,
    "Longtemps, longtemps, longtemps
    Après que les poètes ont disparu
    Leurs chansons courent encore dans les rues"
    Cette magnifique chanson correspond tellement bien à Brassens l'un de nos plus grands poètes qui s'en est allé il y a 40 ans sur la pointe des pieds pour ne pas déranger.
    Cela m'a fait du bien de repenser à lui dans cette période si difficile pour tous.
    Merci Quichottine. Bon courage pour les enfants.

  • Un très bel hommage plein de délicatesse pour un Grand Monsieur. Merci pour le partage des affiches et des belles photos en noir et blanc que je découvre pour la première fois pour certaines.

  • C’est gentil d’être passé par ici Sachka. Le grand Georges aurait apprécié d’avoir toujours autant d’amis qui pensent à lui.
    Ce qui m’attriste, et me réjouit aussi, est de retrouver sur plusieurs photos les visages de Brel, Ferré, Fred Mella, Gainsbourg, Béart, qui l’ont rejoint également. Leur retrouvaille en chansons aurait été une immense fête pour la chanson française.

    Avant de disparaître l’artiste nous a offert son testament :
    « Avant d'aller conter fleurette
    Aux belles âmes des damné's,
    Je rêv' d'encore une amourette,
    Je rêv' d'encor' m'enjuponner...
    Encore un' fois dire: "je t'aime"...
    Encore un' fois perdre le nord
    En effeuillant le chrysanthème
    Qui'est la marguerite des morts. »

    Très belle journée ensoleillée.

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