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Eugène DELACROIX écrivain

 

Journal – 1. Préambule : un adolescent romantique

 

 

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Eugène Delacroix - Autoportrait (l’artiste à 17 ans), 1816, Musée des Beaux-Arts, Rouen

 

 

     L’exposition Delacroix qui se déroule actuellement au Louvre est la première depuis celle du centenaire de la mort de l’artiste en 1963. Le 23 juillet prochain, elle continuera sa route vers The Metropolitan Museum of Art à New York.

     Les peintres qui, en plus de leur activité picturale, écrivaient sont peu nombreux. Parmi les principaux : les lettres de Vincent Van Gogh et de Gustave Courbet, les carnets de Léonard de Vinci, la poésie de Michel-Ange, les discours de Joshua Reynolds, et quelques autres. Le journal d’Eugène Delacroix peut-être considéré comme un des écrits les plus importants avec la correspondance de Vincent Van Gogh.

     Eugène Delacroix a 24 ans lorsqu’il entreprend d’écrire un journal. Il le tiendra assidument durant deux ans de septembre 1822 à octobre 1824, puis cessera brusquement.

     Il ne le reprendra que 23 années plus tard, sans interruption du 1er janvier 1847 jusqu’à sa mort en 1863. En mars 1854, il note : « Il me semble que ces brimborions, écrits à la volée, sont tout ce qui reste de ma vie, à mesure qu’elle s’écoule. Mon défaut de mémoire me les rend nécessaires. »

     A l’occasion de cette exposition du Louvre, j’ai repris à nouveau la lecture du journal de Delacroix. Ce journal nous fait pénétrer dans son intimité, décrit ses peintures, ses activités quotidiennes, consigne des idées critiques, philosophiques, des impressions et confidences, promenades, visites, voyages. Tout au long de cette lecture, nous ressentons dans l’homme un caractère de grande qualité, une intelligence, qui font de son journal un véritable morceau littéraire.

     Comme je l’avais déjà fait pour les correspondances de Vincent Van Gogh et Gustave Courbet, j’ai l’intention de publier des extraits choisis de ce journal montrés dans l’ordre chronologique des écrits. J’y insérerai des tableaux de l’artiste dont il parle dans ses écrits et qui, pour la plupart, figurent dans l’exposition du Louvre. Je souhaite que ces extraits du journal permettent d’appréhender la personnalité d’Eugène Delacroix et ainsi de mieux comprendre et apprécier sa peinture.

 

 

   Issu d’une prestigieuse lignée, très tôt, Eugène Delacroix aspire à la gloire. En 1815, il confie à son ami Achille Piron : « Prie le ciel pour que je sois un grand homme ». Il lui écrit : « J’ai des projets, je voudrais faire quelque chose, mais rien ne se présente encore avec assez de clarté. C’est un capharnaüm ».

    Je réserve pour un prochain article les premiers mots écrits sur son journal par le peintre le 3 septembre 1822, à 24 ans. En préambule au journal, je propose à nouveau aujourd’hui deux superbes lettres écrites très jeune par l’artiste.

    17 ans… Encore un gamin… Un adolescent romantique ? Deux jours de suite, les 20 et 21 août 1815, il écrit au même Achille Piron. La passion amoureuse anime le futur emblème du romantisme dont la qualité littéraire est déjà très présente.

 

 

Lettre à son ami Achille Piron, le 20 août 1815

 

Que de choses j’aurais à te dire, mon bon ami, si je n’avais pas perdu la tête, mais malheureusement voilà mes anciennes folies qui me reprennent et tu n’as pas de peine à deviner pourquoi. Quel moment que celui où on revoit après des siècles, un objet qu’on croyait avoir aimé et qui était presque entièrement effacé du cœur… Au milieu de tout cela je tombe de mon haut quand je songe à l’empire que j’ai eu sur moi-même hier dans cet instant délicieux et terrible qui m’a réuni pour quelques minutes à celle que j’avais eu l’indignité d’oublier. Il m’arrive souvent qu’une sensation morale, de quelque nature qu’elle soit, ne me frappe guère que par contrecoup, et lorsque livré à moi-même ou rentré dans la solitude de mon âme, l’effet s’en renouvelle avec plus de force par l’éloignement de la cause. C’est alors que mon imagination travaille et que, contraire à la vue, elle agrandit les objets à mesure qu’ils s’éloignent. Je m’en veux de n’avoir pas joui avec assez de plénitude de l’instant que le hasard m’a procuré ; je bâtis des châteaux de chimères et me voilà divaguant et extravagant dans la vaste mer de l’illusion sans bornes et sans rivages. Me voilà donc redevenu aussi sot qu’auparavant. Dans le premier instant mon cœur battit d’une force… Ma tête se bouleversa tellement que je craignis de faire une sottise : je ne faisais pas un pas sans songer que j’étais près d’elle, que nos yeux contemplaient les mêmes objets et que nous respirions le même air : lorsque je lui eus parlé et que tu m’entraînas dans l’autre salle… je t’aurais, je crois, battu et néanmoins je n’étais pas fâché d’un autre côté de m’éloigner d’elle, mais je crois que l’enfer et les démons ne seraient par parvenus à me faire quitter cette maison bienheureuse tant que j’y aurais su ma Julie. Et puis ces habits noirs, cette tête pâle et défaillante, ces tombeaux, ce froid vague qui me saisissait, cette mort que je voyais partout, ces charmes pleins de jeunesse et rayonnants de beauté, ce pied vif et léger qui foulait les froides reliques de mille générations et la poussière de quelques tyrans… que de sensations, que de choses… Une tête plus forte que la mienne n’y eût pas résisté, et ma foi, à quoi bon s’arracher de l’âme un sentiment qui la remplit si bien, qui cadre si bien avec mes idées.

Peu à peu mes sens se rassirent : nous parlâmes, nous fîmes quelques plaisanteries, cela me calma, mais dès que je t’eus quitté, mon esprit et mon cœur furent tout aux petits Augustins.  Enfin que veux-tu, je suis le plus grand des fous ; moi, je m’en moque, il faut que je la voie, il le faut, je donnerais le diable pour en venir à bout. Tu sais à peu près à quels termes j’en suis avec elle, elle m’a contemplé hier avec une certaine attention et une fréquence qui persuade à ma vanité que je ne lui suis pas indifférent, tandis que d’un autre côté, je n’y vois qu’une simple curiosité. Il faut dans tout cela me donner au plus vite ton avis, il faut éclaircir tout ceci. Je t’en supplie par l’amitié que j’ai pour toi, cherche, travaille de ton côté, retourne-toi l’esprit de mille manières pour me trouver le moyen de la voir, de lui parler, de lui écrire. Voilà de belles choses, d’étranges folies. Que dirais-je dans un an, dans un mois peut-être si je voyais une misérable lettre comme celle-ci. Mais je suis jeune et… non je ne suis pas encore amoureux : mais c’est à toi à décider si je dois le devenir ou non.

Réponds moi au plus vite, sur-le-champ, cherche, médite. Songe que je suis sur les épines, j’ai grand besoin que Cupidon jette  sur moi un regard de compassion, car je me vois bien loin de mon but.

Écris, écris, écris et surtout que je la voie.  Que d’obstacles ! Que de barrières à surmonter.

Eugène

 

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Album de la Saint-Sylvestre des amis de lycée : Delacroix (assis au premier plan), Pierret, Guillemardet (avec la guitare), et Piron y sont figurés réunis au coin du feu un soir de la Saint-Sylvestre. Sur la page de gauche, chacun a signé de son nom et de sa date de naissance, exprimée selon le calendrier républicain ; Delacroix y apparaît né le " 9 floréal an 6 de la République française une et indivisible " . Leur amitié est symbolisée par la poignée de main dominant la page.

 

 

Lettre à Achille Piron – le 21 août 1815

 

L’as-tu éprouvé, mon ami, cette fièvre du cœur, ce délire de la raison et des sens qui remplit tout notre être de ce mélange inconcevable de souffrance et de délices ; il faut sentir comme moi cet orage tumultueux qui gronde dans mon sein lorsque la moindre pensée vient me rappeler un cher souvenir. Parler morale, philosophie, tranquillité d’âme aux passions, c’est vouloir éteindre un édifice en flammes avec un verre d’eau. Ce n’est pas avec des émolients, des dulcifiants, des anodins et tout le petit étalage subalterne des médecins qu’on guérit les fous.  C’est en les jetant par les fenêtres ou en les assommant. Ce n’est pas que je me soucie d’être assommé pour les beaux yeux d’une princesse, mais il me faudrait à moi des remèdes violents. Malheureusement, je le sens trop, il n’en est qu’un pour moi, c’est le temps. Il faut attendre que le bouillonnement s’apaise ; que les jours et les mois viennent, dans leur succession monotone, user les sensations en effaçant l’image. C’est une chose terrible que de ne pouvoir compter même sur l’ignorance. Lorsque ma tête a bien travaillé et que, tout rempli d’illusions riantes, je jette les yeux devant moi sans y voir d’avenir, c’est alors que je me désespère. Je ne connais rien d’effroyablement atterrant comme l’impuissance ; se dire je t’aime… mais sans espoir, sans moyens, sans espoir en un mot… Voilà qui est fait pour écraser un homme.

Hier, tout plein encore de mon délire, je pris la route de ce faubourg St-Honoré et je me mis à chercher la fatale rue d’Anjou. Je parvins à la déterrer, j’allai, je vins, je passai plus de dix fois devant cette terrible maison, regardant aux fenêtres, dans la cour, dans le jardin, partant, revenant encore au risque de se faire fusiller par un escogriffe d’Autrichien qui montait la garde à cette porte et qui me prenait peut-être pour un conspirateur. Deux ou trois fenêtres étaient ouvertes et éclairées. Je vis de loin des ombres se dessiner sur le plancher. Mon Dieu, que j’aurais donné quelque chose pour la voir une seconde, mais il fallut s’arracher, le cœur bondissant d’amertume. J’allai derrière la maison pour reconnaître un tant soit peu les lieux et voir si le jardin n’offrirait pas quelque derrière favorable à mes petits desseins. Je ne trouvai rien. Il fallut renvoyer mes recherches à un autre jour, et je fus chassé par la nuit de cet endroit infernal. Aujourd’hui je suis étonné de me trouver plus tranquille. Je ne sais si le soleil avait rafraîchi la tête (car, ne t’en déplaise, l’amour ne m’empêche pas de dormir), je fus étonné de mon calme, quoique de temps en temps je me sentisse de légers accès. Tout d’un coup, l’idée me vint d’aller aux petits Augustins… Ah ! mon ami : il eût fallu voir ma mine allongée en allant faire ma cour à tous les endroits où je l’avais vue s’arrêter quelques instants. Heureux pavé !… Non, je ne dis rien de plus, car je ne sais ce que je pourrais imaginer de pire. Heureux pavé !… Marbres terribles !… Si vous aviez des yeux et un cœur.

Bref, mon cher ami, me voilà à peu près de même. Je me suis rappelé une foule de circonstances de ce jour dernier et de nos dernières entrevues il y a quelques mois et comme il faut que je m’éclaircisse enfin sur tout cela et que j’en prenne une bonne fois mon parti, j’ai dressé un petit plan que je lèche tous les jours et que je cherche de tout mon cœur à rendre praticable. J’espère la revoir, mais le terme est si long… Cela me renvoie à cinq jours au moins, et d’ici là je n’y penserai peut-être plus.

Mon bon ami, je te le répète : travaille de ton côté à améliorer ma situation. Trouve aussi quelque moyen honnête de me la faire voir, je t’en supplie. En le combinant avec le mien, nous en pourrons peut-être faire un tout supportable, et sois persuadé que tu me rendras un plus grand service, qu’en faisant de moi par tes conseils, le plus sage et le plus posé des hommes.

Ton cher ami,

EUGÈNE DELACROIX

 

P.S. — Me répondre le plus tôt possible. Je ne sais si mes lettres te fatiguent, mais il faut que je me décharge un peu de ce qui me pèse. Si je m’en croyais, je ne ferais que cela toute la journée parce que tu es le seul à qui je puisse parler de tout ce qui m’arrive.
Réponds donc vite et surtout ne viens pas les mains vides.

Je t’aime de tout mon cœur.

 

 

PS : Je sors du sujet sur Delacroix, mais je ne peux m’empêcher de faire un lien sur un article consacré au poète Baudelaire dont je parlais dans mon dernier article. Il s’agit du blog de Cendrine « La chimère écarlate » qui a prolongé mon recueil de « poèmes choisis » en publiant aujourd’hui « Si vous aimez Baudelaire ».

Elle exprime avec ses mots et illustrations son ressenti devant la passion érotique criée dans plusieurs poèmes par Baudelaire pour sa maîtresse Jeanne Duval, vénus haïtienne, avec laquelle il vécut durant une vingtaine d’année une aventure amoureuse et mouvementée.

Je vous laisse découvrir le superbe article de Cendrine que je remercie.

 

 

  

Commentaires

  • Très savoureuse entrée en matière au sujet de Delacroix, maître de l'art et personnage aux émotions intenses, un vrai plaisir de lecture, merci Alain!
    Vous allez sourire car ma prochaine publication sera consacrée à Delacroix (les grands esprits se recontrent, grands esprits, c'est de l'humour...) Je ne l'aborde pas de la manière dont vous le faites. Chacun sa manière, c'est la richesse de nos blogs.
    Merci de ce que vous faites, ouvrir la porte sur l'intimité créatrice du peintre et cette amitié pleine d'intensité.
    Je vous souhaite une belle journée, bien amicalement!
    Cendrine

  • On se suit actuellement, Cendrine : Delacroix après Baudelaire. Ces deux là se connaissaient et s’appréciaient malgré la différence d’âge (23 ans). Dans les débuts, Baudelaire tentait bien dans ses critiques du Salon d’être élogieux envers le « maître » qu'il admirait mais qui le boudait un peu. Finalement, ils se ressemblaient, et l’on retrouve chez les deux la violence, le sexe et la passion. Au Salon de 1859, Delacroix, rejeté par la critique, appréciera les mots de Baudelaire : « … Il verse tour à tour sur ses toiles inspirées le sang, la lumière et les ténèbres. », et lui écrira une lettre de remerciement : « Comment vous remercier dignement pour cette nouvelle preuve de votre amitié ? (…) Vous me traitez comme on ne traite que les grands morts ; vous me faites rougir tout en me plaisant beaucoup." Baudelaire dut rougir également je pense en lisant ces lignes.
    J’attends votre prochain prochain article sur Delacroix qui sera, je n’en doute pas, comme d’habitude excellent.
    Belle journée Cendrine

  • Les grands esprits se rencontrent, mon "n" s'est envolé...
    J'en profite pour ajouter que j'ai lu plusieurs fois votre recueil consacré à Baudelaire sur Calaméo, encore félicitations pour votre travail plein de sensibilité
    Amitiés
    Cendrine

  • Je n’avais même pas remarqué l’absence du « n ». Toujours ces difficultés visuelles…
    Je suis heureux que ce recueil sur Baudelaire vous ait plu. J’ai pris un grand plaisir à relire indéfiniment ces vers somptueux.
    J’ai vu votre dernier article de votre blog « La chimère écarlate » sur Baudelaire qui m’a lui aussi fait plaisir. Que de plaisir d’un coup ! Il est vrai que nous ne faisons que suivre le tempérament de feu du poète dont les plaisirs dirigeaient sa vie tumultueuse. Le plaisir est bien le mot universel qui domine nos vies. Les blogs sont vraiment de magnifiques instruments de transmission du savoir et internet, sur ce plan, est irremplaçable.
    Je vais courir sur votre blog dont les vibrations donnent chaud dès le matin…

  • Ah ! 17 ans ...
    "On n'est pas sérieux quand on a 17 ans", proclamera Rimbaud bien des années plus tard.

    Elles sont touchantes, - et déjà si bien tournées ! -, ces lettres d'un adolescent qui a besoin d'aide pour voir sa Belle ...
    Touchantes et, par certains côtés, quasiment incroyables : te serait-il venu à l'idée, toi, à cet âge-là, d'écrire ceci : " .... non je ne suis pas encore amoureux : mais c’est à toi à décider si je dois le devenir ou non " ?

    Moi pas, en tout cas ...

    Quoi qu'il en soit, voilà une bien agréable entrée en matière.

    Je me souviens avoir déjà lu chez toi la première de ces deux lettres ; et aussi que nous avions échangé sur le style de Delacroix dans son "Journal", - dont je m'étais offert la très belle et puissante édition de 2009 de Michèle Hannoosh -, : il me plaît, un peu à l'instar de "ton" Baudelaire chez Calameo, d'en relire l'un ou l'autre passage "avec tes yeux".
    De beaux moments en perspective car, - et le public amateur de peinture le sait probablement trop peu -, Delacroix fut aussi un grand écrivain qui mériterait d'être lu en tant que tel !

    Et Baudelaire, encore lui !, ne s'y est pas trompé qui épinglait chez Delacroix : " ... une plume naturellement distinguée".

    Merci Alain ....

  • Quel talent déjà à 17 ans. Et cette passion qui coure tout au long des lignes et annonce celle de l’artiste à venir.
    A 17 ans, je ne me vois pas écrire cette phrase : « non je ne suis pas encore amoureux : mais c’est à toi à décider si je dois le devenir ou non. » Mais il est tellement touchant : « Mais je suis jeune… ». Ce n’est pas simple à cet âge d’être confronté aux sentiments amoureux qui nous investissent soudainement : « … cette fièvre du cœur, ce délire de la raison et des sens qui remplit tout notre être de ce mélange inconcevable de souffrance et de délices ; il faut sentir comme moi cet orage tumultueux qui gronde dans mon sein… ».
    Par la suite Delacroix ne demandera plus l’avis de ses amis, et ses modèles lui serviront régulièrement à assouvir ses passions envers les femmes.
    Je me rappelle que nous n’avons pas la même édition du journal du peintre. Il y a longtemps que je voulais reprendre les écrits de l’artiste qui sont d’un haut niveau littéraire, même si, par certains côtés, j’appréciais beaucoup les lettres de Vincent Van Gogh. Ils n’étaient pas du même milieu.
    Comme je le dis à Cendrine, Baudelaire et Delacroix se ressemblaient dans leurs passions, et ils avaient fini par se rapprocher dans les dernières années de la vie de Delacroix. Celles-ci correspondaient d’ailleurs avec la sortie en 1857 des Fleurs du Mal.
    Belle journée.

  • Je suppose que tu connais cette très longue et superbe "notice nécrologique" que Baudelaire a rédigée après le décès de son jeune ami, le 13 août 1863, parue dans l' "Opinion nationale" les 2 et 14 septembre, et 22 novembre suivants, de laquelle j'ai tout à l'heure soustrait les quelques mots pour les introduire dans mon commentaire ci-dessus ?

    Si tel n'était pas le cas ; si elle t'intéresse et que tu ne la trouves pas sur le Net, avertis-moi : je t'en enverrai bien volontiers les photos des 13 pages, format 16/21 cm, sur ton adresse courriel ...

  • Merci Richard, j’ai ces pages dans le livre de poche « Baudelaire – Ecrits sur l’art ». J’ai commencé à les feuilleter et les lirai plus attentivement.
    Ces deux hommes s’aimaient et s’admiraient vraiment.
    J’avais déjà lu quelques passages par ci par là sur cet écrit de Baudelaire. Je me doutais que je le trouverais dans ses écrits sur l’art.
    A propose de Baudelaire, je ne sais si tu as lu le superbe article de Cendrine sur Baudelaire dans son blog « La chimère écarlate ». J’ai eu envie de rajouter un PS à ce sujet à la fin de mon article sur Delacroix car on sent une vraie passion amoureuse dans ses lignes. Décidément Baudelaire remue intimement tous ses lecteurs… C'est la marque des très grands.

  • Je vous adresse un grand MERCI Alain!
    Je suis très touchée par vos lignes et je me suis régalée à lire les mots de Baudelaire concernant Delacroix! Ah cette critique impitoyable. Elle a sa raison d'être, il est vrai et chacun est libre d'aimer ou pas les oeuvres d'un artiste.
    On peut ne pas aimer, ne pas être sensible au propos d'un peintre, d'un sculpteur, d'un écrivain mais respecter l'artiste est quelque chose qui me tient à coeur.
    Il m'arrive comme à tout un chacun de voir des oeuvres ou de lire des textes avec lesquels je ne ressens pas d'affinités mais le respect honore les deux parties, celui qui donne et celui qui reçoit.
    En fait, il est très rare pour moi de ne rien ressentir face à une oeuvre d'art car je suis très éclectique dans mes goûts. Je peux passer d'une forme d'art à une autre sans aucun problème car je me laisse charmer par l'histoire qu'on me conte.
    Vous qui êtes un conteur d'histoires à l'exquise sensibilité le comprenez très bien, j'en suis persuadée.
    Merci de vos propos. Plusieurs ami(e)s à moi sont allé(e)s lire votre recueil et sont charmé(e)s. Ces personnes ont beaucoup de sensibilité aussi, de vrais amis amoureux de l'Art sous différentes formes. Ils et elles ne laissent pas de commentaire en général. Ce sont des personnes qui n'ont pas de blog et ont une certaine gêne avec les commentaires. Je leur ai dit en souriant qu'on n'est pas jugé quand on écrit un commentaire mais cela les inquiète un petit peu.
    Ce que je veux dire c'est que même s'ils ne vous écrivent pas directement, ils ont énormément apprécié et seront désormais les lecteurs de votre blog. Des lecteurs silencieux mais fidèles. Ils sont ainsi par rapport à mon blog. Pas de commentaire, du silence mais de la présence amicale et régulière.
    Et ils m'écrivent par mail. C'est comme ça que je sais qu'ils ont l'intention aussi de lire votre livre sur Van Gogh.

    J'ai beaucoup aimé ce que vous avez écrit sur la Chimère écarlate et j'assume totalement mon appétit frénétique pour ce qui est charnel, intense, érotique, passionné, ardent etc... dans l'Art et dans la Vie, sur la page blanche et au-delà. Je l'écris avec un grand sourire et je partage votre motivation pour agir en recherchant le "plaisir"! Notre humanité n'est pas censée se mortifier. Laissons cela à des personnes sinistres qui ont tendance à tout noircir et à se choquer de tout , à commencer par l'Art et la Beauté! Quant à l'Erotisme...shocking!
    Merci de votre amitié culturelle et de vos textes. j'ai donné à mon mari mon article sur Delacroix pour qu'il le publie. Je lui donne mes fichiers rédigés avec les illustrations et comme je vous l'avais écrit, il fait ses petites "manipulations" d'informaticien dans le code d'Eklablog sinon, j'ai trop d'images et impossible de publier...
    Je suis contente d'avoir terminé mon article car je l'ai fait en état de crise... et là, c'était limite pour que je puisse vous écrire. Je ne me plains pas, c'est juste que c'est bien difficile...
    Merci encore de votre regard sensible, je vous souhaite une soirée pleine de bonheur, bien amicalement!
    Cendrine

  • Je suis désolé, Cendrine, mon ordinateur a oublié de me prévenir de l'arrivée de votre long commentaire.
    Les lignes de Baudelaire sont un extrait de sa publication sur le journal « L’Opinion nationale » du 2 septembre 1863, peu de temps après le décès de Delacroix. Quel bel hommage ! Ces deux là, d’un talent égal, étaient faits pour se comprendre et s’aimer. Delacroix a souvent été critiqué mais il restera l’un de nos plus grands peintres. Et ses détracteurs sont de nos jours souvent oubliés.
    Je suis heureux de voir que mon recueil a été apprécié par des personnes qui savent que l’art sous toutes ses formes nous permet de sortir de cette enveloppe corporelle qui nous enserre trop souvent et qui est la cause, vous le savez bien, des difficultés de nos existences.
    Ces personnes peuvent m’écrire si elles le souhaitent, cela me ferait plaisir, entre passionnés ont se comprend toujours.
    Pour Van Gogh, je crois vous l’avoir dit, je suis en train d’étudier une autoédition pour l’automne. On verra bien. Je n’ai pas de but commercial. S’il y a quelques petits bénéfices, ils seront entièrement reversés à l’association Rêves pour les enfants gravement malades. Je me bats actuellement avec les musées pour les droits à l’image. J’ai l’intention de faire, plus tard, un « coup de gueule » sur le blog. Les grands musées américains, intelligents, permettent le téléchargement gratuitement contrairement aux français et la plupart des européens. A Orsay ils m’ont souhaité de trouver des images dans d’autres musées…
    Pour le côté charnel et érotique, je vous rejoins. Bon dieu, le plaisir c’est la vie ! Nous le recherchons constamment dans notre existence. Et puis Baudelaire exprime ses désirs avec une telle beauté… Je ne comprends pas que cela puisse choquer.
    Je sens que je vais encore faire trop long. Je ne suis pas un bavard, mais lorsque j’écris j’ai du mal à m’arrêter. J’ai le sentiment que vous êtes un peu pareil. Alors je continue.
    Votre article sur Delacroix est excellent, pédagogique, et vos images toujours superbes. Heureusement sur les blogs il n’y a pas de problèmes de droit à l’image.
    J’ai compris que vous étiez dans la souffrance pour terminer votre article et m’écrire. Je suis de tout cœur avec vous. On sent dans vos publications si documentées que vous avez besoin de cela. Vous donnez et êtes récompensée par l’amitié de vos lecteurs. L’art, aussi, aide à supporter vos mauvais moments.
    Je publierai, peut-être ce week-end, un deuxième article sur le journal de Delacroix. Pour le moment, notre homme, comme Baudelaire, est sans cesse amoureux.
    Amitiés.
    Bon week-end.

  • Merci Alain, grâce à toi, je me suis penchée un peu plus que ce que je connais sur l'homme EUGENE DELACROIX!!! J'ai trouve une vidéo documentaire très intéressante le concernant avec le critique d'art Baudelaire!! En lisant ces lettres, je peux me dire que cet artiste était un grand passionné et que les femmes occupèrent une grande place dans sa vie et ce fougueux tempérament se lit bien dans ces sujets picturaux orientaux! C'est une bonne idée que d'avoir remis son oeuvre en exposition!!Bisous Fan

  • Ce n’est qu’un début, Fan car le journal de Delacroix est long. Malheureusement il ne va durer que deux ans dans sa jeunesse et s’arrêter brusquement, pour reprendre 23 années plus tard. Cela va faire un trou que je vais avoir du mal à combler. On verra…
    Les femmes étaient importantes pour lui dans sa jeunesse, il rejoint Baudelaire à nouveau sur ce point, il se calmera plus tard. La peinture et l’écriture lui prenaient beaucoup de temps, et s’occuper en plus des femmes, tu le sais bien, cela bouffe de l’énergie.
    Je vais publier ce matin la suite. Tu vas découvrir le premier chef-d’œuvre du maître.
    Je te souhaite un beau week-end ensoleillé. Il va commencer à faire plus chaud, et l’été arrive.

  • Delacroix n'est pas de mes peintres préférés, mais qui sait ? Tu arriveras peut-être à me le faire aimer. :)
    Passe une douce journée Alain. Merci pour cette belle entrée en matière.

  • Difficile de ne pas aimer notre grand peintre romantique. Je n’aime pas tout chez lui mais il faut reconnaître qu’il a bousculé, surtout à ses débuts, le classicisme de l’époque.
    Son premier tableau au Salon, dont je parle dans l’article suivant, dépasse ses espérances puisqu’il est admis d’entrée au Luxembourg et acheté par l’Etat. De quoi avoir des ailes pour l’avenir.
    Belle journée.

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