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Genèse de l'impressionnisme

 

5. Rude journée boulevard des Capucines

 

 

 

 

    Quolibets, insultes pleuvent lors de l’exposition commencée le 15 avril 1874 du nouveau groupe des peintres avant-gardistes…

      Pierre Wolf dans "Le Figaro" écrit un article particulièrement méchant :

 

     « La rue Le Peletier a eu du malheur. Après l’incendie de l’Opéra, voici un nouveau désastre qui s’abat sur le quartier. On vient d’ouvrir chez Durand-Ruel une exposition, qu’on dit être de peinture. Le passant inoffensif, attiré par les drapeaux qui décorent la façade, entre, et à ses yeux épouvantés s’offre un spectacle cruel. Cinq ou six aliénés, dont une femme, un groupe de malheureux atteints de la folie de l’ambition, s’y sont donnés rendez-vous pour exposer leurs œuvres.

     Il y a des gens qui pouffent de rire devant ces choses. Moi, j’en ai le cœur serré. Ces soi-disant artistes s’intitulent les intransigeants ; ils prennent des toiles, de la couleur et des brosses, jettent au hasard quelques tons et signent le tout. C’est comme si les pensionnaires de Charenton ramassaient les cailloux du chemin, croyant trouver des diamants. »

 

     Le vent de la défaite souffle. Dans la presse, il n’y a pas de mots assez durs pour se moquer, se gausser de cette nouvelle peinture. Le comble est l’article du journaliste Louis Leroy écrit sur un ton ironique dans le "Charivari", une dizaine de jours après le début de l’exposition. Visitant l’exposition avec un ami peintre officiel, il le provoque par des éloges paraissant sincères sur les exposants. Renoir parlera « d’esprit parisien ».

 

  

Le Charivari, 25 avril 1874

L’EXPOSITION DES IMPRESSIONNISTES, par Louis Leroy.

 

 

     Oh! ce fut une rude journée que celle où je me risquai à la première exposition du boulevard des Capucines en compagnie de M. Joseph Vincent, paysagiste, élève de Bertin, médaillé et décoré sous plusieurs gouvernements !

    L'imprudent était venu là sans penser à mal ; il croyait voir de la peinture comme on en voit partout, bonne et mauvaise, plutôt mauvaise que bonne, mais non pas attentatoire aux bonnes mœurs artistiques, au culte de la forme et au respect des maîtres. Ah ! la forme ! Ah ! les maîtres ! Il n'en faut plus mon pauvre vieux ! Nous avons changé tout cela.

     En entrant dans la première salle, Joseph Vincent reçut un premier coup devant la Danseuse, de M. Degas.

 

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Edgard Degas – La classe de danse, 1874, musée d’Orsay, Paris

 

     - Quel dommage, me dit-il, que le peintre, avec une certaine entente de la couleur, ne dessine pas mieux : Les jambes de sa danseuse sont aussi floches que la gaze des jupons.

     - Je vous trouve dur pour lui, répliquai-je. Ce dessin-là est très-serré au contraire.

   - L'élève de Bertin, croyant que je faisais de l'ironie, se contenta de hausser les épaules sans prendre la peine de me répondre.

     - Tout doucement alors, de mon air le plus naïf, je le conduisis devant le Champ labouré, de M. Pissaro.

 

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Camille Pissarro - Gelée blanche, 1873, musée d’orsay , Paris

 

     A la vue de ce paysage formidable, le bonhomme crut que les verres de ses lunettes s'étaient troublés. Il les essuya avec soin, puis les reposa sur son nez.

     - Par Michalon ! s'écria-t-il, qu'est-ce que c'est que ça ?

     - Vous voyez... une gelée blanche sur des sillons profondément creusés.

   - Ça des sillons ? Ça de la gelée ?... Mais ce sont des grattures de palette posées uniformément sur une toile salle. Ça n'a ni queue ni tête, ni haut ni bas, ni devant ni derrière.

     - Peut-être... mais l'impression y est.

     - Eh ben, elle est drôle l'impression !... Oh !... et ça ?

    - Un Verger, de M. Sisley. Je vous recommande le petit arbre de droite, il est gai, mais l'impression...

    - Laissez-moi donc tranquille avec votre impression !... Ce n'est ni fait ni à faire. Mais voici une Vue de Melun, de M. Rouart, où il y a quelque chose dans les eaux. Par exemple, l'ombre du premier plan est bien cocasse.

    

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Henri Rouart – La terrasse au bord de la Seine à Melun, 1874, Musée d’Orsay, Paris

 

     - C'est la vibration du ton qui vous étonne.

     - Dites le torchonné du ton, et je vous comprendrai mieux. Ah ! Corot, Corot, que de crimes on commet en ton nom ! C'est toi qui as mis à la mode cette facture lâchée, ces frottis, ces éclaboussures, devant lesquels l'amateur s'est cabré pendant trente ans, et qu'il n'a acceptés que contraint et forcé par ton tranquille entêtement. Encore une fois la goutte d'eau a percé le rocher !

     Le pauvre homme déraisonnait ainsi assez paisiblement et rien ne pouvait me faire prévoir l'accident fâcheux qui devait résulter de sa visite à cette exposition à tous crins.

     Il supporta même sans avarie majeure la vue des Bateaux de pêche sortant du port, de M. Claude Monet ; peut-être parce que je l'arrachai à cette contemplation dangereuse avant que les petites figures délétères du premier plan eussent produit leur effet. Malheureusement j'eus l'imprudence de le laisser trop longtemps devant le Boulevard des Capucines du même peintre.

 

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Claude Monet– Boulevard des Capucines, 1873, Nelson-Atkins Museum of Art, Kansas city, USA

 

   - Ah ! ah ! ricana-t-il à la Méphisto, est-il assez réussi, celui-là !... En voilà de l'impression, ou je ne m'y connais pas... Seulement veuillez me dire ce que représentent ces innombrables lichettes noires dans le bas du tableau ?

     - Mais, répondis-je, ce sont des promeneurs.

    - Alors je ressemble à ça quand je me promène sur le boulevard des Capucines ? Sang et tonnerre ! Vous moquez-vous de moi à la fin ?

     - Je vous assure, monsieur Vincent...

   - Mais ces taches ont été obtenues par le procédé qu'on emploie pour le badigeonnage des granits de fontaine. Pif ! paf ! v'li ! v'lan ! Va comme je te pousse ! C'est inouï, effroyable ! J'en aurai un coup de sang bien sûr !

    J'essayai de le calmer en lui montrant le Canal Saint-Denis, de M. Lépine, et la Butte Montmartre, de M. Ottin, tous les deux assez fins de ton ; mais la fatalité était la plus forte ; Les Choux de M. Pissarro l'arrêtèrent au passage, et de rouge il devint écarlate.

     - Ce sont des choux, lui dis-je d'une voix doucement persuasive.

    - Ah! les malheureux, sont-ils assez caricaturés !.... Je jure de n'en plus manger de ma vie !

     - Pourtant ce n'est pas leur faute si le peintre...

     - Taisez-vous !... ou je fais un malheur !

    Tout à coup il poussa un grand cri en apercevant la Maison du pendu, de M. Paul Cézanne. Les empâtements prodigieux de ce petit bijou achevèrent l'œuvre commencée par le Boulevard des Capucines. 

 

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Paul Cézanne – La maison du pendu, 1873, musée d’Orsay, Paris

 

     Le père Vincent délirait.

     D'abord sa folie fut assez douce. Se mettant an point de vue des Impressionnistes, il abondait dans leur sens.

    - Boudin a du talent, me dit-il devant une plage de cet artiste ; mais pourquoi pignoche-t-il ainsi ses marines ?

    - Ah! vous trouvez sa peinture trop faite ?

    - Sans contredit. Parlez-moi de Mlle Morisot ! Cette jeune personne ne s'amuse pas à reproduire une foule de détails oiseux. Lorsqu'elle a une main à peindre (La Lecture), elle donne autant de coups de brosse en long qu'il y a de doigts, et l'affaire est faite. Les niais qui cherchent la petite bête dans une main n'entendent rien à l'art impressif, et le grand Manet les chasserait de sa république.

 

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Berthe Morisot – La lecture, 1870, National Gallery of Art, Washington

 

     - Alors M. Renoir suit la bonne voie, il n'y a rien de trop dans ses Moissonneurs. J'oserai même dire que ses figures...

  

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Auguste Renoir – Les moissonneurs, 1873, collection particulière

 

      - Sont encore trop étudiées.

     - Ah ! monsieur Vincent!... Mais voyez donc ces trois touches de couleur qui sont censées représenter un homme dans les blés.

     - Il y en a deux de trop, une seule suffisait.

    Je jetai un coup d'œil sur l'élève de Bertin, son visage tournait au rouge sombre. Une catastrophe me parut imminente, et il était réservé à M. Monet de lui donner le dernier coup.

     - Ah ! le voilà, le voilà ! s'écria-t-il devant le n° 98. Je le reconnais le favori de papa Vincent ! Que représente cette toile ? Voyez au livret.

     - Impression, Soleil levant.

 

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Claude Monet – Impression, soleil levant, 1873, Musée Marmottan, Paris

 

    - Impression, j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression là-dedans... Et quelle liberté, quelle aisance dans la facture ! Le papier peint à l'état embryonnaire est encore plus fait que cette marine-là !

    - Cependant qu'auraient dit Michalon, Bidault, Boisselier et Bertin devant cette toile impressionnante ?

    - Ne me parlez pas de ces hideux croûtons ! hurla le père Vincent. En rentrant chez moi, je crèverai leurs devants de cheminée !

     Le malheureux reniait ses dieux.

    En Vain je cherchai à ranimer sa raison expirante en lui montrant une Levée d'étang, de M. Rouart, à laquelle il manque peu de chose pour être tout à fait bien, une Etude de château à Sannois de M. Ottin, très lumineuse et très fine, mais l'horrible l'attirait. La blanchisseuse, si mal blanchie, de M. Degas, lui faisait pousser des cris d'admiration.

     Sisley lui-même lui paraissait mièvre et précieux. Pour flatter sa manie et de peur de l'irriter, je cherchais ce qu'il y avait de passable dans les tableaux à impression et je reconnaissais sans trop de peine que le pain, les raisins et la chaise du Déjeuner, de M. Monet, étaient de bons morceaux de peinture. Mais il repoussait ces concessions.

     - Non, non ! s'écriait-il, Monet faiblit là. Il sacrifie aux faux dieux de Meissonnier. Trop fait, trop fait, trop fait !... Parlez- moi de la Moderne Olympia, à la bonne heure. Hélas ! allez la voir, celle-là ! Une femme pliée en deux à qui une négresse enlève le dernier voile pour l'offrir dans toute sa laideur aux regards charmés d'un fantoche brun. Vous vous souvenez de l'Olympia de M. Manet ? Eh bien, c'était un chef-d'œuvre de dessin, de correction, de fini, comparée à celle de M. Cézanne.

  

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Paul Cézanne – Une moderne olympia, 1874, Musée d’Orsay, Paris

 

     Enfin le vase déborda. Le cerveau classique du père Vincent, attaqué de trop de côtés à la fois, se détraqua complétement. Il s'arrêta devant le gardien de Paris qui veille sur tous ces trésors et, le prenant pour un portrait, se mit à m'en faire une critique très-accentuée.

     - Est-il assez mauvais, fit-il en haussant les épaules. De face il a deux yeux... et un nez... et une bouche... Ce ne sont pas les impressionnistes qui auraient ainsi sacrifié au détail. Avec ce que le peintre a dépensé d'inutilités dans cette figure, Monet eût fait une vingtaine de gardiens de Paris !

     - Si vous circuliez un peu, vous, lui dit le portrait,

     - Vous l'entendez ! Il ne lui manque même pas la parole !... Faut-il que le cuistre qui l'a pignoché ait passé du temps à le faire !

    Et pour donner à son esthétique tout le sérieux convenable, le père Vincent se mit à danser la danse du scalp devant le gardien ahuri, en criant d'une voix étranglée :

   - Hugh !... Je suis l'impression qui marche, le couteau à palette vengeur, le Boulevard des Capucines de Monet, la Maison du pendu et la Moderne Olympia de M. Cézanne ! Hugh ! hugh ! hugh !

LOUIS LEROY.

 

 

   Tous ces peintres aux personnalités artistiques propres, qui exposaient ensemble boulevard des Capucines, avaient une démarche commune : leur rejet de la peinture officielle qui les excluait des institutions ; la recherche picturale d’une nouvelle manière de représenter le monde réel.

     L’article ironique et moqueur du journaliste Louis Leroy allait inciter ce groupe de peintres à s’organiser en association qui allait prendre le nom de « mouvement impressionniste ».  

 

 

Commentaires

  • Pourquoi tous ces artiste nous "impressionnent" tant ?
    Lorsque j'ai découvert DEGAS au musée d'Orsay, ce sont toutes ses sculptures qui m'ont passionnée ; on en parle rarement.
    Comme pour RENOIR, ses portraits ressemblent tellement à ses tableaux.
    Lorsque l'on a la chance de visiter la maison de Monet et ses jardins, on ressort ébloui et ses tableaux nous transportent, surtout lorsque l'on a la chance de les découvrir au musée de l'Orangerie. Visitant ce musée en compagnie de mon petit fils, nous avons rencontré une new yorkaise qui vient, chaque année, les admirer !!!! c'était émouvant.
    En ce qui concerne Cézanne, c'est la ville d'Aix en Provence qui transpire de toute sa poésie. Mon mari avait une admiration sans borne pour "SA" Montagne Sainte Victoire.
    Tous ces artistes nous touchent au plus profond de notre sensibilité ; enfin c'est ce que nous ressentions. Merci encore pour cet article et les photos si bien choisies.

  • Dans votre description de ce qui vous a touchée dans l’art de trois des figures majeures de cet art nouveau, Degas, Renoir, Monet, vous donnez, à la fin de votre commentaire, la réponse à votre interrogation, Maryvonne : « Tous ces artistes nous touchent au plus profond de notre sensibilité ».
    Je pourrais rajouter ce que dit Claude Monet dans la précédente lettre imaginaire de Berthe Morisot à sa sœur. Il donne sa réponse à Louis Leroy du Charivari : « « Ne vous inquiétez pas Berthe, m’a-t-il dit, ce journaliste voulant faire un bon mot, sans le savoir a peut-être trouvé le terme qui nous caractérise le plus… Il n’a pas tort : nous peignons sur le motif la lumière changeante, nous utilisons des couleurs pures et une touche divisée pour capter les vibrations lumineuses, les émotions troubles… Ne peignons-nous pas l’instant, la fugacité des choses ? Leroy nous a parfaitement compris, Berthe, nous couchons sur la toile nos impressions visuelles… ».
    Belle journée.

  • J'ai lu avec intérêt Louis Leroy !! il est certain qu'il est celui qui a nommé la manière de peindre de ceux qui laissaient à l'atelier l'académisme, pour "l'impressionnisme" Merci à toi de nous le rappeler!!Bisous Fan

  • Sans le savoir, pour s’amuser dans cet article de journal bien tourné, Leroy avait trouvé le mot qui allait définir ce groupe de peintres avant-gardistes.
    L’aventure impressionniste pouvait commencer.
    Belle journée Fan

  • passionnant, avec l'illustration intercalée ! sans doute la critique d'art était elle considérée elle même comme un art où les auteurs pouvaient railler et se gargariser à leur aise de leur propre talent. Maintenant (j'ose à peine le chuchoter) , est ce sacrilège que de ne pas être admiratif de l'olympia de Cézanne ?

  • Effectivement, à cette époque, la critique d’art était souvent considérée comme un art à part entière, publiée par de talentueux écrivains comme Gauthier, Zola, Baudelaire… Celle de Leroy est pleine d’humour pour démonter ironiquement les toiles exposées. Il le fait avec talent. Grâce à son article, les jeunes peintres allaient se faire un nom.
    La « Moderne Olympia » de Cézanne est la toile que je préfère du peintre. Je lui trouve même des qualités supérieures à celle de Manet dix années auparavant.
    Belle journée Emma

  • Succulent, n'est-il pas ?

    Effectivement, vous le rappelez tous deux, Madame Emma et toi, Alain, la critique d'art était elle-même un art ! Un art littéraire d'envergure ! Rappelons-nous, avant le 19ème siècle de Zola, de Baudelaire, de Mallarmé, de Goethe aussi et d'autres et d'autres ..., qu'au siècle précédent, il y eut Diderot et ses extraordinaires "Salons" mais également, bien oubliés aujourd'hui, La Font de Saint-Yenne ou Baillet de Saint-Julien ...
    Le verbe beau, à ces époques-là, critiques et pamphlets constituaient eux-mêmes de remarquables morceaux de littérature ...

    Ah ! si les plumitifs de notre temps, dans leur grande majorité, pouvaient encore afficher autant de talent !!!

  • Etonnant les écrits de ces critiques d’art que tu me fais découvrir, Richard. Surtout Etienne La Font de Saint-Yenne.
    Non seulement, il avait un beau talent de plume mais ses remarques semblent vraiment intéressantes : par exemple la mauvaise exposition des nombreux Rubens de la Galerie Médicis du musée du Luxembourg ; ou sa demande d’un musée accessible pour tous qui regrouperait les principaux chefs-d’œuvre dans un lieu à demeure, qui deviendra plus tard le grand musée du Louvre.
    Je connais mal les critiques d’art de nos jours. Atteindront-ils un jour le talent de leurs grands prédécesseurs ?
    Curieux personnage que ce Louis Leroy qui était également peintre et auteur dramatique, dont deux pièces en collaboration avec Eugène Labiche : Brûlons Voltaire ! Ces écrits devaient garder le même ton enjoué et très réussi de sa critique des impressionnistes.

  • Vos échanges, Richard et Alain, sont des puits de science et je prends des notes régulièrement désormais. Merci.

  • Je ne sais pas si nos savoirs méritent de prendre des notes ? Nous tentons de parvenir à ce qui est le but de nos blogs : échanger sur l'art, et cela c'est précieux.
    Mais les échanges avec vous, ou d'autres lecteurs, sont tout aussi précieux, Maryvonne. Ce que vous avez dit dans votre premier commentaire sur les danseuses de Degas à Orsay, les superbes jardins de Giverny, les Nymphéas de Monet à l'Orangerie, sans oublier Aix-en-Provence et sa Montagne Sainte-Victoire, démontre largement que vous êtes vous aussi une passionnée. Nos connaissances peuvent donc s'additionner.
    Encore merci.

  • Bonjour Alain et merci pour ce nouvel article si bien documenté,
    J'aime énormément la gelée blanche de Pissarro et la moderne Olympia de Cézanne, une émulsion de lumière... La touche y est magnifique !
    L'Art... territoire de beauté mais aussi de violence, de rage, de rejet... Il en faut de la force aux artistes, de la conviction, de la volonté de poursuivre sur un chemin qui palpite entre hasard et destin ! Mots de critiques à la fois méchants et beaux mais leur beauté n'excuse pas pour moi leur dureté... Pour moi, un critique demeure un artiste bloqué, assénant sa rage et ses frustrations sur autrui au lieu d'avoir le courage de regarder ses démons en face, le courage d'étreindre pleinement la création, le courage d'oser... Certains critiques se prétendent artistes mais ils n'ont pas de respect envers les autres artistes... ou peut-être se pensent-ils mieux qu'eux ?

    Ou alors tout est bon pour vendre du papier, y compris être odieux avec de "nouveaux" artistes...

    Cela me fait le même effet quand j'entends débattre des « intellectuels » dans certaines émissions, ils s'emportent, chacun veut avoir raison. Il arrive qu'ils disent la même chose mais comme chacun à sa manière de dire et de faire, le débat s'envenime et plus personne ne s'écoute. J'ai détesté les cours de critique d'art, pourtant de grande qualité, à la fac... Les seuls cours que mon esprit a rejetés...

    Dans les allées des musées, j'ai juste envie de laisser mon regard caresser couleurs et nuances, entrer dans les mondes artistiques proposés, ne plus penser, lâcher prise, juste ressentir, palper la vibration créatrice... Arrêter de tout intellectualiser...

    Vous nous offrez une nouvelle page très réussie, un autre voyage en terre d'Impressionnisme et votre sensibilité est perceptible dans chacun de vos articles.

    J'ajouterai que différents blogs aujourd'hui, (certains n'oseraient pas la comparaison avec les grands artistes d'autrefois mais il s'agit d'une constatation...) ferment hélas leurs portes à cause de critiques délétères, de gens qui se permettent de jouer les inspecteurs des travaux finis... voulant toujours trouver un petit détail à critiquer dans une publication et étaler leur science -dire pour dire et non pas sélectionner des éléments pertinents liés au sujet traité- Cela me désole car plusieurs ami(e)s à moi en ont fait les frais. Il est trop facile d'arriver à la fin d'un travail et de tout disséquer alors que quelqu'un s'est donné du mal, dépensant, avec les tripes, son temps et son énergie.

    Mais l'Art survit toujours, il trouve un moyen de continuer son chemin, les Impressionnistes (prenant au mot l'agité monsieur Leroy) l'ont brillamment montré ! Eux et pas seulement eux...

    Impression, soleil levant nous offre, à travers le temps, sa partition magique, peinture tissée de mille fragrances...

    Continuer, peu importe ce qui sera dit, peu importe la méchanceté qui affaiblit ceux qui la manient... L'Art est un cadeau, créer c'est offrir de soi, se mettre à nu et s'en prendre plein la tête ou même se faire égratigner au passage, c'est lamentable et ça n'honore pas ceux qui le font !

    Pour moi, la critique ne construit pas, elle cherche à détruire, à prendre le pas sur la liberté de l'artiste mais elle ne sait pas y arriver... L'artiste, comme une anguille, fraye entre les eaux acides et poursuit son voyage vers les mondes qui l'appellent.

    Je suis pour la valorisation des êtres et non pas pour la hargne et la vacherie même si les mots sont bien tournés... Bien écrire n'excuse pas tout.

    Merci pour la séduisante page, je vous souhaite une excellente fin de journée

    Amitiés
    Cendrine

  • Les critiques sur l’art contemporain sont souvent dures, mais, à l’époque, il s’agissait vraiment de méchanceté, comme Wolf et Leroy. Il devait s’agir effectivement de personnes frustrés qui jetaient leur rage sur quelque chose qu’ils ne comprenaient pas. Ou pour vendre car leurs arguments étaient porteur.
    Les débats entre personnes d’opinions différentes sont souvent difficiles, surtout en politique, car chacun veut garder une position dominante. Alors la tolérance s’envole, cela s’envenime et n’aboutit à rien.
    L’art… C’est étonnant comme ce mot agite les esprits… Finalement cela touche à notre intimité, un sentiment profond. D'où des réactions pouvant être violentes lorsque une incompréhension arrive.
    Personnellement, j’ai mes goûts personnels, mais je suis pour la tolérance en la matière. L’art contemporain ne me séduit pas souvent mais je l’accepte car chacun doit s’exprimer. On ne peut plaire à tout le monde et c’est très bien ainsi. Pauvre Van Gogh, totalement incompris, qui ne vendit qu’une toile, et encore à des amis. Il en est mort, mais il n’a pas cédé à la tentation de faire facile.
    C’est pour cela qu’il faut respecter les artistes, même si l’on n’aime pas. La création exige tellement d’énergie.
    Belle journée, Cendrine.

  • Si je connaissais cette première exposition, j'ignorais les écrits de Leroy.
    Tous les tableaux de ta page sont de ceux que j'aime.
    Je pourrais rester des heures à les contempler.

    Alors, je t'avouerai que je me moque bien de ce que disent les critiques, même aujourd'hui. Je préfère continuer à ressentir moi-même, même si je sais que ce que je ressens n'est pas toujours ce que le peintre avait déposé sur sa toile.

    Passe une douce journée. Amitiés.

  • Aujourd’hui nous trouvons les tableaux très beaux. Mais à l’époque, que d’insultes.
    Ce Leroy était incisif, mais avec talent. Finalement, ces critiques de desservirent pas trop ces jeunes peintres qui représentaient une bouffée d’oxygène dans ces Salons poussiéreux. Ils avaient trouvé un nom qui restera dans l’histoire de l’art.
    Je pense qu’aujourd’hui, peut-être avec l’expérience et les connaissances, j’ai le sentiment devant une toile que, quelque part, je comprends l’artiste et partage les sensations qu’il ressentait en peignant.
    Je finis même par me mettre à sa place, ce qui est souvent le cas dans mes récits : le soleil me brule, le vent bouscule mon chevalet, je perçois les premières lueurs de l’aube dans la brume matinale avec Monet dans « Impression, soleil levant ». Ce sera le cas dans mes prochains articles.
    Belle journée malgré ce temps cafardeux. Il y a toujours du soleil quelque part.

  • Finalement, heureusement que cet académique est devenu fou. Il leur a fait place à tous, et ils illuminent aujourd'hui nos regards.
    Vive l'impression, qui l'emportera toujours sur la pression du pinceau et du métier trop bien étudié !

  • Je pense que Leroy sans le vouloir a rendu un grand service aux impressionnistes : il leur fournit le nom de leur groupe, se moque d'eux avec talent et drôlerie ce qui incite le public à s'interroger sur ces jeunes peintres qui osent bouleverser le conformisme ambiant.
    Aujourd'hui, je vais raconter les années Argenteuil de Claude Monet, période heureuse de sa vie où seule la lumière dirige son art. Tout n'est que fugacité, vibration, sensation.

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