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Les Fleurs du Mal

Charles Baudelaire – Poèmes choisis (1ère partie)

 

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Gustave Courbet – Portrait de Charles Baudelaire, 1848, Musée Fabre, Montpellier

 

 

     Ma pause estivale a été longue, souvent pluvieuse comme pour beaucoup dans le nord de la France, et, de ce fait, studieuse.

     Dans les semaines à venir, je publierai un important dossier en plusieurs parties consacré à la genèse de l’aventure des peintres impressionnistes.

     J’ai également profité des torpeurs de l’été pour relire « Les Fleurs du Mal » de Charles Baudelaire. Le talent de ce poète m’a une nouvelle fois ébloui et incité à lui consacrer mon premier article de cette nouvelle saison.

     L’artiste commença à écrire les poèmes des « Fleurs du Mal » à partir des années 1840, son recueil ne sera publié qu’en 1857 et sera suivi ensuite de rééditions accompagnées d’autres poèmes qui viendront se rajouter à cette première publication.

     Dans ce premier article, je voulais présenter une courte sélection de quelques poèmes. Impossible !… de n’en montrer que quelques-uns ! J’ai eu tellement de mal à choisir mes poèmes préférés que j’ai décidé d’en faire plusieurs articles : deux ou trois, peut-être plus, ce poète est tellement important…

     Je pense que vous ne vous en plaindrez pas…

 

 

A une Dame créole – Spleen et idéal, 1845

 

     « Vous m'avez demandé quelques vers à Maurice pour votre femme, et je ne vous ai pas oublié. Comme il est bon, décent, et convenable, que des vers, adressés à une dame par un jeune homme passent par les mains de son mari avant d'arriver à elle, c'est à vous que je les envoie, afin que vous ne les lui montriez que si cela vous plaît. »

     Ce poème a été écrit en souvenir de la femme du planteur Adolphe Autard de Bragard connu à l’Ile Maurice au cours d’un voyage de jeunesse du poète en 1841.

 

 

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Anonyme – Portrait de madame Autard de Bragard, 1840,

 

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J’ai connu, sous un dais d’arbres tout empourprés
Et de palmiers d’où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés ;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d’orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l’abri des ombreuses retraites
Germer mille sonnets dans le coeur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

 

 

A une passante – Tableaux parisiens, 1860

 

     Mon préféré…

 

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Giovanni Boldini – En traversant la rue, 1874, Serling and Francine Clark Art Institute, Williamstown

 

 

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard ! jamais peut-être !
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais 

 

 Superbe interprétation du poème en chanson par Serge Regianni :

https://youtu.be/RjC0lpfW5IA

 

Bohémiens en voyage – Spleen et idéal, 1852

 

 

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Gustave Courbet – La bohémienne et ses enfants, 1854, collection privée

 

 

La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s’est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes.

Les hommes vont à pied sous leurs armes luisantes
Le long des chariots où les leurs sont blottis,
Promenant sur le ciel des yeux appesantis
Par le morne regret des chimères absentes.

Du fond de son réduit sablonneux, le grillon,
Les regardant passer, redouble sa chanson ;
Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,

Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire familier des ténèbres futures.

 

 

Le soleil – Tableaux parisiens, 1861

 

 

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Vincent Van Gogh – Champ de blé au soleil levant, 1889, collection privée

 

 

Le long du vieux faubourg, où pendent aux masures
Les persiennes, abri des secrètes luxures,
Quand le soleil cruel frappe à traits redoublés
Sur la ville et les champs, sur les toits et les blés,
Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime,
Flairant dans tous les coins les hasards de la rime,
Trébuchant sur les mots comme sur les pavés,
Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Ce père nourricier, ennemi des chloroses,
Eveille dans les champs les vers comme les roses ;
Il fait s’évaporer les soucis vers le ciel,
Et remplit les cerveaux et les ruches de miel.
C’est lui qui rajeunit les porteurs de béquilles
Et les rend gais et doux comme des jeunes filles,
Et commande aux moissons de croître et de mûrir
Dans le coeur immortel qui toujours veut fleurir !

Quand, ainsi qu’un poète, il descend dans les villes,
Il ennoblit le sort des choses les plus viles,
Et s’introduit en roi, sans bruit et sans valets,
Dans tous les hôpitaux et dans tous les palais.

 

 

Le vin du solitaire – Le vin, 1857

 

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Bartolomé Estéban Murillo – Jeune homme buvant, 1670, National Gallery of Art, Londres

 

 

Le regard singulier d’une femme galante
Qui se glisse vers nous comme le rayon blanc
Que la lune onduleuse envoie au lac tremblant,
Quand elle y veut baigner sa beauté nonchalante ;

Le dernier sac d’écus dans les doigts d’un joueur ;
Un baiser libertin de la maigre Adeline ;
Les sons d’une musique énervante et câline,
Semblable au cri lointain de l’humaine douleur,

Tout cela ne vaut pas, ô bouteille profonde,
Les baumes pénétrants que ta panse féconde
Garde au cœur altéré du poète pieux ;

Tu lui verses l’espoir, la jeunesse et la vie,
– Et l’orgueil, ce trésor de toute gueuserie,
Qui nous rend triomphants et semblables aux Dieux !

 

 

La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse – Tableaux parisiens, 1844

  

     Certainement le souvenir de Mariette, servante familiale de l’enfance du poète.

 

 

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Gustave Courbet – La fileuse endormie, 1853, musée Fabre, Montpellier

 

 

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver
Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil, je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l'enfant grandi de son oeil maternel,
Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?

 

 Très belle interprétation du texte en chanson par Léo Ferré :

https://youtu.be/Q0oigwJngtc

 

Commentaires

  • Rentrée éblouissante, mon cher Alain, avec Baudelaire !!

    Simple précision par rapport à ton introduction ci-dessus : certes, il y aura des rééditions des "Fleurs du Mal",, mais ainsi que je l'ai aussi écrit sur ta page FB, après le procès d'août 1857, six poèmes resteront interdits de publications en France, - et "remplacés" part des pages blanches -, jusqu'à cette révision du jugement intervenue en 1949.

  • Heureux de te retrouver, Richard.
    Pour cette rentrée, j’ai pensé que Baudelaire pouvait faire l’unanimité.
    Effectivement, ce grand poète, pour sa première édition en 1857, se voyait déjà condamné pour atteinte à la morale publique et à la morale religieuse. Je publierai les prochaines fois certains de ces poèmes condamnés. A la fin de sa vie, il ne pu même pas publier une troisième édition et mourra dans l’amertume pour un livre dans lequel il avait mis tout son être.
    Heureusement, aujourd’hui, nous pouvons nous régaler des ses superbes poèmes. Qu’il est beau, entre autres, le dernier que je montre : « La servante au grand cœur ».

  • Je crois qu'il te sera difficile de te brider, Alain, surtout avec Baudelaire : ils sont tous tellement beaux, ceux que tu as choisis aujourd'hui, ceux que tu nous proposeras plus tard ... et ceux que tu délaisseras. Sauf si tu décides de publier ici l'intégralité de l'oeuvre ! (Je plaisante, évidemment !)
    Il n'en demeure pas moins que l'intérêt de te suivre résidera aussi dans le choix des peintures que tu offriras en parallèle ...

  • Compliqué de faire un choix… Il y en quand même certain poèmes qui me séduisent plus car les textes de Baudelaire sont souvent sombres, malgré leur beauté. Dommage que, de son vivant, cet immense poète n’est pas vraiment connu la reconnaissance qui lui était due.

  • Que rêver de mieux que Baudelaire pour démarrer une nouvelle saison ? Déjà 160 ans ont passé depuis le premier recueil des Fleurs du Mal. Comment peut-on oublier ce merveilleux poète.
    Je te retrouve également avec plaisir, Emma.
    A bientôt.

  • Magnifique retrouvailles!!! mon préféré poème de ce post reste "LE SOLEIL" !! illustré par un tableau de Van Gogh que j'aime beaucoup! nous connaissons bien Beaudelaire et son talent mais aussi ses "travers" mais son talent nous fait oublier les "travers"!!! A bientôt pour un autre choix de poèmes si joliment illustrés!!!Bisous Fan

  • Tous ses poèmes sont magnifiques, et comme m’a dit Richard, j’aurais envie de mettre tout le livre.
    J’essaie d’illustrer au mieux chaque poème, ce n’est pas toujours facile. Le talent de Baudelaire mérite que l’on rajoute un peu de couleur à son travail.
    Baudelaire était un caractériel, mal dans sa peau, mais il a atteint des sommets poétiques.
    Bel après-midi.

  • Bonsoir Alain,
    Quel plaisir: les poésies de Baudelaire!
    Je suis une amoureuse de sa poésie. je me récite si souvent "Bizarre déité, brune comme les nuits
    Au parfum mélangé de musc et de havane
    Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits..."
    J'aime profondément le côté dark et érotique de certaines de ses poésies et l'aspect hermétique qu'il cultiva à travers les écrits de Joseph de Maistre ou les sombres fantaisies de Gaspard de la Nuit par exemple.
    Baudelaire, auteur qui fut abondamment à l'honneur lors de mes études universitaires mais qui m'a toujours accompagnée bien après.
    Je suis bien contente de vous retrouver et je vous souhaite un bel automne, amitiés
    Cendrine

  • Baudelaire me permet d’aborder l’automne au mieux. Sa poésie me paraît correspondre parfaitement avec cette saison et ses brumes automnales.
    Je n’avais pas retenu le poème que vous semblez connaître par cœur. Dans mon prochain envoi, je le rajouterai uniquement pour vous car il est effectivement très beau. Comme souvent ce côté sombre mixé d’érotisme… Perturbé cet homme qui s’adonnait aux drogues et aux « fleurs du mal ».
    Je ne connaissais pas Gaspard de la Nuit. Il faudra que je regarde ses textes qui semblent originaux.
    Heureux de retrouver les amis, Cendrine, et vos écrits qui sont toujours passionnants.
    Belle journée à vous, avec la forme j’espère.

  • Ton préféré est aussi le mien... quoique, si je réfléchis bien, tu as fait un tel choix de tableaux que j'hésite... Mais pour le poème, c'est clair dans ma tête. :)

    Magnifique rentrée, Alain !!!
    Merci pour ces Fleurs du mal que je ne lirai plus jamais de la même façon.

    Passe une douce soirée.

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