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09 février 2012

VAN GOGH écrivain : Arles - 1. Mars 1888

 

CORRESPONDANCE  -  EXTRAITS CHOISIS

 

 

 

      Vincent s’est installé à l’hôtel-restaurant Carrel à Arles.

      Il vient de quitter Paris, ses amis, et son frère Théo. Il souffre de la solitude. Le printemps arrivant, il commence à peindre les vergers fleuris.

      Il rêve de la création d’un atelier où des amis artistes le rejoindraient pour une vie de travail en commun.

 


Lettre à Théo – vers le 16 mars 1888

 

« Je ne désespère pas de faire un long voyage dans le Midi. Ici je vois du neuf, j’apprends, et étant traité avec un peu de douceur, mon corps ne me refuse pas ses services. Je souhaiterais pour bien des raisons pouvoir fonder un pied-à-terre, qui en cas d’éreintement pourrait servir à mettre au vert les pauvres chevaux de fiacre de Paris, qui sont toi-même et plusieurs de nos amis, les impressionnistes pauvres. »

[…]

« J’ai assisté à l’enquête d’un crime commis à la porte d’un bordel ici ; deux italiens ont tué deux zouaves. J’ai profité de l’occasion pour entrer dans un des bordels de la petite rue dite : “des ricolettes”. Ce à quoi se bornent mes exploits amoureux vis à vis des Arlésiennes.

La foule a manqué (le méridional, selon l’exemple de Tartarin, étant d’avantage d’aplomb pour la bonne volonté que pour l’action), la foule, dis-je, a manqué lyncher les meurtriers emprisonnés à l’hôtel de ville, mais sa représaille a été que tous les Italiens et toutes les Italiennes, y compris les marmots Savoyards, ont dû quitter la ville de force. »

 

Lettre à Emile Bernard – vers le 18 mars 1888

 

« Je veux commencer par te dire que le pays me parait aussi beau que le Japon pour la limpidité de l’atmosphère et les effets de couleur gaie. Les eaux font des taches d’un bel émeraude et d’un riche bleu dans les paysages ainsi que nous le voyons dans les crépons. Des couchers de soleil orangé pâle faisant paraître bleu les terrains. Des soleils jaunes splendides. Cependant, je n’ai encore guère vu le pays dans sa splendeur habituelle d’été. Le costume des femmes est joli, et, le dimanche surtout, on voit sur le boulevard des arrangements de couleur très naïfs et bien trouvés. Et cela aussi sans doute s’égayera encore en été. »

[…]

« En tête de cette lettre je t’envoie un petit croquis d’une étude qui me préoccupe pour en faire quelque chose : des matelots qui remontent avec leurs amoureuses vers la ville qui profile l’étrange silhouette de son pont-levis sur un énorme soleil jaune. »

 

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Vincent Van Gogh – Arles, croquis du pont de Langlois avec un couple marchant, 1888

 

Lettre à Théo – vers le 22 mars 1888

 

« Suis en train de lire Pierre et Jean, de Guy de Maupassant. C’est beau. As-tu lu la préface, expliquant la liberté qu’a l’artiste d’exagérer, de créer une nature plus belle, plus simple, plus consolante dans un roman, puis expliquant ce que voulait peut-être bien dire le mot de Flaubert : le talent est une longue patience, et l’originalité un effort de volonté et d’observation intense ? »

 

       Au cours d’une promenade dans Arles, Vincent visite la cathédrale Saint-Trophime.

 

" Il y a ici un portique, que je commence à trouver admirable, le portique de Saint-Trophime.

Mais c’est si cruel, si monstrueux, comme un cauchemar chinois, que même ce beau monument d’un si grand style me semble d’un autre monde, auquel je suis aussi bien aise de ne pas appartenir qu’au monde glorieux du Romain Néron. 

Faut-il dire la vérité et y ajouter que les zouaves, les bordels, les adorables petites arlésiennes qui s’en vont faire leur première communion, le prêtre en surplis qui ressemble à un rhinocéros dangereux, les buveurs d’absinthe, me paraissent aussi des êtres d’un autre monde ? C’est pas pour dire que je me sentirais chez moi dans un monde artistique, mais c’est pour dire que j’aime mieux me blaguer que de me sentir seul. Et il me semble que je me sentirais triste, si je ne prenais pas toutes choses par le côté blague. »

 

 Lettre à sa soeur Willemien (Wil) – vers le 30 mars 1888 (traduite du néerlandais)

 

        Bien curieuse histoire de vers !

 

« Je sais aujourd’hui qu’il est à peu près impossible que le ver blanc de la pomme de terre ou de la salade, qui se métamorphosera un jour en hanneton, puisse se faire une idée valable de son existence future sur la terre. Et qu’il serait bien étourdi de sa part de se risquer à enquêter à la surface du sol, afin de chercher à voir clair dans la question, attendu que le jardinier, ou d’autres personnes qui s’intéressent aux salades et aux légumes, les écraseraient sous le pied comme insectes nuisibles.

Pour des raisons parallèles, je crois peu à l’exactitude de nos conceptions humaines concernant notre vie future. Nous ne pouvons pas plus juger sans préjugé et sans étourderie de la forme de nos propres métamorphoses que les vers blancs ne le peuvent des leurs, pour la même raison que le ver de salade est destiné à manger les racines de la salade dans l’intérêt justement de son développement final.

De même, je trouve qu’un peintre doit faire des tableaux ; peut-être y a-t-il encore autre chose après. »

 

 Lettre à Théo – vers le 31 mars 1888

 

« J’avais travaillé une toile de 20 en plein air dans un verger, un terrain lilas labouré, une clôture en roseaux, deux pêchers roses contre un ciel glorieux bleu et blanc. Probablement le meilleur paysage que j’aie fait. Au moment où je l’ai rapporté chez moi, je reçois de la part de notre soeur un écrit hollandais dédié à la mémoire de Mauve, avec son portrait […] Un je ne sais quoi m’a empoigné et serré la gorge d’émotion, et j’ai écrit sur mon tableau :

 

   Souvenir de Mauve,

Vincent et Théo

 

 Et si tu le trouves bien, tel quel nous l’enverrons à nous deux à Mme Mauve.

J’ai exprès pris la meilleure étude que j’aie fabriquée ici ; je ne sais pas ce qu’ils en diront chez nous mais cela nous est égal. Il me semblait qu’il fallait en mémoire de Mauve quelque chose et de tendre et de très gai, et non pas une étude dans une gamme plus sérieuse que cela.

   

 Ne crois pas que les morts soient morts,

Tant qu’il y aura des vivants,

Les morts vivront, les morts vivront.

  

C’est comme ça que je sens la chose, pas plus triste que cela. »

 

      Anton Mauve, artiste accompli à La Haye, recueillit Vincent Van Gogh à ses débuts dans la carrière artistique. Celui-ci admirait ce peintre célèbre. La femme de Mauve était la cousine de Vincent. L’ascendant de Mauve sur son élève devint vite insupportable à Vincent et les deux hommes se séparèrent.

 

Commentaires

Alors là, je reste pantois !

Premiers extraits des lettres de Van Gogh et nous abordons, sans y paraître, sur les rives de l'antique Égypte ! A tout le moins sur celles de ses conceptions funéraires ...

"Ne crois pas que les morts soient morts,
Tant qu’il y aura des vivants,
Les morts vivront, les morts vivront.",

écrit-il à Théo.


Voilà sous sa plume, alors que je pense savoir qu'il n'y eut jamais de rapports quelconques entre Vincent et l'Égypte - mais tu vas, par ta connaissance pointue de sa vie, Alain, peut-être me prouver le contraire -, la concrétisation même de la croyance post mortem des habitants des rives du Nil : tant que des vivants citeront son nom, tant qu'ils lui accorderont des rites funéraires, comme par exemple l'apport d'offrandes alimentaires, le défunt ne sera pas véritablement un défunt ; il sera un vivant pour l'éternité de l'Au-delà ...

C'est stupéfiant de lire cela ici !

Aurais-tu, par mail privé si tu le souhaites, l'amabilité de m'indiquer la référence exacte (Titre du bouquin, Maison et date d'édition, Tome et page ... ) de l'endroit où tu as déniché ce petit bijou ?

Et accepterais-tu qu'éventuellement au hasard d'un article sur mon blog, je le reproduise en exergue d'une de mes interventions ?

Écrit par : Richard LEJEUNE | 09 février 2012

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Je n’ai pas souvenance dans les lettres de Van Gogh que celui-ci se serait intéressé à l’Egypte.
Par contre, il citait souvent dans ses courriers des morceaux de textes qui lui plaisaient rencontrés dans ses lectures.
Ta question m’a incité à faire une recherche. Les trois lignes mentionnées dans la lettre sont tirées du roman de Jean Richepin, écrivain français, « Markia, la fille à l’ours », publié chez l’éditeur Dentu en 1888.
Ce roman a même fait l’objet d’une pièce de théâtre et d’un film de Jean Choux en 1937…
En fait, il s’agit d’un petit poème chanté par l’héroïne du roman à la mort de sa grand-mère - page 225 du livre (BNF/Gallica). Ce poème a également été mis en musique par Ernest Chausson Amédée comme le premier de « Deux chansons de Miarka » en décembre 1888.
Vincent avait tout simplement lu le roman, paru peu avant sa lettre, et gardé le poème.
Dernier renseignement : La lettre de Vincent est la n° 591. On la trouve en accès libre sur le site du Van Gogh Museum – Letters. Mais tu n’en sauras pas plus que ce que je viens de t’indiquer.
Bon Week-end à venir.

Écrit par : Alain | 10 février 2012

Grand merci Alain d'avoir pris le temps d'effectuer cette recherche d'où il ressort que ce ne sont pas des mots de Van Gogh mais bien empruntés au poète Jean Richepin.

Dommage ! J'eusse aimé pouvoir les attribuer en primeur à Vincent ...

Merci aussi d'avoir fourni l'intéressante référence du site sur lequel cette correspondance est consultable et, surtout, d'avoir pris soin de décrypter - malgré les si petits caractères - la note 5 qui fait allusion à l'origine du poème !)

Écrit par : Richard LEJEUNE | 10 février 2012

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Moi aussi, j'ai cru un moment que le poème était de Vincent car il ne parlait pas de l'auteur comme il le fait généralement.
Mais beaucoup des phrases de Vincent, en dehors de celles qui sont humoristiques ou savoureuses, sont très poétiques. Cela me va...

Écrit par : Alain | 10 février 2012

J'ai pris le temps de lire avec intérêt ces lettres où Vincent semble heureux d'avoir quitté Paris et sa grisaille, je découvre qu'il écrivait à sa soeur et à Emile Bernard!! En ce qui concerne le cousin Mauve, je me souvenais vaguement qu'il y eu fâcherie entre eux à cause d'un Vincent amoureux d'une femme qui ne lui convenait pas (pas facile l'époque du dur prostestantisme)Moi aussi, j'aime ces quelques phrases que l'on peut soumettre lors de funérailles "Ne crois pas que les morts soient morts!!Tant qu'il y aura des vivants, les morts vivront!!" Peu importe que Vincent ait emprunté ces phrases au poète Jean Richepin, cela prouve qu'il lui réservait un grand respect pour sa manière d'aborder la mort! Merci Alain!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 13 février 2012

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Comme je l’ai expliqué dans mon projet, l’essentiel des lettres de Van Gogh était envoyé à son frère, sa sœur et des peintres comme Gauguin, Bernard et quelques autres.
Vincent eut un problème en 1881 avec sa cousine Kee, une veuve avec enfant dont il était amoureux et qui le repoussait. Il se fâcha sérieusement à ce sujet avec le père de la jeune femme, son oncle Stricker. Cela n’avait rien à voir avec le peintre Mauve.
Comme je l’ai dit à Richard, Vincent reprenait souvent dans ses lettres les phrases lues qui lui plaisaient. Les 3 lignes ajoutées dans ce paragraphe de la lettre à Théo correspondaient bien à son état d’esprit en apprenant le décès de Mauve.

Écrit par : Alain | 14 février 2012

Bonsoir Alain,

Sans ces magnifiques lettres si bien écrites, nous n'aurions pas connu
ce grand peintre aussi bien.
Mais plus généralement cela nous fait comprendre la polyvalence de certains créateurs.
En étudiant des supports artistiques différents ( exemple peinture et littérature )
certains d'entre eux sont capables de s'exprimer d'aussi belle manière.

Cela met en évidence, que c'est bien plus la sensibilité qui est importante que la maîtrise
d'une technique artistique.
Cela incite à penser que cette sensibilité si particulière est adaptable et commutative.
Questions :
1°) Est il possible d'écrire un tableau ou de peindre un poème ?
intuitivement je sens que la réponse est oui !

2°) Quelle forme pourrait avoir un roman destiné a décrire des toiles de maîtres représentant
un sculpteur essayant vainement d'immortaliser de la musique dans le marbre ?

Oui, je sais ! j'envoi le bouchon un peu trop loin !

L'univers et l'art ont ceçi de commun. Il sont fait d'imaginaire et de combinaisons qui semblent hasardeuses. N'y a t'il pas un ordre invisible dans tout cela ?

Vincent est un témoin de l'impossible ! Pourtant contre toute vraisemblance
il prouve l'illimité du possible par son existence.

Il a parfaitement réussi sa vie d'artiste et n'a pas eu le temps d'en avoir conscience !

A bientôt

Jacky

Écrit par : ...Jacky | 16 février 2012

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Tu réfléchis beaucoup, Jacky, sur certaines choses qui me paraissent souvent de bon sens. Mais, finalement, tu as peut-être raison car cela alimente le débat (c’est d’actualité en ce moment…)
1- Ecrire un tableau, peindre un poème ?
Tu sais que ma réponse est oui. Ecrire les tableaux, c’est ce que je fais depuis la création du blog. De nombreux peintres se sont inspirés de poèmes pour peindre. Les poèmes de Victor Hugo ont exercés une influence sur la peinture de ses amis romantiques. Lui-même, illustra certains de ses textes.
2 – La forme du roman que tu décris ?
Je n’en sais rien, cela dépend tellement de l’imagination de l’auteur. Toutes les formes d’arts sont issues d’un travail de création personnel, et se rejoignent ainsi au-delà de chaque technique. C’est ce qui fait l’originalité de chacune des œuvres.
Chacun possède en lui un mode d’expression qui lui est propre et qui, bien souvent, en matière artistique, mais pas seulement, reste ignoré. Il y aurait du travail à faire de ce côté-là.
L’univers et l’art ? On pourrait croire que derrière cette apparence hasardeuse, il y aurait un ordre invisible. Ce serait un bon sujet de dissertation. Tout ceci est si complexe. L'univers, la vie et notre existence humaine ont été faits de tellement de hasards cumulés… Peut-être que les religions ont une réponse ? Pas moi...
Vincent n’a pas eu le temps de prendre conscience de son talent. S’il voyait l’admiration qui lui est portée de nos jours, comme il serait heureux !

Écrit par : Alain | 17 février 2012

Sans avoir la prétention de m'immiscer entre Jacky et toi, je rappellerai simplement ce poème - un des plus connus de Rimbaud :


Voyelles

A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos naissances latentes :
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

Golfes d'ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d'ombelles ;
I, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère ou les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d'animaux, paix des rides
Que l'alchimie imprime aux grands fronts studieux ;

O, suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges ;
- O l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !

Écrit par : Richard LEJEUNE | 17 février 2012

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Je viens de relire « Le bateau ivre ». Ce garçon de 17 ans était un génie incroyable et son utilisation des mots, au-delà de la qualité propre du poème, me surprend continuellement.
Il est mort à 37 ans. Le même âge que Van Gogh…
Merci pour ce superbe poème, Richard.

Écrit par : Alain | 20 février 2012

Bonsoir Messieurs !

Merci Richard de nous ramener à cette si belle expression Poètique.
J'ai la chance incroyable de pouvoir suivre une jeune poètesse qui porte le pseudo
TALISMAN. Sans elle je ne serai jamais venu sur ton blog Alain ! quelle dommage pour moi !
J'ai la chance de l'avoir rencontré dans la réalité.
C'est un être magnifique ! elle déploie ses ailes à la manière de "l'albatros" de notre ami
Charles Baudelaire ! elle va de succés en succés et cela ne fait que commencer.
J'ai compris, en l'écoutant, qu'elle n'était qu'un simple être humain qui réclame juste
un peu de considération.
Pour mo,i de tels êtres sont la preuve qu'un ordre universel veille sur notre évolution individuelle.
Bonne soirée à vous deux
Jacky

Écrit par : ...Jacky | 24 février 2012

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Si on pouvait expliquer le talent...

Écrit par : Alain | 25 février 2012

Bonjour Alain,

Me voilà enfin à prendre le temps de venir lire Van Gogh! Il peint de sa plume les paysages d'une manière aussi "mouvementée" et colorée qu'avec ses pinceaux. Je suppose que les mots sous le croquis sont tracés de sa main... j'aime son écriture...

J'espère que tu vas bien et que tout ce passe au mieux pour toi
Amitiés

Écrit par : Esperiidae | 16 mars 2012

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Tu as raison en comparant son style littéraire et pictural. Son caractère se reflète dans les deux cas.
Il s’agit bien d’un croquis extrait d’une lettre de Van Gogh. Je mettrai systématiquement ses croquis de lettres dans les notes à venir pour montrer son talent de dessinateur dans des courriers écrits rapidement, souvent le soir, à la lueur d’une bougie.
Dans ces lettres de Vincent écrites en mars 1888, il parle du plaisir qu’il éprouve à sentir le printemps et à voir la nature et les vergers en fleurs. A 124 ans d'écart, je pense un peu à la même chose en ce moment en regardant les prunus fleuris dans le jardin.
Je te souhaite une belle réussite pour ton projet de monologue à venir dans ta belle région suisse.
Bon week-end Esperiidae

Écrit par : Alain | 17 mars 2012

Voici un document exceptionnel, une lettre de Van Gogh à son ami Paul Gauguin :

Très cher Gogo ;
Quel bonheur ! J'ai bien reçu ta lettre du Panama hier. Tu me racontes que tu travailles au percement d'un canal qui reliera l'océan Atlantique à l'océan Pacifique. C'est fastidieux ! Dire que quand j’habitais La Haye j’avais du mal à traverser la rue !

Tu commets une petite erreur : tu me parles de mon domestique oriental, et je n’ai pas de domestique oriental. C’est moi qui fais mon lit et vide mon pot de chambre !

De mon côté, c'est plutôt calme. J'ai eu un furoncle voluptueux qui m'a fait durement souffrir. Le docteur Gachet m'a soigné avec une sorte de pommade à base de melon pilé et de tomates écrabouillées. Comme je n'avais pas d'argent pour le payer, j'ai fait son portrait. Il bougeait tout le temps à cause de son parkinson, ça a été difficile. J'ai découvert un nouveau jaune extraordinairement jaune (tu n’as jamais vu un jaune pareil, même pas en rêve ! Peut-être le vomi de Seurat ?). Mes tournesols sont maintenant pétaradants ! Pour les filles, ce n'est pas la joie. J'ai eu une courte liaison avec une belle arlésienne, Germaine (tout le monde l’appelait Piment d’Espelette). Mais elle était horrifiée par tout le jaune de ma chambre.

Samedi dernier, Mourier-Petersen, mon colocataire, a voulu que nous allions pique-niquer. J'ai emmené une bouteille d'absinthe et un carnet de croquis au cas où nous tomberions par pur hasard sur des tournesols. Nous nous sommes installés au bord d'un ruisseau. Mourier-Petersen s'est baigné. Moi aussi ; je devais laver ma chemise. Mais un brochet mexicain m'a sauvagement mordu un mollet. Le docteur Gachet m'a mis un pansement. Cette fois-là, j'ai peint sa femme. Je l'ai faite entièrement jaune, y compris sa moustache. Elle ne s'est pas reconnue. Le docteur Gachet, lui, l'a parfaitement reconnue. Il a pris une maîtresse.

Tu devrais venir ici, ce serait formidable. Nous pourrions discuter de notre art et dire du mal de Degas. Ce sera bientôt la saison des corridas. On s'amuse beaucoup pendant les corridas. Et si on déguise en taureau, on peut trousser des filles. Je t'attends avec impatience.

Sois prudent, ne tombe pas dans un océan quel qu'il soit.

Ton ami,


Vincent

Écrit par : Philippe Fournier | 27 mai 2012

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Van Gogh aurait pu écrire ce genre de lettre car le style lui ressemble. Mais son imagination n'allait pas aussi loin.

Écrit par : Alain | 28 mai 2012

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