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  • Adieu l'abbé, on t'aimait bien

     

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    Le français préféré des français est décédé le 22 janvier 2007.

    A cette occasion, j'avais eu envie d'adresser au Mouvement Emmaüs ce petit poème en leur demandant de le lui transmettre.

    Je pense qu'il ne m'en voudra pas de le publier sur ce blog.

     

     

     

     

     

    Adieu l’abbé

     

     

     

     

      

    Adieu l’abbé, on t’aimait bien,

    Nous les français, on t’aimait bien, tu sais.       (Merci Brel…)

    Tu étais fripé, pas rasé, vieux.

    Petit curé malingre, tu en as fait des envieux !

     

    Champion des causes perdues,

    Tu n’as jamais déçu.

    Tu bravais les lois

    Pour qu’une femme, un vieillard, dorment sous un toit.

     

    Les puissants te craignaient.

    Bien sûr, tu les bousculais !

    Tu ne lâchais rien, vieux coquin,

    Pour aider les clodos, les moins que rien,

    Que la société rejetait

    Parce qu’ils étaient suspects.

     

    « Mes amis, je veux partir », disais-tu,

    Le criant sans cesse, d’un air têtu.

    « Vivement les grandes vacances ! »

    Clamais-tu avec impatience.

     

    C’est fait !

    Ton Seigneur t’attendait depuis longtemps, vieille canaille,

    Mais il savait que tu avais encore du travail.

    Il a dû être satisfait en voyant ton sourire d’éternel gamin

    Et ton regard malin.

     

    Tu voulais retrouver le « Dieu amour »,

    Te voila avec lui pour toujours.

    Fini les combats, les disputes, les perfidies,

    Cela n’existe pas dans ta nouvelle vie.

     

    Alors profite l’abbé,

    Tu l’as bien mérité.

    Dieu doit avoir près de lui quelques jolies naïades,

    Mais modère tes embrassades.

    Garde un peu d’énergie,

    Si par hasard tu croisais quelques sans-logis.

     

    Dans l’esprit de beaucoup, Pierre, tu es un saint.

    L’église ne le reconnaîtra pas, mais cela ne fait rien.

    Pour nous, un saint est celui qui fait le bien,

    Et là, Pierre, tu étais le meilleur

    Toujours à l’écoute de ton cœur.

     

    Si tu as un peu de temps, l’abbé, demande à Dieu

    Qu’il s’occupe un peu plus des gueux,

    Des miséreux qui n’ont rien,

    Ce sont des humains…

    Qu’il soit un Dieu pour tous et pas pour quelques-uns.

    Mais on y pense, Pierre, toi… en Dieu… tu aurais été bien.

     

                                                                                                              Alain

     

  • VAN GOGH A AUVERS - 17. La Grenouillère

     

     

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    Pierre-Auguste Renoir – Bord de Seine à Asnières, 1879, National Gallery, Londres

    Suite...

     

    Lundi 16 juin 1890.        

     

          Toute la matinée, j'ai marché le long de la berge en griffonnant sur mon carnet de croquis les sites pittoresques rencontrés au bord de l'Oise.

          Je repensais au grand peintre d'Auvers, Daubigny, qui devait connaître autrefois tous ces sites par cœur. J'avais appris qu'il avait acheté un bac auquel il avait adjoint une voile et une cabine pour le transformer en atelier flottant. Il parait que le « Le Botin » avait Corot comme amiral honoraire et son fils comme moussaillon. Joyeux équipage ! Le peintre avait tellement de succès avec ses paysages de rivières qu'il les multipliait en explorant inlassablement les rives de la Seine et de l'Oise... Pourvu que Gachet ait pensé à parler à madame Daubigny de mon projet de peindre son jardin et sa maison, pensai-je.

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    Charles-François Daubigny – dessin du bateau-atelier, 1860, Musée du Louvre, Paris

          J'arrive à hauteur d'un large embarcadère monté sur pilotis face à l'île de Vaux. Une grosse barque ventrue attendait le long de celui-ci... La guinguette dont Ravoux m'avait parlé avant de partir devait être sur cette île ? Il s'agissait certainement du lieu d'embarquement pour traverser l'Oise ?

          La berge, encombrée d'arbustes entremêlés, n'étant plus accessible, je décide de continuer à marcher sur l'ancien chemin de halage des péniches aujourd'hui abandonné. A distance, la tête de l'île de Vaux se profilait. La Grenouillère ne devait plus être bien loin.

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          Deux skifs effilés passèrent en brassant l'eau à grands coups de pelles. A l'intérieur des fines embarcations, quatre solides gaillards coiffés de bonnets de marins, habillés de maillots rayés, étaient assis. Leurs bras hâlés, nus jusqu'aux épaules, les muscles saillants, noueux, tiraient en rythme sur les avirons sous les cris impétueux du barreur qui imprimait la cadence. Je les suivis du regard. Ils disparurent derrière une rangée d'arbres.

          Dans un renfoncement de la rive, des barques et de nombreuses yoles longues et minces, de toutes couleurs, étaient amarrées. Le lieu me plaisait. J'aurais aimé le peindre séance tenante. Je me fis la réflexion qu'il était trop tard, en ce début d'après-midi, pour entamer un tableau que je n'aurais pas le temps de terminer.

          Des clapotis, des sons vagues, des cris sourds me parvenaient. Je ne discernais pas de quoi il s'agissait. Cela ressemblait à des pierres que l'on jette dans quelque chose de liquide. Je me redresse, intrigué. Ces bruits venaient de l'autre côté d'un large bouquet d'arbres.

          Il faisait chaud. Je prends ma gourde et bois longuement l'eau qui était encore assez fraîche.

     

          La Grenouillère était une grande étendue de berge déserte. Le lieu avait été aménagé en plage sablonneuse. Un large ponton en bois s'enfonçait dans la rivière.

          La plage était envahie d'une foule bruyante. La plupart des personnes portaient un maillot pour le bain ; d'autres, habillées, certainement de la famille ou des amis, étaient assises sur des bancs à l'ombre et profitaient du spectacle.

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    Henri Guydo – A la Grenouillère, dessin paru dans Le Rire en 1902

     

          J'avance et m'assois sur un carré d'herbe, sous un arbre. Une jeune fille brune me frôla en courant vers l'eau en costume de bain magenta. Très décolleté, son corsage en étoffe la moulait jusqu'à la taille et s'évasait sur des hanches enserrées dans une culotte s'arrêtant au-dessus des genoux. Le maillot foncé accentuait la blancheur de ses épaules, de ses bras et de ses jambes dénudées que de fines chaussures, tenues par des lacets ficelés aux chevilles, enjolivaient. Elle tentait de semer un petit homme maigrelet, la barbiche en avant, affublé d'un large chapeau de type colonial et d'un maillot crème à manches courtes. Il la poursuivait pieds nus, les mains tendues en avant, l'œil égrillard, en poussant des petits cris d'oiseau. De son caleçon blanc, dépassaient des jambes noueuses aux mollets protubérants. Ils sautèrent dans l'eau qui rejaillit dans une pluie d'éclaboussures.

       grenouillère.JPEG   Quelle pagaille ! La rivière était secouée de tremblements. Des nageurs se croisaient d'une brasse vigoureuse, d'autres escaladaient la courte échelle menant à la plate-forme sur pilotis et piquaient une tête, sans trop se préoccuper des baigneurs aventureux qui passaient par là. Des hommes en profitaient pour apprendre à nager à leurs compagnes. Ils les soulevaient, une main solidement plaquée sous le ventre, pendant que l'autre main tentait de maintenir le fragile équilibre. Elles tiraient l'eau en cœur en faisant de grands cercles avec les bras, sans grande efficacité, leurs mollets et leurs pieds sortant de l'eau battaient l'air derrière elles.

          Quelques baigneurs restaient assis sur le bord et trempaient leurs jambes dans la rivière pour se rafraîchir. Je vis un chien tenter d'attraper des mollets par jeux, pendant qu'au milieu de la plage, gonflant ses pectoraux, un sportif en maillot lançait alternativement ses bras et ses jambes devant lui. Des bébés nus rampaient sur le sable sous le regard attentif des parents.

     Gravure de Miranda – Les grenouilles apprennent à nager aux bains froids de La Grenouillère, L’illustration 1873

         

          Ce joyeux désordre me plaisait. Ces scènes nautiques feraient une peinture originale et drôle, me dis-je ravi du spectacle ?

          Des yoles et des skifs circulaient au milieu de la rivière. Un homme sauta d'un bateau et disparut sous l'eau avant de réapparaître plus loin en hurlant.

          Un groupe de jeunes garçons arrivait. Ils se déshabillèrent rapidement dans les cabines de bain et foncèrent vers l'eau bienfaisante. La plupart d'entre eux portaient un simple caleçon court coupé à mi-cuisse. La poitrine libérée, ils bombaient le torse devant les jeunes filles. Certains, grands comme des échalas ou bedonnants, n'avaient pas grand-chose à montrer et sautaient bêtement dans l'eau en position assise, les pieds en avant, afin de faire jaillir le plus d'eau possible sur les fillettes apeurées.

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    Victor Geruzez dit Crafty – dessin de La Grenouillère de l’île de Croissy, Le Monde Illustré 1869

     

          Je m'allonge, la tête calée sur un tronc d'arbre. Le spectacle devint franchement comique lorsque quatre garçons attrapèrent un de leur camarade qui se débattait et se dirigèrent vers la berge. Arrivés au bord, ils le lâchèrent en le jetant dans la rivière. Les spectateurs habillés, assis derrière moi, lancèrent des cris effrayés à la vision du malheureux garçon, dont seule la tête sortait de l'eau, qui toussait et crachait. Finalement, à l'aide de grands moulinets avec les bras et le secours d'un brave homme, il parvint à  remonter sur la rive.

          Je m'apprêtai à partir. J'eus un dernier regard pour une jeune femme seule au milieu de la rivière, sans bonnet, glissant d'une brasse souple, sa longue chevelure cuivrée caressée par l'onde. J'étais un piètre nageur et je l'enviais. Elle stoppa sa course, se mit en planche, les bras en croix, la tête dans le ciel. Seuls ses seins, son ventre et ses pieds, émergeaient. Soudainement, elle repartit d'une nage plus rythmée vers la rive et sortit de l'eau. Elle était grande et mince, l'allure athlétique. Elle gagna une cabine.

          La nageuse me rappelait Marguerite, la fille du docteur Gachet : finesse des traits du visage, souplesse du corps. Je repensais qu'elle aussi, comme Adeline Ravoux ce matin, m'avait promis de me consacrer une journée pour la peindre en buste jouant du piano. Quelle chance j'avais ! Deux très jolies jeunes filles allaient m'offrir leur fin minois !...

        Tous les ans, Gachet préparait une grande fête à l'occasion de l'anniversaire commun de Paul et Marguerite nés le même jour. J'avais reçu cette semaine un carton d'invitation pour dimanche prochain 22 juin. Je ne pourrais apporter mon matériel de peintre ce jour là, songeai-je ? Peut-être pourrai-je croquer Marguerite le dimanche suivant, le 29 juin... ?

     

          Je serais bien resté des heures en ce lieu mais le soleil entamait sa course descendante. Je souhaitais rentrer au village sans avoir à me presser afin de profiter au maximum du temps radieux. Madame Ravoux me ferait bien réchauffer un plat si je manquais l'heure du repas ?

          Assoiffé, je sors la bouteille de bière qui restait dans ma musette et la bois d'un trait. Je reprends l'ancien chemin de halage en sens inverse et récupère la berge quelques centaines de mètres plus loin.

          Installés en plein soleil, deux pêcheurs surveillaient leurs bouchons. Une minuscule « guêpe » à vapeur, la coque bleue rayée de deux minces fils blancs, remorquait une péniche lourdement chargée en lançant dans le ciel un grand panache de fumée grise. « Guêpe » ?... Curieux nom...

          De violents remous agitèrent la rivière. Un homme en vareuse, coiffée d'une large casquette, s'irrita et se mit à injurier à distance le conducteur de la « guêpe » dont le passage intempestif troublait le silence et la quiétude de son coin de pêche. Son bouchon disparut soudainement, ce qui eut pour effet de calmer sa colère. Il n'eut que le temps de tirer sur la canne et ramena un joli gardon de fond. Il le décrocha, le contempla sans pitié et le jeta dans un seau.  

     

     A suivre...

          Ce 17ème épisode burlesque et nautique aura un avant goût de vacances pour beaucoup d’entre vous.

          Cette période de farniente estival qui s’ouvre est le moment propice pour permettre à Vincent de souffler.

          Pour changer, je publierai quelques nouvelles ou poèmes avant que notre bel été ne file en pente douce en septembre, mois où je prendrai des vacances.

          Ne vous inquiétez pas Vincent va revenir. Il espère seulement que vous avez apprécié le premier mois qui se termine de son aventure à Auvers qui l’a rendu pleinement heureux.

          Il sera fidèle au rendez-vous qu’il vous fixe début octobre pour vous conter la suite de son histoire. Il brûle d’impatience à la seule pensée de peindre bientôt les jolis minois qu’il évoque dans cet épisode…

     

     

    Projet   Mise en oeuvre du projet  1. Le retour de Provence  2. L'auberge Ravoux   3. Un étrange docteur   4. L'installation dans le village   5. Martinez   6. Les marronniers   7. La famille Gachet   8. L'homme à la pipe   9. Le portrait du docteur Gachet  10. L'église d'Auvers  11. Ils viennent...  12. L'art de l'avenir   13. La halte de Chaponval    14. Jo    15. Théo  16. Un travail de forcené   17. La Grenouillère