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16 mai 2011

L'OBSESSION VERMEER - 7. La Joconde du Nord

 

 

 Suite…

 

      L’omelette aux fines herbes rapidement confectionnée exhale son doux parfum. Je la déguste en pensant à mon prochain voyage en terre batave.

      J’ai déjà préparé un plan de visite. En dehors du Mauritshuis de La Haye, but ultime du séjour, Amsterdam, ses canaux, et les vastes champs de tulipes en pleine floraison en cette saison sont incontournables. Je prévois deux musées dans Amsterdam à ne manquer à aucun prix : le Rijksmuseum, dont l’orgueil est la fameuse Ronde de nuit de Rambrandt, ainsi que le musée Van Gogh qui présente la collection de toiles du peintre la plus importante au monde.

      Evidemment, je terminerai mon séjour par Delft, la ville natale du peintre. Je ne me fais guère d’illusion, il ne restera certainement pas grand-chose du passé historique de la cité peinte par Vermeer, mais j’ai besoin de retrouver l’atmosphère de sa ville et les lieux où il écrivit une des plus belles pages de l’histoire de la peinture.

       Je crains qu’une semaine sera trop courte pour apprécier pleinement ce copieux programme ?

 

 

      Elle jaillit éblouissante sur mon écran : La jeune fille à la perle, récompense ultime de ma laborieuse étude, me fait face. J’ai l’impression que Jojo s’est mis sur son trente-et-un pour lui donner l’éclat maximum qu’elle mérite ? J’observe ébahi…

      Le mauritshuis a le bonheur de posséder dans ses collections permanentes cette inestimable peinture qui lui fut léguée par un collectionneur hollandais l’ayant acquise en 1881, en mauvais état, pour le prix faramineux de… 2 florins… C’est à dire rien !

      Les spécialistes n’ont pas hésité à comparer cette toile à La joconde de Léonard de Vinci, le tableau du Louvre le plus célèbre au monde, devant laquelle des visiteurs venus du monde entier se pressent uniquement pour que Mona Lisa leur fasse l’aumône d’un sourire. La Jeune fille à la perle a même été appelée la « Joconde du Nord » ou « Joconde hollandaise ».  L’aspect flou des toiles de Vermeer ne trompe pas : elles ont bien un petit air de famille avec le célèbre « sfumato », cette étrange graduation de la lumière utilisée par Léonard. 

 

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 Johannes Vermeer – La jeune fille à la perle, 1666, Cabinet royal des peintures, Mauritshuis, La Haye

     

      Pourquoi emploierait-on des qualificatifs pompeux pour décrire un portrait qui présente une telle simplicité apparente ? La jeune fille paraît toute jeune, pétillante de vie. De grands yeux brillants, une bouche humide entrouverte avec deux petites perles de lumière rose aux commissures des lèvres. L’ai-je surprise ? Les plis de l’étrange turban bleu et jaune frémissent. Son regard croise le mien. Son souffle est parfumé.

      Mon rythme cardiaque s’est accéléré.

peinture,vermeer,jeune fille à la perle      Sur ce fond sombre, la figure aux traits indéfinis rayonne. Les contours du visage, de la bouche, du nez fondu dans la joue droite, sont imprécis. L’artiste semble l’avoir voulu  ainsi pour nous inciter à pénétrer dans son tableau et compléter les parties manquantes. La peinture est lisse, fluide, aérienne. Les couleurs, tout en glacis superposés, glissent progressivement, sans à coup, de l’ombre profonde vers cette fabuleuse lumière de Vermeer qui irradie naturellement d’elle-même. Des gouttes blanches pures dans les yeux et sur la perle se répondent. L’harmonie…

      Qui peut bien être cette femme enrubannée, mystérieuse : une femme de Delft, une jeune servante ? Elle ressemble étrangement à la jeune fille qui pose dans la toile L’atelier du peintre ? Vermeer ne peut dissimuler la tendresse qui l’a animé en peignant ce visage infiniment précieux et fragile. Je m’interroge : ce portrait ne présente aucune affinité avec ceux peints à cette époque, il aurait presque pu être peint de nos jours ? La fantaisie du vêtement et du turban exotique, ce visage lumineux aux contours indécis, cette beauté irréelle en font un portrait hors d’un temps, d’un lieu précis.

      Incontestablement, Vermeer a laissé dans cette image qui me sourit, ce regard qui me transperce, un message que je m’efforce de décrypter : la pureté… l’apparence… la beauté… la vie… quelque chose d’indéfinissable qui nous transporte au-delà même de notre propre existence…

 

 

      Dans un état second, j’appuie nerveusement sur l’icône de La jeune fille au chapeau rouge. La lumière de l’écran tressaute un long moment avant d’installer le tableau suivant. Pour Jojo comme pour moi, il est grand tant que mon étude se termine aujourd’hui !

 

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Johannes Vermeer – La jeune fille au chapeau rouge, 1665, National Gallery of Art, Washington

     

      Ce tout petit tableau est d’une qualité égale à la toile précédente. Etonnamment, certains historiens d’art, encore de nos jours, paraissent contester sa paternité à Vermeer. Je le contemple longuement… Le génie du peintre explose dans cette peinture exceptionnelle de talent et de sensibilité, pensai-je ! Ma conviction intime me disait que seul Vermeer avait pu réaliser ce petit bijou.

      Ma première impression, devant l’aspect du vêtement et l’étonnant chapeau rouge, est qu’il s’agit d’un jeune homme adolescent. Un regard plus inquisiteur ne peut tromper sur le sexe du personnage : un doux visage au regard curieux, des lèvres entrouvertes qui rappellent la bouche humide de La jeune fille à la perle, une boucle sous le lobe de l’oreille dans l’ombre des cheveux qui paraissent frisés. Nul doute, il s’agit bien d’une jeune fille !

      Le rendu des couleurs que je voyais était peut-être le plus beau des tableaux que j’avais étudiés jusqu’ici. Contrairement à la plupart des toiles du peintre, ses couleurspeinture,vermeer,jeune fille au chapeau rouge fétiches, le bleu et le jaune, n’était plus associées. Le bleu avait été gardé dans la cape mais le jaune était remplacé par le rouge vif du large chapeau à plume. Ces deux couleurs s’équilibraient superbement : froide sur le vêtement, chaude au-dessus du visage.

      J’observe ce qu’il est possible d’apercevoir de la technique. Elle est semblable aux tableaux de Vermeer peints à partir du milieu des années 1660 : de légères touches de peinture transparente très diluée en glacis sur de minces couches de pigments colorés plus opaques. Le résultat est lumineux. Je retrouve à nouveau les impressionnistes dans ce petit tableau ! Les effets de lumière et rehauts divers sont disséminés sur toute la toile et lui donnent vie : le chapeau rouge sombre en forme d’aile s’éclaire de touches graciles comme des flammèches empourprant d’orangé le visage de la jeune femme ; quelques virgules jaunes et des taches blanc crème sont éparpillées sur le bleu de la cape et sur les têtes de lion de la chaise ; des gouttes de rosée accentuent la bouche et la pointe du nez ; une tête d’épingle minuscule vert clair anime la pupille de l’œil droit.  

      En plein milieu de la toile, Vermeer, jugeant sans doute que l’effet n’était pas suffisamment fort, donne au plastron travaillé en pâte d’un blanc pur sous le menton de la femme, un aspect saisissant de réalisme qui éclaire le visage. Van Gogh et ses pâtes épaisses écrasées puissamment aurait apprécié ce travail !

      "Hé bé putaïn, comme ils disent avec l'accent dans la région de Flo (ce n’est pas grossier là-bas), c’est quelque chose !".

 

 

      Il faut absolument que je me détache quelque temps de Vermeer…

      En l’espace de deux jours, j’ai exploré une autre planète de l’univers de la peinture, une planète de grâce poétique où l’on circule en état d’apesanteur, sans contrainte, heureux…

      Mon étude est bien terminée. Circulez, y a plus rien à voir ! Place à la réalité hollandaise maintenant toute proche et à la confrontation directe avec le peintre, sur son terrain, sans livres et autres artifices qui brouillent l’image spontanée. Je ne regrette pas tout ce travail de découverte. J’ai assemblé, ordonné dans mon esprit une multitude de petits fragments de connaissances sur la vie et l’œuvre du petit génie de Delft, que j’ignorais il y a encore six mois.  Ma perception de l’homme et du peintre est maintenant beaucoup plus précise.

      Néanmoins, quelque chose me chagrinait…

      Je décide de m’installer en position de relaxation sur le canapé du salon, détendu, presque assoupi. J’attends… Du temps passe… Une image animée m’arrive, inattendue, comme dans un rêve. Cela ressemble à ces spectacles de music-hall que l’on voit souvent à la télé. Un magicien présente son numéro bien rôdé. Le suspense monte progressivement avec une intensité savamment dosée pour nous tenir en haleine. Captivé, le public veut comprendre. Puis le numéro se termine, le magicien salue sous les applaudissements, mais il garde pour lui le secret du dénouement final afin d’étonner à nouveau la prochaine fois.

      L’image se déforme et quitte mon esprit. Je me lève et marche dans la pièce. Je fais un effort de réflexion pour comprendre le sens de la représentation qui m’est apparue. Autrefois, j’aimais interpréter mes rêves. Le sens de ce songe éveillé finit par s’imposer lentement en moi.

      Vermeer !... Mais oui... c’est lui le magicien ! Un magicien dont les toiles séduisent et troublent. Cela pourrait paraître largement suffisant pour la plupart de ses admirateurs… Pas pour moi ! Comme le magicien, il cache l’essentiel. Son talent exceptionnel lui permet, comme pour un sportif de haut niveau qui domine largement ses adversaires, d’en garder sous la pédale. Il distille, met l’eau à la bouche, mais conserve son mystère.

      J’attends trop de lui ? Il m’a déjà beaucoup donné… pourtant je ne suis pas rassasié. J’ai l’obscur sentiment que je ne découvrirai jamais son secret de magicien. A moins que… la route est encore longue jusqu’à Delft…

      En peu de temps, Vermeer est devenu un ami proche.

      "Au plaisir de vous rencontrer Johannes !"

 

A suivre…

 

 

1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord

 

04 mai 2011

L'OBSESSION VERMEER - 6. La leçon de musique

 

 

Suite…

 

      Mon sécateur à la main, je contemple amoureusement la symphonie des verts tendres libérés par le départ de la végétation printanière. Le froid vif des jours précédents a laissé la place à cette tiédeur agréable que les derniers jours d’avril nous réservent parfois.

      A travers l’ouverture libérée par le déplacement récent d’un deutzia, une tête souriante se découpe. Elle est charmante ma voisine ! J’entretiens d’excellents rapports avec ce couple de jeunes retraités. 

      Leur récente oisiveté leur a redonné le goût des escapades : l’hiver, le soleil des tropiques ; l’été, ils sillonnent la France en camping-car. Ils s’investissent à fond dans les voyages que les contraintes de la petite entreprise artisanale qu’ils géraient ensemble auparavant ne leur permettaient guère d’assouvir.

      - Vous profitez du soleil, me dit-elle !

      - Quel bonheur ! J’en profite pour préparer le jardin au grand rendez-vous annuel. Je ne suis pas trop en avance cette année. Ce temps pourri… Je redonne une forme aux arbustes.

      - Vaste programme ! Vous avez du courage !… Moi je n’ai encore rien fait, mais je n’ai pas votre jardin.

      Les rayons lumineux lui arrivaient pleine face lui donnant bonne mine.

      - Ouah ! Je n’avais pas remarqué vos superbes couleurs, m’exclamai-je ! Il me semblait bien que votre maison était fermée ces derniers temps. Quelle île enchanteresse avez-vous visitée cette fois ci ?

      - Enchanteresse est bien le mot qui convient ! La Martinique est un petit paradis. Nous étions vers le « rocher du diamant », au sud de Fort-De-France. Quinze jours de rêves ! Chaleur, soleil, couleurs bigarrées, fruits exotiques, mer d’émeraude et… punch à volonté. En bordure de plage, les poissons aux teintes fascinantes se laissent approcher, presque caresser. Nous avons même vu des chirurgiens et des demoiselles à queue jaune identiques à ceux que vous m’avez montrés dans votre aquarium !

      - Quelle chance ! Pour le moment, je dois me contenter de contempler mon aquarium. Le temps me manque pour voyager aussi loin. Néanmoins, nous partons en Hollande dans une quinzaine de jours. Le climat est différent, mais je ne n’y vais pas pour la plage.

      - La Hollande ! Qu’allez vous faire là-bas en cette saison ?

      - Chut ! Voyage culturel… J’ai rendez-vous avec un vieil ami à moi : Vermeer…

      - Vermeer ? Drôle de nom… Ami d’enfance ?

      - Presque ! Je plaisante… C’est un grand peintre hollandais du 17ème siècle. Je vous raconterai.

      Du coin de l’œil, je voyais, au loin, le mari de ma gentille voisine se diriger vers nous. Un artiste cet homme. Il gardait de son ancien métier le plaisir du travail manuel et passait des journées à sculpter des petits personnages naïfs en fer forgé. Je lui lance un grand bonjour enjoué : « Excusez-moi, mais mes travaux de jardinage ne peuvent attendre. J’ai encore pas mal de boulot à terminer avant ce soir. Je ne suis pas oisif, moi ! ».

      J’entendis un grand éclat de rire. J’adressai une œillade complice à sa femme. Heureusement, ils avaient le sens de l’humour. Je me dirigeai vers la maison. Le lilas proche de l’entrée dispersait des effluves parfumés.

 

 

      L’éclosion brutale de mon jardin m’a revigoré. Quelle merveille cette renaissance annuelle qui se renouvelle imperturbablement à date fixe chaque année, fidèle aux règles immuables de la nature !

      Bon ! Il n’est plus temps de rêvasser ! Cet entracte sans Vermeer, un peu comme une courte séparation dans un couple, a renforcé mon désir de le retrouver. Impatient, j’allume Jojo. Il semblait s’être refait une santé depuis avant-hier et les troublantes jeunes femmes qui s’affichaient sur son écran.

      J’ai sélectionné les cinq tableaux que je souhaite partager avec Jojo pour terminer mon étude avant le grand départ pour La Haye : deux toiles avec deux personnages, un géographe seul, et je me garderai, en bouquet final, les deux portraits de jeune fille que j’adore. Des tonnes d’émotions en perspective !

      Je choisis La leçon de musique. Cette toile est la seule qui soit entrée dans une collection royale. J’ai appris que son attribution à Johannes Vermeer ne fut seulement reconnue définitive que lors de son exposition à la Royal Academy à Londres en 1876.

 

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Johannes Vermeer – La leçon de musique, 1663, Collection royale, Palais de Buckingham, Londres

      Une femme joue du virginal dans un intérieur élégant. Quelques notes de musique distraient le calme apparent. Les deux personnages apparaissent un peu raides debout de chaque côté du dossier de la chaise bleutée à tête de lion qui les sépare. Le gentilhomme regarde affectueusement la jeune femme… Est-ce un professeur ou un amant ? A moins que ce ne soit l’amour de la musique qui les rapproche comme le suggère l’inscription en latin que je déchiffre sur le couvercle du virginal aux éléments décoratifs d’une extrême finesse : MUSICA, LAETITIAE COMES, MEDICINA DELORUM (La musique, compagne de la joie, médecine de la douleur).

      Des diagopeinture,vermeer,nales invisibles partent dans toutes les directions agrandissant la pièce en lui donnant sa profondeur. On sent que Vermeer a longuement pensé la perspective. Toutes les lignes, y compris le joli dallage noir et blanc, convergent vers le point central de la toile : le miroir. Un peu comme dans L’entremetteuse ou Vermeer se serait représenté sur la toile, l’artiste laisse percevoir sa présence. Il trouve le moyen d’insérer, au-dessus du charmant visage de la jeune femme que l’on découvre de face dans ce miroir, les pieds de son chevalet de peintre qui apparaît tout au fond de la pièce, hors du tableau. Une signature discrète…

 

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      L’imposant tapis d’orient recouvrant la table vibre d’une multitude de tonalités colorées réchauffant le bleu clair froid de la chaise accolée. Une formidable cruche lisse en céramique blanche, tout en contrastes savamment dosés, est posée au centre du tapis. Une basse de viole est étendue sur le sol. Un éclair bleuté transperce les larges vitraux. La lumière semble intentionnellement stoppée sur le mur du fond ocre et bleu pâle afin de mieux renvoyer l’image de la femme dans le miroir.

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     Avant de passer à la toile suivante, je pense à la reine d'Angleterre. J’envie la chance inouïe qu'elle a de pouvoir contempler à satiété cette merveilleuse peinture de sa collection.

 

      Je clique sur Le géographe qui met un temps inaccoutumé à s’installer. Jojo devait apprécier la lumineuse beauté de l’image venant de disparaître pour réagir aussi lentement à ma nouvelle sollicitation.

 

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Johannes Vermeer – Le géographe, 1669, Städelsches Kuntinstitut am Main, Francfort

 

      Au cours des années 1668-1669, Le Géographe et L’astronome seront les seulspeinture,vermeer,l'astronome,anthony van leeuwenhoek tableaux de l’artiste dont le personnage unique sera un homme. Ma documentation me dit que tout au long de leur existence ces deux toiles ont constamment été réunies, leurs acquéreurs successifs les achetant comme des pendants dans les ventes aux enchères. Même Louis XVI faillit les acheter ! Elles furent séparées définitivement lors d’une vente en 1797. Orphelin, L’astronome termina son parcours au Louvre et ce pauvre Géographe, inconsolable, s’exila dans un musée de Francfort.

      Je regrettai, ce qui aurait été un événement, que les retrouvailles des deux frères, le temps de l’exposition de La Haye, ne se produise pas puisque le Louvre a gardé L’astronome. Heureusement, j’ai lu récemment qu’une expo pourrait les réunir à nouveau prochainement. Ce sera un moment exceptionnel à ne pas manquer.

Johannes Vermeer – L’astronome, 1668, musée du Louvre, Paris

 

         Le 17ème siècle fut une période d’intense activité scientifique. Vermeer s’intéressait à la connaissance de l’univers à travers la cartographie, la géographie, l’astronomie et l’optique. Il semble probable que Le géographe comme L’astronome, au-delà de leur inspiration scientifique, ont pour l’artiste une signification allégorique. 

         Le géographe, habillé comme un savant d’un habit bleu bordé de rouge, est penché peinture,vermeer,sur son bureau entouré de ses accessoires : quelques cartes devant lui et à ses pieds ; un globe terrestre surmonte l’armoire derrière lui ; une carte marine est accrochée au mur. Une intense réflexion intellectuelle suspens son compas dans l’espace. La lumière solaire entrant par la fenêtre dessine son fin profil. Etonnamment, la signature du peintre apparaît deux fois : sur le mur du fond avec la date, ainsi que sur l'armoire. Je m'interrogeai sur l'authenticité de ces deux signatures ?peinture,vermeer,

     

     

      L'homme représenté pourrait être Anthony van Leeuwenhoek, le fameux scientifique Delftois spécialiste des lentilles optiques et microscopes, que Vermeer connaissait bien. Ses longs cheveux et sa ressemblance frappante avec L’astronome laissent penser qu’il servit de modèle pour les deux toiles. 

      Beau travail, pensai-je. J’avais quand même, comme Jojo, une petite préférence personnelle pour les toiles de jeunes femmes contemplatives du peintre que j'avais examinées hier…

  

      Le balancement insistant de ma petite pendule en ardoise au dessus de mon bureau me ramène à la réalité. 11 Heures… J’ai largement le temps de finir la matinée sur l’unique tableau à deux personnages féminins de mon étude : La lettre d’amour. Il me restera ensuite tout l’après-midi pour m’extasier devant les deux exceptionnels portraits de jeunes filles, La jeune fille à la perle et La jeune fille au chapeau rouge, que j’ai gardés pour le feu d’artifice final. Elles clôtureront mon étude, volontairement limitée, sur l’œuvre de Vermeer.

 

      peinture,vermeer,La lettre d’amour est le seul tableau avec une œuvre de jeunesse ressemblante, La jeune fille endormie, où le peintre nous fait pénétrer l’intimité d’un intérieur bourgeois par une porte judicieusement entrouverte.

      Un drame se noue…

      Curieuse mise en scène qui ressemble à un décor de théâtre. Au premier plan, un réduit à balais sombre où l'on distingue une chaise sur laquelle un linge et une partition de musique chiffonnée ont été déposés. Des objets sont dispersés un peu partout dans la pièce éclairée : un balai, un panier à linge, un coussin, des tableaux au mur, des chaussures traînent par terre. Deux femmes, une servante et sa maîtresse, sont au centre de ce bric-à-brac et semblent préoccupées par une seule chose : la lettre que la servante vient d’apporter.

 

 Johannes Vermeer – La lettre d’amour, 1669, Rijksmuseum, Amsterdam

 

      Je n’avais pas encore vu chez Vermeer ce type de représentation de la vie domestique qui était pourtant courante dans la peinture de ses contemporains. Pieter de Hooch aurait d’ailleurs pu l’inspirer dans une toile que je connais dont la mise en scène est ressemblante : Le couple au perroquet.

peinture,vermeer,de hooch 

Pieter de Hooch – Le couple au perroquet, 1668, Wallraf-Richartz Museum, Cologne

 

      peinture,vermeer,Je retrouve dans cette peinture le quadrillage de la perspective savamment ordonné que j’avais déjà remarqué dans La leçon de musique. Les dalles noires et blanches sont les mêmes. La lumière du jour tombe en plein sur les personnages faisant ressortir la robe en satin jaune de la musicienne contrastant avec le bleu éclatant du tablier de la servante. Une jolie marine est accrochée au mur juste derrière elles. Je lis sur le catalogue que, dans les traditions hollandaises, une mer tranquille était un bon présage en amour…

      Le temps semble arrêté. La domestique, impatiente, espère toujours l’ouverture de la lettre : rupture ou rendez-vous ?

 

      Le cœur léger et l’estomac criant famine, je m’accorde une pause déjeuner bien méritée. J’ai besoin de recharger les accus avant l’apothéose finale de l’après-midi qui s’annonce très chaude…

 

A suivre…

 

1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique