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14 juillet 2011

La nuit, puis le jour - Odilon REDON (1840-1916)

 

 

Mes expositions « coups de cœur » de l’été 2011

 

 

      C’est l’histoire d’une surprise, puis d’un émerveillement, le mien…

 

      L’exposition Odilon Redon se tient dans l'imposant Grand Palais proche des Champs-Elysées et ferme ses portes le 20 juin prochain. J’étais venu insouciant en cet après-midi de début juin, sans idées préconçues, dans un esprit de découverte d’un peintre moderne que l’on disait symboliste.

      Je savais que cet artiste avait vécu l’aventure impressionniste puisqu’il avait participé à la dernière exposition du groupe en 1886. Etrangement, je ne connaissais que son nom et ignorais son œuvre. On le disait discret, renfermé, singulier dans son travail…

      Je gardais précieusement dans ma bibliothèque un vieux bouquin « Peints à leur tour », daté de 1948, écrit par Thadée Natanson, important critique d’art, fondateur et rédacteur en chef de la Revue Blanche à la fin du 19e. Il avait bien connu Odilon Redon. Avant de venir, j’avais relevé quelques phrases concernant ce peintre :

      « Pour donner de formes sensibles, mais aussi de cheminements abstraits, une expression toujours purement plastique, […] personne n’aura trouvé de moyens plus simples, mais plus efficaces et plus originaux. »

      « Dans le royaume lointain du lithographe, […] les noirs d’Odilon Redon, qui sont parmi les plus noirs qui aient été tirés, réalisent sur le papier les ténèbres. Monsieur Degas, connaisseur difficile, disait son admiration de ces noirs. »

      « Les créations de Redon ne ressemblent qu’à elles-mêmes. Tantôt grâce à une sagacité de l’inachevé, tantôt par un très personnel accent de tristesse. »

      Thadée Natanson avait surnommé Odilon Redon le « prince du rêve ». Ses phrases m’avaient intrigué.

 

 

      En entrant dans la première salle, silencieuse, je ne vois que des petites œuvres accrochées l’une après l’autre dans la pénombre. Il est indiqué que les dessins et pastels supportent mal la lumière.

      Dessins au fusain, eaux-fortes, gravures. Noir… Je lis sur un mur que l’essentiel de l’œuvre du peintre, jusque vers sa cinquantième année, reste de façon presque exclusive dans le noir.  

      « Le noir est en somme la couleur la plus essentielle, n’est-ce pas ? disait Redon à Emile Bernard. »

      La plupart des gravures de Redon qu’il avait publiées dans une douzaine de recueils lithographiques, sont exposées : Dans le rêve, A Edgar Poe, Les origines, Hommage à Goya, La tentation de Saint Antoine, A Gustave Flaubert, Les fleurs du mal, Les songes

      Je prends le temps d’examiner chaque gravure. Une grande liberté anime le travail de cet artiste original. Tous les sujets ont retenu l’attention du dessinateur : visages, corps, chevaux, arbres, fleurs, paysages. L’univers de Redon, exprimé sur un mode intimiste à la façon d’un Gustave Moreau, est sombre, fantastique, énigmatique :

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Un œil sous la forme d’un  ballon se dirige vers l’infini

 

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – Grand ballon captif, 1878, BNF, Paris

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Une tête sans corps repose sur un plateau

 

 

 

 

 

Odilon Redon – Tête de martyr posée sur une coupe, 1877, Kröller-Müller Museum, Otterlo

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Une fleur sort des marécages, face d'enfant aux traits pensifs

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – Tête sur une tige, 1885, The Art Institute of Chicago

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Un homme cactus s’hérisse de piquant

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – L’homme cactus, 1882, The Ian Woodner Family Collection, New York

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Un œuf, enfoncé jusqu’au yeux dans son coquetier, semble épouvanté

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – L’œuf, 1885, Musée National, Belgrade

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Une étrange araignée à tête humaine nous sourit

 

 

 

 

 

 

 Odilon Redon – L’araignée qui sourit, 1881, Musée du Louvre, Paris

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Un homme ailé marche à tâtons dans une ambiance bleutée. 

 

 

 

 

 Odilon Redon – L’homme ailé, 1880, Musée des Beaux-Arts, Bordeaux

 

      Un petit tableau est accroché seul au milieu de la salle. Une vision en bleu et or surprend dans le noir environnant. L'image rappelle les peintres primitifs, tout en étant d’une grande modernité.

 

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Odilon Redon – La cellule d’or, 1892, The British Museum, Londres

 

      La première partie de l’exposition se termine. Résonance intime de l’âme de Redon… Emerveillement et angoisse de la petite enfance… Les yeux d’enfants de Redon exploraient-ils ses origines ?

      « L’art est une fleur qui s’épanouit librement, hors de toute règle ; il dérange singulièrement, ce me semble, l’analyse au microscope de savants esthéticiens qui l’expliquent. »

 

      La couleur jaillit… Le jour succède soudainement à la nuit…

      Un sentiment d’espace métaphysique, de légèreté, de joie simple, transfigure les toiles qui m’entourent. Les murs présentent une symphonie musicale dont les couleurs chatoyantes sont les notes.

      Odilon Redon a 50 ans en 1890. Jusqu’à son décès en 1916, le peintre va travailler sur la couleur, avec une préférence pour la technique du pastel, qu’il épouse définitivement. Son art est ravivé. Il écrit à Emile Bernard en 1895 : « Je délaisse de plus en plus le noir. Entre nous, il m’épuisa beaucoup, il prend, je crois, sa source aux endroits profonds de notre organisme. »

      Les yeux clos, daté de 1890 par l’artiste lui-même, est l’œuvre qui semble faire la transition du noir vers la couleur. La figure surgit dans l’aube grise comme émergeant de l’eau, sorte d’image christique de la résurrection. 

 

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Odilon Redon – Les yeux clos, 1890, Musée d’Orsay, Paris

 

      Venant à la suite des premières salles sombres, cette lumière éclatante m’éblouit… Je repense à ces levers de soleil qui trouent la nuit à l’aurore et envahissent d’un coup le ciel de lueurs flamboyantes.

      Des motifs divers m’apparaissent :

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Des portraits d’Arï, le fils du peintre, né tardivement après la perte d’un premier enfant

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – Arï Redon au col marin, 1897, Musée d’Orsay, Paris

 

 

      peinture,odilon redonSon épouse : le passage du temps...peinture,odilon redon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – Portrait de madame Redon, 1911, Musée d’Orsay, Paris

Odilon Redon – Madame Redon brodant, 1880, Musée d’Orsay, Paris

 

 

       Des femmes

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Odilon Redon – Portrait de Marie Botkin, 1900, Musée d’Orsay, Paris

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 Odilon Redon – Portrait de la baronne Robert de Domecy, 1900, Musée d’Orsay, Paris

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Odilon Redon – Portrait de jeune femme au bonnet bleu, 1898, Musée d’Orsay, Paris

 

 

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 Une Jeanne d'Arc nimbée de rouge apparaît

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – Jeanne d’Arc, 1900, Musée d’Orsay, Paris

 

      Un homme s'est endormi au milieu des fleurspeinture,écriture,odilon redon

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Odilon Redon – Homme yeux clos, 1905, Musée d’Orsay, Paris

 

      Des êtres mystiques ou mythologiques

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Odilon Redon – Le sacré-cœur, 1910, Musée d’Orsay, Paris

 

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Odilon Redon – Le Christ du silence, 1896, Petit Palais, Paris

 

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 Odilon Redon – Le Bouddha, 1906, Musée d’Orsay, Paris

 

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      Odilon Redon – Le char d’Apollon, 1905, Musée d’Orsay, Paris

 

      Des vitraux d’églises transfigurent la pénombre

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Odilon Redon – Le grand vitrail, 1904, Musée d’Orsay, Paris

 

      Venus sort d’un coquillage

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Odilon Redon – La naissance de Vénus, 1912,  Petit Palais, Paris

 

      Redon hisse la voile d'une barque mystique portée par une onde verte sous un ciel d’or et d’argent. Va-t-il rejoindre les lieux paradisiaques que nous inspirent ses couleurs ? L’intensité du jaune de la voile juxtaposé au bleu de la quille fascine le regard.

 

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Odilon Redon – La barque mystique, 1895, The Ian Woodner Family Collection, New York

 

      Un cyclope, redoutable géant, semble attendri et suppliant, comme figé d’admiration devant un nu féminin.

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Odilon Redon – Le cyclope, 1900, Kröller-Müller Museum, Otterlo

 

         Très touché par le décès de Gauguin aux Marquises en 1903, Redon fait un portrait posthume du peintre qu’il admire.

 

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Odilon Redon – Portrait de Paul Gauguin, 1904, Musée d’Orsay, Paris

 

 

       Je n’ai pas vu le temps passer. Avant de quitter l’exposition, j’observe des vases de fleurs. Les tons purs du pastel les rendent aériennes, légères, lumineuses.

 

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                             Odilon Redon – Bouquet de fleurs des champs dans un vase au long col, 1912, Grand Palais, Paris

 

 

 

       Je descendais pensivement l’escalier rejoignant les jardins du Grand Palais.

      Je n'avais encore jamais vu une telle réunion de pastels aussi somptueux, pensai-je la tête encore vibrante des tonalités veloutées du peintre. Un talent unique ! Un grand poète ! Ce peintre mystérieux puisant son inspiration dans les méandres de son inconscient, de ses rêves, m’avait totalement séduit.

      Odilon Redon refaisait le monde à son image :

      « On a tort de me supposer des visées. Je ne fais que de l’art. »

 

                                                                     

                                                                                  Alain