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L'OBSESSION VERMEER - 12. Les femmes de Johannes

 

 

Suite…

 

Jeudi 16 mai 1996. Mauritshuis. 15 heures 45.

 

      De biais, j’observais La leçon de musique. Nous arrivions vers le milieu de l’expo et ce magnifique tableau était plus aisément accessible. Plus aucun français à l’horizon, pensai-je, surpris ?

      Flo, agréablement surprise de pouvoir rester seule à mes côtés semblait étonnée de la discrétion que, cette fois, je m’efforçais de donner à mes commentaires.

peinturevermeer,la haye,mauritshuis,      - Cette toile me ravit, susurrai-je. Quelle finesse de coloris ! Vise la cruche blanche posée sur un tapis d’orient bariolé, c’est un petit bijou de délicatesse ! Le miroir au-dessus du visage de la jeune femme est le point de fuite des nombreuses lignes de perspective. Approche-toi, tu verras que ce coquin de Vermeer a laissé une discrète signature dans le haut du miroir : les pieds de son chevalet sur lequel il est en train de peindre la scène. Il ne se montre pas, mais il est bien présent !

peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,

  

      Pendant que Flo cherchait les lignes de perspective du tableau, j’en profitai pour scruter les alentours.

  

       Excellente idée ! Sur un même pan de mur, les organisateurs avaient accroché les quatre toiles de même format représentant des jeunes femmes seules, debout, occupées à une activité quotidienne.

 

peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,      En furetant, je trouve un endroit précis, placé dans la diagonale des quatre petits tableaux serrés à la même hauteur sur le mur, qui permet de les découvrir d’un seul regard : En premier, La femme en bleu lisant une lettre, ensuite, La jeune femme à l’aiguière, La femme au collier de perles et, clôturant l’angle de la pièce, La femme à la balance.

      Sur le visage des visiteurs, je discernais une expression d’enchantement. Ils avaient succombé au charme de ces créatures venues d’ailleurs.

      Flo arrivait à pas lents. Elle s’installe à mes côtés etpeinture,vermeer,la haye,mauritshuis, dévisage les quatre femmes.

      - Ces portraits rayonnent sur ce mur tristounet verdâtre ! Ont-elles déjà été exposées côte à côte par le passé ?

      Je fis une moue d’ignorance.

peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,      - Elles ont toutes été peintes à la même période, vers 1665. Peut-être ont-elles séjourné ensemble encore fraîchement peintes dans l’atelier du maître ? A moins qu’elles ne se soient côtoyées à la vente aux enchères de la collection Jacob Dissius qui eut lieu à Amsterdam en mai 1696 ? Imagine que ce fils d’un imprimeur de Delft, vingt ans à peine après la mort de Vermeer, possédait rien moins que 21 toiles, presque la moitié de la production totale du maître !

      La lumière de Vermeer giclait, enveloppant les femmes d’un même halo lumineux. L’harmonie était totalepeinture,vermeer,la haye,mauritshuis, entre la perspective, les formes, les couleurs. Un bleu… un jaune…

      - Ecoute le silence quasi religieux exhalé par les toiles, dis-je à Flo distraite par un individu corpulent qui lui faisait rideau. La femme à la balance, celle qui ressemble à une Vierge sur le côté, semble transpercée par la lueur sortant d’un vitrail dans l’intérieur sombre d’une église. Un petit ventre orangé perce sous sa veste.

      J’hésite à m’éloigner. Le « Ah les femmes de Vermeer ! » lancé par Claudia, notre ami hollandaise rencontrée la veille dans le « café brun » d’Amsterdam, me revenait en mémoire.

 

      Je tends une main moite à Flo et l’entraîne vers une autre pièce, plus petite, sur la gauche, où l’exposition se poursuit et se termine. Une petite pose serait la bienvenue, mais rien n’a été prévu pour s’asseoir.

      peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,Dans une encoignure, Le géographe paraît intimidé au milieu de toutes ces jolies femmes qui lui font les yeux doux. La lumière pénétrant par les fenêtres dessine le beau profil du savant. Quel dommage que le Louvre, en gardant L’Astronome, n’ait pas permis les retrouvailles de ces deux frères à jamais séparés, pensai-je ?

 

 

 

 

 

      Je la devine… Elle est là…

      Je percevais, derrière les crânes immobiles, la présence de la jeune femme qui m’avait incité à entreprendre ce voyage : La dentellière… C’était la plus petite toile depeinture,vermeer,la haye,mauritshuis,dentellière l’expo et, évidemment, les gens étaient collés dessus pour mieux la contempler.

      Cette fois, toute possibilité d’approche semblait illusoire pour Flo qui, fatiguée, abandonna en rase campagne un combat par trop inégal. Elle s’exclame :

      - Je n’y vais pas ! C’est elle qui t’a incité à venir ici. Fonce !

      J’eus un coup de chance : Je sentis la main légère d’un jeune garçon posée sur mon bras. Il me dit dans ma langue : « Allez-y monsieur, j’ai terminé, je vous la laisse ! ». Comment savait-il que j’étais français ?

 

      De suite, je pense à Lui. A travers l’image de cette jeune femme, c’est lui qui m’accueille. Je resterai éternellement reconnaissant à la jolie brodeuse de m’avoir permis de faire la connaissance de son créateur… Elle médite sur son ouvrage. Elle m’apparaît peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,dentellièreencore plus épanouie. L’air du pays sans doute. Les fils blancs et rouges s’échappent indéfiniment du sac à couture et se répandent sur le tapis verdâtre. La peinture est toujours floue, diluée…

      Plus rien n’existait autour de moi. Je ne voyais qu’elle et ses doigts si fins. Le temps s’était arrêté. Jepeinture,vermeer,la haye,mauritshuis,dentellière flottais dans un monde où tout était facile, simple, à son image…

      Le face-à-face dure un long moment. La jeune femme au doux visage devait percevoir ma présence car il me semblait percevoir un sourire complice sur ses lèvres. J’étais bien…

       Un choc en plein sur une vertèbre lombaire déjà douloureuse me ramena à la réalité. Les grands yeux verts effrontés d’une adolescente étaient plantés dans les miens. Je compris. Il fallait laisser la place à mon tour, le message de La dentellière ne m’était pas réservé.

 

      Des bouffées d’optimisme me submergeaient en quittant la brodeuse. Une sorte de jouissance paisible, un de ces instants de bonheur fugitif que l’on ressent parfois sans trop savoir pourquoi.

      J’apercevais Flo m’attendant, appuyée contre un mur. Son visage, en partie estompé, comme la jeune femme que je venais de quitter, m’apparaissait à travers  une brume dorée, irréelle, qui enflammait le mur vert derrière elle…

      Agacée par ma mine éthérée, Flo agrippe fermement ma main et s’engouffre à grandes enjambées dans le couloir libéré au centre de la pièce. La vision du jean délavé du français binoclard me sort quelque peu de mon agréable torpeur.

      Je le vois de profil, très sérieux. Il s’est fondu dans l’anonymat des autres visiteurs et examine de près La jeune fille au chapeau rouge qui semble le combler.

      Je m’adresse à Flo :

      - Je vais essayer de m’approcher de mon ami français. Il a mordu à l’hameçon. Je t’avais bien dit que Vermeer finirait par l’emporter ! Pendant ce temps, va voir La lettre d’amour sur la droite. Elle va t’étonner. Elle est conçue comme une pièce de théâtre que l’on regarde des coulisses. Je viendrai te rejoindre.

peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,      Pendant que Flo docile se dirige mollement vers La lettre d’amour, je m’installe incognito à côté du binoclard. Les autres membres de son groupe manifestent leur lassitude. Mais pas lui. Il a même décroché son bras du cou de sa compagne pour être plus à l’aise dans sa réflexion contemplative.

      - Vous avez senti l’importance de cette toile, lui dis-je un brin moqueur ? Dire qu’elle a failli ne pas être attribuée à Vermeer ! Difficile de ne pas reconnaître la patte de l’artiste… Tout son talent est condensé dans ce petit portrait.

      - Vous aviez raison tout à l’heure devant la Laitière, balbutia l’homme, le regard accroché sur la jeune fille. Non seulement, comme vous le disiez, c’est bien un précurseur des  « impressionnistes », mais il est meilleur qu’eux.

      Inconsciemment, il saisit mon bras.peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,

      - C’est admirablement peint : ce contraste de rouge vif et de bleu froid… les reflets subtils renvoyés par l’étrange chapeau à plumes rouge orangé sur les joues… l’empâtement blanc pur sous le menton… tous ces rehauts clairs comme des gouttes de rosée… Ce Vermeer est un magicien !

      - Vous êtes entré dans son monde de lumière, dis-je, heureux ! Si vous n’avez pas vu La dentellière, hâtez-vous d’y aller. C’est du même tonneau ! Avant de sortir, ne manquez surtout pas la lumineuse Jeune fille à la perle appelée la  « Joconde du Nord ». C’est le clou de l’expo !

      Je laisse mon ami extatique et, détendu, me dirige vers Flo quand je remarque, sur ma droite, non loin de nous, un grand blond qui me dévisage avec intérêt. Un vrai nordique, solide, carré, des yeux bleus presque transparents. Déconcerté, je détourne le regard.

      Flo ne semblait pas très emballée par l’originale scène intimiste de La lettre d’amour. La fatigue déjà ? C’était la fin de l’expo et sa concentration retombait.

      Son regard clair me fixait, peu lucide.

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      - Imagine-toi que tu es au théâtre, dis-je en riant. Une porte entrouverte dans un sombre réduit à balais débouche sur une pièce éclairée occupée par deux jeunes femmes. Pour une fois, c’est à  une scène amusante à laquelle l’artiste nous convie. La servante apporte une lettre à sa maîtresse et a décidé de laisser en plan son travail jusqu’à l’ouverture de la lettre… Le message d’un amant ? Epatant ce face à face psychologique entre ces deux femmes, ne trouves-tu pas ?  

      L’aspect définitivement éteint de Flo achève de me convaincre de la faiblesse actuelle de son niveau de réceptivité. Je décide de faire l’impasse sur les tableaux de la dernière période du peintre après les années 1670. Nous nous dirigeons tout droit vers La jeune fille à la perle qui concentrait toutes les attentions.

 

      En cours de route, je croise à nouveau le regard du grand blond aux yeux transparents. J’ai l’impression qu’il voudrait nous parler mais n’ose pas. Pourquoi un nordique s’intéresse-t-il à d’obscurs touristes français de passage à La Haye ?

     - Ne te retourne pas, un homme nous regarde depuis un moment, murmurai-je à Flo. Il doit faire une confusion avec d’autres personnes ?

      Persuadés qu’il s’agissait d’une grossière erreur, nous décidons de ne plus y faire attention.

 

      La « Joconde du Nord »… La jeune fille qui faisait tressauter de plaisir l’écran de mon ordinateur avant de partir était devant moi grandeur nature, chaleureuse, souriante, dans l’éclat de sa jeunesse insolente.

peinture,vermeer,la haye,mauritshuis,jeune fille à la perle      Jamais une peinture ne m'avait laissé une telle impression de beauté. Même si l’exposition n’avait présenté que ce seul tableau, je me serais déplacé ! L’amour de Vermeer pour la vie et les êtres s’exprimait ici totalement. Il avait tout donné dans ce portrait. Au top de son art, pensai-je… Le visage lumineux aux contours indécis de la jeune femme rayonnait littéralement sur ce fond sombre. Le turban exotique bleu enserrant sa tête lui donnait un aspect mystérieux… Ce regard ? Quelque chose d’indéfinissable s’en dégageait… J’y lisais des tonnes de tendresse.

      Les gens autour de nous semblaient comme chloroformés, anesthésiés, les yeux rivés sur cette vision étrange. J’apercevais à nouveau mon compatriote français, pétrifié, le regard dans le vide. Même Flo retrouvait, un instant, ses forces abandonnées.

      Un silence oppressant régnait dans la pièce. Que dire devant un tel spectacle ? Même si l’on ne s’intéresse pas à la peinture, l’on devient captif des yeux translucides de la jeune fille. Le pire des monstres est obligé de tomber sous le charme s’il lui reste un minimum de sensibilité. Dans le cas contraire, il est irrécupérable.

      Flo me jette un regard de détresse.

      Je m’éloigne à regret. C’était peut-être la dernière fois que je la voyais ? A distance, je me retourne pour la contempler à nouveau : les reflets blancs des ses prunelles et de la perle accrochée à son oreille continuaient d’irradier dans la pénombre…

 

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      A la sortie de l’exposition, je montre à Flo une opulente banquette ronde installée au milieu du grand hall de l’étage. Harassée, elle s’écrase la tête en arrière en fermant les yeux. J’en fais de même.

      Je tente de remettre de l’ordre dans mes pensées agitées. L’émotion est vive. Je n’avais jamais ressenti cela à la sortie d’une expo. J’avais la sensation que Vermeer faisait partie de mon être intime, de ma famille très proche. Ces chef-d’oeuvres m’appartenaient également… La jeune fille à la perle, je l’aurais peinte comme lui… pareil… avec le même sourire fragile et cette pointe de séduction innocente dans le regard.

      Je baignais dans un océan de tendresse dont les vagues m’emportaient loin, très loin, vers un lieu inaccessible…

 

      Le musée fermant ses portes dans peu de temps, nous entamons la descente du grand escalier recouvert de velours rouge.

      L’euphorie ressentie auparavant retombait. Je n’avais plus le même allant. L’effet euphorisant des toiles de Vermeer s’était dissipé et mon corps explosait de fatigue.

      La visite de l’exposition, qui était le but de mon voyage et de mes recherches, venait de se terminer et, curieusement, un étrange sentiment d’insatisfaction s’insinuait dans mon esprit. En l’espace de quelques heures, chez Vermeer, j’avais eu l’impression d’être dans une famille, la mienne. Je me retrouvais seul, orphelin…

      Une anxiété que je connaissais bien, qui avait disparu en foulant la terre hollandaise, s’installait à nouveau en moi. Flo m’examinait du coin de l’œil, déçue. Elle ressentait mon trouble.

      Des doutes m’envahissaient. Nous repartions demain soir pour la France. Ma joie s’était envolée.

 

A suivre...

 

 

1. Deux petits tableaux   2. Hantise  3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft  6. La leçon de musique   7. La Joconde du Nord   8. Amsterdam   9. Balade hollandaise   10. Une lumière dorée   11. Une servante célèbre   12. Les femmes de Johannes 

 

 

 

Commentaires

  • A la suite de ton passage sur mon blog, cette semaine, j'ai répondu au commentaire que tu m'as laissé, mais ne suis pas sûr que tu l'as lu. Aussi, permets-moi ici d'y revenir avec peut-être encore plus de détails de manière à t'inviter à me donner ton sentiment.


    De manière que tout soit clair pour l'ensemble de tes lecteurs aux remarques la plupart du temps extrêmement judicieuses, je vais très rapidement planter le décor.


    Dans ma dernière intervention, ce mardi, je faisais allusion à un article récemment paru dans une revue d'égyptologie dont l'auteur, l'égyptologue belge Nadine Cherpion, établissait un parallèle relativement osé entre les symboles sexuels en filigrane dans certaines figurations des tombes ou sur certains objets d'art égyptien et l'oeuvre de Vermeer ou, pour être plus précis, certaines toiles dans lesquelles apparaissent une jeune femme jouant du virginal.
    Et d'étayer sa comparaison de l'exemple de La Leçon de musique avec laquelle, aujourd'hui, tu entames ton compte rendu de l'exposition.

    En réalité, Madame Cherpion base son étude sur des propos - que tu connais assurément - d'Albert-Pomme de Mirimonde qui, dans un article datant de 1961 intitulé Les sujets musicaux chez Vermeer de Delft et publié dans la Gazette des Beaux-Arts n° 57, démontre que chaque accessoire présent dans un tableau de ce grand artiste possède une signification précise, est riche d'allusions, sous-tend un code qu'il nous faut décrypter.

    Et d'attirer notre attention sur quelques détails :

    1. La position de la tête de la jeune femme qui nous apparaît de dos ne correspond en rien au reflet que nous donne le miroir. Là, nettement, elle tourne son visage vers la droite : elle n'a d'yeux que pour l'homme qui est à ses côtés.


    2. La présence de la cruche blanche, un pichet de vin en fait, souligne, selon une codification bien établie, la notion de plaisir des sens.


    3. Sur le mur, derrière le jeune homme, est accroché une toile de Van Baburen intitulée L'entremetteuse.


    Nous sommes donc, selon de Mirimonde, dans un contexte de séduction.
    Et de noter la richesse et l'élégance des vêtements ; les fourrures ou les perles très chères pour l'époque qu'arborent aussi parfois ces dames devant leur instrument de musique : série de preuves qui, à ses yeux, prouveraient que nous ne sommes nullement en présence de jeunes filles "pures" mais plutôt de femmes légères, de demi-mondaines, comme on disait à une certaine époque ...


    Il nous faudrait donc "traduire" ce type de scène et associer instrument de musique, musicienne et amour vénal.
    Association qui, selon Madame Cherpion, était déjà présente dans certaines peintures mises au jour dans des hypogées égyptiens ...


    Qu'en penses-tu, toi, grand connaisseur de Vermeer ?
    La comparaison peut-elle ainsi traverser les siècles ?
    Vermeer nous a-t-il laissé une image de la société de son temps autre que celle, polissée, que nous voulons traditionnellement lui attribuer ?
    Son oeuvre demande-t-elle aussi à être décodée dans un sens plus érotique que prévu ?

  • Je ne suis pas un grand connaisseur de Vermeer, Richard, mais un simple passionné de ce peintre.
    J’ai bien lu ta réponse à mon commentaire dans ton blog et je vois que tu m’incites dans tes questions à donner un avis plus précis sur ce chef-d’œuvre « La Leçon de musique » accroché aux murs du palais de Buckingham depuis 1762.
    Je ne connaissais pas cet article d’Albert-Pomme de Mirimonde, mais on a tellement écrit sur Vermeer depuis sa redécouverte par le français Thoré-Bürger au 19e.
    Allez j’attaque !
    J’ai étudié des documents et me suis servi de quelques intuitions personnelles. Je reprends les détails que tu as mentionnés :

    1. Le regard de la femme dans le miroir, selon ma propre vision, ne m’indique pas vraiment qu’elle n’a d’yeux que pour l’homme, celui-ci étant placé trop à droite.
    Il apparaît que des examens aux rayons X ont montré que Vermeer avait tout d’abord peint la tête de la femme davantage tournée vers l’homme et qu’il aurait ensuite effectué des retouches conférant un caractère ouvert à la scène.

    2. La cruche à vin indique effectivement une notion de plaisir et pourrait renforcer le thème du réconfort qu’apporte l’amour. Il est vrai que Vermeer a souvent utilisé le vin dans plusieurs tableaux de séduction comme celui de « La jeune fille au verre de vin » dont je parlais récemment.

    3. La toile accrochée sur le mur n’est pas « L’entremetteuse » de Barburen mais une « Charité romaine » représentant l’histoire de Cimon et Pero. La toile de Barburen apparaît dans « Le concert » de Vermeer. On peut se tromper…

    Sommes-nous dans un contexte de séduction ?
    C’est fort possible car la relation entre la musique et l’amour comme thème pictural a été souvent exploré par les hollandais du 17e. Il semble que les deux instruments de musique placés dans le tableau seraient une métaphore de l’harmonie de deux âmes unies dans une relation amoureuse.
    Dans plusieurs autres toiles du peintre, le contexte de séduction est beaucoup plus évident, comme dans son « Entremetteuse », ses femmes buvant, ou même « La dame debout au virginal » où le regard de la femme nous invite à voir le cupidon placé au dessus d’elle.
    Daniel Arasse dans son « L’ambition de Vermeer » avance une autre hypothèse intéressante :
    Le regard de l’homme vers la jeune femme est un regard amoureux. Ce pourrait être le regard de Vermeer, moins sur la personne féminine que sur l’œuvre de peinture. Il s’agit d’un thème courant à l’époque selon lequel le degré le plus haut de réalisation artistique est atteint quand le peintre peint « pour l’amour » de son art. Ce serait une référence musicale intime au sein d’un thème musical banal, un peu comme dans « L’atelier du peintre » où il unit l'art poétique et l’art pictural.

    CONCLUSION :

    Je sens que je fais beaucoup trop long…
    L’histoire des symboles dans la peinture est aussi vieille que la peinture elle-même. La preuve on les retrouve dans la peinture égyptienne et la comparaison peut donc ainsi traverser les siècles.
    Personnellement, je ne m’attache pas trop aux symboles devant une œuvre car les interprétations peuvent être nombreuses et, parfois, aventureuses. Nul ne sait ce que pensait le peintre en réalisant sa toile… De plus, tous ces symboles brouillent la vision picturale si l’on s’y attarde trop. Si je devais chercher dans « La dentellière » des explications sur sa coiffure, sa broderie, et les fils de couleurs s’échappant du sac à couture, je ne verrais pas l’exceptionnel qualité du tableau et l’émotion qui s’en dégage.
    Pour moi, Vermeer est un très grand peintre qui réjouit mon regard et me fait du bien. C’est bien ce que recherche tous les artistes ? C’est l’essentiel.

    Tu m’as fatigué.

    Bonne soirée

  • Merci Alain pour ce nouvel et délicieux épisode.

    Vermeer devait avoir en lui une tendresse infinie pour en déposer tant et de façon si « vivante » en chacun des visages qu’il peignait.

    Salvator Dalî était un fervent admirateur de Vermeer dont il a peint une réplique de la dentelière. Une chose m’a frappé, dans le visage de Dalî, le sourire de la jeune fille, et m’a rappelé un autre sourire, bizarre, celui de « la jeune fille au verre de vin » dont tu parles dans l’épisode précédent. http://doudou.gheerbrant.com/wp-content/dalimetny.jpg (la dentelière de Dalì, sur le site http://doudou.gheerbrant.com/?p=15110)

    J'ai déposé mercredi mon dernier enregistrement d'Adolphe Ribaux, que je n'ai pas encore trouver le temps de présenter sur mon blog... Je ne suis pas pas vraiment satisfaite de la qualité :-(, mais l'ayant recommencé 3x, je ne me sentais plus la force que recommencer une 4ème... (c'est le plus long enregistrement de Ribaux)

    Très belle fin de semaine
    Amitiés

  • La tendresse… Je crois que c’est le mot qui, à mes yeux, définit le mieux Vermeer.
    J’ai déjà vu l’article de l’excellent blog de Grillon. Dali a retravaillé « La dentellière » à sa manière. Elle a effectivement un petit côté de « La jeune fille au verre de vin » qui a été sabotée à la restauration. Un massacre… Je préfère les peintures surréalistes de Dali et, surtout, la vraie dentellière du Louvre.
    Je viens de charger ton enregistrement. Ayant supprimé la télé, je me le garde pour un de ces soirs. J’ai écouté le début dont le son me paraît bon. Je t’ai mis un cœur avant un prochain commentaire. La tendresse…
    Bon week-end

  • J'ai un peu trop forcé visuellement. Je suis, comme toi je le pense, un perfectionniste. Mais si ma réponse te satisfait, tout va bien.
    Bon week-end

  • Magnifique promenade où j'ai découvert avec délectation et comme toujours avec émotion devant tant de talent "la femme à l'aiguillère" et la femme à la balance" !!Cette jeune fille à la perle, d'après le roman serait la servante de Vermeer et cela me convient bien car d'après le roman, il y aurait eu comme un amour entre le peintre et elle!! Vermeer aurait emprunter une des boucles d'oreille à sa femme pour terminer son chef d'oeuvre et celle-ci en fut jalouse!!Je pense cher Alain que l'on n'en sort pas indemne de cette visite!! Je me joins donc à vos sentiments d'admiration!!! BISOUS FAN

  • Personne ne sait Fan qui était cette jeune femme dont le roman de Tracy Chevalier parle si bien. Peut-être était-ce une servante ou quelqu’un de la famille du peintre ? De toute façon, elle était très jolie et la tendresse de Vermeer pour elle explose dans son regard.
    Effectivement, la visite a été rude pour Patrice. Il ne sait pas encore ce que la suite du séjour lui réserve…

  • Bonsoir Alain

    Magnifique article ou l'on ressent et ou l'on comprend mieux l'âme du peintre.
    BRAVO BRAVO ! J'adore !

    Concernant la jeune fille à la perle et l'insolence de ce si beau visage , tu emplois
    toi même l'expression : L'insolence de la jeunesse.
    Tu as raison, on pourrait penser qu'elle est immortelle tant par sa jeunesse que par
    la tendresse de son regard . C'est une certaine forme d'insolence relative
    à la fragilité de la vie humaine.
    d'une certaine façon, elle vivra tant que l'on pourra admirer ce don de l'art.
    Ce tableau, c'est un morceau d'éternité !
    a+
    Jacky

  • Elle est immortelle Jacky ! Le peintre l’a transfigurée et, dans plusieurs siècles, son sourire juvénile continuera de séduire les visiteurs du Mauritshuis.
    Ce portrait est hors du temps, il n’a pas d’époque. Il est donc, comme tu le dis, éternel.

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