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L'OBSESSION VERMEER - 5. Vue de Delft

 

Suite…

 

      Le gel intense de la nuit passée s’accroche encore bien au sol en ce début d’après-midi. Le dicton se vérifie à nouveau : « En avril ne te découvre pas d’un fil ». A travers l’épais voilage nuageux, de discrets rayons solaires tentent quelques timides percées. Le blanc manteau de givre qui recouvre mes massifs dénudés est clairsemé par endroits de petites tâches brunes allongées. 

      J’arrête l’enquête sur l’homme Vermeer que j’ai entamée depuis le début de la semaine. Mes connaissances sur ce peintre énigmatique se sont bien enrichies. Le détective va s’éclipser et laisser parler son cœur devant les oeuvres. Je continuerai à prendre des notes pour mémoire.

      Les outils nécessaires à mon étude me paraissent performants. En route pour le plaisir… 

      J’ai passé la matinée à scanner toutes les toiles que je souhaitais étudier, avant de me confronter avec les originaux dans peu de temps à La Haye. Les unes après les autres, je les ai faites défiler sur mon grand écran sans ordre précis : La Vue de DelftLa femme à la balanceLe géographeLa lettre d’amourLa femme au collier de perlesLa laitièreLa leçon de musique

      La beauté éclatante des tableaux de Vermeer est un véritable défi à l’art ! L’idéal, la perfection paraissent atteints. Certains disent que son œuvre toute de sérénité, de calme, d’intériorité est si personnelle, unique, qu’il est presque impossible de la décrire et de l’expliquer.

 

 

      J’allume l’ordinateur. L’ami Jojo, impatient, réagit immédiatement.

      Je souhaite commencer par la Vue de Delft. Cette toile, la plus célèbre du Mauritshuis à La Haye, fut à l’origine de la redécouverte de Vermeer par le Français Thoré-Bürger qui se déclara « enchanté et ravi » lorsqu’il la vit pour la première fois.

      Proust considérait la Vue de Delft comme le plus beau tableau du monde. Dans son roman « La prisonnière », il fit même mourir son héros d’une indigestion de pommes de terre en pleine contemplation du tableau et de son fameux « petit pan de mur jaune ». Je revoyai cette scène que j’avais relue, amusé : qui était responsable de la mort, les pommes de terre ou Vermeer ?

      Je m’installe dans une position de méditation attentive et clique sur la Vue de Delft qui emplit l’écran.

 

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Johannes Vermeer – Vue de Delft, 1660, Mauritshuis, La Haye

 

      Je me demande ce que vient faire ce tableau dans l’univers habituel de Vermeer ? Ce paysage peint par l’artiste en 1660 est unique dans son œuvre puisqu’il s’agit du seul tableau, avec La ruelle, où il nous montre une scène de la vie se déroulant à l’extérieur.

      peinture,vermeer,delftLa ville de Delft s’allonge devant mes yeux… Un vaste ciel translucide occupe plus de la moitié du tableau. Des petits personnages discutent debout au premier plan sur une bande de sable rosée. A distance, dans l’ombre, les remparts anciens et les deux portes de Rotterdam et de Schiedam se reflètent dans l’eau calme légèrement ridée du port. Quelle heure est-il au cadran de l’horloge au centre de la porte de Schiedam ?

      Une lumière rase enveloppe la ville qui apparaît à moitié baignée d’une lueur dorée, moitié dans l’ombre des nuages. La modulation des couleurs de l’eau glisse lentement de l’ombre vers la lumière.

       Les deux principales églises de Delft dominent la ville : Sur la gauche, au-dessus des toits rouges, l’Oude Kerk (l’ancienne église), sombre et toute petite. En la peignant, Vermeer se doutait-il qu’il y serait enterré quinze ans plus tard ? Plus loin, en pleine lumière, l’imposante tour de la Nieuwe Kerk (la nouvelle église) scintille au soleil, ciselée comme une sculpture.

      A l’extrémité droite de la toile, un bleu sourd recouvre les deux petites tours pointues de la porte de Rotterdam ainsi que le toit de la bastide proche, offrant un puissant contraste avec le jaune doré des toits environnants… Le petit pan de mur jaune quipeinture,vermeer,delft éblouira tant Proust et son héros est probablement un de ces toits, me dis-je, pensif ?

      La cité dégage une sensation de présence physique énorme. Je demande à Jojo de zoomer certains détails, ce qu’il fait avec une belle dextérité.

      Le peintre a donné de la texture, de la matière à sa ville. Elle respire… Des empâtements judicieux suggèrent les murs en briques et mortier ainsi que les vieilles pierres déformées des remparts. Dans la partie ombrée de la cité, des petites taches de couleurs de tonalités différentes et des grains de sable mélangés à la pâte pour faire plus rugueux, réveillent la matière inégale des toits de tuiles rouges ondulées.

      Mon œil s’attarde sur les sombres chalands accostés devant la porte de Rotterdam. L’aspect granuleux de leur coque s’oppose fortement à la transparence lisse de l’eau. Je retrouve ces fines touches de couleurs disparates qui m’avaient tant intrigué, au Louvre, sur le corsage de la Dentellière. Les bateaux sombres sont rehaussés d’un bleu vigoureux et des petits points bleu et jaune clair, savamment déposés, reluisent comme des pierres précieuses…

      Comme de nombreux peintres à cette époque, l’artiste se servit certainement de la « chambre noire » ou « caméra obscura » offrant une image quasiment photographique, afin d’élaborer sa propre vision de la lumière et de la couleur. L’utilisation de cet accessoire pourrait expliquer les effets vaporeux ou pointillistes observés sur les bateaux de cette Vue de Delft ainsi que sur plusieurs autres toiles.

 

       L’effet était saisissant. Pour son unique grand paysage, Vermeer avait tapé très fort !

      Outre la densité physique qu’elle dégageait, cette toile baignait dans une lumière magique. Vermeer avait inventé la technique impressionniste deux cents ans avant les Français du 19ème siècle. Monet, Sisley, Pissarro, Seurat lui-même qui savait si bien faire chanter les couleurs avec ses petits points scientifiquement juxtaposés, et tant d’autres qui peignaient des paysages lumineux directement sur le motif, avaient certainement apprécié ce travail à leur époque.

      J’avais besoin de souffler un peu après avoir pris un nombre impressionnant de notes techniques en prévision du jour proche où je serais face à l’original.

      Avais-je le temps de pratiquer une nouvelle méditation devant La laitière, peut-être la toile la plus connue de nos jours, que je m’étais promis d’étudier aujourd’hui ? Je relance Jojo.

 

 

      Je comprends mieux maintenant pourquoi les publicitaires, de nos jours, ont tellement utilisé l’image de cette fabuleuse Laitière ! Elle aurait été peinte un peu avant la Vue de Delft, à la toute fin des années 1650. Ma sensation personnelle est que je suis devant le premier chef-d’œuvre de Vermeer…

 

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Johannes Vermeer – La laitière, 1658, Rijksmuseum, Amsterdam

 

      Les couleurs fétiches du peintre jaillissent : bleu, jaune citron. On ne voit qu’elles : denses, profondes, vives dans les zones éclairées. La lumière venant de la fenêtre envahit le mur gris et triste sur la droite.

       Est-ce une fermière ou une servante ? J’ai lu que Vermeer employait une servante prénommée Tanneke. Comme il sait la mettre en valeur…

      Cette robuste femme du peuple est ennoblie par le peintre. C’est une princesse en tablier qui verse le liquide onctueux dans la jatte. Ses mains et ses bras solides sont comme suspendus pour mieux diriger le mince filet blanc pur. Le côté droit de son visage, sa coiffe chiffonnée et son petit col blanc, sa robe et son tablier en gros drap reprisé, sont littéralement inondés d’une lumière qui fait ressortir sa silhouette massive. Au sol, une chaufferette attend devant une plinthe en carreaux de Delft soulignant le mur gris.  

      peinture,vermeer,delft, laitièreDevant la femme, Vermeer a peint une véritable « nature morte » qui aurait pu être le motif unique d’un tableau : sur une table, la jatte contenant le lait, un pichet bleu très sombre, une corbeille en osier et quelques petits pains.

      Jojo zoome la scène, intéressé… Le mélange optique utilisé sur la coque des chalands dans la Vue de Delft est toujours présent : une multitude de petits globules blancs, des épaisseurs ocres et brunâtres soigneusement répartis sur la miche de pain en font craquer la croûte qui paraît tendre, cuite à point… La cruche vernissée rougeâtre d’où le lait s’échappe et le tablier sont rehaussés également de points lumineux.

      Les frères Goncourt parlaient de « petits empâtements juxtaposés », de « beurre merveilleux », de « picotement bleu ». Que dire de plus !

      A mon insu, le jour s’est estompé définitivement. J’allume ma lampe de bureau qui m’aveugle un court instant. Je reste rêveur devant La laitière…Vermeer a immortalisé cette modeste servante !

      Une émotion venait de très loin en moi. Je me parlais intérieurement : « Mais que t’arrive-t-il ?… Pourquoi l’univers de ce peintre te bouleverse à ce point ? » Je n’arrivais pas à émettre un raisonnement sensé.  « Bon ! Mon petit père, il va falloir te ménager car la suite te réserve certainement beaucoup d’autres surprises ! ».

      Anxieux, j’éteins Jojo. Demain, je ferai ses femmes…

 

 

      Le moment est d’importance. Je vais pénétrer dans la période picturale la plus intime, la plus mystérieuse de Vermeer, celle qui s’impose à l’esprit lorsque l’on évoque son nom : des tableaux de petits formats à un, voire deux personnages, la plupart du temps des femmes, représentés dans des intérieurs bourgeois.

      Au cours des années 1663 – 1665, Vermeer peindra quatre tableaux semblables de femmes seules, debout, pensives, occupées à une activité quotidienne : La femme à la balance, La jeune femme à l’aiguière, La femme au collier de perles et La femme en bleu lisant une lettre.

      Je visionne lentement sur écran ces toiles qui seront toutes à La Haye. Je laisse La femme en bleu lisant une lettre que j’ai déjà étudiée précédemment et passe à la toile suivante. Après mûre réflexion, j’arbitre pour La femme à la balance qui m’attire irrésistiblement.

       L’éclairage de lapeinture,vermeer,delft, femme à la balance scène très contrasté créé une atmosphère d’intimité spirituelle envoûtante. Sur la droite, dans la partie éclairée, la jeune femme se détache, sorte d’apparition. Une sainte ? Cela pourrait être la Vierge Marie pesant de l’or comme elle pèserait des âmes…

      La lumière clairsemée éclabousse le devant de la robe bordée d’une fourrure éclatante. Le visage paraît transfiguré. Sa robe laisse pointer une mignonne petite bosse orangée claire. Attend-elle un enfant ? Les plateaux de la balance qu’elle soulève sont vides. Va-t-elle peser les pièces d’or ou les perles disposées sur l’épaisse table devant elle ? Un grand tissu bleu sombre recouvre le bord gauche de la table, créant un puissant contraste avec la blancheur des perles et de la vaporeuse fourrure.

  

Johannes Vermeer – La femme à la balance, 1664, National Gallery of Art, Washington

 

      Je cherche des mots suffisamment forts pour exprimer ce que je ressens : délicatesse… harmonie… douceur… sérénité …

      Je me souviens que De Hooch a peint également un tableau intitulé Femme pesantpeinture,de hooch,delft de l’or, très proche de celui de Vermeer qui aurait pu s’en inspirer. Je retrouve la toile dans un bouquin. La ressemblance s’arrête là. Je ne ressens pas dans l’excellente toile de De Hooch la subtilité et l’atmosphère si particulière dégagée dans celle de Vermeer.

 

 

 

 

 

              

                                                    Pieter de Hooch – Femme pesant de l’or, 1664, Gemäldegalerie, Berlin

   

      Le regard absent de La jeune femme à l’aiguière fixe les vitraux de la fenêtre qu’ellepeinture,vermeer,delft,jeune femme à l'aiguière entrouvre. Un jour froid glisse le long de son bras droit, escalade son visage et ses habits et termine sa course sur sa main gauche qui tient une aiguière de vermeil qu’elle saisit à l’anse.

      Les motifs du tapis rouge recouvrant la table se reflètent sur le vase doré et le bassin métallisé dans lequel il repose. Les couleurs et les contrastes sont répartis délicatement par superposition de légers glacis.

      Négligemment, je fixe la fenêtre. C’est suffisamment rare pour être mentionné… Exceptionnellement dans une de ses toiles, le peintre nous renseigne sur le temps qu’il fait à l’extérieur : les petits carreaux finement travaillés de la fenêtre reflètent l’aspect du ciel bleu ennuagé.

 

Johannes Vermeer – La jeune femme à l’aiguière, 1664, Metropolitan Museum of Art, New York

 

      Rafraîchissant ! Il est vrai qu’à cette époque, le thème de la toilette et du lavement de main était un symbole de la pureté et de l’innocence que l’on retrouve d’ailleurs souvent dans de nombreuses « Annonciations » des siècles précédents.

      Je reste longuement silencieux devant l’écran avant de passer à la dernière jeune femme.

 

 

      peinture,vermeer,delft, femme au collier de perlesJojo, tout émoustillé par le charme des demoiselles que je lui offre, me remercie par quelques vibrations intempestives accompagnées de ce que je perçois comme un clin d’œil complice sur le vaste écran scintillant.

       Je scrute à loisir la dernière toile de femme debout, pensive, de mon étude : La jeune femme au collier de perles.

      De l’or, je perçois de l’or !

      La jeune femme, en train d’ajuster son collier de perles, baigne dans une lumière dorée. Très élégante, elle porte une veste de satin jaune bordée d’hermine duveteuse. Un ruban orangé en étoile égaie sa coiffure. Elle semble être arrêtée au milieu de sa toilette, surprise au moment où ses mains potelées hésitent devant son miroir pour attacher les rubans du collier glissé autour de son cou.

  

Johannes Vermeer – la femme au collier de perles, 1664, Staatliche Museum zu Berlin, Gemäldegalerie

 

      Il n’y a pas de connotations amoureuses dans la scène. L’attache du collier est sa seule préoccupation. Son visage garde une rondeur adolescente. peinture,vermeer,delft

      Je me demandai si une des filles de Vermeer aurait pu incarner cette gracieuse image d’innocence juvénile ? Je calculai. Le premier de ses enfants, Maria, était né en 1654… Trop jeune ! C’était peut-être Maria qui jouait à genoux dans La ruelle ?... A moins qu’elle ne soit la toute jeune fille portant un bébé dans ses bras à l'extrémité gauche de la petite bande de sable rosé dans La vue de Delft ?

 

 

 

 

 

      J’ai terminé l’étude de cette série de toiles de jeunes femmes debout, appliquées à leur besogne.

      Au fond de moi, quelque chose d’inexprimable s’agite…

 

 A suivre…

 

 

1. Deux petits tableaux   2. Hantise     3. Un peintre sans visage   4. Le siècle d'or   5. Vue de Delft

 

 

 

Commentaires

  • J'aime accrocher mes pensées à celles de Patrice et partir avec ses réflexions à la découvrete de tous ces petites détails de la peinture de Vermeer.

    Cette "femme à la balance" m'envoûte décidément...

    "La femme au collier de perles" est étonnante également; pas de couleur bleu ni rouge, juste du jaune et de l'or.

    Je te souhaite un très beau weekend pascal.

    Amitiés

  • Cette « Femme à la balance » est une des plus belles toiles de l’artiste. Dans la semi obscurité, l’image presque irréelle de cette femme ressemblant à la Vierge Marie, jaillit, transcendée. La comparaison avec la même toile de De Hooch, qui est un des meilleurs peintres hollandais, accentue plus fortement la qualité unique du tableau.
    Elle pourrait être la femme de Vermeer, Catharina, attendant un de leurs enfants, un autre Johannes né en 1663, ou Franciscus né en 1664.
    La « Femme au collier de perles » me paraît bien jeune ? Très coquette, elle est entourée de cet or qui me rappelle la couleur fétiche utilisée habituellement par Rembrandt, dont celle des « Pèlerins d’Emmaüs » du Louvre. Vermeer aurait pu s’inspirer des toiles de Rembrandt qu’il connaissait certainement ?
    Bon dimanche Esperiidae

  • Bonsoir Alain

    à chaque épisode c'est un régal !
    autant pour la narration souvent humoristique et trés précise
    que pour la qualité des reproductions.

    je te cite :
    La beauté éclatante des tableaux de Vermeer est un véritable défi à l’art ! L’idéal, la perfection paraissent atteints. Certains disent que son œuvre toute de sérénité, de calme, d’intériorité est si personnelle, unique, qu’il est presque impossible de la décrire et de l’expliquer.

    Voilà ! cet art n'est accessible que par le haut
    En haut : il y a une petite trappe en bois
    le loquet est un peu dur car cette toute petite porte en haut de l'art s'entrouve trés
    rarement.
    Elle nous permet d'accéder aux voutes brillantes qui surplombent les arceaux de l'esprit.
    Là, il n'y a rien à expliquer.

    Imagines ! l'univers dans sa perfection dans sa beauté et dans sa grandeur
    et prends conscience que tout ce que l'homme peut imaginer
    L'univers l'a fait cent mille fois mieux.
    C'est quelque chose comme ça la peinture de notre ami
    c'est une prise de conscience du gigantisme inconscient LOL
    Je ne comprends rien, mais je ressens cela comme la présence d' une grande puissance.

    Merci pour ce beau travail

    a bientôt

    Jacky

  • Je tente de montrer les meilleures reproductions et de les améliorer quand cela est nécessaire. Je n’ai pas le droit de tricher avec le peu de toiles peintes par Vermeer. Je les décris dans le détail pour que, au-delà du simple coup de cœur, la qualité de son travail soit encore mieux ressentie et que celui-ci ne soit pas uniquement accessible « par le haut » comme tu dis.
    Tu es grandiloquent comme souvent, mais ton analyse est juste et joliment exprimée. Le gigantisme inconscient… Que pourrais-je ajouter de plus.
    Bon week-end Jacky

  • Votre intuition est très juste concernant "la femme à la balance".
    Le tableau derrière elle, sur lequel on devine un Christ en gloire, renforce le caractère religieux de la scène. Le voile couvrant pudiquement les cheveux est à l'opposé des nombreux autres tableaux de Vermeer où les femmes arborent perles et rubans dans leur coiffure.

    Bien vu aussi la promesse d'enfant qui pointe entre les pans du mantelet !
    La main posée sur la table peut s'expliquer par un réflexe du corps qui cherche à contrebalancer le poids de la grossesse (il faut avoir été enceinte pour penser à ça).

    Tout dans l'attitude de cette future mère peseuse de perles semble retranscrire son interrogation sur le poids des contingences de l'existence humaine en regard de celui des valeurs de la vie spirituelle.

    Votre obsession Vermeer est une bien intéressante passion. Ces toiles recèlent tant de choses à découvrir quand on les regarde avec attention, comme vous le faites si bien.

  • N’ayant jamais été enceinte, je n’aurais pas pensé à la main contrebalançant le poids de l’enfant. Ah ! Ah !
    Pas sûr que cette femme attend un enfant ! Certains spécialistes doutent et pensent que non car la mode hollandaise du 17e privilégiait les silhouettes massives avec une veste courte et une jupe capitonnée arrondissant la taille. Personnellement, je préfèrerai que ce soit un enfant de Johannes.
    Ce tableau derrière elle est une scène du Jugement dernier expliquant le symbole de la balance : Juger, c’est peser. Les toiles de cette époque étaient farcies de symboles. Les peintres devaient passer un temps fou à la conception de chaque œuvre.
    Je m’intéresse plus au chef-d’œuvre pictural que représente cette jeune femme baignant dans une lumière exceptionnelle de sensibilité.
    Bonne journée

  • Merci Alain! Encore une fois, je me suis laissée transporter dans l'univers de Vermeer avec Patrice qui sait si bien nous faire comprendre que ce peintre était un génie!! Je ne connaissais pas le tableau de la femme au collier de perles!Il est certain que l'on pense plutôt à une jeune fille au minois tout en rondeur!! Le tableau de la vue de Delft est une merveille et personne n'est indifférent à la magie de celui-ci!! A bientôt pour la suite!! BISOUS FAN

  • Cette « Vue de Delft » est surprenante car elle ne ressemble pas aux toiles paysagistes en pleine nature comme faisaient les peintres hollandais comme Van Goyen ou Van Ruisdael. Elle s’inspire des panoramas urbains que l’on montrait souvent sur les cartes murales de l’époque, mais Vermeer lui donne une présence physique incroyable.
    Lorsque l’on voit ce tableau au format imposant par rapport à la production habituelle du peintre, on se laisse envahir par cette lumière magique qui illumine la ville.

  • Avec un peu de retard dû aux vacances, je découvre ce matin ta nouvelle production qui, comme toujours, me passionne pour la simple raison que tu me fais découvrir des oeuvres que je croyais connaître.
    C'est du pur bonheur que ton regard et ta plume !

    J'ai particulièrement épinglé et apprécié, aujourd'hui, la judicieuse comparaison entre les deux toiles de "peseuses" qui, d'une manière flagrante, place Vermeer très très loin devant de Hooch ...

    Avec ce "petit pan de mur jaune", tu m'as donné envie de me replonger dans Proust.
    Merci.

  • J’espère que tu as passé d’excellentes vacances Richard. Je crois que je vais en prendre aussi bientôt car j’en ai un peu marre.
    Je profite de ta venue pour te dire que j’ai particulièrement apprécié le style d’écriture et la superbe description du voyage en Egypte de Michel Onfray que tu nous a montré sur ton site. L’on ressentait l’ambiance, la chaleur, les parfums de ce pays.
    Pauvre De Hooch ! J’avoue que je m’en veux de le descendre en flammes à chaque fois que je le compare à Vermeer. Surtout qu’il est un très beau peintre dont j’ai déjà montré par ailleurs plusieurs des ses toiles qui sont excellentes.
    Mais bon ! Vermeer c’est Vermeer ! Difficile à égaler, plus particulièrement quand il s’agit de cette merveilleuse « Femme à la balance » qui me séduit constamment.
    Proust devait beaucoup aimer Vermeer. Cette histoire de « petit pan de mur jaune », presque tout le monde en a entendu parler mais personne ne sait vraiment de quoi il s’agit. Certainement la partie droite du tableau avec le rempart de la ville et les toits au dessus comme le pense Patrice dans le récit.
    Bonne journée

  • En fait, Alain, tu ne le descends pas en flammes, ce pauvre de Hooch, comme tu l'écris. Il suffit que nous ouvrions nos yeux pour que l'évidence soit avérée.
    Je compare cela, mutatis mutandis, à ce passage de la maxime 4 de Ptahhotep que tu as peut-être lue sur mon blog (excuse-moi de souvent revenir à l'égyptologie) :
    "Abandonne-le à son sort afin qu'il se punisse lui-même ...".
    Pas besoin de grand discours : les deux toiles côte à côte suffisent !

    Je viens de passer un très long temps, bien agréable, à relire ce passage dans la Prisonnière de Proust : indépendamment du fait que cela m'a rappelé (à moi aussi) de si bons souvenirs d'adolescent chez mes grands-parents dans les Ardennes belges où j'avais cette année là (1962, d'après le cachet imprimé sur la page de titre) décidé de me plonger dans les différents tomes de l'oeuvre proustienne en collection de poche (quand mon grand-père ne m'entraînait pas à venir cueillir les myrtilles de juillet et les airelles d'août en sa compagnie), cette relecture d'aujourd'hui m'a confirmé, n'en déplaise à Fan je crois, que Marcel Proust est véritablement le seul immense littérateur du XXème siècle.
    (Mais je ne voudrais pas ici relancer la polémique...)


    Je pense vraiment que ce "petit pan de mur jaune" est bel et bien celui que tu indiques, superbement éclairé près des toits bleus auxquels tu fais allusion dans ton texte ; même si, plus jeune, j'ai cru qu'il s'agissait de celui qui se trouve à l'extrême gauche de la toile : en fait, il est loin d'être "petit" celui-là et pas vraiment d'un jaune éclatant.


    Quel bel avant-midi tu m'as offert aujourd'hui, Alain, en m'invitant indirectement à m'interroger là-dessus et à me remémorer ces petits bonheurs d'adolescents lecteur sous le soleil ardennais, au bord du petit ru qui enchantait, dans tous les sens du terme, le fond du verger de mes grands-parents ...

  • Décidemment à chaque fois que je te lis, tu m’apprends de nouveaux mots ou expressions : « mutatis mutandis ». Je m’instruis mais j’avoue que, si je possédais ce langage, il passerait mal dans mes récits qui se veulent directement assimilables.
    J’ai relu cette maxime de Ptahhotep qui, toutefois, me paraît sévère. Personnellement, mais cela tient à mon état d’esprit, j’aurais peut-être dit : « Soit indulgent avec lui afin qu’il comprenne par lui-même. » Ou quelque chose comme cela… Rien à voir évidemment avec l’opposition de style entre De Hooch et Vermeer qui ne les opposait pas car ils se connaissaient très bien et se copiaient souvent.
    Entièrement d’accord avec toi pour Proust, même si parfois ces longues phrases sont, pour moi, difficile à accrocher à la lecture visuelle (c’est pourquoi je l’enregistre et l’écoute parfois sur Litterature audio.com). Il s’agit bien du plus grand surtout par la poésie de son style. Ce devait être sympa cette lecture proustienne au bord du petit ru au fond d’un verger ensoleillé comme aimait peindre les impressionnistes.
    Cette « Vue de Delft » m’étonne toujours par sa présence charnelle. Il ne s’agit pas d’un paysage tout bête mais d’un être vivant dont on perçoit la respiration.
    Bon ! J’arrête ! Comme toi, j’ai tendance à faire long lorsque j’écris.
    A bientôt.

  • salut, je cherche le passage où Marcel Proust a parlé du taleau " Vue de Deft " Merci d avance.

  • Voir mon avant-dernier récit du 26 janvier dernier : « Qu’ont-ils fait de la Vue de Delft ? ».
    Bonne journée

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