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Naissance d'un art - ART PARIETAL préhistorique

 

 

lascaux - bovin.jpg

Bovin - Grotte de Lascaux , France

     

     

    Egarés loin du clan, ils avaient été surpris par l’orage. Longtemps ils avaient marché sous la pluie avant d’apercevoir cette faille dans la colline. La galerie où il s'étaient réfugiés s'ouvrait en son milieu en forme de rotonde dans laquelle ils avaient fait halte.     

     Yourk gardait toujours sur lui sa précieuse baguette de bois dur ainsi qu'un bout d’écorce. Le geste ancestral avait été précis : Gallia tenait l’axe de bois pendant que Yourk d’un mouvement de va-et-vient avec la paume de ses mains le faisait pivoter rapidement. D'un coup, la fumée s’était élevée. La jeune femme avait approché un amas de mousses et d’herbes trouvées dans la cavité et s’était mise à souffler fortement. De l’herbe fumante, rougeoyante, la flamme avait jailli embrasant le tas. Quelques branches de bois mort que Yourk avait ramassées à l’entrée de la caverne alimentèrent le feu. 

      Le crépitement du brasier résonnait dans le silence. La flamme haute, rouge, ondulante éclairait la caverne. La lumière s’accrochait aux reliefs de la pierre puis s’enfonçait par des effets de miroir dans la galerie noire avec des reflets dansants. Sur le sol, des flammèches couraient, puis finissaient par s'éteindre par manque de combustible.

      Les peaux de renne qui enveloppaient les jeunes gens étaient trempées. Debout à distance de la flamme, Yourk pencha sa tête en avant et la secoua longuement afin de faire sécher son épaisse chevelure, pendant que sa compagne, assise sur une pierre près du feu, exposait son dos et ses longs cheveux bruns, presque noirs, vers la source de chaleur. La jeune femme tremblait. Elle avait besoin de sentir la présence rassurante de Yourk. Elle saisit sa main. A l’extérieur, la pluie lourde, intense, cognait s'en discontinuer. La nuit était tombée. Quelques éclairs tentaient de s’infiltrer dans la grotte sans y parvenir. Serrés l’un contre l’autre, il se laissaient envahir par la douce chaleur qui amollissait leurs corps fatigués.

      Un bruit feutré les troubla. La masse velue se mouvait lentement. L’ours que le feu avait réveillé s’avançait, pataud, vers les intrus. Les flammes l'effrayaient. Il se dressa, énorme, sur ses pattes arrière et émit un grognement rauque. Yourk serra sa sagaie, s’avança vers l’animal et attendit. Il savait où il fallait enfoncer son arme. Un seul essai lui était permis, leur vie dépendait de la force de son bras. Le corps agité de secousses nerveuses, Gallia ne bougeait pas.

      La lumière du foyer dessina des crocs acérés, luisants, lorsque la bête ouvrit sa gueule. D'un jet puissant, précis, Yourk lança la sagaie en pleine poitrine de l’ours qui rugit. Ses pattes griffues balayèrent l’air longuement, ses dents claquèrent, puis son grand corps s’affaissa lourdement. Méfiant le garçon s'approcha. Son pied posé sur le poitrail sanglant, il arracha la sagaie qu’il jeta au loin sur le sol. Un cri victorieux, énorme, ébranla sa poitrine.

      Calmement, avec le silex tranchant de sa hache, le jeune homme découpa un large morceau de chair sur la partie charnue de la cuisse de l’animal, puis en arracha la peau. La viande saignante déposée sur les pierres brûlantes grilla lentement. Affamés, ils mangèrent puis s’allongèrent sur le sol. Repus, ils s’endormirent.

  

      Venant de l'entrée de la galerie, la faible lueur du jour naissant éveilla la jeune fille. L'orage était parti. Elle se leva. Le sol de la caverne suintait d’humidité par endroit. A distance, la tête de l’ours trempait dans une flaque de boue argileuse rougeâtre qui teintait son pelage brun.

      Elle s’approcha du grand corps étendu. Malencontreusement, son pied glissa, elle voulut faire un mouvement de côté pour éviter de tomber sur l’animal et ses deux mains s’enfoncèrent dans la boue sombre du sol. Rapidement relevée, d'humeur joyeuse, la jeune femme courut, ses mains gluantes tendues en avant, vers Yourk qui tentait de redonner vie au feu endormi. Amusé, le garçon l’évita d’une rotation rapide du tronc et, emportée par son élan, Gallia ne put éviter la paroi rocheuse sur laquelle ses mains s’aplatirent lourdement. Leurs rires espiègles résonnèrent dans la caverne.

     Les mains de Gallia avaient laissé une trace sur la pierre grise : une peinture,art pariétal,chauvetemprunte arrondie formée par la paume des mains et des doigts, étrange dessin coloré qui égayait la roche triste. Une pensée germa dans la tête de Yourk... Il plongea son index dans la flaque de terre teintée du sang sorti de la plaie de l’ours, posa son autre main à plat sur la roche et, lentement, partant de la base de son poignet, il cerna avec le liquide coloré l’ovale de sa robuste main, puis chaque doigt un à un.

 

 Main négative - Grotte Chauvet, France

 

      Gallia sourit. A son tour, elle posa une main à côté de l’emprunte du garçon, écarta ses doigts fins et, de la même façon, cerna avec son index humidifié depeinture,art pariétal,altamira boue visqueuse les contours de sa chair. Les marques de leurs deux mains côte à côte ressemblaient à celles que la jeune fille avait laissées un instant auparavant en s’écrasant sur la paroi. Mais, cette fois, le creux de la paume n’apparaissait plus et les contours étaient plus précis, plus fermes. 

     

 

Mains positives et négatives, - Cueva de la Manos, Argentine

 

L'homme et la femme se regardèrent : une clameur joyeuse, enfantine, monta de leur gorge. 

 

      Depuis tout jeune, Yourk avait l’habitude de créer des formes. Il aimait ça. Sa tribu vivait dans des huttes formées de branches d’arbres et de peaux de bête. Il passait des journées entières à tracer, reproduire avec une pierre dure taillée en pointe les animaux qu’il voyait autour de lui : chevaux, bisons, cerfs, rennes, bouquetins, mammouths. De simples silex, des os, du bois, les galets plats ramassés dans le cours d’eau près du campement, étaient ses supports préférés. Récemment, les chasseurs du clan avaient attiré deux mammouths dans des marécages proches et les avaient tués. L’ivoire de leurs défenses pointues étant très malléable, le garçon s’était aperçu qu’il pouvait la modeler facilement et sculpter des statuettes qu’il offrait comme parure aux femmes de la tribu. Celles-ci les trouaient et se les accrochaient en pendentif autour du cou.

      Yourk examina, pensif, les empruntes rouges laissées par sa main et celle de Gallia sur la pierre. Il avait appris de la bouche des anciens du clan que, autrefois, lorsque qu’ils habitaient encore dans les grottes, leurs ancêtres gravaient sur la roche des parois. C’était il y a bien longtemps…

 

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   Mammouth – Grotte de Rouffignac, France

 

       Les contours colorés de leurs mains se détachaient nettement sur le fonds gris du mur face à lui. Cela l’intriguait et l'interrogeait... Pourquoi ne reproduirait-il pas de la même façon ces animaux qu’il avait l’habitude de tracer ou modeler avec des matières trouvées dans la nature environnante ?

      Le feu s’éteignait. Yourk ramassa une branche de bois calcinée. Il savait que le bois en refroidissant devenait noir, plus tendre, et salissait la peau lorsqu’on le prenait. Le garçon se campa face au mur, hésita un instant. Son trait, malhabile dans les premiers gestes, prit vite de l’assurance. Il connaissait parfaitement les formes de l'animal. Un bison prenait forme : le mufle, la tête avec ses cornes, le large poitrail, la ligne bossue du dos, les cuisses épaisses, puis les pattes fines terminées par des sabots. Quelques poils longs en hachures sur le devant du poitrail, un œil bien noir et une barbiche, complétèrent l'ensemble.

      Assise sur une grosse pierre plate, Gallia contemplait le dessin, étonnée de voir un bison apparaître sur la pierre, non loin de leurs mains rougeâtres.

      Les yeux de Yourk se dilataient dans un effort de concentration extrême : il fallait faire mieux, donner de la consistance, de l’épaisseur à l’animal. Il se dirigea vers l’ours mort, découpa un petit carré de peau velue sur son ventre et le trempa longuement dans le liquide terreux, visqueux, répandu sur le sol. Le morceau de peau dégoulinait de cette boue ocrée. Il s’approcha à nouveau de la paroi.

      Avec des gestes larges, calculés, il étala la couleur sur le bison. Lorsque la peau qui lui servait d’outil était sèche, il la trempait à nouveau dans la boue et continuait à colorier le dessin. Il ressentait le même plaisir que lorsqu’il creusait des formes dans un galet.

      La couleur, le relief bosselé de la roche renforçait le modelé de l’animal et lui donnait vie. Yourk déposa la peau gluante sur le sol et termina son œuvre en estompant la terre colorée avec les doigts au gré de son inspiration. Il contempla longuement son travail, puis alla s’asseoir près de Gallia.

bison - altimara espagne.jpg

                                                                             Bison – Grotte d’Altamira, Espagne

 

      Les jeunes gens restaient silencieux, envoûtés, le regard rivé sur la grande image rougeâtre qui les impressionnait.

      Yourk pensait qu’il pourrait reproduire avec les mêmes gestes tous les animaux qu’il avait en tête. Il imaginait que la nature lui fournirait d'autres pigments qui, mélangés avec de l’eau ou de l’huile animale, donneraient une pâte permettant des tonalités colorées différentes.

      Gallia se serra contre l’homme. Elle sentait ses muscles, sa force physique l’attirait. Elle se dit que ce n’était pas cette force qui avait permis à Yourk de créer le bison qu'elle voyait... Pour l'avoir vu travailler sur le mur, elle savait qu'il s'agissait uniquement de la souplesse de ses mains... et quelque chose d'autre en plus qu'elle ne comprenait pas bien... Peut-être serait-elle capable d’en faire autant pensa-t-elle ? Elle posa un regard admiratif sur Yourk.

      L’emprunte des mains, accolée à la peinture du bison, animaient la paroi vide en arrivant, lui insufflant une présence, une vie nouvelle. Le jeune homme prenait conscience qu'il venait de réaliser quelque chose de nouveau qui le séduisait... Heureux, il contempla Gallia. Il la trouvait si jolie...

      " Il me faudra modeler prochainement son fin visage dans l’ivoire, se promit-t-il " 

 

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La dame de Brassempouy – Ivoire, St Germain en Laye, France

 

 

                                                                                                                                Alain

 

 

   

 

Commentaires

  • Magnifique récit ! (même si les mains négatives ont visiblement été faites"au pochoir", en soufflant la couleur liquide dans un tube quelconque).
    Quel artiste tout de même, ce Yourk, pour réaliser de si belles "empreintes" !

  • Yourk n’avais pas de tube sous la main. L’intéressant est qu’il découvre que sa simple main peut laisser une forme colorée du plus bel effet sur une paroi.

  • Wouaouuuu!! Ton récit est magique, j'ai plongé dedans avec délice et émotion! J'étais Yourk et Gallia à la fois!! Sans doute plus Yourk (je dois être plus homo-sapienne que Néanderthalienne) Tu nous a fait attendre mais nous attendrons toujours l'écrivain sensible qui partage ses écrits!! MERCI ALAIN BISOUS FAN

  • Yourk et Gallia sont des Homo sapiens à l’époque de mon récit car le pauvre Néanderthal a disparu.
    J’ai appris ce matin que ces deux espèces cousines auraient eu des enfants ensemble et que, de ce fait, nous possédons quelques gènes de Néanderthal. Passionnante histoire humaine…
    Bonne journée Fan

  • Alain, le retour.
    Et quel retour ! Aux origines de l'Art ...

    J'ai beaucoup aimé la fiction romanesque que tu as imaginée pour introduire ces fameuses empreintes de mains, ainsi que la découverte de la peinture rupestre ...

    Bravo. Tu devrais vraiment envisager de publier ce que tu rédiges : des contes, par exemple, pour expliquer à mon petit-fils (et à bien d'autres) le départ de la création artistique voici des dizaines de milliers d'années ...

  • Hello Richard

    J’avais envie de parler des origines de l’art. Depuis longtemps, lorsque je voyais les peintures de Lascaux, je me disais que ces hommes avaient une intelligence et un talent exceptionnel pour réaliser cela avec des moyens rudimentaires. De grands artistes.
    Je doute que mes histoires puissent être publiées, d’autant plus qu’il faudrait insérer les illustrations qui vont avec car ce sont les œuvres des artistes qui, pour moi, sont les plus importantes. Finalement, je trouve que cela rend plutôt bien à l’écran…
    Ce récit pourrait effectivement être un conte pour enfant. Tu pourras le montrer plus tard à ton petit-fils. J’en serais heureux.
    Cela me rappelle un conférencier que j’ai vu récemment dans un musée. Il fit une véritable démonstration, devant de jeunes enfants, d’histoire et de peinture. Les visiteurs admiratifs écoutaient comme les enfants. Une salve d’applaudissement termina son intervention. Je pensais qu’il faudrait de nombreux profs (tu devais être pareil…) artistiques de ce niveau dans les écoles. L’art paraissait si simple expliqué de cette façon.
    Bon week-end.

  • pour les repros, il y a toujours intérêt à les montrer les plus grandes possibles et les plus détaillées... sur mon blog de photos des Cévennes et Causses http://photo-loz.blogspot.com, c'est ce que je m'efforce de faire ( au moins quelques unes)..

    Quant au monde des images pariétales...
    leur présence pose d'abord un problème "logique"...

    Le pourquoi d'abord, ces peintures et reliefs qui nous sont paervenus, l'ont été car préservés par la plus complète obscurité... peut-on imaginer faire de nos jours des peintures qui ne seraient pas vues, ou destinées à rester dans l'ombre ?

    Et d'autre part, sur le "faire"... pendant qu'un groupe d'artistes oeuvraient, il devait y en avoir un certain nombre qui éclairaient, avec des torches , - en supposant que le combustible soit de la graisse animale...ce qui matériellement devait devenir rapidement irrespirable...

    et enfin le "savoir-faire", comment les gens de cette époque ont acquis leur expérience dans le domaine du dessin, pour que les modèles de "perfections", nous soient parvenus, Lascaux, Cosquer, la grotte Chauvet, mais aussi les peintures de Namibie ? Même chose pour les chevaux blancs anglais sur les collines, le plus spectaculaire étant celui de Uffington...
    Le tout exécuté avec des moyens que l'on pense rudimentaires.

    et enfin le but... toutes les hypothèses diverses et variées étant permises, de la plus saugrenue à la plus plausible, qui serait que l'image, donc produit de l'intellect,-donc immatériel- puisse avoir une influence sur la matière, la vie concrète elle-même.

  • Bonjour Alain

    Quel grand plaisir de te retrouver au "top" de ta qualité d'écriture
    quel Narrateur !
    Comme pour la série sur Vincent
    on a l'impression de vivre avec tes personnages !
    J'ai beau regarder comment tu écris ... a part la richesse du vocabulaire*
    Je ne vois pas encore l'essentiel de la magie.. Mais je ne renonce pas ! lol !

    Concernant ton choix artistique et préhistorique cela me semble trés logique
    C'est à ce moment que la création artistique commence

    Comme beaucoup de Français j'ai visité la copie de Lascaux
    elle est absolument magnifique !
    Dans un recoin bien caché il y a une des seules représentation humaine préhistorique.
    Il y en a d'autres, mais en afrique .

    J'ai fait reproduire en peinture cette scéne par un artiste peintre de mes relations
    qui l'a refaite sur un morceau de pierre. Je trouvais cette fresque particulièrement émouvante

    Dans le périgord noir j'ai visité une vingtaine de grottes
    célébres et moins connues, a chaque fois... le plein d'émotions.

    Mais surtout ! j'ai eu la chance il y a trente ans de plonger juste au dessus de la grotte COSQUER

    La Grotte COSQUER est une grotte ornée paléolithique située dans la calanque de la Triperie, à Marseille, près du Cap Morgiou.

    Il s'agissait peut-être d'un sanctuaire fréquenté d'après les datations des peintures entre -27 000 et -19 000 avant le présent. La grotte comporte plus de 200 figurations pariétales correspondant à deux phases d'occupation, l'une gravettienne et l'autre solutréenne. Son entrée est aujourd'hui à 37 m sous le niveau de l'eau. Elle porte le nom d'Henri Cosquer, le plongeur qui l'a signalée en 1991.

    Bien évidemment je ne suis pas rentré dans cette grotte car elle était inconnue à cette époque.

    Cependant les images de cette falaise immergée trés particulière me restent en mêmoire car des trous immenses de la taille d'une maison invitaient à l'exploration.

    C'est un trés beau souvenir... essaie de comprendre mes émotions quand MR COSQUER a fait sa découverte !

    OUI ! C'est à cette époque que nous sortons effectivement du régne animal pour aller vers une autre histoire. Comment ne pas comprendre que c'est grâce à l'art ! ?

    Enfin, cet article est magnifique ! Continues et Merci

    Excuse j'ai fait un peu long..

    Jacky

  • Ne t’inquiète pas Jacky, l’enthousiasme incite à faire long. C’est souvent mon cas également.
    Je ne suis pas entré dans la copie de Lascaux mais j’ai fait la visite virtuelle du site. La qualité du travail de ces artistes m’a ébloui.
    Dommage que la grotte de Cosquer n’était pas connue lorsque tu as plongé. Avec un peu de témérité, tu serais rentré dans les trous et tu aurais peut-être été le découvreur des peintures et gravures. Un peu comme les gamin de Lascaux.
    J’ai fait quelques plongées au Club Med il y a trop longtemps maintenant. Epatant…
    L’art, comme toujours, permet à l’homme d’aller plus loin. Ce fut le cas de ces humains qui découvraient un nouveau monde composé de formes et de couleurs. Ils ne connaissaient pas le mot Art mais comprenaient la beauté des choses comme nous. Finalement 20 000 ans ce n’est pas si loin…
    Bon dimanche

  • Très bel article et c'est vrai que la vision des dessins sur l'écran est très bonne
    a bientôt
    JA

  • Je trouve la vision des œuvres sur grand écran, lorsque que la photo est bonne, meilleure que sur papier. A part pour certains livres d’art dont le prix est hors de portée de beaucoup.
    Bon dimanche

  • Enfin je vous retrouve avec plaisir surtout que l'art pariétal fait partie de ce que j'aime dans l'art. Et votre histoire est comme toujours touchante et magnifique.

    Amitiés KOL

  • C’est sympa d’avoir de vos nouvelles Colette. Votre blog est désespérément vide.
    L’art pariétal c’est nos origines, nos racines. Et vous savez que les racines sont si importantes dans la vie.
    L’art de ces hommes, loin des chasseurs hirsutes et frustes que l’on imagine souvent, illumine les parois de ces grottes sombres. A cette époque, la lumière des torches devait modeler les formes d’ombres et de lumières fantomatiques. Superbe…
    Yourk et Gallia vous embrassent et vous souhaitent un bon dimanche ensoleillé.
    A bientôt.

  • De nouveau un très beau récit, ton talent ne se dément pas. C'est aussi une coïncidence car j'ai relu récemment un article faisant le point des différentes interprétations de l'art paléolithique depuis le milieu de du XIXe.
    Il y a eu l'art pour l'art, l'art décoratif, la théorie de l'art magique, celle de l'art symbolique, le structuralisme (selon Leroi-Gourhan).
    A l'heure actuelle les préhistoriens sont plus prudents et ton interprétation à le mérite du "naturel".

  • Les préhistoriens se compliquent la vie pour tenter de comprendre la pensée des hommes il y a 20.000 ans. C’est leur métier. Cela me rappelle les nombreux courants de peinture en « isme ».
    Je pense que ces hommes, qui étaient aussi intelligent que nous, ont découvert progressivement, pas à pas, les formes, les pigments à utiliser et ont représenté ce qu’ils voyaient autour d’eux. Ils se sont aperçus que c’était beau. Certains d’entre eux, de grands artistes, ont fait Lascaux, traçant, peignant inlassablement avec une lumière tremblotante. Ces images qui sortaient de leurs mains les impressionnaient. Ils étaient heureux.
    Je suis étonné qu’aucun commentaire n’ai parlé de la « dame de Brassempouy » ou « dame à la capuche » que je montre. Je vais donc faire un peu plus long…
    Je suis allé plusieurs fois à Brassempouy dans les Landes visiter le site des fouilles qui continuent actuellement. Ce petit village peut s’enorgueillir d’avoir découvert par Piette en 1894 cette petite statuette en ivoire, qui est le plus ancien visage humain connu. C’est la plus célèbre et la plus belle des œuvres d’art sculptée du paléolithique d’environ 25.000 ans avant J.C.
    Le musée de St Germain en Laye la garde précieusement dans un coffre à cause de sa fragilité. Seule une copie est exposée.
    Lorsqu’on la contemple, on est certain que l’homme préhistorique n’était pas un animal mal dégrossi pour avoir réaliser cette œuvre au burin dont la finesse atteint des sommets de l’art.
    Je sais, j’ai fait très long, mais la « dame » le méritait.

  • avec cet petit extrait du très beau livre de Romain Verger: "Grande Ourse"...
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    Hébété, l'esprit mêlé de révolte et d'apaisement, Arcas allait de l'un à l'autre. Car le spectacle, pour effrayant qu'il fût, mettait un terme à ses questionnements.

    Il savait enfin ce qui leur était arrivé ; et plus encore, ce tableau d'une débauche et d'une cruauté si raffinée ne lui inspirait qu'une supérieure fascination, non quelle fût morbide, mais parce que ce tableau échappait à la médiocrité de la condition humaine, à cette vie de petites luttes quotidiennes pour la survie, la subsistance, la cohésion du clan, à ces fins individuelles et dérisoires auxquelles les menait inexorablement la vie.
    Et à cela, l'ourse avait soustrait sa horde, le faisant accéder par le sang à la démesure et au sacré.
    Au centre de cette salle, un morceau de la voûte s'était décroché du plafond. Fiché dans le sol comme il était, plat en son sommet, il composait une sorte d'autel autour duquel s'organisait le massacre. Se détachant faiblement de la nuit, le bloc formait un buste sans bras ni jambe, une sorte de gigantesque cul-de-jatte qui réclamait la vie, sa part d'idolâtrie. Arcas ramassa un crâne d'ours parmi ceux qui jonchaient le sol et le posa à son sommet, en équilibre, la mâchoire dans le vide.

    Il regarda sa composition, s'agenouilla devant elle. Il sut alors qu'il ne recherchait plus seulement une bête mais un dieu, que l'autre était dans l'un, le dieu dans la bête, la bête dans le dieu, qu'il fallait qu'il en fût ainsi pour que, adorable et craint, ce dieu fût pleinement lui-même, capable de lui dispenser autant de plaisir que de douleur, de hantise que de confiance, quelle qu'en fût l'émotion, mais du plus haut degré, proportionnée à son incommensurable faim, à son insatiable désir

  • Cet extrait s’accorde parfaitement à l’aventure de Yourk et Gallia découvrant un art nouveau qui les faisait accéder à quelque chose de supérieur qui les transcendait.
    Merci pour ce beau texte de Romain Verger dont je viens de découvrir la biographie.

  • et justement , - ce qui n'apparaît pas explicitement dans mon extrait - il s'agit bien des tribulations d'un homme "préhistorique", qui vient "rendre visite" à une ourse prédatrice...

  • J’avais bien compris le sens de l’extrait. Il s’agit bien, à la même époque préhistorique que celle de Yourk et Gallia, d’un homme, Arcas, qui soudainement se trouve confronté à l’art… au sacré… au surnaturel… à quelque chose qui le sort de sa difficile condition humaine…
    L’auteur l’explique dans un style très littéraire. C’est beau.
    Je pars au salon du Livre à Paris. A bientôt.

  • quel souffle dans cette formidable évocation, très émouvante

  • Les hommes et femmes qui vivaient à cette époque devaient ressembler à l'histoire que je raconte. Ils étaient aussi intelligent que nous. Puis, un jour, les traces de leurs mains sur les murs des grottes leur ont fait comprendre qu'ils pouvaient faire mieux. L'art pariétal naissait.
    Belle journée.

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