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01 novembre 2008

VAN GOGH A AUVERS - 2. L'auberge Ravoux

 

Suite...

 

Mardi 20 mai 1890.

 

      Installé dans un bien-être somnolent et confortable, je ne me suis même pas rendu compte de notre arrivée dans la petite gare d’Auvers-sur-Oise. Je rassemble mes bagages précipitamment, descends du train et me dirige vers le bâtiment blanchâtre proche.

 DSC00459.JPG     Le docteur m’attend vers 14 heures et je me dois d’être à l’heure pour notre première rencontre, pensai-je. La locomotive toute fine surmontée d’un long tuyau étroit crachait des panaches de vapeur grisâtre. A un autre moment, j’aurais aimé la croquer dans le petit carnet qui ne me quittait jamais. On verra plus tard…

      Je dépose mon matériel de peintre à la consigne et en profite pour me faire repréciser le trajet par l’employé de la gare. Celui-ci, bonasse, heureux de parler à quelqu’un, s’empresse de me renseigner :

      - Vous prenez la Grande Route d’Auvers, de suite sur votre gauche en sortant de la gare. C’est tout droit. Vous passez devant la mairie et montez ensuite par les Vessenots jusqu’au quartier des Rémys. Vous ne pouvez pas manquer la maison du docteur Gachet. C’est la plus haute : une grande bâtisse cubique de deux étages qui domine la route dans la rue des Vessenots. Deux kilomètres de marche seulement ! Et avec ce temps…

      - Vous le connaissez ce docteur Gachet, lui dis-je brusquement ?

      - Oh oui ! C’est un bon docteur. Un peu excentrique ! Il consulte habituellement dans son cabinet à Paris, mais il revient à Auvers en fin de semaine du samedi au mardi. Vous arrivez la bonne journée car demain mercredi il sera reparti.

      Il réfléchit un instant et juge bon de rajouter :

      - Et puis, c’est le médecin de la Compagnie des Chemins de Fer du Nord.

      En sortant de la gare, la chaleur du soleil me surprend. Quelques consommateurs se restaurent autour des tables disposées en plein air devant le café de la Gare. J’y entre et demande si une chambre est disponible pour quelques jours. « Tout est plein, me répond l’aubergiste, laconique ». Je ressors et prends la direction indiquée par l’employé.

      Il est midi passé. La Grande Route est calme à cette heure. On déjeune tôt dans les campagnes. Je marche d’un pas tranquille. La voie est large, gravillonnée, toute en creux et bosses. Je me sens très léger avec mon maigre baluchon. Pas l’habitude… De chaque côté de la route, des maisons bourgeoises à l’aspect accueillant sont entourées de jardins aux couleurs tendres, printanières. J’aspire voluptueusement les effluves odorantes des premières roses. Quelques tilleuls et d’imposants marronniers en pleine floraison blanche et rose lmairie-d-auvers-sur-oise-debut-du-siecle.jpgongent la route.

      La mairie, de construction récente, est posée en plein milieu d’une grande place clôturée de larges bornes reliées entre elles par des chaînes. Son crépi blanc, lumineux, la fait ressembler à un gros champignon des prés fraîchement levé du matin. Un curieux clocheton pointu domine le toit en ardoise et une petite horloge ronde troue le devant de la façade. C’est curieux, pensai-je, elle ressemble à la mairie de mon enfance à Zundert ? Le même aspect carré avec une tour au centre ?

 

        J’allais continuer ma route lorsque mon regard se porte sur un café auberge situé juste en face la mairie. Au-dessous des deux fenêtres de l’étage, je peux lire peint en grosses lettres élégantes : « Commerce de vins Restaurant ». Sur le côté, une écriture plus fine indique : « chambres meublées. » Deux portes vitrées occupent le centre de la devanture. De coquets rideaux brodés de fleurs enjolivent les portes ainsi que les vitres étroites de chaque côté.

                         

aubergeravoux-EVENE.jpg

L’auberge Ravoux en 1890 – Auvers-sur-Oise

              L’aubergiste, Arthur Gustave Ravoux est assis à gauche à côté de sa fille Germaine. Son autre fille, Adeline est au centre avec le bébé Levert.

 


      Je me décide à entrer.

      La grande salle carrelée est agréable et fraîche. Des fresques, peut-être peintes par des artistes de passage, décorent les murs. Un grand comptoir jouxte l’entrée sur la droite. Face à lui, des tables en bois rectangulaires et des chaises en paille sont disposées sur toute la longueur du mur. Un long tuyau peu esthétique sort d’un poêle située au centre de la pièce, survole les tables et s’enfonce dans le plafond. L’imposant billard occupant tout le fond de la salle est délaissé à cette heure. Sur chaque table, une main féminine a déposé un grand verre garni de quelques fleurs des champs.

      Campé derrière son comptoir où quelques habitués étanchent leur soif sans prêter attention à moi, un homme robuste d’une quarantaine d’années, plus large que haut, affublé d’une épaisse moustache à la Tanguy qui lui bouffe le dessus de la lèvre, me regarde. Ses petites lunettes rondes lui donnent une apparence sérieuse qui correspond mal à sa carrure de bon vivant.

      - Je peux vous aider ?

      - Oui ! J’arrive de Paris. Je suis peintre et cherche une auberge pour séjourner quelque temps. Avez-vous des chambres à louer ?

      Les yeux surmontés de sourcils presque aussi touffus que la moustache, me dévisagent. Je sentais que l’homme tentait de se faire une idée sur ma personne. Après une rapide période d’observation, il se décide :

      - J’héberge déjà un peintre dans l’auberge. A cette période de l’année, ils sont nombreux et arrivent d’un peu partout pour colorier notre belle région. Il me reste bien une chambre au deuxième étage, sous les toits, mais elle est plutôt petite… Les artistes de passage s’en contentent habituellement… Nous servons trois repas par jour et le coût de la pension complète est de 3 francs 50 par jour.

      La bonne bouille de cet homme transpirait l’honnêteté. Sa face bien ronde, dont le haut du crâne présentait un début de calvitie, s’éclaira d’un large sourire ce qui eut pour effet de faire curieusement remonter ses sourcils broussailleux qui pointèrent en accent circonflexe.

      Le lieu me plaisait, calme, face à la pittoresque mairie de mon enfance. Et puis, il y avait d’autres peintres…

      - Je dois rencontrer une personne du village qui m’attend. Je repasserai dans la soirée pour vous dire mes intentions. L’auberge me convient. Ne louez pas la chambre avant mon retour, dis-je en lui renvoyant mon meilleur sourire.

      En sortant, la petite place est inondée de soleil. L’horloge de la mairie indique qu’il est 13 heures. Une femme escalade le court escalier placé devant le gros champignon. Je ne m’attarde pas, franchis la rue transversale à l’auberge, et m’engage dans les lacets des Vessenots.

      Quelle jolie ville ! Tout le long du parcours, des fenêtres fleuries égayent les coquettes villas. Des odeurs d’étable s’échappent de fermes aux murs jaunis mais propres. Face à l’imposant château d’Auvers, je prends la rue étroite sur la gauche. Après quelques centaines de mètres d’un pas alerte, je peux déjà apercevoir, à distance, la grande demeure que l’employé de la gare m’a décrite.

                                                            maisongachetcézanne1873Orsay-Wk.jpg

                                                  Paul Cézanne, La maison du docteur Gachet à Auvers, 1873 – Musée d’Orsay, Paris


      Effectivement, on ne pouvait guère manquer cette maison de deux étages, carrée, tout en hauteur, bâtie à flanc de falaise.

      Je ne voyais pas la maison aussi imposante. Elle a belle allure, pensai-je ?



 A suivre…

Projet    Mise en oeuvre du projet    1. Le retour de Provence    2. L'auberge Ravoux 

 

Commentaires

Bonsoir Alain,

Chaque jour je regarde si par hasard vous n'auriez rien écrit...Et joie je tombe sur la suite de Van Gogh. Trés trés bien écrit comme toujours... On s'y croirait.

Mais à mon gout je cherchais les tableaux du peintre.....je crois qu'il me faudra attendre la suite...ou là explosera sans doute toute la brillance de Van Gogh.

Merci de votre laborieux travail.....Et à la prochaine fois.
Amicalement.

Colette

Écrit par : colette | 01 novembre 2008

Bonjour Colette

Les tableaux de Van Gogh vont venir. Vincent arrive à Auvers et il n'a pas encore commencé à peindre. Il faut lui laisser le temps de se raconter et il en a des choses à dire…
Bon dimanche

Écrit par : Alain | 02 novembre 2008

Et c'est un vrai plaisir de cheminer à côté de Vincent qui raconte ses premières impressions ...
comme Colette, j'ai une petite pensée pour votre minutieux travail de recherche ... merci Alain !!!

Écrit par : lady_en_balade | 02 novembre 2008

C’est du plaisir puisqu’il s’agit d’un peintre que j’aime.
Je pense qu’il va nous démontrer toutes ses qualités que beaucoup de gens ignorent.
Bon dimanche et bises à Lilia.

Écrit par : Alain | 02 novembre 2008

De retour, je me plonge dans quelques blogs et m'aperçois que chez toi, j'ai loupé l'essentiel : la mise sur rails, le départ du train pour Auvers. D'un seul coup, j'"embrasse" alors deux épisodes : quel bonheur ! Deux d'un coup ... Je n'aurai ainsi pas besoin, impatient, d'attendre ...

On se dit, bêtement : Van Gogh ? Bien évidemment que je connais ...
Quelle fausse idée. Je ne sais comment tu t'y prends, mais j'ai l'impression de découvrir, d'être à ses côtés, de vivre en parallèle.
Au point de me demander, un court instant : je suis sur le blog d'Alain, ou de Vincent ?

Ton travail rencontre exactement mon espérance.
Bravo ...

Écrit par : Richard LEJEUNE | 02 novembre 2008

Je suis heureux que cela te plaise, Richard.
Tu es bien sur mon blog. Mais c’est Vincent qui me l’a squatté pour s’exprimer. Et il ne va pas se gêner. Pour une fois qu’il peut se lâcher.
A bientôt.

Écrit par : Alain | 03 novembre 2008

j'aime beaucoup te lire ...le récit est documenté, rythmé, coloré ...ton récit complète un vieux bouquin sur une biographie de Vincent que j'ai à la maison . Connais-tu cet auteur Henri Perruchot?
J'ai une grande affection aussi pour le Docteur Gachet mais chut attendons la suite de l'histoire!
Amicalement

Écrit par : edith | 03 novembre 2008

Je ne connaissais par Henri Perruchot. Je l’ai retrouvé dans les biographies indiquées à la fin d’un de mes bouquins. C’est une biographie sur la vie de Van Gogh de 1955 rééditée plusieurs fois.
On a tellement écrit sur ce peintre… Il se pourrait bien qu’il ait le record mondial en la matière. Cela démontre qu’il est universellement admiré. Sacré Vincent, s’il avait pu deviner…
Le docteur Gachet va intervenir dans le prochain épisode. Curieux bonhomme... J’ai visité sa maison à Auvers. On ressent la présence de tous les peintres qui y sont passés.
Bonne fin de journée Edith.

Écrit par : Alain | 03 novembre 2008

Coucou Alain, dommage que tu n'ais pu trouver une photo ancienne de la gare d'Auvers!! En revanche, bravo pour l'auberge!!!Qui était l'autre peintre??? Je connais Auvers puisque ma fille aînée à résidé quelques temps à côté!! C'est encore joli mais comme partout, on ne retrouve plus le charme de l'époque où les peintres qui sortaient de leur atelier se régalaient des paysages!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 04 novembre 2008

Hello Fan

La photo de la gare est une photo que j’ai prise récemment. Je pense que la structure métallique et l’ensemble du bâtiment étaient peu différents quand Vincent arriva ce 20 mai 1890.
Allons Fan, il faut être patiente ! L’autre peintre va intervenir dans la suite de l’histoire.
Auvers a effectivement changée, mais on retrouve de nombreux paysages qui sont peut modifiés, dont l’intersection des chemins du fameux « Champ de blé aux corbeaux ». Il y a d’ailleurs un parcourt touristique à faire indiquant les emplacements de plusieurs peintures de Vincent.
Bonne journée.

Écrit par : Alain | 04 novembre 2008

Ah!!! il y a une "balade touristique"!! tout est bon pour remplir les poches de la commune!!!lol tout comme à Giverny!!! Boh, je ne suis pas restée assez longtemps à Auvers pour jouer les touristes!!! En revanche, si balade touristique je devais faire, je choisirai ARLES!!! Mais là encore, je n'y fait que passer!!Dommage!! BISOUS FAN

Écrit par : FAN | 05 novembre 2008

Non, ce n’est pas une balade commerciale comme Giverny. La balade est gratuite. La commune d’Auvers a édité un parcourt indiquant des sites où Van Gogh a peint. Il suffit de se balader à travers la ville ou les champs pour retrouver les points précis présentant une copie grand format des tableaux en question. C’est bien fait et pédagogique. Bien sûr, il y a des endroits payants comme l’auberge Ravoux ou la maison du docteur Gachet.
A Arles, il y a aussi des choses intéressantes mais il reste peu de traces des lieux de vie de Vincent dans cette ville.
Saint-Paul-du-Mausole à Saint-Rémy-de-Provence vaut le déplacement. Le cloître, un petit musée et l’environnement proche, permettent de se faire une idée des lieux où Vincent séjourna un an en maison de santé à sa demande. Il peignait les alentours quand il se sentait bien.
A bientôt Fan.

Écrit par : Alain | 05 novembre 2008

Bonsoir,
J'ai un peu négligé "si l'art était conté" ces derniers temps (pour occupations professionnelles je le précise). Je découvre donc ce soir les deux premiers opus de ce récit. J'aime beaucoup le ton à la fois personnel et enjoué, la lecture du blog de "Alain Vincent" se fait avec toujours autant de plaisir.

Écrit par : Louvre-passion | 05 novembre 2008

Je suis Alain, c'est lui Vincent. Mais c'est vrai que l'on nous confond souvent ces temps ci. Je me demande bien pourquoi ? Pourtant je n'ai pas de barbe rousse...
Bon courage. Le travail c'est la santé.

Écrit par : Alain | 06 novembre 2008

Je reviens d'un petit séjour à Londres. Il s'y passe actuellement l'exposition de Van Gogh et ses lettres, au Royal Academy. Je n'ai pas eu le temps de m'y rendre (c'était ma première visite dans cette ville, beaucoup à découvrir...) mais j'ai eu une pensée pour vous en passant devant l'entrée ;-).

Ainsi je suis la première personne à vous écrire que je reprend votre récit depuis le début ? ... cela me semble pourtant être le plus logique... Mais il est vrai que la lecture sur blog n'est pas forcément aisée et peut peut-être décourager. Si un jour vous décidez de sortir une version papier, pensez à m'avertir :-)...

Je ne peux pas vraiment me dire fan de Van Gogh, ni de peinture en général, toutefois, son style particulier, ses oeuvres ne me laissent pas indéfférente et votre récit me donne l'occasion d'en savoir plus sur le personnage.


A bientôt.

Écrit par : Esperiidae | 04 mars 2010

Merci pour la pensée…
Les lettres de Van Gogh… Elle font couler de nos jours plus d’encre que lui en a usée pour les écrire.
Dommage que vous n’ayez pu voir cette expo à Londres. Vincent était un écrivain et un homme de talent, sensible, cultivé et humaniste, loin des clichés habituels que l’on connaît sur lui.
Une superbe édition de ses lettres en 6 volumes vient de sortir entièrement illustrée. Malheureusement au prix de 395 Euros. Mais quand on aime… Moi, je me suis contenté de l’édition Gallimard de sa correspondance en 3 volumes pour écrire mes textes.
Lire sur un blog n’est pas aussi simple que dans un livre. Par contre, le gros avantage est que l’on peut y insérer de nombreuses illustrations pour étayer son récit. C’est pratiquement impossible à faire par un éditeur si les textes ne sont pas rédigés par un historien d’art. Trop cher… Je me les imprimerai pour en garder un souvenir.

Écrit par : Alain | 04 mars 2010

on croirait entendre Vincent! avez vous des cartes postales anciennes ou copies de l'auberge Ravoux à cette epoque ? ce qui m'interresserait ce serait la petite batisse qui est derriere l'auberge Ravoux à cette époque, car je suis sur que Vincent l'a dessinnée.

Écrit par : raymond daniel | 15 février 2013

Je pense que vous parlez de la toile « L’escalier d’Auvers » qui est peint rue de la Sansonne située derrière l’auberge Ravoux. Aujourd’hui, l’Office du Tourisme d’Auvers est installé dans la maison avec porche sur la gauche du tableau.

Écrit par : Alain | 15 février 2013

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